462 articles pour la catégorie “Cinéphage”

  • Cinéphage
Good bye Lenine !

Publié le Jeudi 18 Septembre 2003 - 14:59
Catégorie: Cinéphage

Nous sommes en RDA en 1989, quelques mois avant que le mur ne tombe. La mère du protagoniste principal fait un infarctus, tombe dans le coma et ne se réveille que plusieurs mois après la chute du mur de Berlin. Or la mère est une fervente communiste, abandonnée plusieurs années auparavant par son mari parti à l’ouest, qui participe à la vie collective et dont la philosophie socialiste parait aussi obsolète qu’implacable. Lorsqu’elle se réveille, le médecin demande à ce qu’elle ne subisse pas de choc émotionnel qui pourrait l’atteindre fatalement. Pour cela, le fils, la fille et les proches se démènent pour la faire vivre dans son monde d’avant, dans un monde caduque et en proie au capitalisme sauvage de l’ouest. Ce stratagème, qui est avant tout un gage d’amour inconsidéré et entier, est l’occasion de bien des scènes tragicomiques où il s’agit de cacher la vérité, voire même d’inventer une réalité encore plus folle.

C’est un film à la fois léger pour sa comédie et ses scènes drôles, mais parfois grave et plus solennel lorsqu’on se penche sur les douleurs enfouies des personnages, le manque du père des enfants, l’amour pour leur mère, le sentiment politique de la mère qui est sincère mais qu’on comprend frustré etc. Ce dosage est vraiment réussi et donne un bon rythme au tout, malgré une fin qui tarde un peu à venir. J’ai été assez déçu par la musique de Tiersen, c’est dommage car le thème du film est excellent, tandis que les autres musiques sont une directe resucée d’Amélie Poulain (dont la scène de retour à la Datcha qui est vraiment un extrait d’Amélie) ce qui m’a pas mal troublé (je les connais peut-être trop).

J’ai vraiment été touché par la manière dont a été abordé la réunification et les enjeux de la RDA suite à la chute du mur. Clairement, ce n’est pas si simple que ça en a l’air, et même si c’est une excellente chose, on saisit plus précisément la détresse de ceux qui croyaient en leurs pays et leur idéologie, ainsi que ceux qui ont perdu leurs repères, même s’ils ont gagné une nouvelle liberté. En cela, ce film a, en filigrane de la comédie, une dimension politique qui est intéressante et subtile. C’est carrément à voir, pour les scènes où on essaie par tous les moyens de cacher la vérité à la mère, soit en récupérant tous les meubles et les fringues au rebus, soit en filmant de fausses informations racontant que des gens de l’ouest sont passés à l’est (car opprimé par le capitalisme, et ayant compris la justesse de l’idéologie socialiste) pour expliquer les BMW dans la rue etc. J’ai été très ému par le moment où la mère sort enfin de l’appartement et est totalement chamboulée par la réalité (mais son fils arrive encore à la bluffer par la suite) et l’émotion de la mère qui voit une gigantesque statue de Lénine qui vole dans les air accrochée par des filins à un hélicoptère, puis qui disparaît pour de bon. Une belle métaphore.

Good bye Lenine

  • Cinéphage
The Eye

Publié le Jeudi 18 Septembre 2003 - 14:12
Catégorie: Cinéphage

Ce film n’est pas révolutionnaire, mais c’est un bon exercice de style. J’ai eu quelques coups de flippe sympas, mais surtout j’aime beaucoup cette manière dont les asiatiques (chinois et japonais représentent deux cultures complètement distinctes mais elles se rejoignent quelques peu sur certaines métaphores spirituelles) mettent en scène les histoires liées aux revenants. Ce que j’aime donc dans ce cinéma fantastique asiatique (et ça commence un peu à transpirer dans le ciné occidental avec « 6ème sens » ou « les autres ») est cette manière de présenter les fantômes comme des êtres simplement tourmentés mais pas nocifs, et dont le but n’est pas tant de faire du mal que d’avertir ou d’exprimer sa souffrance. C’est vrai qu’en Europe, on est plus habitué à avoir peur des goules et autres revenants qui sont des monstres méphitiques et qui terrorisent les
vivants (voire les tuent !). La différence réside aussi dans la manière de considérer les morts et les esprits des ancêtres, en occident on considère qu’ils disparaissent sans laisser de trace alors que dans les religions d’une partie de l’Asie, les esprits sont vraiment pris en compte et considérés comme des guides pour les vivants.

« The eye » est un bon amalgame entre « Sixième sens » et « Ring ». L’intrigue est simple, il s’agit d’une jeune chinoise (très mignonne) qui est aveugle et subit une greffe de cornées pour recouvrer la vue. Elle revoit petit à petit et s’aperçoit de choses étranges sans bien savoir si c’est normal ou pas. C’est d’ailleurs un des aspects les plus intéressants du film, comme elle a perdu la vue à 2 ans, elle a un vocabulaire visuel quasi-nul et donc ne fait pas forcément le lien entre ce qu’elle voit et ce qu’elle connaît par d’autres sens. En fait, un médecin lui montre une agrafeuse et lui demande ce que c’est, elle est incapable de répondre tant qu’elle ne la tient pas en main. Tout ce qui échappe aux domaines sensoriels tactiles, olfactifs ou auditifs lui est inconnu, et elle n’est pas sûre de ce qui est normal de voir ou pas. Aussi son apprentissage de la vue s’accompagne de curieuses images de personnes à des endroits incongrus, ou des formes noires étranges qui accompagnent des gens on ne sait où, et elle ignore si elle débloque ou bien si c’est naturel (le côté « sixième sens »). Au final, elle découvre grâce à l’aide d’un psy que ses cornées furent prélevées sur une jeune fille de Thaïlande qu’on taxait de sorcellerie. Elle comprend qu’elle doit s’y rendre pour savoir comment la donneuse est décédée, et pourquoi elle ne la laisse pas en paix (le côté « Ring »).

L’atmosphère est parfois très oppressante, et les mouvements de caméra sont parfaits lorsqu’il brouille la vue du spectateur en même temps que celle de la fille, nous plongeant dans son angoisse avec beaucoup d’efficacité (et de frayeur). Evidemment, le thème est un peu déjà-vu, mais le fait d’avoir une héroïne atteinte de cécité qui ne comprend pas bien ce qui lui arrive permet un scénario qui avance à tâtons et nous plonge dans une ambiance de plus en plus mystérieuse et énigmatique.

Et c’est marrant de constater que dès qu’ils savent que c’est à cause d’un esprit tourmenté, la solution est tout de suite d’aller à sa rencontre et de le soulager pour retrouver la quiétude. Comme dans « Ring », une fois qu’on a guéri le fantôme de ses souffrances, on est libéré de son joug et la vie peut reprendre.

The Eye

  • Cinéphage
Bye-Bye love

Publié le Mercredi 17 Septembre 2003 - 17:02
Catégorie: Cinéphage

Je suis amoureux d’Ewan McGregor depuis le Rent de Trainspotting, et là c’est dans un genre totalement différent, mais il n’en reste pas moins diablement sexy. En outre, je le trouve vraiment très bon acteur. J’aime aussi beaucoup René Zellweger, et elle ne m’a pas déçu en écrivain féministe aux tenues kitschissimes et colorées.

Le film est construit sur une trame hyper classique de la comédie amoureuse des années 60. On a vraiment l’impression de voir un condensé des films de cette période, notamment le célèbre « La Femme modèle » de Minelli (1957) avec la délicieuse et espiègle Lauren Bacall (et Gregory Peck trop trop sex !). Ewan McGregor est Catcher Block, un journaliste people spécialiste de diatribes et autres libelles qui font de lui un être redouté et parfois détesté. C’est surtout un tombeur de femmes qui écluse tout New-York et un vrai stakhanoviste du dating. Alors débarque attifée à la dernière mode (elle change de fringue à tous les plans) une jeune femme écrivain, Barbara Novak, qui vient de finir son bouquin : « Down by love », où elle développe une thèse selon laquelle les femmes doivent s’affranchir des hommes pour devenir leur égal. Elle prône l’indépendance en laissant tomber l’amour, et en se consacrant à son boulot, tout en ayant des aventures sexuelles et pas sentimentales. Catcher doit interviewer Barbara, mais celui-ci la zappe allègrement, tandis que la vente des bouquins monte en flèche, et « Down by love » devient un best-seller mondial. C’est alors qu’elle le fustige lors d’une interview télévisée. Il décide alors de se venger en se faisant passer pour un quidam, et en déployant tous les stratagèmes pour l’amener à tomber amoureuse de lui, et à avouer que comme toutes les femmes, elle ne cherche que l’amour et le mariage avec un homme.

Le film décline alors toutes les ficelles des comédies sixties avec quiproquos, joutes un peu verbeuses mais parfois truculentes, intrigues amoureuses croisées et autres marivaudages. Je retiens surtout le côté clinquant et la minutie employée pour coller au style et rester totalement conforme aux standards de l’époque. Les décors, les fringues, les attitudes, le jeu des personnages, la mise en scène, tout est absolument analogue aux comédies des années soixante. Le petit bémol réside dans un petit manque de piment, mais c’est finalement l’adéquation au style qui veut ça (et dont je ne suis pas le plus féru), qui fait que j’étais content et diverti mais sans plus. Cependant, un petit dièse (oui je sais, ça n’existe pas, mais on se comprend) vient du scénario dont l’issue est absolument inattendue, et des multiples fins imbriquées. Il y a tellement de rebondissements, qu’on finit par douter d’arriver à une issue. Enfin, le thème de la lutte des sexes est modernisé par un dénouement qui réconcilie de manière un peu démagogique tout le monde. J’ai passé en définitive un bon moment car la mise en scène est enlevée et certaines scènes vraiment cocasses, outre cela les deux acteurs principaux sont excellents dans ces rôles sur-mesure.

Un truc m’a surpris et amusé au début, quand le bouquin de Barbara devient un best-seller, on illustre ce fait en montrant les devantures de librairies du monde entier avec son bouquin en vitrine. Notamment, on voit pendant quelques secondes une librairie française avec son livre, donc traduit en français, et le titre suivant : « En bas avec l’amour » (ou approchant je ne suis pas certain). Une traduction de « down by love » digne de google (qui traduit par : « vers le bas par l’amour ») qui m’a pas mal surpris sur le sérieux de la production qui se contente vraiment d’une version aussi limitée et tout simplement fausse.

Bye bye love

  • Cinéphage
Père et Fils

Publié le Lundi 8 Septembre 2003 - 18:17
Catégorie: Cinéphage

Voilà une comédie française bien de chez nous qui m’a laissé pantois alors que je ne m’y attendais pas le moins du monde. J’avais bien vu les affiches « fake » couvertes de sortes de dédicaces qui louaient le film, mais c’est surtout ma maman qui m’a dit qu’il fallait que je le vois, et que ça allait me plaire. Comme je fais confiance à ma mÔman, j’y suis allé.

C’est une comédie qui flirte avec légèreté et alacrité avec la comédie familiale du type « La bûche » et avec la comédie dramatique où l’intensité émotionnelle atteint parfois une belle virtuosité. C’est avant tout quatre comédiens extraordinaires et tous égaux dans l’excellence de leur jeu et de l’identification à leur personnage. Et pour faire jouer ces remarquables comédiens, je suppose que Michel Boujenah n’y est pas étranger, ce qui est notable pour un premier film en tant que réalisateur. Le scénario est classique, un père (Noiret) qui voit ses trois enfants de moins en moins, décide de simuler une opération imminente pour les obliger à se rendre ensemble en voyage au Canada. Dans les enfants, l’un est un brillant chef d’entreprise peu scrupuleux (Berling), fâché avec un de ses frères plus sensible et humain (Putzulu), tandis que le troisième est le petit dernier (Elbé) un peu looser, fumeur de teuchi et gaffeur de première. Les trois enfants tombent dans le panneau et acceptent d’accompagner leur père dans ce voyage initiatique. C’est l’occasion de régler ses différents, de retrouver son sentiment familial et surtout de mettre à l’épreuve les émotions, les relations et les valeurs de chacun. La fine équipe rejoint une guérisseuse et sa fille dont la rencontre catalyse bien des réactions…

On découvre alors une galerie de personnages qui tantôt émeut et souvent fait rire. Et là c’est la patte de Boujenah qui réalise avec brio des saynètes cocasses et toujours pleines de tendresse. Néanmoins, le film n’est jamais gras ou purement comique et ni pathétique non plus lorsqu’il se range dans un registre plus émotionnel. Au contraire, on est saisi par l’authenticité des sentiments, orchestrée par des comédiens qui savent distiller l’émotion au plus juste, ne rendant le film jamais mièvre mais simplement fort et vrai. C’est une mixture si rare et tellement subtile à obtenir qu’il est vraiment important de le noter. Enfin ce film fait la part belle à l’amour filial et fraternel qui est un sujet assez nouveau je trouve (enfin pour ce qui a trait à ma culture ciné). Les manifestations de l’attachement réciproque du père aux fils et des fils entre eux sont traitées avec beaucoup de pudeur, et sont aussi l’occasion de quiproquos et autres drôleries qui donne un rythme très tonique et captivant au film.

Jusqu’au dénouement, je suis resté pris dans les intrigues et la découverte progressive de tous les protagonistes avec autant de candeur et d’envie. C’est vraiment un bon petit film sans prétention, mais avec une sincérité qui touche directement le coeur du spectateur.

Pere et fils

  • Cinéphage
Satreelex The Iron Ladies

Publié le Lundi 8 Septembre 2003 - 15:19
Catégorie: Cinéphage

Ce film est inspiré d’une histoire vraie, j’avoue que j’avais des doutes jusqu’à ce que je vois le générique de fin qui montre des images des vrais joueurs qui ont donné les personnages du film. La ressemblance est très forte, autant dans les visages ou les postures, ou bien le tortillage du cul.

Donc c’est bien vrai, dans les années 90, une équipe composée de travelos, un trans et un hétéro, entraînée par une certaine Melle Bi manifestement lesbienne, ont gagné le championnat national de Thaïlande. Hallucinant ! Ce film retrace donc cette histoire qui tient du syncrétisme le plus épique entre « Shaolin Soccer » et « Priscilla folle du désert » (rien que ça). Le film est vraiment aussi drôle que Priscilla dans la caricature des protagonistes qui poussent à l’extrême le personnage de folle hurlante et de « créature » hétéroclite, tandis que l’atmosphère et le scénario du tournoi sportif est tout à fait conforme à « Shaolin soccer » pour l’équipe de loosers qui finit par remporter la rencontre et acquérir une grande popularité.

Mais on ne peut pas dire que c’est tordant de rire, étant donné qu’au bout d’un moment voir des acteurs surjouer les folles hurlantes est un peu fatigant (et notamment à cause de certaines scènes cacophoniques) et ne suffit pas à rendre vraiment hilare. En outre, ce film n’est pas non plus un manifeste politique pour plus de tolérance envers les homos, et ce malgré quelques répliques qui explicitent clairement les problèmes d’homophobie dans ce pays. En effet, on ressent les personnages comme avant-tout des caricatures vivantes, ce sont des créatures qui finalement sont tellement extrêmes qu’elles ne sont pas considérées dans leur société comme tout le monde, mais simplement comme des OVNI qu’on tolère comme une sorte de folklore. C’est une différence majeure qui dénote des contrastes culturels forts entre la Thaïlande et notre pays. Je fais un peu le rapprochement avec le phénomène des drag-queens en France. En effet, je me souviens il y a quelques années d’émissions qui traitaient de l’émergence du phénomène et j’avais été vraiment interloqué de constater que jamais l’homosexualité des gens étaient ne serait-ce qu’évoquée. Il s’agissait là aussi de caricature vivante, de « créatures » asexuées et qui ne troublaient pas plus que ça la norme puisqu’ils rentraient en fait dans un modèle totalement disjoint de celui du commun des mortels. Et bien, je me dis que c’est un peu la même chose pour ces travelos joueurs de volley-ball dont on parle au féminin pendant tout le film, et qui sont tellement différent qu’on ne peut même plus leur faire le reproche de déroger à des lois qu’ils transgressent rien qu’en « étant ». Donc la notion de tolérance dans ce film est finalement toute relative, et de toute façon, je pense que l’objectif était bien autre. En outre, les acteurs sont tellement efféminés avec maquillage, cheveux longs et attitudes aguicheuses, qu’ils sont clairement identifiés comme étant quasiment des femmes (dont même un transsexuel hyper féminin et qui a un petit-copain) et intéressés par des hommes hétéros et même machos qu’ils draguent éhontément. Aussi le rapport normatif de la femme qui cherche un homme est quasiment respecté. Le film évoque tout de même l’homophobie latente dans la société thaïlandaise, et la tolérance affichée toute relative lorsqu’il s’agit de sortir de son carcan. L’équipe, lorsqu’elle commence à gagner des matches et à se faire connaître, reçoit aussi les foudres de toute une partie de la population.

Le film est donc plutôt léger et kitsch avec des personnages plus hauts en couleur les uns que les autres. Mais l’équipe remporte ses matches et on finit par vouloir les voir remporter le championnat. Et on ne peut pas non plus se prendre la tête des plombes sur la représentation des joueurs et les connotations, parce que c’est une histoire véridique, et qu’après avoir vu quelques extraits avec les vrais personnages, on se dit que ce n’est pas si mal joué que ça. Donc à prendre un peu comme Priscilla, un film kitsch plein de couleurs et de bruits, qui enchante par sa fraîcheur, son ton désinvolte et son humour potache.

Satreelex

  • Cinéphage
Phone game

Publié le Mardi 2 Septembre 2003 - 23:44
Catégorie: Cinéphage

Boooaaaââ ce n’est pas un chef-d’oeuvre mais ça se laisse regarder. Et puis Colin Farrell est indéniablement très beau et sert un jeu d’acteur plutôt correct (pour un mec qui reste 1h20 dans une cabine téléphonique).

Le scénario est plutôt simple et efficace. Un sniper prend en joue Colin Farrell dans une cabine pour lui faire payer son existence pas très conforme à la bonne morale chrétienne américaine. C’est un peu son heure de rédemption et son entrée au purgatoire avant l’heure. Le sniper est aussi intelligent que vicieux, et il confond Colin Farrell dans ses subterfuges pour lui échapper ou ne pas avouer ses péchés. Le sniper fait passer Colin Farrell pour un tueur en tirant sur un homme, et les flics débarquent en trombe (un peu teubés et boeufs les flics, assurément). Evidemment, un flic plus malin que les autres arrive à comprendre que c’est un tireur en planque qui tire les ficelles et non un tueur dans une pauvre cabine téléphonique.

Mise à part, la tirade habituelle de morale américaine bien-pensante, le film est plutôt bien mené et goupillé. Et même cette morale est étonnamment digeste sur ce coup-là. L’intérêt de ce film tient pas mal dans la moralité, justement, des protagonistes de cette intrigue assez originale. En effet, on est pas exactement dans le schéma manichéen habituel du cinéma américain avec les gentils et les méchants bien identifiés. Là, on est dans une trame un peu plus complexe où le gentil est vraiment un salaud de première et une pourriture new-yorkaise de la meilleure espèce, tandis que le méchant sniper s’apparente à un réparateur de tort et l’accoucheur de la vérité. Finalement, les aveux de Colin Farrell sont considérés comme salutaires, même s’il fallait éviter un tel mécanisme pour y arriver. Bref, c’est un film d’action tout à fait honorable, et Joel Schumacher y donne une touche un peu singulière qui mérite qu’on y consacre une heure et quelques.

Phone game

  • Cinéphage
A cinq heure de l’après-midi

Publié le Mercredi 27 Août 2003 - 15:28
Catégorie: Cinéphage

Avant tout, il faut savoir que c’est un film de l’iranienne Samira Makhmalbaf, autrement dit il s’agit d’un film oriental. Il faut savoir dans ces cas là, se perdre dans de nouveaux codes de réalisation qui sont rebutants (parce que différent des nôtres) au premier abord et qui peuvent ennuyer un spectateur non averti. Elle ne cherche pas à étayer son intrigue pour obéir aux canons de la réalisation occidentale, elle est simplement sincère et « vraie ». Elle conte plus qu’elle ne raconte une histoire stupéfiante à propos d’une jeune femme afghane qui fonde le désir de devenir présidente de la république après la chute du régime taliban.

Moi-même, j’ai eu du mal à m’accrocher jusqu’au bout, car je pensais que c’était un film beaucoup plus conventionnel selon notre habitude. Or il s’agit d’autre chose, elle ne finit pas présidente et on ne voit pas ses rêves en comédie musicale dans les ruines de Kaboul. On assiste simplement à l’expérience d’une femme qui veut sortir de sa chrysalide (car on sent un potentiel incroyable dans ces yeux-là), qui veut changer les choses et tente de survivre dans un monde en perdition. Son père l’empêche de retirer sa burka et peste de se retrouver dans un ville où le blasphème règne en maître. Elle lui cache qu’elle se rend à une école tous les jours pour y être instruite. Elle se change en cachette avec le peu d’accessoires qui fait d’elle une femme. Elle découvre alors son visage, enfile une paire de mocassins blancs et utilise un parapluie coloré en guise d’ombrelle. C’est dans cette école qu’à l’instar de Benazir Bhuttho, elle exprime son envie de devenir présidente.

Le film distille des images absolument grandioses de Kaboul et de l’Afghanistan, mais aussi terribles de destruction et de misère. Il semble que les villes ne soient plus que des amoncellements de pierres où l’eau s’est tarit, et la végétation est moribonde. Les hommes et femmes à l’image de leur ville tentent de survivre dans cet environnement devenu hostile. Le contraste entre la beauté des plans et de la photo, avec la détresse de ce peuple crée un insupportable sentiment d’injustice durant tout le film. Et la narration se déroule, lentement et simplement, il ne se passe pas grand-chose parce que il n’y a plus rien dans ce pays, et que l’espoir balbutiant est encore bien muselé par des croyances sclérosantes. L’actrice principale est extraordinaire par son jeu et son expression. Elle a un regard fascinant et qui ne peut laisser indifférent. Un millier d’idées et d’émotions sont véhiculées toutes les minutes par cette paire d’yeux foncés.

Alors je ne peux pas dire que c’est le top de l’entertainment du moment, mais c’est une oeuvre qui remue et qui trouble. Alors il ne faut pas y aller vanné de sa journée, et il faut s’attendre à un film lent, à l’action parcimonieuse et à la touche émotionnelle pointilliste. Je ne regrette pas d’avoir tenter cette expérience qui démontre aussi que le cinéma véhicule des messages différents du simple ciné-loisirs (jetable et recyclable) auquel on s’habitue trop facilement (pour en finir à penser que seule cette conception est appropriée et adéquate).

A cinq heures de l'apres-midi

  • Cinéphage
Pirates des Caraïbes, la malédiction du Black Pearl

Publié le Lundi 18 Août 2003 - 19:00
Catégorie: Cinéphage

Je ne pouvais pas rater ce blockbuster made in Disney de la rentrée, et j’en ai été plutôt enchanté. Il se trouve que c’est un excellent film d’action, avec un scénario simple mais qui tient la route, des effets spéciaux qui sont très biens mais ne prennent pas le pas sur l’intrigue, de bons personnages mais surtout des acteurs fabuleux pour les interpréter.

Le film a beaucoup de charme de part le fait qu’il s’agit d’un vrai film de pirates. Ces derniers sont sans vergogne, méchants, affreux et truculents à souhait. Les deux figures principales sont servies par deux acteurs en or : Geoffrey Rush et surtout Johnny Depp. Ce dernier joue le rôle d’un bretteur rusé et plutôt bon dans le fond pour un pirate de son espèce. Il est surtout extrêmement drôle et contribue énormément au charme du film. Finalement les autres personnages qui sont les piliers de l’intrigue passent au second plan, même s’ils sont tout à fait corrects dans leur jeu. Ce Johnny Depp est incroyable, on a vraiment l’impression qu’il peut interpréter du drame à la comédie avec la même perfection. Néanmoins, il a toujours une manière commune et singulière de jouer qui donne un relief supplémentaire à ses personnages. Dans tous ses rôles, il a une sorte d’aura et une manière de communiquer qui est empreinte de mystère. J’ai toujours l’impression qu’il est un peu autiste et même lorsqu’il est comique ou volubile, il est forcément total space. Le rôle de Jack Sparrow lui va donc justement comme un gant, puisqu’il est complètement taré et génial à la fois.

Les effets spéciaux qui animent les pirates, qui sont finalement le seul apport à l’attraction éponyme sont vraiment impressionnants lorsqu’ils font se métamorphoser les corps des pirates entre normaux (mais un peu beaucoup crados) à l’ombre, et mort-vivants à la lumière de la lune.J’ai trouvé que c’était un petit peu trop long tout de même, mais rien de catastrophique (3h pour une histoire de pirates… ?), le film tient tout de même bien en haleine. L’histoire est romanesque à souhait, et c’est l’amour qui triomphe contre les conventions dans une somptueuse happy-end.

Les Pirates des caraibes

  • Cinéphage
Madame Sata

Publié le Jeudi 14 Août 2003 - 17:24
Catégorie: Cinéphage

Ce film est une sacrée curiosité et un OVNI dont je n’ai entendu parlé qu’au cinéma, en voyant par hasard une bande annonce. Je ne pense par qu’il excèdera la semaine vu le nombre de personnes dans la salle hier (premier jour de sortie), et pourtant c’est un très bon film.

Il s’agit d’un film brésilien et l’action se passe à Rio, en particulier dans le Lapa, un quartier chaud, malfamé et populaire. Le protagoniste principal, Joao Francisco dos Santos (1900-1976), est un homme black qui a vécu là-bas et qui est connu en tant que « Madame Sata », son nom de scène en tant que travesti et qui a gagné à plusieurs reprises le carnaval de Rio.

Ce black immense et baraqué oscille allègrement entre la baston à la capoeira (et il est plutôt balaise, il envoie valdinguer comme ça pas mal de flics notamment) et l’envie de se produire sur une scène en diva en chantant des chansons romanesques et tendres dans son lamé dorée. Le film explique toute la complexité de ce personnage qui aspire à jouer les primas donnas, et qui s’adaptant à son modeste milieu (ce n’est pas non plus une lumière) est aussi un petit voyou qui escroque, vole et passe pas mal de temps en taule. Il n’est pas toujours très tendre envers ses congénères, et surprend par des sautes d’humeur inconsidérées.

Du coup, on peu abandonner complètement l’idée du stéréotype pédé. Ce mec est aux antipodes de tout ce qu’on peut imaginer. Et c’est bien ainsi parce que c’est ce qui fait de lui une personnalité riche et singulière. J’ai beaucoup aimé la manière dont c’est filmé avec des plans très serrés et des visages qui mettent en exergue une multitude d’expressions. Les couleurs aussi sont très particulières et montrent le paradoxe entre une palette riche (très Brésil) et une misère omniprésente dans le quartier, tout en nous plongeant dans une atmosphère bouillonnante des années 30.

Le film dépeint une misère intellectuelle et sociale mais dans ce quartier bohème et chaud, où on danse, on crie, comme pour conjurer son malheur. Aussi Madame Sata est à l’image de cette situation. Elle/Il essaie de survivre avec ses armes et son honneur, tout en assumant sa position de black, d’homo et son désir d’être une artiste accomplie. C’est original de suivre le cheminement de ce personnage qui n’est pas particulièrement gentil ou sympathique, qui galère, qui se bat, qui baise et qui essaie de survivre dans cet environnement malfaisant.

Madame Sata

  • Cinéphage
Nos enfants chéris

Publié le Lundi 11 Août 2003 - 16:28
Catégorie: Cinéphage

Comédie-dramatique, c’est vraiment la catégorie qui, littéralement, convient tout à fait à ce film. C’est une sacrée réussite dans ce domaine de la comédie de la trentaine. Et pour la première fois, la fin du film n’est pas la plus conforme à notre morale chrétienne (crétine) habituelle.

L’histoire est simple et rebattue, Romane Bohringer rencontre par hasard Mathieu Demy en faisant ses courses. Ils étaient sortis ensemble quelques années auparavant et se retrouvent mariés et avec des enfants (un pour lui, deux pour elle). Elle s’invite avec sa famille dans la maison de vacances de son ex… et tout un petit monde se rencontre et interagit ! Les acteurs sont vraiment très bons, et les intrigues construites sur chacun des personnages ainsi que celles entre les protagonistes sont à la fois comiques et dramatiques. Le film reproduit fidèlement les problèmes et interrogations des jeunes couples et de la place de l’amour, la passion, le sexe, l’amitié dans les comportements modernes. Il montre bien la difficulté à concilier ses désirs, son envie de singularité et sa manière de reproduire les schémas parentaux normatifs (se marier, avoir des enfants).

Certaines scènes sont vraiment très drôles avec des personnages qui sont des caricatures vivantes mais dont le trait n’a pas besoin d’être forcé pour qu’on reconnaisse bien des proches. Le mari de Romane Bohringer est un beauf de base, genre de commercial totalement vénal et imbécile, qui fait des blagues à la con, est un obsédé sexuel et macho de première. La femme de Mathieu Demy le laisse prendre en main toutes les tâches domestiques ainsi que la gestion complète de leur bébé, elle est hystérique avec lui et ne veut plus faire l’amour depuis qu’elle a eu leur enfant. Dans la baraque, viennent aussi des amis à eux dont un célibataire endurci qui choisi de continuer à sortir et baiser à tire-larigot, une femme avec un jeune enfant qui le cache à son mec pour ne pas le perdre (elle fait passer son fils pour celui du célibataire) et qui vient de fêter ses 10 ans d’analyse. Ces gens se posent des questions et font le bilan de leurs vies, leurs quêtes de bonheur et les conclusions de certains sont vraiment tragiques.

Donc le film n’est pas bien optimiste quant à la vie en couple telle qu’elle est traditionnellement considérée, puisqu’on se rend compte que de toute façon au bout de quelques années, ça foire forcément. Mais l’intérêt est surtout de voir tous ces exemples de trentenaires qui essaient d’être heureux et en harmonie avant même de suivre les modèles conformistes et traditionnels. Et comme d’habitude, on peut choisir entre une solution pratique, éprouvée et pérenne (le modèle du couple fidèle plan-plan pas très heureux mais stable) et une solution sur-mesure basée sur le sentiment et la quête du bonheur. La difficulté réside bien sur dans la manière de doser cela. La fin du film expose la solution la plus individuelle qui soit, ce qui est une grande nouveauté. Pour une fois les protagonistes ne rentrent pas dans le droit chemin, et ne se réfugient pas dans leurs valeurs et leurs couples. Au contraire, ils décident de vivre leurs envies et leurs sentiments, même si cela bouleverse leur environnement à l’allure si parfaite.

Vraiment, je ne sais pas quelle solution est idéale, puisque évidemment il n’y a pas de solution rêvée. En outre, il y a un aspect frustrant et cruel face au choix cornélien entre conserver sa famille, son confort et sa maîtrise, à tout balancer pour vivre son bonheur, ses vraies envies et perdre ses repères. Quand on s’est marié, qu’on a des enfants et une vie de couple, c’est dur de céder à une impulsion, mais faut-il pour autant y renoncer, sous peine de laisser fuir son bonheur. Comment faire la différence entre une épreuve qui va confirmer son choix de vie (le plus rationnel même si pas le plus palpitant, mais qui est viable et conforme à un bonheur à long terme) ou bien un signe qui vient changer le cours de sa vie et donner l’occasion de se réaliser enfin (tandis qu’on vit dans un marasme qui n’est pas la clef du bonheur, mais simplement un vernis craquelé de bien-être douceâtre) ?

Nos enfants Chéris