Homocheté verlainienne

J’aime beaucoup écouter le podcast d’Au coeur de l’histoire qui est une émission d’Europe 1 animée par Franck Ferrand. Les sujets sont très variés, souvent divertissants et intéressants, et je trouve que Franck Ferrand a un vrai talent de conteur (quand il ne verse pas trop dans ses élans lyriques…). Cela fait plusieurs fois que je suis agacé par des manières assez spécieuses ou doucement ironiques de parler, ou pas du tout, de l’homosexualité de certains personnages. C’est souvent en filigrane mais je me rappelle avoir été frappé par une émission dédiée à Charles Trenet qui ne parlait pas du tout, mais absolument pas, de son homosexualité. Les moindres insinuations sont tout de suite détournées et désamorcées, ça paraît complètement dingue alors que la présentation explique qu’on va savoir « comment il était à la ville, en privé ».

Bref ! Là c’est un podcast sur « Verlaine emprisonné » qui revient d’abord sur l’histoire de la rencontre entre Verlaine et Rimbaud. Les participants mettent un certain temps à évoquer la relation entre les deux hommes, et je ne veux pas faire mon relou ou mon militant aveuglé, mais ils font tout pour éviter de dire les choses. Du coup l’effet est des plus embarrassant et maladroit, car les voilà à évoquer par métaphore le diable incarné par Rimbaud qui va faire perdre la tête à Verlaine. Et voilà Verlaine qui n’est pas né homosexuel, mais qui y a été « forcé » parce qu’il était laid. Et tous ces sourires intellos que l’on entend, ces allusions étranges qui paraissent expliquer que les deux hommes ne savaient pas vraiment ce qu’ils faisaient (ou alors c’est juste le pédéraste Rimbaud qui a détourné le gentil et amoureux Verlaine).

Ensuite l’émission prend heureusement une meilleure tournure, et les choses sont dites un peu plus rationnellement. Ils finissent tout de même par lire des textes et expliquer que cette passion en était bien une, amoureuse, charnelle et littéraire. Mais pourquoi verser dans un premier temps dans ces malentendus gênés en 2013 ?? Pourtant je suis d’accord, le terme même d’homosexualité n’existait pas en 1873 (il apparaît pour la première fois sous forme imprimée en allemand Homosexualität, en 1869, dans un pamphlet de Karl-Maria Kertbeny) et ne revêtait pas du tout les mêmes réalités sociales ou affectives que cent ans plus tard ou même aujourd’hui. Et je suis même prêt à entendre cette histoire de laideur ou plus certainement le traumatisme d’avoir vécu toute sa vie en compagnie de ses frères morts-nés en bocaux (sa mère était assez facétieuse… aheum). Mais ça n’empêche que le ton utilisé et cette négation de la bisexualité de Verlaine m’ont énormément décontenancé. Ils ont cité à la fin le film avec DiCaprio et Thewlis comme étant une excellente illustration de leur relation, eh bien du coup ça me parait bien plus explicite.

— […] C’est là que le diable rentre dans la bergerie [en parlant de Rimbaud qui va dormir chez Verlaine]

— Le moins qu’on puisse dire c’est qu’il avait déjà quelques pions le diable dans cette bergerie là. On peut dire que Verlaine était déjà sur une mauvaise pente en quelques sortes ?

— Oui il était sur une mauvaise pente car c’est un maudit dans tous les sens du mot Verlaine, bien au-delà de cet épisode, Verlaine est prisonnier de nombreuses cages, et sa première cage c’est sa laideur. C’est une chose qui l’accompagne du jour de sa naissance, jusqu’au jour de sa mort. […] Verlaine n’est pas né homosexuel, il l’est devenu, parce qu’entre l’âge de l’adolescence et 18 ans, seules les prostituées seront son recours, car il accumule les échecs avec les femmes. Et puis quant à la femme de sa vie, on en reparlera, la seule, celle qui était la femme idéale : elle va mourir.

Extrait de l’émission Au coeur de l’Histoire sur Europe 1 – Verlaine emprisonné – Franck Ferrand

Verlaine et Rimbaud

Alerte Rouge : Terrible vague d’homophobie en Russie

Le pire c’est que cette « vague » non seulement passe médiatiquement inaperçue, mais n’est surement pas qu’une vague. Ce torrent de haine est fruit de l’application de lois votées par le gouvernement, le tout sur un fond de crasse homophobie aux relents fascisants, et c’est un déferlement sans fin de violences qui s’abattent sur nos frères et soeurs homosexuel(le)s russes.

Cela fait des mois que ça dure, que la pression monte de tous les côtés à Moscou et ailleurs, on voit à présent que les violences se déchaînent en tout impunité. Le gouvernement ayant clairement exprimé son homophobie dans des décrets qui définissent l’homosexualité comme une déviance et une perversité dont la société doit se prémunir par tous les moyens. Ce sont les plus homophobes, les xénophobes, les ultradroitistes et fascistes à qui on vient de donner toute liberté de nous assassiner, de nous éradiquer, de torturer les jeunes, de terroriser les militants.

Le miroir est trop évident pour ne pas nous rendre compte de ce à quoi nous avons échappé en France. Si la loi en faveur du Mariage pour Tous n’était pas passée, si les manifestations pour l’homophobie avaient fait flancher notre majorité, nous aurions donné un signal similaire dans notre pays de liberté, d’égalité et de fraternité. Vous les avez vus déjà dans les défilés et les manifestations, ces groupuscules d’extrême-droite à l’homophobie chevillée au corps et à la haine écumante au coin des lèvres. Même avec cette victoire du Mariage pour Tous, nous avons vu se relever les factions religieuses homophobes de toutes obédiences et de toute véhémence. L’opprobre nous est de nouveau jetée en pleine face, et la tête haute, appuyée et justifiée par des mouvements politiques qui heureusement ne sont pas actuellement au pouvoir. On imagine aisément que s’il y avait eu un doute dans la majorité ou un renoncement aussi minime soit-il c’est la boite de Pandore, telle qu’on la voit en Russie, qui se serait ouverte sur nous.

La violence se déchaîne aussi en France, dans les actes avec ces simulacres de militants qui manipulent et exsudent leur rejet de l’autre, dans les paroles rétrogrades aux effluves de morales médiévales et faussement bien-pensantes, dans une sourde homophobie ordinaire qui est selon moi la plus dangereuse qui soit. En période de crise globale telle celle dans laquelle nous nous débattons actuellement, on cherche le bouc-émissaire, on sent les sangs s’échauffer, on pressent le liant social décrépir, et les anciennes terreurs resurgir.

Avec une homophobie un peu moins ordinaire, un pouvoir simplement équivalent à celui de notre opposition politique et une société un peu plus décatie, la Russie nous ouvre la voie vers les pogroms et le retour à un ostracisme d’état. Il suffit de voir ces photos des attaques des manifestants LGBT, ces visages tuméfiés, ces exactions au vu et su de tous, ces hommes et femmes rejetés, blessés, niés et reniés par leurs prochains. Et comme si ce n’était pas suffisant, on apprend que des jeunes gays sont piégés par des skinheads homophobes via des petites annonces sur des médias sociaux. Ils sont ensuite malmenés et torturés, et tout cela est visible sur Youtube… Voilà où nous en sommes, voilà l’ultime aboutissement des manifs pour tous et consorts.

Ces attaques contre les jeunes sont l’image même d’un retour en arrière vertigineux. Avec cela, jamais plus on ne pourra dire « It gets better« . Ce mouvement qui il y a trois ans a ouvert la voie vers plus de tolérance et d’acceptation de soi, il me paraît à présent dérisoire tant que des choses pareilles ont lieu dans un pays qui nous est si proche. Et je me sens tellement immobile, inutile et incapable, ça me bouffe !!! Putain des p’tits jeunots qui se font torturer parce qu’ils sont gay !!! Ce n’est pas possible !! Pas là, pas aujourd’hui, pas eux !

Grândola, Vila Morena – Zeca Afonso

Shine another glass, make the hours pass

J’ai passé une bonne partie de l’année 1996 à Newcastle upon Tyne en Angleterre, et j’en garde un souvenir prégnant. Il faut dire que l’année des 20 ans est rarement anodine, et d’autant plus que je vivais depuis quelques mois seulement mon homosexualité de manière heureuse et épanouie. J’avais évidemment rencontré l’amour de ma vie quinze jours avant de partir, et il m’a largué comme une merde un mois plus tard (huhuhu).

Je finissais mon DUT en Génie Electrique là-bas, et j’ai bossé 6 mois dans une petite boite d’électronique près de la mer. Newcastle et son coin forment une région qui a été décimée par la fin de l’industrie lourde anglaise, et les séquelles et marques de ces crises étaient encore bien visibles. J’avais 19 ans quand je suis arrivé, et c’était la première fois que je quittais mes parents et mon environnement familier, donc tout m’a paru extraordinaire et incroyable, en plus de l’apprentissage de la langue qui était un défi supplémentaire. J’adorerais retourner là-bas en pèlerinage, et j’y songe très sérieusement d’ici trois ans (pour les vingt ans quoi* ! Je suis très à cheval sur les anniversaires…).

J’avais adoré surtout l’Ecosse qui se trouve à une centaine de kilomètres au nord de Newcastle avec la splendide Edimbourg. Mais côté Angleterre vers Newcastle, j’ai extrêmement envie de revoir le fascinant mur d’Hadrien (frontière nord de l’Empire Romain à l’époque de l’empereur du même nom). Et plus à l’ouest, j’avais passé de très bons moment dans le Lake District (parc national britannique de toute beauté). J’avais visité tout cela grâce à une rencontre complètement inopinée, mais particulièrement importante dans ma vie, avec un type de la boite dans laquelle je travaillais. J’avais sympathisé avec Brian, et il avait bien senti que j’étais un petit pédé tout candide qu’il fallait déniaiser. Il avait quarante ans et un mec, et il n’y a jamais rien eu entre nous que de l’amitié, et un petit truc senpai & kōhai tout à fait innocent

On est rapidement devenu très pote, et il m’a été d’un grand secours, quand j’ai passé quelques moments difficiles si loin de chez moi. Evidemment je vous parle d’un temps… Bref j’ai découvert l’email durant mon séjour (l’Université de Northumbria nous en avait affecté un automatiquement), mais… je ne connaissais personne en France avec un email, donc je ne m’en suis jamais servi !!! Mouahahaha. Après que je me sois fait larguer et que je broyais du noir, Brian me disait qu’il aimait beaucoup Edith Piaf, et surtout les versions anglo-saxonnes de ses chansons. Il m’avait offert un album de Piaf pour me réconforter (je disais que ne pas parler ou entendre le français me manquait énormément, et c’était vrai) où on trouvait ces chansons, et surtout celle-ci qui m’a marqué, lovers for a day version anglaise des Amants d’un jour.

J’aime cette chanson car elle me rappelle sans coup férir cette expérience, et parce que je trouve qu’elle est un des rarissimes exemples où la version anglaise est supérieure à la version française. Les rimes, le vocabulaire, la narration et les différences entre les deux versions ne souffrent pas la comparaison selon moi.

Lovers for a day – Les Amants d´Un jour – Edith Piaf

Shine another glass make the hours pass
Working every day in a cheap café
Who am I to care for a love affair?
Still I can’t forget I can see them yet

They came hand in hand, why can’t I forget?
For they’d seen the sign that said « Room to Let »
The sunshine of love was deep in their eyes
So young, oh so young, too young to be wise
They wanted a place a small hideaway
A place of their own if just for one day

The walls were so bare, the carpet so thin,
But they took that room and heaven walked in
And I closed the door and turned to depart
With tears in my eyes and tears in my heart

Shine another glass make the hours pass
Working every day in a cheap café
Who am I to care, one more love affair?
Love is nothing new I have work to do

We found them next day, the way they had planned
So quiet, so cold, but still hand in hand
The sunshine of love was all they possessed
And so in the sunshine we laid them to rest
They sleep side by side two children alone
But I’m sure they’ve found a place of their own

So why must I see the ribbon she wore
The glow on his face as I closed the door
Be still children, still, your shadows may start
The tears in my eyes and tears in my heart

Shine another glass make the hours pass
Working every day in a cheap cafe
Evrything is fine ’till I see that sign
How can I forget — it says « Room to Let »

19 ans… Et pour vous donner une idée, voilà le scan d’une photo dans le « Lake District ». Vous admirerez mon look de l’époque avec pantalon à carreaux écossais jaunes et Caterpillar, et pull torsadé C&A. MOuahahaha. (Demandez à des vieux, ou souvenez-vous je suis assez raccord avec l’époque en fait !!) Me voilà en peine affirmation de soi !!! We’re here, we’re queer, get used to it!!!

Matoo au Lake District - 1996

*Oui oui et mes quarante ans donc. Mein gott…

La méthode de Heimlich, et le reste…

Vous avez sans doute déjà entendu parler de la méthode de Heimlich, mais oui vous savez bien ! Quand quelqu’un étouffe et a un bout de barbaque coincé dans la gorge, il faut venir derrière et mettre ses bras autour de son ventre, et remonter énergiquement. Cela peut permettre de faire une pression avec l’air qui est dans les poumons pour expulser ce qui obstrue les voies respiratoires, et ce geste sauve concrètement des milliers de gens depuis pas mal d’années. On doit cette méthode au docteur du même nom, Heimlich donc.

Un des chroniqueurs de Radiolab a été sauvé par cette méthode alors qu’il était gamin, et il a cherché pour le podcast à en savoir un peu plus sur le docteur Heimlich. Comme lui, j’avais intuitivement l’idée qu’il s’agissait d’un type allemand qui nous avait pondu ça au 19ème siècle… En fait pas du tout, c’est un fringant médecin de 93 ans qui vit encore aujourd’hui à Cincinnati. Et la méthode en elle-même date de 1974 !!!! Comme d’habitude avec Radiolab c’est un podcast passionnant et très émouvant. Impossible de décrocher avant la fin tant cette interview du médecin (car il est allé voir et parler au docteur) est intrigante et finement menée.

[source du podcast]

On apprendra donc que Heimlich a d’abord inventé des trucs super utiles pour les soldats sur le front, et notamment un système très simple qui permet d’éviter que des blessés étouffent à cause du sang qui se trouve dans leurs poumons. C’est un tube qui ne laisse passer le liquide que dans un sens, et qui est encore aujourd’hui couramment vendu. Autant dire qu’avec en plus sa méthode, le Dr Heimlich est une sorte de bienfaiteur de l’humanité. Il explique comment il a eu cette idée de « méthode » et la manière dont il l’a d’abord testé sur un chien.

Et puis, ça se gâte… Et en cela Radiolab est encore fichtrement doué, parce que la suite c’est que le bon docteur après toutes ses merveilleuses trouvailles se concentre depuis sur des voies scientifiques un peu plus dérobées. Il promeut notamment sa méthode Heimlich pour l’asthme ou les noyés, ce qui est décrié par tous les scientifiques actuels. Mais encore plus « énorme » : le docteur Heimlich pense dur comme fer que la malaria pourrait aider à guérir cancer et Sida… Il s’en explique dans le podcast, et affirme sans ciller que les gens sont rétifs parce que ce serait une solution trop « simple » à un problème qui nous dépasse tous. Son propre fils, effrayé par les agissements et nouveaux champs d’investigation de son père, a fomenté sa décrédibilisation médiatique pour le raisonner. Mais le Dr Heimlich a l’air encore bien persuadé du bienfondé de ses recherches (et le pire c’est que ses exploits passés pourraient aussi nous influencer dans son sens).

La conclusion est d’autant plus cynique puisque l’on apprend que la méthode Heimlich en elle-même a vu son efficacité relativisée, et certains pays ont modifié leurs protocoles d’urgence pour l’éviter ou y recourir dans des cas très spécifiques. Finalement débaptisée (en Abdominal thrusts) la méthode reste pourtant dans nos esprits bien liée au nom de son inventeur. Et voilà comment en quelques minutes, on se réjouit et on tremble d’émotion au récit de ce héros-médecin des temps modernes, avant de retomber dans une triste et prosaïque déconstruction d’un joli mythe.

Méthode de Heimlich

Sodomythes et virilités

L’émission « Pas la peine de crier » sur France Culture consacre sa semaine à l’homme, et ça commence par une intéressante prise de tête sur la distinction entre masculinité et virilité. On trouve donc deux vocables alors qu’en face il n’y a que féminité à opposer, et les protagonistes de l’émission, Marie Richeux et son invité Thierry Hoquet, s’interrogent sur cette notion de virilité. On en vient à parler des homosexuels, et Thierry Hoquet développe des remarques assez intéressantes sur le sujet, et souvent justement remis en question par Marie Richeux (parce que le type a tendance à aller, je trouvais aussi, un peu vite en besogne).

Thierry Hoquet arrive très rapidement à évoquer les différents codes gay très virils qui contrastent avec des pratiques sexuelles qui sont dans la société considérées comme « anti-viriles » au possible. On est sur France Culture donc au moins on parle de sodomie sans ambages, et le mot est clairement et simplement dit. J’ai trouvé très intéressant que pour cet auteur, l’émergence d’un Guillaume Dustan ou Erik Rémès a été le début de l’exposition publique de personnages homos différents des clichés des époques passées, conciliant quelque part virilité et homosexualité.

Distinguer masculinité et virilité, Acte I – France Culture – Marie Richeux et Thierry Hoquet – 04/03/2013

Ensuite, ils évoquent le porno et l’égalité de fait qui réside dans le porno gay, malgré les attitudes domi/soumis classique de (respectivement) l’actif/passif. Là j’ai évidemment aussi repensé à mon article sur l’image des femmes dans le porno qui est un sujet qui m’avait déjà bien fait cogiter. Et à ce sujet, ils vont un peu vite (mais l’émission n’était pas à ce propos) parce que dans le porno gay aussi, et dans notre communauté donc, on a tendance à reproduire ce même opprobre des passifs dévirilisés par rapport aux actifs plus « homme ». J’ai aussi déjà devisé sur ce sujet des tops ou bottoms

Ce qui est intéressant dans l’extrait suivant c’est cette question sur le fantasme ultime des hommes de sodomiser leur partenaire, tandis que l’inverse est impensable. Pourtant nous sommes bien tous également capables dans ce domaine, et hommes et femmes sur le coup totalement égaux. Donc le summum de la virilité serait que les hommes hétérosexuels se fassent sodomiser par leurs compagnes. Hu hu hu. Et c’est tellement d’actualité (via Embruns) !!

Distinguer masculinité et virilité, Acte I – France Culture – Marie Richeux et Thierry Hoquet – 04/03/2013

La conclusion ci-dessous remet un peu les pendules à l’heure, et Thierry Hoquet explique que la virilité est une volonté de s’assumer dans l’existence et que ça n’a finalement rien à voir avec masculinité ou féminité. Ce n’est donc qu’un sexisme sémantique de plus que nous avons besoin de déconstruire et réinventer pour enfin se libérer de nos carcans. Ce que j’aime aussi beaucoup dans ses exemples de virilité non conventionnelle, comme Ripley ou Frodon, c’est que ce sont aussi des personnages cryptogay/lesbien ou largement iconifiés en tant que tel. Mais cela nous entraîne sur d’autres discussions… Hé hé hé.

Distinguer masculinité et virilité, Acte I – France Culture – Marie Richeux et Thierry Hoquet – 04/03/2013

Grândola, Vila Morena

Je suis tombé sur ce touite hier qui explique et montre que des militants anti-rigueur (le Portugal vit une politique d’austérité drastique qui réduit énormément les budgets publics) ont entonné le fameux Grândola, Vila Morena coupant la chique du Premier Ministre en plein hémicycle. J’ai découvert cette chanson emblématique de Zeca Afonso dans le film « Capitaine d’Avril » de Maria de Medeiros qui raconte la révolution des Œillets portugaise du 25 avril 1974. C’est une de ces chansons militantes qui racontait un épisode de fraternité et solidarité dans la ville de Grândola, et qui avait été censurée puisque trop bel exemple d’attitude communiste pour le gouvernement salazariste. Lorsque le mouvement des capitaines (c’est une partie de l’armée qui a libéré le Portugal) a lancé l’offensive, ils ont joué cette chanson à la radio comme symbole du changement et illustration de leur lutte.

https://twitter.com/lio_l/status/302475232982212608

Je connais peu la situation au Portugal ou le rapport des portugais à cette chanson qui n’est pas l’hymne national non plus, mais j’imagine qu’il était impossible de faire taire ces militants. Cette chanson incarne la révolution des Œillets et les idéaux portés par celle-ci, elle est à la base même de ce qu’est devenu le Portugal depuis la fin de la dictature. C’est un peu comme si on se mettait à chanter la Marseillaise dans l’hémicycle, je pense que personne ne saurait comment réagir, et serait aussi gêné que ce Premier Ministre. Mais autant la Marseillaise est un chant guerrier auquel j’ai du mal à adhérer (à replacer somme toute dans son contexte), autant Grândola, Vila Morena est une chanson d’une troublante beauté. Il faut dire que j’ai un grand amour de la langue portugaise, et là les paroles et cette musique très simples prennent immédiatement aux tripes. En outre, la solennité et la dignité qui s’en dégagent renforcent encore son impact.

Grândola, Vila Morena – Zeca Afonso

Grândola, vila morena
Terra da fraternidade
O povo é quem mais ordena
Dentro de ti, ó cidade
Dentro de ti, ó cidade
O povo é quem mais ordena
Terra da fraternidade
Grândola, vila morena
Em cada esquina um amigo
Em cada rosto igualdade
Grândola, vila morena
Terra da fraternidade
Terra da fraternidade
Grândola, vila morena
Em cada rosto igualdade
O povo é quem mais ordena
À sombra duma azinheira
Que já não sabia a idade
Jurei ter por companheira
Grândola a tua vontade
Grândola a tua vontade
Jurei ter por companheira
À sombra duma azinheira
Que já não sabia a idade

Grândola, ville brune
Terre de fraternité
Seul le peuple ordonne
En ton sein, ô cité
En ton sein, ô cité
Seul le peuple ordonne
Terre de fraternité
Grândola, ville brune
À chaque coin un ami
Sur chaque visage, l’égalité
Grândola, ville brune
Terre de fraternité
Terre de fraternité
Grândola, ville brune
Sur chaque visage, l’égalité
Seul le peuple ordonne
À l’ombre d’un chêne vert
Dont je ne connaissais plus l’âge
J’ai juré d’avoir pour compagne
Grândola, ta volonté
Grândola, ta volonté
J’ai juré de l’avoir pour compagne
À l’ombre d’un chêne vert
Dont je ne connaissais plus l’âge

[Source Wikipédia]

Je vous conseille encore une fois le film « Capitaines d’Avril » qui raconte cette journée extraordinaire du 25 avril 1974 qui a vu une poignée de capitaines (les généraux et autres gradés étaient complices ou soumis à la dictature) renverser ce gouvernement fascisant (régime autoritaire, conservateur, catholique et nationaliste), au pouvoir depuis 1933. J’ai toujours été épaté de cette révolution par son ampleur et son souffle de liberté, mais aussi parce que pour une fois l’armée libère le peuple, et ne s’en sert pas pour prendre le pouvoir et placer une junte à la tête de l’état. Non seulement ce fut une révolution qui n’a pas versé une goutte de sang mais elle a aussi eu le mérite de proposer une concorde nationale et une incroyable transition démocratique.

C’est aussi génial que surprenant quand on réalise comme ce pays a été muselé, comme la police secrète (la PIDE) a épié, enfermé, torturé, censuré ce peuple. On imaginerait une forme de vengeance ou bien un « nettoyage » de l’état, des dignitaires, et des administrations en place, même si cela mène forcément à une « Terreur » comme nous l’avons vécu dans notre pays dans les années (17)90. Au lieu de cela, le choix qui a été fait, et dont je ne reviens toujours pas, c’est de « pardonner » et d’accepter, pour éviter le bain de sang ou la guerre civile, que la démocratie s’instaure mais sans bouleverser les forces en présence. Ainsi les généraux salazaristes sont restés en l’état, et j’imagine que les collabos et les oligarques d’hier sont encore aujourd’hui en place (ou comme dans toute « bonne » société occidentale moderne — et donc népotiste — leurs enfants et petits-enfants). Mais quelle révolution !!!

Physician, heal thyself

Radiolab est un podcast américain célébrissime qui dégote régulièrement des curiosités de notre quotidien, et les présente à l’aune des connaissances scientifiques actuelles. Mais leur truc c’est de faire dans la science ultra-vulgarisée et accessible, et dans des domaines d’une incroyable diversité (écologie, physique, mathématique, philosophie, éthique, sociologie, et j’en passe).

J’ai été interpellé par cet épisode parce qu’il se base sur un résultat de sondage plutôt flagrant, et que les conséquences ont un potentiel assez troublant si on s’y penche un peu ! Tout part de ce constat un peu dingue : on demande à des gens quels genres de traitements ils seraient d’accord de recevoir s’ils étaient en danger de mort imminente et avec le cerveau endommagé (mais pas complètement). Et on leur propose de donner leur avis concernant les actions suivantes : massage cardiaque, aide respiratoire, dialyse, chimiothérapie, chirurgie lourde, alimentation par sonde, transfusion sanguine, antibiotique, hydratation par intraveineuse, antidouleurs (analgésiques). Si on pose la question à un quidam, par réflexe il dit que tout est acceptable pour survivre, mais les médecins interrogés répondent à plus de 80% non à tous les traitements proposés, sauf les antidouleurs.

Quand on creuse, on comprend bien que le massage cardiaque lorsqu’il fonctionne (pourcentage infime) laisse souvent les gens dans des états peu enviables. Et similairement, certains traitements sont parfois plus difficile à vivre, et ne feront que prolonger et jamais guérir, que la maladie elle-même. Bref, j’imagine que les médecins, et surtout ceux qui fréquentent les milieux hospitaliers, sont tellement en contact avec la maladie, et des traitements invasifs et pénibles qui y sont afférents, qu’ils préfèrent se passer de ce qui constitue une partie non négligeable de leur activité.

Bon après c’est un drôle de raccourci vers des chemins qu’il vaut mieux emprunter avec circonspection. Mais je comprends qu’on veuille à partir d’un certain âge ou pour certaines maladies renoncer à un acharnement thérapeutique.

La différence est une force

Je remontais la rue Oberkampf en fin d’après-midi sous cette pluie qui ne discontinue pas depuis ce matin. J’avais pas mal d’idées en tête, mais j’entendais principalement cette chanson d’Otis Redding que j’adore avec le ploc ploc des gouttes de pluie sur ma capuche. Dans la rue désertée par les parisiens, avec cette fin de journée de solstice bien morne, humide et sombre, on me promettait du changement dans les écouteurs.

It’s been too hard living but I’m afraid to die
‘Cause I don’t know what’s up there beyond the sky
It’s been a long, a long time coming
But I know a change gonna come, oh yes it will

A Change Is Gonna Come – Chanson de Sam Cooke (1964) interprétée par Otis Redding.

La chanson est en référence à son auteur, Sam Cooke, et sa lutte pour l’égalité des droits civiques aux USA.

Qui dit rue Oberkampf dit évidemment Le Mur et sa fresque changeante. Il se trouve qu’elle était aussi en écho avec le reste.

La différence est une force

En ce moment tout me ramène au mariage pour tous, avec en ce moment un incroyable déferlement d’homophobie plus ou moins « ordinaire », et une envie de plus en plus prégnante de faire avancer les choses. J’ai aimé cette phrase car elle rappelle bien que le but n’est pas tant de se conformer ou de s’hétéronormaliser en requérant comme cela le mariage, puisque notre seule quête est celle vers l’égalité. Ni plus, ni moins. Le but est bel et bien d’imprimer en notre société le principe que les couples, quels qu’ils soient, sont égaux en droits, en valeurs, en bienséance ou bienfondé. Il n’est pas question de reproduction, procréation, altérité ou différentiation, il n’est question que d’amour, de solidarité, de projet commun et de la fondation d’une famille. Il est important que l’Etat reconnaisse et affirme que tous les couples doivent être égaux. Le it’s ok to be gay va plus loin qu’une simple tolérance, et par là nous aurons une véritable acceptation de ce que nous sommes, et nous sommes des gens vachement bien.

Cela ne va pas non plus révolutionner le pays, comme cela n’a pas révolutionné l’Espagne ou le Portugal, on va d’ailleurs (heureusement) garder nos anticonformistes farouchement antimatrimoniaux, ce qui est un vrai manifeste pour certain(e)s. On aura juste la chance d’être officiellement reconnu comme des citoyens français comme les autres. Avec nos différences, ces différences qui sont notre richesse et notre force.

Dean Can Dance au Grand Rex

J’ai appris que le concert avait lieu alors qu’il n’y avait déjà plus de place. Mais j’ai eu une chance énorme car des amis m’ont proposé in extremis de racheter la place d’un de leurs potes qui ne pouvait pas venir !!!! Et quel concert c’était !!

J’ai connu Dead Can Dance en 1995 avec l’album live « Toward the Within » qui reste une grande référence du groupe pour moi. D’ailleurs pas mal de morceaux ont été joués ce soir là aussi. Et dès que retentit un air connu, la salle se soulève comme un seul homme. Dead Can Dance est un groupe principalement composé des deux interprètes d’exception : Lisa Gerrard et Brendan Perry. Chacun poursuit une carrière solo (Lisa Gerrard notamment est très célèbre en dehors du duo) mais c’est lorsqu’ils sont réunis que la magie opère.

Difficile de décrire cette musique que l’on classe dans la section « World music » le plus souvent. C’est clairement très indépendant et aux sonorités plutôt traditionnelles, mais on y perçoit aussi des élan « New Age » ou électro à d’autres égards, des variations uniques qui portent sur les voix extraordinaires des interprètes (qui chantent parfois sur des paroles inventées, choisies pour leurs sonorités, ou improvisées). Parfois on dirait de la musique médiévale ou tour à tour chamanique, comme des prières ou de mystérieuses formules magiques !!

Le concert m’a scotché dès les premières secondes et ne m’a plus lâché jusque la fin. Ce fut un moment unique, magique et fantastique. La scénographie est assez simple et consiste surtout en de savants jeux de lumière qui soulignent les apparitions de la chanteuse (elle est teeeeeellement diva et teeeeeellement star la Lisa !!!), mais la qualité du concert repose avant tout sur les interprètes et leurs extraordinaires talents. Les voix sont toujours aussi puissantes et possédées par ces chants hypnotiques et superbes. Je n’ai pas grand-chose à dire de plus tant c’est à vivre plus qu’à raconter.


Rakim – Dead can dance


Yulunga – Dead Can Dance

Dean Can Dance au Grand Rex

13h00

Hier je me suis introduit dans une conversation touitesque car cette remarque de David Lebovitz m’a fait rire quant aux français et aux horaires adéquats pour les appeler le matin. C’est vrai que la notion même de grasse matinée est à priori tout à fait gauloise, et je reste sans vergogne au lit jusque 12, 13 ou 14h quand je ne bosse pas.

A chaque fois, j’ai quelques regrets car la journée est plus qu’à moitié entamée lorsque je daigne m’extraire de ma couette, mais c’est tellement bon !!!!! Ma môman sait bien qu’elle n’aura sans doute pas de réponse avant 13h si elle tente de me joindre un jour sans boulot. Elle m’a justement appelé le 21 pour me souhaiter ma fête (oui JE M’APPELLE EN FAIT MATHIEU !!!) et je ne bossais pas. Elle prouve qu’elle a bien intégré cette règle tacite. On reconnaît encore ce ton qu’elle a sur tous ses messages et qui me fait beaucoup rire. Huhu.