Ah enfin une rétrospective Louise Bourgeois !! Cela faisait des années que j’attendais cela, depuis cette première visite à la Tate Modern en 2000 où son extraordinaire et gigantesque oeuvre, dans le cadre des « Unilever series », qui prenait tout le hall du musée (qui est l’endroit où se trouvait la turbine de cette ancienne usine de production électrique) m’avait vraiment marqué. Dans le même genre, j’avais aussi été épaté par l’oeuvre monumentale et météorologique d’Olafur Eliasson qui occupait tout ce merveilleux espace d’exposition.
Louise Bourgeois, une artiste américaine, née française, c’est même une meuf de Choisy-le-Roi, qui a tout de même 97 ans et qui continue à exercer son art. Et la rétrospective montre bien que son pouvoir créatif est toujours intact, il est d’ailleurs aussi extraordinaire de constater qu’elle a toute sa vie exploité quelques thèmes qui n’ont toujours pas l’air de la lasser, ou de la laisser coite.
L’exposition fait partie de ces événements incontournables qu’il ne faut pas manquer, et en effet, je vous le recommande ardemment. Non seulement la sélection d’oeuvres et exhaustive et riche, couvre toute la carrière de l’artiste, mais en plus le travail d’explication des oeuvres est sérieux, précis et passionnant. Ensuite, on peut toujours rigoler de certaines prises de tête ou explications qui paraissent un peu fumeuses, mais comme Louise Bourgeois est vivante et peut parler de ses oeuvres, au moins on sait qu’on est pas complètement dans l’imagination d’un commissaire inspiré. Et nous étions plusieurs à franchement apprécier et la scénographie, et la manière dont l’oeuvre de Louise Bourgeois nous a été présentée et « mise en lumière ».
Une des choses qui m’a énormément surprise c’est de constater que son art ne ressemble à rien de facilement identifiable, et surtout pas à tous les courants artistiques qu’elle a traversés. Un peu d’expressionnisme certes, mais pas non plus une marque très claire, et puis elle peint, dessine, sculpte, assemble, coud… Et en plus d’une forme d’expression originale, le fond est si personnel, si intime, si sensible qu’il porte une force inouïe et quelque-chose de vraiment unique.
Par contre, je vais reprocher une chose à l’exposition, c’est d’avoir complètement omis l’aspect biographique de l’artiste. Il s’agit certainement d’un parti-pris et je le conçois, mais à part le couloir à la sortie qui expose en quelques photos sa vie, on n’a pendant l’expo aucune mention des épisodes de vie de l’artiste. Or c’est souvent ce qui permet d’éclairer certains choix, certains thèmes et rupture dans une carrière. Et à maintes reprises, je voulais savoir si pour telle ou telle oeuvre, elle était mariée ou pas, mère ou pas, si elle bossait pour des galeries ou était en galère, reconnue ou anonyme, si elle s’entendait avec sa famille, si son travail était scandaleux ou porté aux nues etc. On n’a vraiment aucune notion de cela, à part les dates des oeuvres qui nous permet plus ou moins de les replacer dans un contexte politique, économique ou culturel global. Est-ce que c’est une volonté affirmé de se saisir des oeuvres pour leur qualité intrinsèque, et de se débarrasser du côté « people » qui parfois parasite une émotion ? Peut-être bien… Mais moi j’aime aussi comprendre l’auteur dans l’oeuvre…
L’expo présente près de 200 oeuvres, de 1938 à 2007, et des techniques incroyablement variées, et surtout des tailles qui vont aux extrêmes. En effet, Louise Bourgeois utilise ses souvenirs d’enfance, et pas les plus joyeux, pour nous représenter ses frayeurs, névroses et autres joyeusetés de ses rémanences de gamine. Ainsi cela va des tableaux avec des femmes-immeubles aux stupéfiants totems métaphoriques, à ses sculptures ultra-sexuées, à des gigantesques araignées qui figurent sa mère, à des pièces entièrement reconstituées qui symbolisent des chambres et des univers singuliers.
Epatant, intrigant, beau, rugueux, coloré, sombre, coupant, doux, maternel, violent, métallique, obtus, filandreux, brillant, globuleux etc. Tous les adjectifs me sont venus, et certaines oeuvres vous plongent forcément dans un état second, tant on ressent ce qu’elle exprime en terme d’identité, de souffrance de l’enfance, de sexualité… Une drôle d’expérience !
Après, j’ai plus ou moins aimé certaines pièces… Les goûts et les couleurs… Et j’ai beaucoup ri des sculptures en forme de bites ou de seins qui ont des titres plutôt trompeur, telle « fillette » pour représenter un immanquable phallus. Mais Louise Bourgeois les appelle « cumuls » en référence à des cumulus, donc plus comme des nuages, et pas du tout des machins sexuels. Sigmund aurait certainement une autre opinion, arf.
J’ai vraiment aimé les grandes oeuvres comme ces chambres de son enfance, ou bien les araignées énormes qui ne sont en effet pas du tout menaçantes. Il y a aussi l’impressionnante chambre qui prend toute une pièce et qui délimitent plusieurs « pièces » que les visiteurs peuvent voir de l’extérieur grillagé. Des miroirs changent certaines perspectives, et toute une « histoire » familiale est racontée ainsi avec des fauteuils, des lits, et même une petite araignée dans un coin de la chambre de la fillette… Cela m’a un peu fait pensé aux énormes tableaux de David Lynch quelque part.
On pourrait croire qu’elle perd la main avec les années, mais c’est tout le contraire. En tout cas, j’ai adoré la manière dont elle utilise les tissus pour concevoir ses dernières oeuvres. Dans les années 2000, on trouve tout un tas de figures, personnages, mises en scène, avec des textiles qui sont cousus ou rembourrés, pour former des visages avec des expressions incroyablement réalistes. Les tissus ont ce côté « humain » en faisant penser à de la peau, et des pliures qui imitent remarquablement bien les expressions du visage.
Pour finir, cette jolie photo de Louise Bourgeois avec sa « fillette » sous le bras !!