Lever le gibier de l’inconscient

J’apprendrais beaucoup plus tard que l’esprit ne se présente pas comme ça à la porte du caché. Il ne suffit pas de vouloir pénétrer dans l’inconscient pour que la conscience y aille. L’esprit temporise, il fait des aller et retour, il atermoie, il hésite, il guette et, quand le moment est venu, il s’immobilise devant la porte comme un chien d’arrêt, il est paralysé. Il faut alors que le maître y aille lui-même et fasse lever le gibier.

Citation extraite de « Les mots pour le dire » de Marie Cardinal.

Les amis biologiques

L’homosexualité a transformé les règles. L’intimité a changé de camp. Il n’a pas pu y avoir solidarité familiale au sens le plus strict, de mon ascendance à ma descendance : de ce point de vue, le seul enfant qu’il y a eu entre mes parents et moi, c’est demeuré moi. Alors l’affection est restée mais l’intimité entre nous est devenue obscène, égarée entre l’enfance et la sexualité, ayant perdu le contact avec la réalité, plus fausse que les choses survenant à Hervé. Elle s’est à la fois circonscrite et élargie à ma famille amicale, cette famille fictive qui est devenue la vraie, à croire que j’avais enfin découvert, après une longue quête, mes amis biologiques. Et aucune malédiction de cet ordre n’a frappé cette intimité-là, elle se transmet à travers les générations si bien que notre relation à Daniel et moi, nous l’avons chacun héritée de Michel.

Citation extraite de “Ce qu’aimer veut dire” de Mathieu Lindon.

L’attaque sociovasculaire

De plus, Twitter en France est trusté par une communauté professionnelle qui prend le service pour un IRC perso. C’est devenu épuisant, aussi. Il n’y a pas plus corporate que cette communauté (elles le sont toutes, j’ai bossé avec des médecins, des enseignants) mais il n’y a pas mieux organisé sur Twitter pour se repérer, se fliquer, se balancer des piques ou des chiffres d’audiences ou le bon lien qui tue. C’est devenu la dictature du New (VS Old), du LOL (la version moderne du cynisme) et de la lèche/haine permanente via les Favoris ou les bons mots servis avec @ ou non.

Ce partage d’ego public, c’était mon Nutella. Et mes artères ne lui disent pas merci. Mon cerveau reptilien déteste l’idée que cette came abondante, infinie, surprenante, disruptive n’offre au final qu’un intérêt mineur dans la vie d’un adulte connecté. Il me susurre que je devrais chasser ces pensées impures et rentrer dans la danse, avec les autres. Las, je suis un addict au web comme je le fus pour d’autres substances légales : quand je fume, c’est deux paquets minimum, quand je mange, c’est pour deux et quand je tweete, c’est toute la journée. Je ne connais pas la demi-mesure. Alors il faut agir.

[Source : Wiliam Rejault]

William teste pas mal de choses en ce moment, et il remet notamment en question son assuétude manifeste (comme la mienne) aux réseaux sociaux. Je suis tellement mais tellement d’accord avec à peu près tout ce qu’il poste à ce sujet. ¯\_(ツ)_/¯

Le langage de la solitude

Il s’était, comme ce soir, senti solitaire, mais bien vite avait découvert la richesse d’une telle solitude. Le message de cette musique venait à lui, à lui seul parmi les médiocres, avec la douceur d’un secret. Ainsi le signe de l’étoile. On lui parlait, par-dessus tant d’épaules, un langage qu’il entendait seul.

Citation extraite de “Vol de nuit” d’Antoine de Saint-Exupéry. Page 30.

Apprivoise-moi !

Le renard se tut et regarda longtemps le petit prince :

- S’il te plaît… apprivoise-moi ! dit-il.

- Je veux bien, répondit le petit prince, mais je n’ai pas beaucoup de temps. J’ai des amis à découvrir et beaucoup de choses à connaître.

- On ne connaît que les choses que l’on apprivoise, dit le renard. Les hommes n’ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n’existe point de marchands d’amis, les hommes n’ont plus d’amis. Si tu veux un ami, apprivoise-moi !

- Que faut-il faire ? dit le petit prince.

Citation extraite de « Le Petit Prince » d’Antoine de Saint-Exupéry. Page 62.

La solitude m’est une amie qui me délivre de la peine d’en chercher d’autres

Je n’ai aucune place dans le monde, alors, comme l’esprit de combativité de mon père, cette évidence s’applique à chaque élément de ma vie : je suis le seul à vouloir avoir des amis, faire l’amour, la réciprocité n’est pas envisageable. A croire que chaque relation serait une conquête, une prise faite sur un ennemi, qu’il faut arracher un consentement par force ou habileté, compromission avec le réel. Je n’ai aucune stratégie, aucun manuel de guérilla sociale pour apprendre comment me dépêtrer de cette jungle, alors je renonce, laissant s’en mêler un hasard que je prends soin de ne pas provoquer. Pour mon bonheur et mon malheur, j’adore lire, la solitude m’est une amie qui me délivre de la peine d’en chercher d’autres.

Citation extraite de « Ce qu’aimer veut dire » de Mathieu Lindon.

DM à FH

Hey m’sieur not’ président, hésite pas à retouiter ou à faire tien ce touite de ton homologue outre-atlantique. Ce serait bien avant de recevoir les anti-mariages cette semaine. Eh oui, ça tient en 140 caractères. #keepitsimple

Nature et contre-nature

Je cite le blog de Cachou (merci) qui cite Anaïs Nin qui écrit à Henry Miller (attention il faut suivre).

Tu dis: “Je ne peux pas concevoir que l’on arrive à un désir homosexuel par la seule réflexion.” Au contraire, c’est parce que nous avons réfléchi sur les tabous que nous avons pris conscience de leur bêtise. Lorsqu’on a commencé à penser sainement à propos de la morale, on a découvert qu’elle dépendait surtout des modes, et non de principes plus élevés, et lorsqu’on s’est mis à réfléchir sur des actes prétendus “anormaux”, on s’est aperçu qu’on ne pouvait pas les qualifier de contre-“nature”, parce que la nature nous donnait des millions d’exemples d’anormalités bien pires que toutes celles que nous avons pu inventer. C’est la pensée qui nous montre que les sentiments que nous éprouvons à l’égard de certains actes sont le fait d’une éducation (par exemple le puritanisme inculqué par l’ancienne génération anglo-saxonne).

Anaïs Nin et Henry Miller – Correspondance Passionnée (p.146)

Chaque famille est unique

Dimanche il y avait aussi manif’ dans les rues de Paris. Elle avait une sale gueule cette France là. La gueule des sous entendus homophobes sous couvert des « mais j’ai de très bons amis homos ». J’ai comme un doute. Comment pourrait-on être amis avec des gens qui vous refusent des droits. Comment pourrait-on partager un repas avec des « amis » qui considéreraient que vous ne seriez pas en capacité d’élever des enfants ? Personne n’est dupe au final du simple fait que les manifestants de dimanche fantasment sur une famille qui n’existe pas et n’a jamais existé. Chaque famille est unique et il n’existe pas un cadre qui favoriserait plus ou moins les enfants si ce n’est le désir de leur transmettre des valeurs susceptibles de les rendre heureux dans la vie.

Philoo dans « Rentrée Littéraire ».

I will always love you (version 1785)

A Metz, à minuit, le 11 septembre 1785. [...] Je voudrais bien cependant vous dire quelque chose de plus tendre tous les jours, car je sens que ma tendresse augmente toujours. Mais je suis réduit à vous dire sans cesse que je vous aime. Comme c’est froid pour ce que je sens. Plaignons-nous à cette pauvre langue française qui a si peu d’expressions pour l’amitié. Si c’était moi qui l’eus inventée, j’aurais choisi pour une […]

La probité intellectuelle prend le pas sur la controverse

La probité intellectuelle prend le pas sur la controverse. Sainte lumière ! On peut très bien être contre les idées d’un homme sans être forcément contre sa personne. Si telle est la base des conflits qui m’opposent accidentellement aux autres, je n’ai plus de soucis. Ma lettre n’est pas une déclaration d’hostilité. J’y ai dit ce que j’avais à dire. Sans animosité. Chacun est libre de la prendre comme il convient à son bon sens. […]

Il voudrait supplanter Satan

Il s’adresse à l’imam : — Haj Salah, tu es un homme de bien. C’est pourquoi nous faisons appel à toi. C’est vrai, nous n’avons pas été tendre avec les Anciens. Mais ce n’était nullement par insolence. Le monde change et ils refusent de l’admettre… Depuis l’indépendance, notre pays n’a de cesse de régresser. Nos richesses souterraines ont appauvri nos convictions et nos initiatives. Des traîtres se sont amusés à nous faire passer des gourdins […]

Vers une insondable déprime

Les domestiques dînaient à 19 heures, au fond d’une sorte d’alcôve en face des cuisines. Trois hommes et deux femmes mangeaient autour d’une grande table en chêne, aussi inattentifs les uns aux autres qu’une bande de gargouilles. Le jardinier étaient un vieillard desséché, un fagot d’os jetés pêle-mêle à l’intérieur d’une salopette élimée. La tête chenue et l’oeil recru, il mettait plus de temps à porter sa cuillère à sa bouche qu’un louchon à introduire […]

Une famille « normale »

Décidément, Olivier Adam et moi, on a plein de points communs. Hé hé hé. Mes parents étaient ainsi, et Clara leur ressemblait, obsédés par les apparences, terrifiés par tout ce qui dépasse ou dépare, par le qu’en-dira-t-on le jugement. Jamais ils n’auraient pu se résoudre à dire à qui que ce soit que Nathan était alcoolique, cliniquement maniaco-dépressif, autodestructeur et profondément malheureux. Même pas à eux. Même pas alors que ça crevait les yeux. Rien […]

Les yeux des matins trop brutaux

Un auteur déjà cité précédemment que je retrouve dans un ouvrage similaire (un recueil de nouvelles avec de multiples auteurs), et c’est encore un passage d’une de ses nouvelles qui m’a touché. C’est ensuite que j’ai compris que c’était le même que la dernière fois, comme quoi j’ai vraiment un truc avec son écriture. Belle, ciselée, et poétique. Les yeux des matins trop brutaux, après un lourd et trop profond sommeil. Et je me rends […]

Apocalypse bébé (Virginie Despentes)

Apocalypse bébé (Virginie Despentes)

J’ai toujours eu un faible pour Virginie Despentes, mais comme je le racontais déjà quand je chroniquais King King Théorie, c’est plus pour la traductrice, l’auteure de chansons ou l’essayiste que pour la romancière. Ce livre ayant eu le Renaudot, j’ai l’impression qu’elle y a gagné ses lettres de noblesse, et je suis au moins certain que son bouquin va être largement lu. Je n’y vois pas d’extraordinaires qualités littéraires ou même narratives, mais on […]

Une description de La Paulet

Une description de la fameuse maquerelle du Dauphin Couronné qu’on trouve dans les aventures de Nicolas Le Floch. Ah cette langue du 18ème que j’aime tant n’a pas son pareil pour donner vie à cet inquiétant béhémoth. La Paulet tenta de se lever du fauteuil qui l’emprisonnait et retomba essoufflée de son effort dans un nuage de poudre. Il frémit tant la face grimaçante qui le regardait évoquait quelque épouvantable figure de Méduse. Une longue […]

Licence poétique

Longtemps, j’ai parcouru ces villages esseulés des confins de l’Europe. Sous la chaleur immobile de l’été, sous des automnes enluminés de pourpre ou encore sous les cieux transis de l’hiver. Citation extraite de « Capharnahome », un recueil de nouvelles sur la maison, de Bertrand Redonnet. Page 8.

Pensées pour mamie

Est-ce que ça n’est pas trop, m’interroge Théophile, un livre entier juste pour elle, pour elle qui à quatre-vingts ans ne passera pas de rudes hivers. Est-ce que ça n’est pas trop ; votre vie qui s’écrit au royaume des vivants n’a pas besoin d’un meurtre ni d’aucun pacte en marge. Comment lui dire, à Théophile. Que je la sais sénile mais que je veux sa peau, la confier au tanneur, piqueter le parchemin de […]

Des vies qui commencent tôt

« Des vies qui commencent tôt », poursuit-il, libérant d’un gros ruban élastique trois livrets individuels attribués aux enfants Derien, dûment signés par le maire de Bagny, dont celui de la couturière : Republique Française Travail des enfants dans l’Industrie Valentine Derien délivré sous les conditions que l’enfant soit « au moins âgé de treize ans et déclaré apte physiquement », limitation ramenée à douze ans pour ceux qui avaient obtenu le certificat d’études primaires […]