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(The Booklovers – The Divine Comedy)
La conjuration des imbéciles – John Kennedy Toole
Il s’agit sans conteste de mon livre fétiche, un bouquin que je relis régulièrement et que je pense avoir déjà dévoré une vingtaine de fois depuis une dizaine d’années que je le connais. Il est arrivé à un moment charnière de mon existence et ce n’est pas anodin s’il est resté une sorte de jalon dans les découvertes culturelles que j’ai pu faire à l’époque, et dans mon cheminement personnel global. Stéphanie, une de mes muses (voire mentor) de l’époque, me l’avait conseillé et ce fut une vraie révélation.
J’avais été autant sensible à la qualité intrinsèque du roman qu’à l’histoire bien singulière de son auteur. Un homme qui s’est suicidé en 1969 à l’âge de 32 ans parce qu’il se pensait un écrivain raté (le manuscrit avait été refusé partout), et dont la mère a opiniâtrement cherché à faire connaître l’oeuvre. Résultat : en 1981, le roman est récompensé du Prix Pulitzer ! Il avait mis une telle avant-garde dans son écriture qu’il n’est pas étonnant que les éditeurs de l’époque n’aient pas pris ce risque, mais encore aujourd’hui le roman parait avoir été écrit cette année tant il est actuel dans le ton, les personnages, l’intrigue et la peinture au vitriol des USA.
L’histoire c’est celle de Ignatius Reilly qui est un énorme bonhomme, grosse feignasse et éternel étudiant, qui vit avec sa maman. Le roman a pour toile de fond la Nouvelle Orléans et son lot de personnages marginaux complètement déjantés. Ignatius est petit à petit impliqué dans un tas d’histoires abracadabrantes avec un policier minable, un balayeur noir aux grandes lunettes noires, une tenancière d’un bouge et pornographe à ses heures, une artiste de music-hall aussi idiote que minable, une tapiole complètement hurlante et fanatique de déguisement, un groupe de lesbiennes plus dangereuses que des racailles en furie, une militante du sexe en tant que force politique et j’en passe ! En outre, il est contraint par sa mère à trouver un emploi dans cette ville, et nous suivons son évolution professionnelle de vendeur de hot-dogs à employé des « Pantalons Lévy ». Dans cette dernière entreprise, il faut noter le personnage de la vieille secrétaire Miss Trixie, grabataire et sénile mais tenue en activité par Mme Lévy en personne, qui reste cultissime pour moi, tant j’ai ri à la lecture des passages la concernant.
Le roman foisonne d’idée et de saynètes plus drôles et cocasses les unes que les autres. Outre cela, les personnages décrits sont une superbe critique de la société américaine et au final un remarquable tribut à la Nouvelle Orléans. Et puis Ignatius est fantastique et fascinant, on le déteste du début à la fin et vraiment il n’y a rien pour l’amender, mais il est irrémédiablement le héros du roman. Un héros anti-héros qu’on célèbre et qu’on abhorre en même temps !

De chair et de sang – Michael Cunningham
Un deuxième bouquin fétiche mais que je ne peux pas trop relire, tant il me fait passer par des émotions intenses. La lecture de ce livre est un phénomène terrible pour moi vu comment je m’identifie aux personnages et aux situations. Il s’agit d’une grande saga familiale qui démarre à l’arrivée d’un immigrant grec, et dont on suit le cheminement aux US. Michael Cunningham autopsie au scalpel cette famille (la femme et les enfants de ce grec immigré) et raconte leur histoire sur des dizaines d’années, phase après phase. L’approche est très psychologisante mais tout passe par le roman et l’intrigue. Certaines scènes sont d’une incroyable puissance, et je m’identifie beaucoup à l’homo du roman : Will. Brillant, fascinant et dérangeant de lucidité.

L’agneau carnivore – Agustin Gomes Arcos
Je l’ai lu et relu celui-ci, un livre dont l’écriture m’avait captivé et le style ensorcelé. On sentait même dans la traduction les accents sous-jacents et le rythme des phrases espagnoles. Il s’agit d’un roman à l’intrigue singulière et fascinante, l’histoire de deux frères en même temps qu’une passion amoureuse dévorante qui va bien plus loin que la fraternité. Inceste donc, mais vécu comme un amour si pur, sincère et beau qu’on en oublie la bizarrerie. Une famille espagnole qui va avec, une mère toute droite sortie d’Almodovar, dans une époque franquiste tout aussi particulière. J’avais été très affecté d’apprendre que le livre était épuisé et non réédité. Si vous ne l’avez jamais lu, c’est probablement trop tard, et cela me fend le coeur.

Chronique d’un Eté – Patrick Gale
Lu pendant la période bloguesque. Un roman très fort et à forte connotation gay vu que le principal personnage est homo (et trompe sa soeur avec son beau-frère). Avant tout une histoire de famille avec une mère atteinte de la maladie d’Alzheimer, et surtout deux épisodes séparés de trente ans qui figure un petit garçon, devenu le personnage principal, et encore troublé par un drame survenu à l’époque. Encore un bel exemple de drame psychologique familial tel que j’aime à lire et à m’identifier.

Les extraordinaires aventures de Kavalier et Clay – Michael Chabon
Lu pendant la période bloguesque. Un gigantesque roman qui couvre de 1939 à 1954 les existences de deux créateurs (fictifs) de comics à New York, à la grande époque des comics américain. Kavalier et Clay sont deux cousins à l’incroyable destinée et aux passionnantes aventures dans ce monde naissant de la bédé. Les deux personnalités sont aussi bien fouillées et le côté humain n’est pas du tout en reste. Un roman d’une classe supérieure.

Le monde selon Garp – John Irving
Le premier Irving que j’ai lu, et qui m’avait tant émerveillé, que j’ai depuis lu tous ses romans. Il s’agit de l’histoire la plus fantasque et picaresque, celle de Garp qui raconte simplement sa vision du monde. Le roman est fou et épique, il foisonne d’idées et de vitalité, il fait parti de ces romans brillants que seuls les américains savent écrire. La plume de John Irving distille en outre un style incroyable à ses histoires, et la vie de Garp laisse des empreintes profondes, et visibles bien après la lecture. Et j’en ai aimé bien d’autres de l’auteur, parfois presque aussi marquants (notamment : L’oeuvre de Dieu, la part du diable).

Avicenne ou la route d’Ispahan – Gilbert Sinoué
Relu pendant la période bloguesque. Je bouquine régulièrement ce roman qui me fait du bien et me stimule comme j’aime. Il s’agit de la « vie » du grand médecin perse et musulman : Ali Ibn Sina, plus connu en occident sous le nom : « Avicenne ». A travers les récits de son disciple, nous suivons ses aventures incroyables dans toute la Perse et au-delà. Le livre est un délicat mélange entre les péripéties de l’aventurier et les guérisons du « prince des médecins », le tout raconté avec le charme des récits orientaux et une plume tout à fois docte, historique, philosophique et romanesque.

Ainsi va le jeune loup au sang – Christophe Donner
Lu pendant la période bloguesque. Un des rares écrivains que je considère typique de la plume française contemporaine, qui normalement n’est pas ma tasse de thé. Mais avec « L’empire de la morale » ce sont les deux livres de Christophe Donner qui m’ont marqué. D’abord par le style et l’écriture de ce type qui écrit des choses qui s’impriment en moi aussi naturellement que si je les avais pensées. Ensuite, j’ai été bouleversé par ces récits et, il faut l’avouer, l’identification avec des personnages décrits, voire l’auteur lui-même (peut-être à tort, mais c’est l’effet qui compte !).

Amour, prozac et autres curiosités – Lucia Etxebarria
Relu pendant la période bloguesque (allez sur le lien juste pour se rendre compte de comment je parlais des bouquins à l’époque, c’est risible !!). Cette auteure écrit avec une verve qui m’a tout de suite aiguillonné. Outre cela, ses personnages sont torturés et viennent de familles tout aussi perturbées. Juste ce qu’il faut pour me plaire ! Il y a dans ce roman un souffle de movida qui fait irrémédiablement penser à Almodovar. Même avec la traduction française, on sent les expressions et la fougue de la langue espagnole dans cette histoire passionnée et passionnante de trois soeurs aux destinées singulières.

Les grands singes – Will Self
Relu pendant la période bloguesque. Will Self est un auteur anglais que j’aime beaucoup, autant pour son style irréprochable que pour les histoires qu’il narre avec beaucoup de talent. Mais le place ce bouquin là au-dessus du lot. En effet, il nous fait pénétrer dans un monde parallèle et incroyable avec tellement d’aplomb et de science que l’on en vient à douter avec le héros de sa propre santé mentale. Son héros, Simon, est un artiste contemporain de renom qui prend une ecsta de trop après un vernissage, et qui tape un bad trip de chez bad trip. Il se réveille le lendemain et constate qu’il est un singe, ainsi que tous les hommes qui l’entourent. Il est alors emmené en hôpital psychiatrique puisqu’il se prend pour un homme. Là un éminent psychiatre (singe donc) va essayer de le convaincre de sa chimpanité. Bref, la métaphore est filée jusqu’au bout, jusqu’à un point impensable même !

Le langage perdu des grues – David Leavitt
Lu pendant la période bloguesque. Ce bouquin m’avait beaucoup plu parce qu’il était bien écrit, mais surtout parce qu’il s’agissait encore d’une de ces histoires de familles bonnes pour l’hôpital psy, mais encore plus car il narre l’histoire d’un homo dont le père se révèle… homo aussi ! Les personnages et les situations psychologiques y sont merveilleusement décrits, et le roman rend toute l’ampleur d’un tel événement dans une famille, ainsi que les répercussions chez tous ses membres.

Jonathan Coe – la maison de sommeil
Cet auteur, dont j’ai lu tous les romans, manie avec beaucoup de talent l’humour et le flegme britannique lors de ses récits un peu biscornus et passionnants. « La maison de sommeil » évoque des amis qui se sont connus en 1983 dans une résidence universitaire, transformée aujourd’hui en hôpital spécialisé dans les troubles du sommeil. En 1996, les mêmes amis s’y retrouvent, l’un d’eux est le directeur de l’endroit. Jonathan Coe raconte là une histoire très intrigante et aux rebondissements palpitants. Littéralement scotchant.

Le petit malheureux – Guillaume Clémentine
L’unique roman de cet auteur à la plume bien affûtée et alerte. J’ai adoré ce roman et cet anti-héros : un mec de 35 ans qui vivote du RMI et qui est un alcoolique patenté. Feignant, malpoli, obsédé, un vrai looser, et qui assume de surcroît. Mais alors, putain ce qu’il écrit bien. Et du coup, on lit avec jubilation les bons mots de ce gros con à la redoutable intelligence et au cynisme confondant.

Et qui va promener le chien – Stephen MacCauley
L’écriture de Stephen MacCauley m’a toujours emporté à la lecture de la première page, et m’a accroché jusqu’à la dernière. Il cisèle les personnalités avec beaucoup de délicatesse, de tendresse et de sagacité. Ce bouquin-ci est celui que je préfère pour sa finesse, son humour, ses héros et ce souffle génial qui le traverse de part en part. Clyde est un jeune prof de littérature looser (il donne des cours dans une université « parallèle ») et homo, amoureux mais sans bien l’assumer de son colocataire hétéro Marcus. Ce dernier doit gérer un jeune garçon, qui est son fils mais il l’ignore… La mère est une ex-amie de Clyde… Clyde a des gros problèmes de communication avec sa famille. Marcus a de gros problèmes de communication, tout court ! Et le chien !

En direct du Golgotha – Gore Vidal
Lu pendant la période bloguesque. Un petit chef-d’oeuvre d’irrévérence et un régal d’anti-cléricalisme. Une histoire dingue, surréaliste, fantastique sur fond d’exégèse biblique bien sévère nous raconte comment un pirate informatique (à notre époque) est en train d’éradiquer la version des évangiles pour y mettre la sienne. Il faut alors faire quelque chose, et saint Timothée (qui s’est fait sodomisé par saint Paul… dingue je vous dis !!) enquête sur cette étrange perturbation temporelle aux faramineuses implications.

Demain les chiens – Clifford D. Simak
Un seul bouquin de SF dans cette sélection, pourtant j’en ai aimé des tas, et je suis loin de considérer cette littérature comme mineure. Mes préférences sont clairement affichées en la matière pour Isaac Asimov et Clifford D. Simak dont j’ai dévoré la quasi-intégralité de leurs oeuvres. Cette SFmania me vient de mon père qui m’a le premier initié à ces auteurs. Et si je dois citer un bouquin c’est celui-ci. « Demain les chiens » est un recueil de légendes écrits par des chiens (évidemment) et qui racontent une époque fort lointaine où les hommes habitaient encore sur la Terre. Des récits mythologiques et parfois fantaisistes où suit la lente évolution du chien au côté de l’homme (d’où le caractère improbable de l’histoire, et l’assurance de la légende), puis carrément seul lorsque l’homme abandonne la partie. On voit le chien apprendre à parler, puis à coexister avec les robots. Un bouquin fascinant et délirant, un livre qui, comme les bons romans de SF, à travers son récit fantastique délivre des messages non négligeable en terme de moeurs ou de sociologie.

Le voyage d’Anna Blume – Paul Auster
J’ai tout lu de Paul Auster, et celui-ci n’est pas le premier que j’ai découvert (il s’agit de la trilogie new-yorkaise), mais il est celui qui m’a concrètement ouvert les portes de l’univers austérien. Univers délirant, fantasque et terrible, où j’entre à chaque fois avec une certaine appréhension, mais d’où je ressors toujours comblé. Ce roman décrit le voyage d’Anna pour retrouver son ami qui est parti au-delà d’une zone plus ou moins interdite dont on ne sait pas grand-chose… guerre, anarchie, instabilité politique ? Elle a perdu le contact et veut tout faire pour le rejoindre. Elle entre donc dans cette zone de non-droit où les gens vivent selon d’autres règles, d’autres lois et parfois selon de bien étranges usages. Certains se regroupent juste pour se suicider ensemble en se jetant du haut des immeubles, d’autres font de la récupération dans ce monde à la Mad-Max où seule la loi du talion règne. Anna est une femme forte, qui malgré sa solitude tente de survive dans cet univers déchiré et sans repère. On y retrouve tous les éléments de l’auteur de Brooklyn : la solitude, les bouquins, la ville, la perte de repère et d’identité, la quête de l’autre et de soi en l’autre etc. Ce livre m’a durablement marqué par son plongeon dans la tête d’Auster, en plus de son efficacité romanesque redoutable.

La fée carabine – Daniel Pennac
Cette fameuse trilogie « Au bonheur des ogres – La fée carabine – La petite marchande de prose », je l’ai découverte par ce bouquin-ci, singulièrement celui du milieu, lorsque j’avais 17 ans. J’avais été subjugué par l’intrigue même du roman, mais aussi par l’univers qui était ainsi mis en place. La famille Malaussène est alors devenue un incontournable pour moi, et j’ai vite été un grand fan des romans qui la mettaient en scène. L’auteur est un fin conteur, et il réussit le difficile exercice de raconter une histoire de famille émouvante et attachante, tout en se débattant dans des intrigues originales, passionnantes et palpitantes. Un cocktail aussi déroutant que séduisant qui a fait le succès de cette trilogie. Ce bouquin reste mon préféré, et surtout pour une raison étrange : les premières pages qui racontent comment une vieille fée transforme une tête d’homme en fleur avec sa baguette, dixit « le Petit à lunettes roses ».

Danseur – Colum McCann
Lu pendant la période bloguesque. Ce bouquin m’a accroché dès les premières pages, et ces premières descriptions de soldats russes pendant la seconde guerre mondiale. Sinistre et terrible tableau pour poser le décor du père du petit Rudolf Noureïev. Un roman donc, mais qui se base sur des faits réels, et comme le disait une critique « qui brouille les limites entre fiction et réalité pour atteindre le vrai. ». Un roman troublant et marquant qui raconte la vie de cet immense danseur, et nous le montre dans sa grandeur, décadence, fragilité, perversité et fulgurante existence.

Hygiène de l’assassin – Amélie Nothomb
Merveilleuse maîtrise du dialogue, du suspense, du « sens » du personnage qui font de ce roman une oeuvre énorme et extraordinaire. On ne peut qu’être suspendu aux lèvres des deux protagonistes : Amélie en personne et son pervers interlocuteur Prétextat Tach. Ce dernier est un homme adipeux et détestable, misanthrope et vicieux, qui déstabilise et détruit ses interlocuteurs de son verbe assassin. Mais la journaliste ira plus loin qu’aucun n’était jamais allé avec Prétextat, elle répondra à ses injures, déjouera sa verve machiavélique et ira même jusqu’à le confronter à ses contradictions et sa « condition d’assassin ». Et comme dans tous les romans de Nothomb, on la découvre presque aussi corrompue et exécrable que son ennemi. Un livre qui se dévore d’un trait, une joute verbale qui peut donner des hauts de coeur, et des moments de jubilation intenses. Un roman qui brille par la plume charismatique et la perspicace intuition de son auteure/héroïne.
















