MatooBlog
Pectus est quod disertos facit

Samedi 10 Mai 2008

Exposage La Getty Villa

Classé dans: Exposage — Tags: , @ 15:03:28

Un peu refroidi par notre visite au MOCA, j’ai convaincu A. de profiter de notre présence à Santa Monica pour pousser jusque la Getty Villa. Mais en arrivant, nous avons découvert qu’il fallait réserver d’abord par téléphone ou internet pour y entrer. Carramba !! Nous sommes donc repartis frustrés… Et puis, j’ai tenté le coup sur la route (je suis têtu), j’ai appelé le centre de réservation. J’ai eu une charmante femme qui a tout arrangé, et nous avons fait demi-tour (A. faisait un peu la tronche…) avec un numéro à donner pour entrer. Comme pour le Getty Center, seul le parking est payant, pas le musée.

C’est ainsi que nous avons visité cette reproduction de la villa des Papyrus d’Herculanum que Getty a fait construire dans les années 70. Cette bâtisse extraordinaire sur les hauteurs de Malibu, avec une belle vue sur la mer, est vraiment faite sur des plans réels, mais surtout décorée et meublée avec ce qu’on sait de l’Antiquité et ce qu’on a récupéré d’Herculanum et Pompéï. Et c’est juste incroyable et superbe…

Villa Getty

Villa Getty

Villa Getty

La Villa est aussi l’écrin de la collection d’antiquités grecques, romaines et étrusques de Getty. Encore une fois, une somptueuse collection installée dans des salles superbes (avec des sols en marbre, répliques des sols antiques, en utilisant les mêmes matériaux et techniques…) et qui ne lésine pas sur les repères historiques, archéologiques, artistiques. Au contraire, le musée fait la part belle à une grande pédagogie, des explications détaillées des modes de vie de l’époque (sur ce qu’on en sait), de la représentation des hommes, des femmes, des enfants, des vieillards, des vertus ou des vices, mais aussi de la mythologie etc. Le seul bémol à cela, et une chose qui nous a troublé, c’est l’absence de toute mention complémentaire aux autres peuples et aux autres influences de l’époque. Quid de l’Egypte, des Phéniciens, de Carthage ?? On a l’impression que l’on est obnubilé par les grecs et les romains, avec au final quelques œillères.

Ces collections sont aussi sous les feux de quelques scandales, vu les polémiques sur la provenance de certaines antiquités. Et apparemment, certaines ont même été restituées à la Grèce et à l’Italie. Mais vu la manière dont tout cela est exposé, mis en valeur, rendu accessible au public, je sais que c’est discutable, mais je me dis qu’elles sont tout de même entre de bonnes mains (plutôt que chez des collectionneurs privées, car sinon tous les musées sont censés se valoir).

Villa Getty

Exposage Le MOCA (Museum Of Contemporary Art) de Los Angeles

Classé dans: Exposage — Tags: , @ 11:56:17

Alors là, après le ravissement provoqué par le Getty Center, la chute est rude. Le MOCA est une des références en matière d’Art Contemporain, donc je m’attendais à être bien épaté. Or ça a été tout le contraire. Déjà parce que la collection permanente n’est pas très étoffé, mais surtout parce que les explications sur les oeuvres sont aussi minimalistes que celles-ci sont conceptuelles.

Comme je n’avais déjà pas vraiment aimé l’expo à Beaubourg sur Los Angeles, je craignais de m’y retrouver autant au dépourvu. Ma crainte était justifiée car j’y ai retrouvé certaines oeuvres avec aussi peu d’éclaircissement. Et pourtant je suis quelqu’un d’assez curieux et ouvert… On m’a depuis prévenu que c’était leurs expositions temporaires qui valaient le coup. Je veux bien le croire, mais il y a tout de même du boulot pour le principal musée !!

La collection permanente est une concaténation de collections privées qui composent chaque salle, aussi le regroupement des oeuvres suit souvent une certaine logique d’acquisition de personnes, mais l’homogénéité ou la thématique unique n’est pas du tout garantie (ou indiquée). Chaque oeuvre possède un petit écriteau qui affiche une citation de l’artiste, soit en rapport avec la pièce, ou plus généralement sur une démarche artistique.

Donc du point de vue explication, on est dans les extrêmes. Soit il s’agit d’oeuvres qui touchent le spectateur, et le texte complète parfois une impression, ou précise une intuition. Mais la plupart du temps, vu que ce sont des machins bien conceptuels, et que le texte est fumeux au possible ou bien totalement écrit sous X, je suis resté pantois.

Du coup, l’expo se visite en une heure à peine, en prenant son temps.

A part quelques toiles ou pièces connues que j’ai appréciées, comme des Rothko ou Rauschenberg, ou encore ce cher Dan Flavin, ce musée n’a eu aucune valeur pédagogique, culturelle (artistique) ou même de simple plaisir.

Dimanche 04 Mai 2008

Exposage Le Getty Center

Classé dans: Exposage — @ 23:39:17

Quelle découverte extraordinaire que le Getty Center !! Vraiment c’est indispensable lorsqu’on visite Los Angeles. Je reste baba devant cet endroit, car autant le bâtiment que la collection, ou bien la démarche pédagogique, sont une ineffable réussite.

Le Getty Center laisse loin derrière lui tout ce que j’ai pu connaître en musée. Eh oui, exit les Centre Georges Pompidou, Grand Palais ou Tate Modern, ce centre est en lui-même une beauté architecturale assez bluffante et un espace fonctionnel efficace. Mais surtout, la richesse de sa collection n’égale que la qualité de la présentation des oeuvres. Tout cela est simplement parfait, un régal pour les yeux et l’intellect. Nous avons été enchantés, salles après salles, découvertes après découvertes. La visite est tantôt thématique ou chronologique. Les oeuvres sont exceptionnelles, et elles sont présentées en contexte, à la fois historique, artistique et culturel,

Il s’agit à la base d’une collection privée, ce qui pourrait montrer quelques lacunes ou une orientation trop marquée, mais là la qualité des pièces fait que ce n’est presque jamais le cas. Et ainsi, on peut se promener au milieu de collections de peintures, sculptures, objets (meubles, joaillerie, et plus globalement « arts décoratifs ») qui vont jusqu’au 19ème siècle (en gros ça s’arrête aux Impressionnistes).

ll est impossible de décrire tout le potentiel de cet endroit. Mais c’est un bonheur pour qui a un minimum de curiosité intellectuelle ou culturelle, et c’est un drôle de contraste avec l’ambiance plus classique de Los Angeles… On peut y trouver des antiquités incroyables, des manuscrits enluminés, des tableaux médiévaux, des Titien, David, ou encore des Iris de Van Gogh, des peintures de Renoir ou Degas, de Gauguin, du Douanier Rousseau… que des trucs de oufs !!!

Et il n’y a pas une explication pour quelques oeuvres majeures, non c’est sur TOUTES les oeuvres, la moindre assiette de Bavière du 17ème, qu’on trouve une explication détaillée, intéressante et pas péteuse. Alors là, je jubilais comme vous pouvez pas le comprendre. Une érection de la tête à chaque salle, et une éjaculation neuronale de chaque instant !!!! :mrgreen:

Pour une démarche privée, je trouve que c’est assez extraordinaire, avec en outre une visite totalement gratuite, ça laisse songeur. Et le bâtiment est juste parfaitement conçu, pour la lumière du coin, avec des matériaux qu’on sent à la fois beaux, nobles et résistants, le parfait écrin pour une collection d’exception.

Le Getty Center se trouve en haut d’une colline, il faut prendre un petit tram automatique pour s’y rendre du bas. On arrive alors à un building principal, en haut des escaliers.

Getty Center

Une fois à l’intérieur, on trouve plusieurs ailes qui communiquent les unes avec les autres, tout converge sur une petite place, où on peut prendre un café ou se poser sur un banc.

Getty Center

Et du haut de la colline, la vue est éminemment sympathique…

Getty Center

Bon ça se sent que j’ai aimé non ? ;-)

Samedi 05 Avril 2008

Exposage Louise Bourgeois au « Centre Pompidou »

Classé dans: Exposage — @ 18:25:37

Ah enfin une rétrospective Louise Bourgeois !! Cela faisait des années que j’attendais cela, depuis cette première visite à la Tate Modern en 2000 où son extraordinaire et gigantesque oeuvre, dans le cadre des « Unilever series », qui prenait tout le hall du musée (qui est l’endroit où se trouvait la turbine de cette ancienne usine de production électrique) m’avait vraiment marqué. Dans le même genre, j’avais aussi été épaté par l’oeuvre monumentale et météorologique d’Olafur Eliasson qui occupait tout ce merveilleux espace d’exposition.

Louise Bourgeois, une artiste américaine, née française, c’est même une meuf de Choisy-le-Roi, qui a tout de même 97 ans et qui continue à exercer son art. Et la rétrospective montre bien que son pouvoir créatif est toujours intact, il est d’ailleurs aussi extraordinaire de constater qu’elle a toute sa vie exploité quelques thèmes qui n’ont toujours pas l’air de la lasser, ou de la laisser coite.

L’exposition fait partie de ces événements incontournables qu’il ne faut pas manquer, et en effet, je vous le recommande ardemment. Non seulement la sélection d’oeuvres et exhaustive et riche, couvre toute la carrière de l’artiste, mais en plus le travail d’explication des oeuvres est sérieux, précis et passionnant. Ensuite, on peut toujours rigoler de certaines prises de tête ou explications qui paraissent un peu fumeuses, mais comme Louise Bourgeois est vivante et peut parler de ses oeuvres, au moins on sait qu’on est pas complètement dans l’imagination d’un commissaire inspiré. Et nous étions plusieurs à franchement apprécier et la scénographie, et la manière dont l’oeuvre de Louise Bourgeois nous a été présentée et « mise en lumière ».

Une des choses qui m’a énormément surprise c’est de constater que son art ne ressemble à rien de facilement identifiable, et surtout pas à tous les courants artistiques qu’elle a traversés. Un peu d’expressionnisme certes, mais pas non plus une marque très claire, et puis elle peint, dessine, sculpte, assemble, coud… Et en plus d’une forme d’expression originale, le fond est si personnel, si intime, si sensible qu’il porte une force inouïe et quelque-chose de vraiment unique.

Par contre, je vais reprocher une chose à l’exposition, c’est d’avoir complètement omis l’aspect biographique de l’artiste. Il s’agit certainement d’un parti-pris et je le conçois, mais à part le couloir à la sortie qui expose en quelques photos sa vie, on n’a pendant l’expo aucune mention des épisodes de vie de l’artiste. Or c’est souvent ce qui permet d’éclairer certains choix, certains thèmes et rupture dans une carrière. Et à maintes reprises, je voulais savoir si pour telle ou telle oeuvre, elle était mariée ou pas, mère ou pas, si elle bossait pour des galeries ou était en galère, reconnue ou anonyme, si elle s’entendait avec sa famille, si son travail était scandaleux ou porté aux nues etc. On n’a vraiment aucune notion de cela, à part les dates des oeuvres qui nous permet plus ou moins de les replacer dans un contexte politique, économique ou culturel global. Est-ce que c’est une volonté affirmé de se saisir des oeuvres pour leur qualité intrinsèque, et de se débarrasser du côté « people » qui parfois parasite une émotion ? Peut-être bien… Mais moi j’aime aussi comprendre l’auteur dans l’oeuvre…

L’expo présente près de 200 oeuvres, de 1938 à 2007, et des techniques incroyablement variées, et surtout des tailles qui vont aux extrêmes. En effet, Louise Bourgeois utilise ses souvenirs d’enfance, et pas les plus joyeux, pour nous représenter ses frayeurs, névroses et autres joyeusetés de ses rémanences de gamine. Ainsi cela va des tableaux avec des femmes-immeubles aux stupéfiants totems métaphoriques, à ses sculptures ultra-sexuées, à des gigantesques araignées qui figurent sa mère, à des pièces entièrement reconstituées qui symbolisent des chambres et des univers singuliers.

Epatant, intrigant, beau, rugueux, coloré, sombre, coupant, doux, maternel, violent, métallique, obtus, filandreux, brillant, globuleux etc. Tous les adjectifs me sont venus, et certaines oeuvres vous plongent forcément dans un état second, tant on ressent ce qu’elle exprime en terme d’identité, de souffrance de l’enfance, de sexualité… Une drôle d’expérience !

Après, j’ai plus ou moins aimé certaines pièces… Les goûts et les couleurs… Et j’ai beaucoup ri des sculptures en forme de bites ou de seins qui ont des titres plutôt trompeur, telle « fillette » pour représenter un immanquable phallus. Mais Louise Bourgeois les appelle « cumuls » en référence à des cumulus, donc plus comme des nuages, et pas du tout des machins sexuels. Sigmund aurait certainement une autre opinion, arf.

J’ai vraiment aimé les grandes oeuvres comme ces chambres de son enfance, ou bien les araignées énormes qui ne sont en effet pas du tout menaçantes. Il y a aussi l’impressionnante chambre qui prend toute une pièce et qui délimitent plusieurs « pièces » que les visiteurs peuvent voir de l’extérieur grillagé. Des miroirs changent certaines perspectives, et toute une « histoire » familiale est racontée ainsi avec des fauteuils, des lits, et même une petite araignée dans un coin de la chambre de la fillette… Cela m’a un peu fait pensé aux énormes tableaux de David Lynch quelque part.

On pourrait croire qu’elle perd la main avec les années, mais c’est tout le contraire. En tout cas, j’ai adoré la manière dont elle utilise les tissus pour concevoir ses dernières oeuvres. Dans les années 2000, on trouve tout un tas de figures, personnages, mises en scène, avec des textiles qui sont cousus ou rembourrés, pour former des visages avec des expressions incroyablement réalistes. Les tissus ont ce côté « humain » en faisant penser à de la peau, et des pliures qui imitent remarquablement bien les expressions du visage.

Pour finir, cette jolie photo de Louise Bourgeois avec sa « fillette » sous le bras !!

Louise Bourgeois au « Centre Pompidou »

Samedi 23 Février 2008

Exposage Vlaminck - Un instinct fauve

Classé dans: Exposage — Tags: , @ 19:45:44

Les expositions du Musée du Luxembourg, au Sénat, sont toujours exceptionnelles pour la qualité des oeuvres, et catastrophiques dans leur pédagogie « gratuite ». Celle-ci ne dépare pas donc, puisque pour 11 euros vous avez accès à ces merveilleuses toiles de Vlaminck, qui couvrent une période de 1900 à 1915. Et pour comprendre de quoi il en retourne, il faut absolument un audioguide qui coûte 4,50 euros de plus, sinon vous n’aurez que les noms des oeuvres, et rien de plus. Il est HONTEUX de ne pas proposer au moins quelques commentaires écrits, qui existent déjà de toute façon (il y a bien un commissaire d’expo qui a pondu une scénographie…), plutôt que de forcer les gens à chausser des écouteurs avec des hideux protèges oreilles genre charlottes bleu-hôpital !

En plus, je vais souvent voir des expos avec des amis, et je trouve que l’on perd tout contact, convivialité et échange, si l’on doit suivre l’audioguide. Les commentaires affichés donnent la liberté de parcourir les explications, de s’y attarder quand on est intéressé, ou bien de flâner à sa guide. A BAS LES AUDIOGUIDES OBLIGATOIRES !!!! La culture c’est pour tout le monde merde ! Les musées servent aussi à répandre le savoir, à le vulgariser pour tout un chacun, à faire de la pédagogie…

Bref ! L’exposition est fantastique, et j’aimais déjà Vlaminck, mais je l’aime encore plus après avoir vu en réalité ses toiles. D’autant plus que Vlaminck est aussi un gars de 76, de 1876 !!! Mais plus sérieusement, comme ce peintre a mené une véritable révolution dans la peinture moderne du début du siècle dernier, et une révolution fondée sur son utilisation des couleurs et des textures, il est extraordinaire de se prendre en pleine gueule cette sensationnelle expression.

Il est bien connu pour ses peintures fauves, et c’est bien ce que je révère dans son oeuvre, en plus de ses gros traits épais, autant dans la largeur de son pinceau que dans l’épaisseur de ses couches de peinture. Ce qui est dingue c’est que les scènes qu’il dépeint restent assez classiques et banales en apparences, souvent des paysages de Chatou, du Pecq et de bords de Seine. Mais tout en réexprimant ce qu’il voit avec ses tripes, et en nous gratifiant de ses rouges, oranges, jaunes surhumains, il garde un trait précis et fort figuratif. On reconnaît donc toujours les personnes, les plantes, les animaux, les bâtiments, les bateaux, et Vlaminck reste un peintre de la nature. Mais il transfigure tout avec cette palette d’extraterrestre qui rend les choses si belles, choquantes, extravagantes, passionnées, gonflées ! Et on remarque ses coups de pinceaux saccadés qui maltraitent la toile, et dont les mouvements dans la peinture ont été capturés à jamais. Quelles émotions, quelle fougue et quelle beauté !

J’ai donc pris un plaisir fou à voir toutes ces toiles du début jusque 1910 en gros. C’est la période qui me fascine complètement, ce fauvisme échevelé et ces recherches formelles continuelles pour dépasser l’impressionnisme et déjà ne plus être dans le beau, mais tenter de capturer le vrai. Et ce « vrai » du peintre, ça peut être de la vulgarité, une lumière qui aveugle, un mouvement qui donne le mal de mer ou bien une laideur qui effraie.

Il est vraiment flagrant de voir des similarités de style ou de traitement avec des artistes contemporains, et selon les toiles et les années, on retrouve du Picasso, du Braque, du Delaunay, du Cézanne dans les oeuvres de Vlaminck. Il cherche sans arrêt à se renouveler, à trouver sa voie et son expression. Je dois avouer que le moment où il quitte le fauvisme marque le début de mon désintérêt pour le peintre. C’est ainsi qu’à partir de 1910, il peint un tas de paysages qui ne attirent absolument pas, et qui ne me « parlent » pas. Il y a même certains éléments que je pourrais sans hésiter appeler des croûtes tant je trouve ça moche et fadasse. Des paysages verdâtres dans un style pas vraiment réaliste mais très figuratif, sans émotion, sans « décalage » et sans intérêt pour moi.

Je retiens donc vraiment toute cette première partie qui est un festival de sentiments « hauts en couleur » qui vaut le détour. L’exposition n’est pas très grande, comme toujours au Sénat, où le lieu lui-même n’est pas énorme, mais encore une fois la qualité des oeuvres est tout à fait notable, et elles sont très bien présentées.

Vlaminck - Un instinct fauve - Musée du Luxembourg

Lundi 14 Janvier 2008

Exposage Vauban, bâtisseur du Roi Soleil

Je voulais absolument aller faire un tour à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine, et « Vauban » était une bonne occasion. J’ai lu récemment avec délectation un magazine hors-série sur ce grand ingénieur, et j’avais bien envie de voir comment le musée pouvait le présenter.

J’avoue que j’ai été un poil déçu. Disons que l’exposition se focalise sur les arts guerriers de Vauban pour notre bon Louis XIV (enflure ouai !), sur la facette la plus connue du personnage, c’est-à-dire celle du bâtisseur de citadelles et de fortifications. Or quand j’ai lu le mag, j’ai été fasciné par les trouvailles scientifiques de cet homme, et aussi par ses talents d’essayiste. J’avais été notamment sur le cul en lisant qu’il avait proposé au roi dans un ouvrage « La Dîme Royale » :

[…]le remplacement de tous les impôts royaux existants par un seul impôt exigible de toute la population de la France, privilégiés compris.

Evidemment, la publication fut interdite, et Vauban puni de son outrecuidance… Mais c’est un homme qui apparaît aussi intelligent qu’il est libre, droit, indépendant et loyal. Bref, j’avais bien aimé en savoir plus dans d’autres domaines, mais là nous sommes dans le registre le plus classique qui soit : « Vauban et ses fortifications ».

Donc on voit quelques bustes et écrits qui retracent un peu l’histoire de l’époque, et la construction de toutes les citadelles et villes fortifiées en France. Mais ce qui est surtout intéressant et impressionnant c’est la somme de trouvailles et d’ingénierie sont est déployés par l’architecte et urbaniste pour inventer de nouveaux moyens de défense. Et il ne s’agissait pas tant de concevoir des forteresses imprenables, que de les rendre les plus tenaces possibles.

On voit ainsi exposé tout un tas de plans et de paperasses du 17ème siècle qui montrent comment les ingénieurs de l’époque imaginaient tous ces projets, parfois pharaoniques. Mais le plus chouette c’est sans conteste l’unique et fabuleuse collection française de plans-reliefs qui date largement de cette époque et de ces ministres (Louvois notamment). On en a là une bonne partie qui a été prêtée par le musée des Plans-reliefs aux Invalides, et que je dois aussi visiter un de ces quatre. La ville de Besançon notamment est incroyablement bien représentée, et force l’admiration.

L’exposition, il faut l’avouer, n’est pas vraiment excitante et passionnante, mais elle a le mérite de bien traiter son sujet (et bien circonscrit comme je le disais plus haut). Je n’ai pas été non plus spécialement fan de la scénographie ou des curieux choix typographiques, avec des phrases dont certains mots étaient écrits en beaucoup plus gros (C’est assez dérangeant pour moi, j’ai l’impression qu’on crie dans ma tête quand je lis !). Donc je recommande plus certainement le magazine dont j’ai oublié le nom, et qui n’est plus en vente. Dommage. (Huhuhu.)

Vauban, bâtisseur du Roi Soleil

Samedi 05 Janvier 2008

Exposage Gustave Courbet (1819-1877) au « Grand Palais »

Classé dans: Exposage — @ 20:09:44

On a quand même de la chance en France (Cocoricooooooo !) d’avoir de tels peintres ! J’aime particulièrement cette succession de courants picturaux qu’on identifie et reconnaît assez facilement : Néoclassicisme (le retour aux canons de l’antiquité et à la « perfection » avec David ou Ingres), Romantisme (Girodet, Géricault, Delacroix qui mettent de l’émotion et de l’émoi dans leurs toiles), Réalisme (Avec Courbet justement, mais aussi Corot ou Millet) et Impressionnisme (je me rappelle aussi la géniale exposition Turner - Whistler – Monet qui en expliquait les frémissements).

Bref, sur ce coup là, c’était Gustave Courbet, et 120 peintures de l’artiste, donc une très très belle rétrospective de son oeuvre. On retrouve ainsi ce mouvement « réaliste » qui se veut plus en contact avec les réalités politiques, culturelles et économiques de l’époque, qui ne veut plus sublimer la nature, mais en rendre au contraire ses défauts et ses singularités. Autant dans les techniques picturales que dans les sujets, on retrouve des tableaux plus sincères et authentiques. Les expressions du visage se diversifient, les scènes présentées sont parfois aussi banales qu’une scène de chasse ou un enterrement à la campagne. Courbet est d’ailleurs très proche de son terroir natal franc-comtois et en peint beaucoup de représentations.

Je ne suis pas du tout fan des paysages et des natures mortes, ni des scènes de chasse… Pas trop mon truc ça. Mais je suis alors au contraire subjugué par les portraits, et surtout les autoportraits, ainsi que les nus de Courbet. L’autoportrait qui illustre l’affiche de l’exposition par exemple m’a toujours frappé par son expression, et le rendu incroyable de ce que le peintre ressent (ou montre). Et la plupart de ses autoportraits sont de cette même qualité et vraiment fascinants, d’autant plus que le peintre avait l’air assez joli garçon (ce qui ne gâche rien).

Et les nus de Courbet sont assez connus, dont le fameux « L’Origine du Monde » qui a le mérite de montrer avec crudité, mais sans être pornographique à mon avis, et pas vraiment choquant non plus, ce qui est caché depuis tant de siècles en peinture. Car on tolérait jusque là les nus dans les scènes mythologiques uniquement, et en gardant toujours un côté parfait et propret. Je sais bien qu’une représentation aussi réaliste peut choquer, et son intérêt peut paraître limite, mais à l’époque il a du sûrement faire couler de l’encre, et aussi faire réfléchir. Aujourd’hui, je le trouve simplement magnifique… vraiment superbe (et c’est moi qui parle !!). Ses autres nus sont tout aussi beaux dans ce qu’ils ont justement d’imparfaits et de « réels », leurs formes, leurs couleurs et lumières qui mettent en valeur les personnages tout en les montrant dans des poses lascives.

L’Origine du Monde - Gustave Courbet

Courbet a eu des soucis après la Commune, car il y avait pris part, et a été accusé d’avoir une responsabilité directe dans la destruction de la Colonne Vendôme. Du coup, il s’est enfui en Suisse en 1873, après que le nouveau président de la (nouvelle) république décide de lui facturer le coût de reconstruction de la colonne.

L’exposition est du niveau des expos présentées au Grand Palais. Les tableaux y sont très bien mis en valeur, bien organisés et les salles sont agrémentées d’un texte de présentation qui explique clairement la thématique des toiles. Par contre, je suis vraiment choqué de la pauvreté ou de la pure inexistence (le plus souvent) de textes explicatifs à côté des toiles majeures. Du coup, sans audioguide, on peut passer à côté des éléments les plus importants de l’expo, et finalement manquer ce qui est la raison même de se rendre là. Je suis énormément déçu, car le Grand Palais m’avait justement beaucoup plu dans une démarche inverse, beaucoup plus pédagogique et « généreuse ». A 11 euros l’entrée et 5 euros l’audioguide, aller voir une expo devient un véritable luxe… (et pis j’aime PAS les audioguides !!!)

Pour finir sur une note positive, j’ai beaucoup aimé le rapprochement de l’oeuvre de Courbet aux premières photographies d’art de la même époque. Sont mises en parallèle les toiles du peintre, qui semblent être de véritables compositions de ces premiers photographes de l’époque, et les photographies qui figurent aussi une certaine vision du réalisme. Et quoi de plus réaliste qu’une photo ? Quoique…

Gustave Courbet (1819-1877) au « Grand Palais »

Vendredi 04 Janvier 2008

Exposage La Méditerranée des phéniciens de Tyr à Carthage

Classé dans: Exposage — Tags: , @ 20:25:13

Je ne pouvais pas décemment rater une exposition pareille, en plus à l’Institut du Monde Arabe, endroit que j’aime beaucoup. Voilà l’expo archéologique qui a le potentiel pour plaire au plus grand nombre, tant on y trouve de quoi exciter l’imagination, et surtout de quoi en apprendre énormément sur les phéniciens. Parce que je dois avouer que je n’y connaissais pas grand-chose à part le b-a ba (l’alphabet, les villes de Tyr et Byblos, et Astérix évidemment). Alors je ne suis pas devenu un expert, mais au moins j’ai appris qu’officiellement de toute façon, on ne connaît finalement pas tant de chose que cela sur cette civilisation.

L’exposition retrace donc nos connaissances de ces business-men que furent les phéniciens dans le premier millénaire avant JC. La « Phénicie », ça ne veut déjà pas dire grand-chose puisqu’il n’y a jamais eu de véritable pays portant ce nom. Nous sommes à une époque où la notion de nation est beaucoup plus floue, et là en l’occurrence il s’agît plutôt de Cité-Etats, aux illustres noms (Byblos, Sidon, Tyr), qui se trouvent dans la région du Liban actuel.

On retient de la visite que les phéniciens ont été de grands navigateurs et surtout de redoutables commerçants. Ils ont surtout vendu tout et n’importe quoi à tout le pourtour méditerranéen, et ont été chercher des matières premières partout ailleurs ! Quand on voit qu’ils avaient des comptoirs en Lybie, en Tunisie, Algérie, Maroc, à Malte en Sicile, en Sardaigne ou en Espagne, et qu’ils allaient jusqu’en Grande Bretagne pour se procurer de l’étain, ça donne le vertige. Il y a un truc marrant aussi dans l’expo, c’est lorsqu’on se rend compte qu’il produisait autant d’objets précieux ou de denrées importantes (notamment la pourpre), que de pacotilles et d’amulettes, de colifichets etc. Evidemment aujourd’hui, tout est bon à exposer et revêt une qualité archéologique, mais certainement pas de la même manière à l’époque.

L’exposition est très bien agencée et passionnante, encore une fois très pédagogique et didactique. On apprend des choses sur la culture phénicienne, et notamment la transmission de l’alphabet phénicien (de leur invention, en 22 lettres) aux grecs, ce même alphabet que nous utilisons aujourd’hui. Mais d’autres choses curieuses aussi comme le fait qu’on n’ait pas retrouvé de littérature (que des comptes financiers ou des stances religieuses), et aussi la grande difficulté à savoir ce qui est vraiment phénicien, de ce qui a été copié, adapté ou adopté pour des raisons économiques (les phéniciens sont un peu les taïwanais de l’époque j’ai l’impression). On retrouve en tout cas énormément de l’influence égyptienne voisine, dans leurs productions artisanales ou bien leurs propres temples avec notamment des représentations de Baal ou Astarté ou de magnifiques scarabées à tête de faucon et 4 paires d’ailes (zut impossible de trouver ça sur le net, et je ne suis plus certain de ce que j’ai vu)… D’ailleurs est exposée une collection admirable d’objets précieux qui montre le savoir-faire de ces artisans (faïence, verre, métaux, pierre…). J’ai été vraiment impressionné par leurs sarcophages… Des socles sculptés avec d’incroyables visages aux expressions qui retiennent vraiment l’attention, et de toute beauté.

L’expo se termine un peu chronologiquement en évoquant l’avènement de Carthage, qui a pris la suite alors que les phéniciens étaient doucement mais sûrement hellénisés. Du coup, c’était marrant aussi de voir les évocations de Salammbô de Flaubert, car son imagination a apparemment beaucoup (trop) marqué ses contemporains, et nous avons aujourd’hui comblé pas mal de zones d’ombre avec des visions un peu trop romanesques ou fantasmées.

Le gros bémol de l’expo c’est surtout sur la luminosité très très basse, qui a pour effet positif de donner une ambiance, mais qui ne permet pas toujours de lire les petits cartons (ou alors le nez collé dessus). De même que les tailles d’écriture et les choix de contrastes sont parfois vraiment le fruit de l’anti-ergonomie.

Ah oui et aussi, j’ai appris un mot !!!

Yeaaaaaaaah !! J’ai appris un mot !! Alors d’habitude, je me fous des commissaires d’expo qui (se touchent) nous sortent des expressions ou des vocables dont je cherche le mot une fois rentré chez moi. Mais là c’était sur une vitrine, et c’était rédigé vraiment comme si ça tombait sous le sens.

C’était ça : « apotropaïque ». Pas mal hein ?

Bon c’était sur une vitrine avec un tas d’amulettes à scarabées et oudjats (vous savez l’oeil égyptien…), et ceci explique cela puisque la définition est : « Qui détourne le danger, qui protège. ». Par exemple, « les phéniciens prêtaient aux amulettes des vertus apotropaïques ». Bon maintenant, il va juste falloir que je trouve la bonne occasion pour le glisser…

La Méditerranée des phéniciens de Tyr à Carthage

Jeudi 03 Janvier 2008

Exposage L’Enfer de la Bibliothèque, Eros au secret

Classé dans: Exposage — Tags: @ 23:24:04

Une exposition interdite au moins de 16 ans à la BnF, évidemment ça attire les foules. Voilà une magnifique idée, celle de faire une expo qui explique et montre les tenants et aboutissants de « l’Enfer » (appelé comme tel à l’époque) de la Bibliothèque, c’est-à-dire la collection d’ouvrages mis de côté parce qu’ils étaient contraires aux bonnes moeurs, et ne pouvait pas être exposés comme cela. Evidemment la dénomination même de l’endroit et de ses contenus ont évolué avec le temps, mais encore aujourd’hui l’Enfer est vivace, même s’il est devenu très « sélect ». En effet, peu d’oeuvres sont aujourd’hui classifiés ainsi, et entrent au répertoire, sinon des trouvailles des siècles passés ou bien des ouvrages contemporains qui le « méritent ».

Le grand mérite de cet exposition est donc déjà de nous expliquer ce qu’est L’Enfer, quel est sont histoire et ses péripéties. Et bien sûr, le deuxième effet KissCool c’est de pouvoir se rincer l’oeil avec des centaines d’années d’érotismes plus ou moins pornos ou juste coquins. Et du coup, on en apprend beaucoup sur nos ancêtres !! Si, si, si. Huhuhu.

C’est marrant de voir qu’une expo pareille fasse salle comble, et que Diderot déjà militait contre l’Enfer en expliquant que si l’on voulait qu’une oeuvre se lise et se répande, alors il fallait l’interdire. On en apprend aussi donc énormément sur les réseaux de vente sous le manteau, les écrivains qui écrivaient sous pseudonyme ou pas, et qui ont eu des problèmes, les éditeurs qui publiaient uniquement sous souscription etc. Et période après période, les ouvrages sont confisqués et catalogués, la bibliothèque étrangement s’enrichit de toutes ces oeuvres mises à l’index.

Aujourd’hui évidemment, ça ne donne pas grand-chose de choquant, à part peut-être le film porno de 1921 qui est plus qu’explicite, ou même les écrits de Sade qui restent un truc vraiment énorme. Il est drôle de voir que nous n’inventons rien de nos jours qui n’ait été expérimenté et (é)prouvé par nos aïeux et aïeules. La collection d’estampes japonaises est aussi un bel exemple en la matière… Mein gott !!

Il y aussi toutes ces oeuvres qui ont été interdites ou vendues sous le manteau, des poèmes d’Appollinaire, « Querelle de Brest » de Genêt, les romans de Sade, des classiques d’époque (Je ne connaissais pas « Thérèse philosophe », hallucinant !!) des romans écrits sous pseudonyme et certainement de qualité variable (D’ailleurs comment juge t-on la qualité d’un tel roman ?).

L’exposition est assez bien réalisée et très intéressante, mais atteint rapidement ses limites, car ça reste une présentation de bouquins… Mais on est facilement pris dans l’ambiance feutrée, et dans les visages semi-outrés, amusés ou carrément affolés de certains visiteurs. D’autres clampins restent plantés des heures devant des oeuvres alors qu’on les imagine peu versés dans ce qui est montré et raconté, mais bon les apparences… Hé hé hé.

L’Enfer de la Bibliothèque, Eros au secret

Samedi 03 Novembre 2007

Exposage Passage du temps : la collection François Pinault au « Tri postal » de Lille

Classé dans: Exposage — Tags: @ 21:07:28

Si vous êtes à Lille ou de passage, je vous conseille ardemment de ne pas manquer cette exposition. C’est la première fois en France qu’une partie de la collection de François Pinault, qui est parmi les meilleures au monde dans son genre, est exposée. Et c’est une tuerie !!! Non seulement pour la qualité des pièces présentées, mais surtout pour la scénographie et l’approche pédagogique du « Tri postal ».

Je ne m’attendais pas à une telle excellence dans cette exposition, et la surprise n’en fut donc que plus agréable. En effet, à la base je ne suis pas un gros fan d’installations vidéos, et les pièces très contemporaines, surtout dans cette « matière », ne me convainquent que rarement. Mais là, je dois avouer que c’est une réussite de A à Z.

Il y a déjà cet endroit qui est un parallélépipède géant très « usine » et qui est particulièrement adapté à de grandes œuvres. Il y a les volumes et espaces idéaux pour de gigantesques projections ou des installations qui prennent là toute leur ampleur. Cela permet une scénographie qui met correctement en valeur les œuvres, et permet au public de « respirer », comme de s’amuser et de se perdre dans ce dédale de création contemporaine. Ensuite, la sélection même des œuvres de François Pinault m’impressionne par sa qualité et sa richesse. Mais surtout, la commissaire d’exposition, Caroline Bourgeois, propose un voyage thématique qui est à la portée de tous les visiteurs. Non seulement les repères proposés sont simples et accessibles, et les explications ne sont pas non plus complètement hautaines et fumeuses, mais en outre, on a droit à une vulgarisation de l’art contemporain qui explicite et instruit, sans galvauder ou rabaisser.

Et cerise sur le gâteau, un truc absolument génial et unique, un truc que tous les musées devraient proposer : on trouve dans chaque salle des « médiateurs culturels ». Ces derniers sont des étudiants en art (je suppose…) qui proposent d’expliquer les œuvres aux gens. Et là, on est dans la véritable pédagogie autour de l’art, d’une vraie initiation à des explications complémentaires ou des éclaircissements qui rendent l’exposition simplement passionnante. Il y avait à la fois des familles ou des curieux, des enfants et des intellos, des béotiens qui ont pu ainsi percevoir « l’intérêt » de ces œuvres après leur propre examen.

C’était très marrant aussi d’écouter les questions et les réactions des gens, et ces médiateurs qui étaient surtout là pour donner quelques pistes de réflexion sans inciter à autre chose qu’à aiguiser son propre ressenti. Je me suis surpris à arriver dans une salle (avec des peintures et des œuvres sur le thème de la religion et de la Cène) et à trouver ça naze, uniquement parce que je ne comprenais pas. Et prenant mon courage à deux mains, j’ai demandé à une demoiselle qui m’a fait comprendre à quel point je n’avais rien « vu ». J’ai pris un plaisir énorme à visiter ce complexe, et à découvrir des vidéastes dont les œuvres étaient terriblement troublantes, choquantes, belles, intrigantes etc. Et c’était marrant de retrouver les photos de Pierre & Gilles dans ce contexte, ou bien les extraordinaires autoportraits de Cindy Sherman.

Il y avait aussi des œuvres plus « formelles » et des installations qui n’étaient pas des vidéos, mais c’est principalement ce média qui est mis en valeur. J’ai beaucoup rigolé en écoutant un des médiateurs qui expliquait une salle avec des œuvres monumentales de « Gilbert & George » à une famille qui paraissait un peu sceptique et curieuse. Le type essayait de garder son sérieux en racontant l’histoire du couple d’artistes homosexuels qui allaient là assez loin dans la transgression et la métaphore sexuelle à peine imagée.

Gilbert & George - Blood Tears Spunk Piss

« Donc nous sommes dans une représentation des différents fluides du corps humain : blood pour le sang, tears pour les larmes, piss pour l’urine. Oui alors là vous voyez, il y a écrit spunk, qui peut se traduire par sperme en anglais argotique, mais ce serait plutôt jute ou foutre si on veut être proche de la signification. Spunk peut aussi vouloir dire bravoure ou courage dans un autre registre, et les artistes ont certainement aussi là démontré leur militantisme homosexuel… »

Les gens ont commencé à se décomposer, et ont vite quitté la salle en remerciant le médiateur de ses explications. Huhuhu.

L’entrée et la sortie se font en passant par un très grand « couloir » qui est agencé d’une œuvre de Dan Flavin, dont j’avais vu la rétrospective au musée d’Art Moderne de la ville de Paris. L’installation, « éblouissement » est particulièrement impressionnante à cet endroit et en tant qu’introduction et conclusion de l’exposition. Autant les utilisations minimalistes de l’artiste me laissent un peu froid, autant là, elle dispensait toute sa force et son pouvoir hypnotique. Nous n’avons pas pu résister à un petit cliché souvenir (chuuuuut les photos sont interdites… hé hé hé).

Pose devant “Eblouissement” de Dan Flavin

Bref, vous aurez compris, j’ai été conquis par l’exposition. Elle est parfaitement réussie, et en tout point correspond à l’idéal que je me fais de la culture pour tous (6 euros l’entrée en plein tarif).

Passage du temps : la collection François Pinault au « Tri postal » de Lille

Vendredi 19 Octobre 2007

Exposage Design contre Design, deux siècles de création.

Classé dans: Exposage — @ 18:56:33

Ah là là, moi qui loue toujours les qualités du Grand Palais pour ses expositions si didactiques, si pédagogiques, et dans lesquelles on n’a pas besoin de se farcir l’audioguide. Eh bien, voilà qu’il nous sorte une expo « je pose des jolis objets » et sans une once d’explication. 10 euros l’entrée et 5 euros l’audioguide (3 euros si vous téléchargez le podcast vous-même)…

Donc un brin déçu par la qualité de l’expo en tant que démarche pédagogique, surtout sur ce genre de thème « rétrospective » qui avait l’air d’offrir une vraie porte d’entrée à la compréhension du « design d’objets » dans le temps. Or c’est un sujet passionnant et qui méritait une organisation un peu plus savante et recherchée que ces différentes thématiques : les formes, les styles, environnements, l’architecture. Et encore plus lorsqu’on voit le foisonnement d’œuvres qu’ils font rentrer dans ces catégories, et le désordre chronologique complet dans lequel elles ont été (dé)rangées. Au milieu de ce Grand Magasin, on trouve trois œuvres majeures, trois réalisations qui ont marqué le « Design » (avec un grand D. mais qui datent dans l’ordre de la visite de 2003, 2004 et 1970… sur deux cents ans ??).

Bon maintenant que j’ai bien craché là-dessus, je peux dire que j’ai malgré tout adoré l’expo. Bah oui, parce que les œuvres qui sont présentées sont absolument superbes, bourrées de créativité, d’inspirations géniales, de trouvailles, de beauté, d’ingéniosité, de références… artistiques, biomorphiques, humaines, architecturales, sexuelles, etc. Et les objets foisonnent, car si l’expo a le défaut de ne pas être didactique, elle a du coup la qualité de décloisonner complètement les genres, et de permettre au visiteur de véritablement apprécier ce qu’il voit, sans être influencé par un cadre rigide et rigoriste.

Du coup, on voit d’abord une chaise, une table, une applique ou bien une armoire, et on découvre avec stupéfaction que l’un date de 1905 et l’autre de 2003, et que l’on aurait bien eu envie d’inverser les indications. On avance dans un univers très stimulant et qui laisse libre cours à son imagination, il y a des choses drôles (comme cette curieuse chambre-utérus qui au final est parfaitement pensée dans son style dadaïste surréaliste), des objets au « design » magnifique ou parfois plus perturbant. On y retrouve les accointances avec certains artistes comme ces meubles qui semblent tout droit issu du Bauhaus, ou bien de l’esprit de Mondrian. Et que dire de ces meubles de récupération comme des fauteuils en foin, en caddie de supermarché ou bien en débris de papiers, ou encore une surprenante commode faite de tiroirs dépareillés simplement retenus par une sangle.

Bref, il y a énormément de choses à voir, découvrir, ressentir, éprouver dans cette exposition, et ça m’a donné beaucoup de plaisir. Mais j’en ressors aussi inculte qu’à l’entrée, alors que je pensais en apprendre un peu plus sur l’histoire du Design, donc je persiste et signe. Je sais bien que la scénographie est un parti-pris et qu’il a forcément ses qualités et ses défauts, mais pour cet endroit là, je ne pense pas que ce soit la voie la plus « utile » qui a été choisie (j’aurais mieux vu cela au Palais de Tokyo en fait). Donc il suffit de prendre cela pour un (court, car l’expo se parcourt aisément en une petite heure) moment pendant lequel mettre ses sens en éveil, et surtout avoir le privilège d’errer parmi tous les objets d’un magasin de meubles et de déco dont les rayons auraient été frappés par une grande tempête temporelle.

Design contre Design, deux siècles de création. Au Grand Palais.

Lundi 08 Octobre 2007

Exposage « Arcimboldo (1526-1593) » au musée du Luxembourg

Classé dans: Exposage — @ 00:48:39

Le musée du Sénat organise des expositions, qui ne sont certes jamais gigantesques, mais qui sont toujours de très grande qualité. Et celle-ci ne déroge pas à la règle. Il s’agit d’ailleurs de la toute première exposition dédiée à Arcimboldo, que je connaissais vaguement pour ses portraits à base d’animaux ou de végétaux. Nous découvrons là du coup tout l’univers de ce peintre, et on comprend mieux au terme de cette visite, l’ensemble de son œuvres, ses influences et la palette de ses talents artistiques (puisqu’il n’était pas que peintre).

J’ai regretté cependant de ne pas avoir droit à plus d’explications sur les peintures et œuvres exposées, à part des écriteaux pour présenter les thématiques des salles. Il fallait donc prendre l’audioguide, mais à 11 euros l’entrée et 4,50 euros l’audioguide, je trouve que c’est excessif. Heureusement que j’avais wikipédié avant de venir, et qu’un de mes compagnons allait glaner des informations auprès des guides des groupes.

On découvre donc un Arcimboldo qui était un peintre célèbre à Milan, et qui est nommé portraitiste officiel de Ferdinand Ier à Prague. On peut donc voir quelques uns des portraits de cour dont il fut l’auteur. Sont surtout rassemblés des peintures qui nous montrent le style de l’époque, et les influences qu’il a pu avoir, notamment de Léonard de Vinci. Et rapidement, Arcimboldo se met à peindre ces tableaux qu’on connaît de lui, où il dissimule des visages dans des amoncellements de choses variées (animaux, végétaux, objets inanimés etc.). Il a en cela grandement contribué à l’enrichissement des cabinets d’art et de curiosité de ses protecteurs.

Pour certains tableaux, il faut se concentrer pour voir apparaître les personnages, et ensuite on ne peut plus voir les animaux qui les composent. Ces jeux d’optique et ces caricatures paraissent vraiment étranges lorsque j’essaie de visualiser l’image que j’ai de l’art de l’époque (surtout en terme de peintures « officielles »). Ce n’est donc pas étonnant si Arcimboldo a été célébré et redécouvert par les surréalistes, même si l’exposition montre aussi beaucoup d’objets manufacturés qui utilisaient aussi des formes végétales ou animales.

On passe donc beaucoup de temps à jouer, à sourire et à échanger pendant cette expo, et cela en fait une visite très agréable (d’autant plus qu’en nocturne, il n’y avait pas foule, ce qui est très plaisant et si rare dans cet endroit). Il y a aussi pas mal de surprises, puisque l’on y découvre d’autres œuvres de l’artistes comme ses dessins qui préparaient les fêtes de la cour. Il créait ainsi des décors gigantesques, des costumes, et des schémas qui expliquaient le déroulement de grands spectacles. Nous avons aussi bien tripé sur cette série de peintures qui ne peut se « révéler » qu’en les regardant dans un miroir posé à plat sur le sol (Ce sont alors des visages !), sinon on ne voit que des natures mortes classiques.

L’exposition se fait assez rapidement (surtout sans moult explications sur les œuvres malheureusement), mais elle foisonne assez des œuvres du peintre pour donner l’occasion de bien l’appréhender. On apprécie d’autant plus les facéties d’Arcimboldo, que les détails de ses tableaux sont d’un stupéfiant réalisme. Un portrait de loin ressemble vraiment à son modèle, tandis que de près, les éléments qui le composent sont parfaitement conformes à leurs natures.

A noter, une superbe magnifique splendide assiette d’un autre auteur de l’époque qui figure une forme (un visage je crois) faite de bites ! Des tas de bites ! Il fallait voir les gens venir et soit glousser, soit faire comme s’ils ne voyaient rien ou bien sourire avec malice. Une petite fille a dit : « Berk c’est dégueulasse ». Donc nous n’avons pas pu nous empêcher de lui expliquer « Mais naaaaaan, pas du tout, tu verras, c’est tout le contraire ! ». Hé hé hé. (Non, je ne suis pas le satyre des musées !)

« Arcimboldo (1526-1593) » au musée du Luxembourg

Mardi 17 Juillet 2007

Exposage Pierre et Gilles, double je (1976 - 2007)

Classé dans: Exposage — @ 21:12:57

Pierre et Gilles, deux artistes dont les prénoms sont à jamais indissociables dans le registre artistique, et aussi un couple dans la vie. Ils sont donc homos et très connus dans la communauté gay. Mais leurs œuvres dépassent largement cette catégorisation, même s’ils usent de beaucoup des clichés gays dans leurs thématiques, styles et références. Pierre et Gilles, c’est avant tout une œuvre foisonnante et qui m’a toujours plu pour la beauté formelle de ces images oniriques, mais aussi l’originalité de leur travail photographique et pictural à quatre mains, pour leurs modèles archi-connus, et les divers débouchés de leurs créations (affiches de film, couverture d’album etc.).

Ils ont donc commencé leur collaboration l’année de ma naissance, et ils continuent aujourd’hui dans une voie similaire. Cette rétrospective au musée du Jeu de Paume est une grande réussite, tant au niveau des pièces présentées que pour la scénographie. 120 œuvres qui couvrent les 30 ans de collaboration des deux artistes : des photos de stars (chanteur, acteur), de modèles inconnus mais fétiches (et souvent très connus du « milieu »), des images qui évoquent le sexe, la religion ou les deux, des icônes mythologiques et politiques, du kitsch, de la couleur et de l’acidulé, mais aussi des œuvres plus graves (moins connues) et sombres. Pierre prend les photos, Gilles choisit les éléments de décor. Ils sélectionnent le cliché que Gilles va peindre, retoucher, coloriser… Et le couple confectionne alors un cadre original pour cette œuvre hybride, alors aussi unique qu’un tableau.

Apparemment, Pierre et Gilles ne sont justement pas très appréciés des peintres ou des photographes, pour leur technique mixte qui n’est ni l’un ni l’autre. En tout cas, ils ont en trente ans assumé cette démarche, et sont devenus célèbres pour cela. Les reproductions de leurs œuvres sont très connues, mais l’intérêt majeur de cette exposition réside dans la taille originale des tableaux qui donne une autre dimension aux œuvres, et surtout dans les cadres, que je ne connaissais pas, et qui met fantastiquement en valeur les images. En effet, l’encadrement est totalement en accord avec l’œuvre, et en reprend des matières, couleurs, rappels kitsch ou soulignement d’un détail.

La scénographie de l’exposition ainsi que l’organisation des salles sont très intéressantes et permettent de se plonger complètement dans l’univers des artistes, tout en comprenant mieux l’évolution de leurs travaux. J’ai ainsi découvert ou redécouvert des œuvres, et me suis mieux rendu compte de leurs diverses périodes. J’ai beaucoup accroché sur les œuvres où ils se mettent en scène, mais « à l’intérieur » en exposant des parties d’eux déformées et symétrisées, ce sont des pièces complètement différentes de ce qu’on connaît d’eux. Il y a aussi quelques œuvres un peu plus sombres ou tristes (comme celle sur la guerre en Irak) qui sont loin du kitsch et des scènes rococo.

Pierre et Gilles, ce sont aussi des centaines de clichés de superbes mecs dans des poses lascives, des portraits archiconnus (Nina Hagen, Iggy Pop, Catherine Deneuve, Arielle Dombasle) et des tableaux d’une stupéfiante beauté et « effets » (pour moi : la madone avec Lio, ou bien le Saint Sébastien, ou encore le marin dans le port du Havre et le triptyque de Ganymède). Cette exposition vaut vraiment la peine d’être visitée, je ne pensais pas qu’il y avait une telle valeur ajoutée à découvrir ces œuvres en vrai, mais force est de constater qu’au contraire, on y gagne énormément. Dépaysement garanti !

L’avis des copines : AtomicJonas, Psykokwak, Quido, Lunettes Rouges.

PS : Et je ne suis pas peu fier, j’ai même couché avec un des modèles d’une des photos exposées (y’a dix ans) ! Hé hé hé.

Pierre et Gilles, double je (1976 - 2007)

Jeudi 05 Juillet 2007

Exposage Le Nouveau Réalisme

Classé dans: Exposage — @ 23:30:37

Cette exposition du Grand Palais, que j’ai vue en fait la semaine dernière, est maintenant terminée. Il s’agissait en tout cas d’une de ces expos qui font la réputation méritée de l’endroit : claire, pédagogique et attrayante. Je ne peux pas dire qu’elle m’ait converti au Nouveau Réalisme, tant je reste circonspect devant certaines démarches, mais au moins je comprends mieux ces artistes, et le contexte culturel de l’époque.

Il s’agit d’une véritable rétrospective de ces mouvements artistiques français du milieu des années 50 à celui des années 60. Une période de renouveau, de quêtes artistiques qui partent dans tous les sens, tous les supports, toutes les innovations et toutes les folies. Donc une période plutôt riche en créativité, et dans laquelle on retrouve quelques grands noms comme Yves Klein, Christo ou encore Niki de Saint Phalle.

L’exposition est très riche de centaines de pièces qui sont toutes explicitées, et chacune des salles a son thème, sa période ou son groupe d’artistes, avec aussi une présentation écrite plutôt exhaustive et claire. Mon opinion sur les créations ainsi exposées n’est pas complètement positive, même si je trouve qu’avec le temps, certaines œuvres atteignent finalement leurs objectifs. En effet, lorsqu’on voit des restes de repas qui sont conservés et mis en tableaux (des dessus de table littéralement « verticalisés »), l’idée paraît incongrue et inepte au premier abord (Daniel Spoerri en est l’auteur). Mais lorsqu’on pense ainsi à la notion de conservation des éléments et des « affects » qu’ils transportent, et que finalement ces œuvres ont déjà une cinquantaine d’années. Eh bien elles commencent tout juste à prendre de la « valeur » pour moi. Mais j’imagine bien qu’à l’époque, ça a du défrayer les chroniques !

De la même manière, la conservation tel quelle de scènes du quotidien qui se retrouvent figées dans l’Art comme un fossile ou une fouille archéologique donne quelques œuvres qui aujourd’hui ont quelque intérêt (Ne serait-ce que la curiosité de faire une chose aussi futile en apparence !). Je suis un peu plus sceptique sur un des éléments typiques du Nouveau Réalisme : les affichistes. Ces derniers (Hains et Villeglé) ont fait des tableaux à partir d’affiches superposées qui sont déchirées en partie et laisse apparaître différentes couche de couleurs, formes ou mots. J’avoue que ces tableaux me laissent de marbre, même si j’en reconnais l’efficacité esthétique (mais je ne crois pas que ce soit le but ultime de la manœuvre).

Et puis, il y a des démarches plus drôles et légères (enfin, c’est ce que je pense) comme avec Klein (que l’on retrouve donc dans ce contexte, après sa propre expo), ou Christo qui emballe tout ce qu’il trouve, chacun des protagonistes ayant sa spécialité. Il y a aussi les œuvres techniques et complexes de Jean Tinguely que j’ai beaucoup aimées. En effet, il s’agit de petits moteurs qui mettent en marche des mobiles faits de récupérations diverses. Ainsi des automates de métaux, plastiques et bouts de ficelles, se mettent en marche et font du bruit, se mettent en mouvement. Cela surprend le visiteur car on appuie sur un bouton, et ce n’est que 3 minutes plus tard (souvent au nez d’autres innocents badauds) qu’une sirène de pompier retentit d’un frigo !! Il me plait bien ce type avec ses créations un peu folle et surprenante, et surtout dans cette soif inextinguible de susciter des émotions et des « réactions », sans toutefois entrer dans des considérations artistiques pédantes.

Pour moi au final, la vraie découverte de cette exposition, n’est qu’un des artistes rattachés au mouvement du Nouveau Réalisme, il s’agit de Niki de Saint Phalle. Vraiment j’ai été conquis par son travail, son imagination et ses « visions ». D’abord, j’aime ses œuvres pour la beauté formelle qu’elle y instille sans arrêt, même dans certains tableaux assez flippants (littéralement « freaking »). Et ça m’a plu son truc de tirer au fusil dans des œuvres avec des réserves de peintures qui se déversent alors sur le tableau composite. Elle appelle alors ça de la création « à distance ». Arf arf.

Et sinon le truc le plus fort c’était quand même une salle qui reconstituait une exposition des années 60. La salle (qui était aussi un des « numéros » de l’époque) avait la particularité de proposer une vision décalée de 90°, c’est-à-dire que l’on rentrait sur l’un des murs latéraux, et le sol devenait un mur, tandis que les socles où étaient placés les œuvres devenaient des protubérances latérales. Le plafond était donc sur le mur opposé avec les fils des lampes qui eux aussi se tenaient rigides à l’horizontal. L’impression était bluffante, avec tous les objets parfaitement fixés et donnant un trompe l’œil parfait. Donc pour mieux encore apprécier l’effet d’optique, on nous a conseillé de nous allonger sur le sol (un mur), les pieds évidemment sur le mur (le sol en parquet). Et là c’est fantastique, car on retrouve l’image de la « normalité » tout en éprouvant une distorsion de la gravité que nous avons l’habitude d’appréhender (qui nous est alors appliquée de manière singulièrement latérale).

Une très très belle exposition, même si le “Nouveau Réalisme” n’est vraiment pas ma tasse de thé dans l’ensemble.

Le Nouveau Réalisme au Grand Palais

Vendredi 22 Juin 2007

Exposage ThéâtrOpérage « Paso doble » par Miquel Barceló et Josef Nadj

Classé dans: Exposage, ThéâtrOpérage — @ 23:42:10

Voilà une performance artistique que je ne serais certainement pas allé voir, si je n’y avais pas été convié par un pote du boulot. Mais comme je suis curieux, que j’avais entendu parler du peintre, que les performances ne me font pas peur (arf) et que je ne connaissais pas le théâtre des Bouffes de Nord, j’ai tenté le diable. Bien m’en a pris, car j’ai été totalement conquis par cet extraordinaire spectacle.

Concrètement, que se passe-t-il donc ? En quelques images, tout commence par un sol marron et un mur blanc, dont on ignore la consistance, et qui rapidement révèlent une terre glaise lourde, malléable et « attachante ».

« Paso doble » par Miquel Barceló et Josef Nadj

Et prosaïquement, voilà le résultat final :

« Paso doble » par Miquel Barceló et Josef Nadj

Les deux auteurs de ce spectacle, le peintre Miquel Barceló, et le chorégraphe Josef Nadj, deux pointures dans leurs domaines respectifs, commencent la performance habillés en costards immaculés. Et à la fin, ils ressemblent à ça :

« Paso doble » par Miquel Barceló et Josef Nadj

D’abord, on ne les voit pas, on les entend seulement frapper le mur blanc par derrière. Et puis, leurs efforts font apparaître des bosses, et des premières lacérations de la matière, et puis ils débarquent. Se met alors en place un jeu étrange, un jeu mais aussi une bataille, une occupation, une cérémonie, une fusion… Les deux communiquent de temps en temps, mais la plupart du temps sont plutôt sur des tâches en solo. Ils creusent la terre argileuse et pesante, ils la battent à coups de battes, de pics, de rabots. Ils la sculptent, la modèlent, la jettent, la déchirent, la piétinent, et puis Barceló peint même le résultat final en blanc. Ils auront aussi utiliser un tas d’objets en terre glaise, des poteries « crues » qu’ils se mettent sur la figure, et déforment pour en faire des masques monstrueux et comiques à la fois (cela fait penser à la scène de « Beetle Juice » où les Maitland essaient de se déguiser en fantômes effrayants).

Je sais que cela peut paraître un peu trivial ou bizarre, mais en y assistant j’ai au contraire perçu tout l’amusement qui réside aussi derrière ce travail, et aussi l’incroyable pouvoir qui émane de cette création vivante, instantanée, énergique et éphémère (la glaise est recyclée pour le lendemain). Il s’agit vraiment pour les auteurs se pénétrer la matière, d’interroger le rapport de l’artiste à ses matériaux bruts, et ainsi rendus gigantesques de renverser les « rapports de force » entre le sculpteur et la glaise.

Par contre, je m’attendais à un peu plus de « danse » ou de mise en chorégraphie de la part de Nadj, alors qu’il est sur le coup vraiment complètement l’objet du peintre. Barceló est au centre de la performance, car il reste le maestro de l’ensemble. Il faut le voir manier ses outils pour construire son œuvre, à la fois guide, compagnon de jeu maître et esclave de la glaise. Le tout est accompagné d’une musique assez sommaire, plutôt un bruitage (pas forcément le truc le plus réussi d’ailleurs) qui rythme et scande les actes des artistes. A la fin, ils sont littéralement avalés par l’œuvre, et ils s’en « retournent à la terre (glaise) ».

Au bout d’une heure, les deux hommes sont exténués, sont barbouillés de peinture et de terre, et on les sent enfin sortir de leur transe, pour mieux réaliser ce qu’ils viennent de créer, ce golem qui a de grands airs de famille avec les réalisations du peintre, et qui a laissé le public ébahi et essoufflé. Ce n’est pas non plus un spectacle complètement sérieux ou intello, au contraire les gens rigolent de les voir se crader comme ça, de les voir faire les clowns avec de la terre comme des gamins. On est dans un théâtre proche des gens, et dans une démarche très instinctive et naturelle, même si elle peut dérouter.

Ce spectacle avait été créé pour le festival d’Avignon de 2006, et je savais que cela m’était familier. J’ai repensé à la première émission du 6ème sens, et pour la première ImproPhoto (6ème rubrique), il s’agissait de l’affiche du festival justement. Cette affiche figure un homme qui traverse en partie un mur de glaise, et qui laisse des traces avec sa main. C’est drôle d’écouter à présent ce qu’avaient pu en dire et inventer les comédiennes.

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