Ron Mueck à la Fondation Cartier

J’avais d’abord vu cette pièce connue de Ron Mueck : un gros monsieur tout nu assis dans un coin avec l’air morne et renfrogné. C’était pour l’exposition Mélancolie en 2005, et ça m’avait drôlement marqué. Cette nouvelle exposition à la Fondation Cartier était une extraordinaire occasion de mieux connaître l’ensemble des oeuvres de l’artiste et quelques nouveautés. On comprend aussi, grâce à des vidéos, les méthodes de conception de ces fascinantes créatures, et c’est COMPLETEMENT DINGUE !!!

Il lui faut des mois pour réaliser les modèles, faire des moulages en latex, ajouter de la peinture, fabriquer une armature en ferraille, puis recouvrir le tout. On trouve deux types d’oeuvre, et elles jouent toutes sur la taille, soit beaucoup plus grande que la réalité, soit plus petite. Dans tous les cas, on est fasciné par les détails ultraréalistes et en même temps super inquiétants. J’admire le talent de plasticien de l’artiste évidemment, mais aussi tout le déferlement narratif qui est créé ex-nihilo juste en regardant les œuvres et en laissant courir son imagination. On passe par toutes les gammes d’émotions et de réactions, entre rires, angoisse, incompréhension, et surtout on s’attend presque à un regard qui vous interroge ou une parole qui s’échappe tant ces personnages ont l’air vivants (malgré leurs proportions).

Certaines scènes ont même des doubles ou triples lectures, comme ces deux jeunes (Young couple) qui ont tout l’air de deux amoureux, ou un frère et une soeur (ils se ressemblent en fait…), et puis en y regardant de plus près le gars la tient par le poignée de manière un peu agressive ou violente. Au final, on lit sur les traits des sentiments contradictoires et on pourrait finir par croire qu’il s’agit des quelques minutes avant un viol ou une agression sordide. Juste avant c’était un gentil petit couple tout mignon, arf.

C’est surprenant car de prime abord, on pense juste à de (très) jolies reproductions de la réalité, mais on réalise bien vite que l’oeuvre de Ron Mueck est beaucoup plus profonde et dérangeante que cela. J’aurais adoré y retourner une seconde fois même, alors que c’est quelque chose de très rare pour moi. En outre, c’est une expo qui peut parler à tout le monde et qui n’a rien de compliqué à appréhender ou apprécier. Une sacrée réussite !

Ron Mueck à la Fondation Cartier

Dynamo au Grand Palais

Avec « Dynamo » on avait l’exposition typique du Grand Palais, une grande rétrospective thématique avec des centaines d’œuvres diverses et variées. Mais surtout c’était un ensemble qui s’appréciait de manière très instinctive et « réflexe », on est dans les courants de l’art cinétique qui jouent sur la lumière, les formes, les couleurs, les rythmes, le mouvement… L’expo est avant tout une expérience sensorielle et souvent ludique, et donc blindé de gamins. Moins cool.

Dynamo au Grand Palais

On ne peut pas dire que le parcours pédagogique soit autant à la hauteur que d’habitude, et on zappe les quelques explications superflues pour passer de l’appréciation d’une oeuvre à l’autre. J’y suis allé avec des amis, et on a passé un très bon moment, mais je ne peux pas dire que c’était un grand enrichissement culturel ou artistique. J’ai été intrigué et j’ai expérimenté des choses impressionnantes, de vraies « attractions » visuelles et sensorielles, mais ça faisait donc un peu « Palais de la Découverte ».

Je suis toujours content de retrouver des néons de Flavin, et j’ai aussi beaucoup pensé à Aurélie Nemours et ses palettes de couleurs (qui était absente de l’expo d’ailleurs, mais je suppose que c’était hors sujet). Il y a aussi Felice Varini et ses dessins géométriques qui ne sont visibles que d’un point de vue précis. Le jeu consistait là à tromper l’oeil en proposant un motif qui paraît du coup flotter dans les airs.

Dynamo au Grand Palais

Et sinon plein de trucs marrants qui faisaient aussi penser à une autre expo de Pompidou d’il y a quelques années qui m’avaient aussi un peu déçu sur le fond : Los Angeles 1955-1985. Là aussi on trouvait des œuvres avec quelques néons sans explications ou sans « concept » explicite, et du coup ça me paraît parfois sympa mais sans plus. Mais l’expo reste parfaite pour se concocter des fonds d’écran !!

Dynamo au Grand Palais

EXPO1: New York au MoMA PS1

Le MoMA PS1 c’est une extension du célèbre MoMA de Manhattan mais dans le Queens. On y voit des œuvres et expositions encore plus avant-gardistes et contemporaines que dans le musée d’origine, et là c’était une première expo sur le thème de la ville de New York (comme son nom l’indique). Il s’agit donc d’un ensemble d’œuvres plus ou moins « plastiques » (on va de la peinture à la vidéo en passant par montage, collage, assemblage, système expérientiel et j’en passe), et j’ai énormément aimé cette plongée dans l’Art contemporain avec un nombre incroyable de facettes représentées.

Du coup on voit des artistes qui ont brodé sur le thème de l’écologie, de la ville, il y a des choses très très noires et pessimistes, et globalement on ne peut pas dire que l’exposition reflète une certaine joie de vivre. On retrouve aussi la crise et ses impacts sur la société, et finalement l’expression d’un certain désamour des artistes pour l’urbain et son mode de vie inhumain. D’autres étages ou pièces sont décollées du sujet, et là on y trouve quelques trucs plutôt très très très étrange (mais cool hein !). Par exemple cette entrée digne de Blade Runner :

Ou encore une ode à la biologie humaine (je crois) et son système reproductif de plus en plus aidé, assisté, amélioré et « technifié » :

Mais sur l’expo, j’ai retrouvé avec plaisir une oeuvre d’Olafur Eliasson (Your waste of time) que j’avais tant aimé il y a dix ans à la Tate Modern. Et c’est encore une oeuvre « weather » puisque c’est une pièce où on a amené des bouts du glacier Vatnajökull et où on conserve cela avec une température glaciale, donc diamétralement opposé au soleil de la dernière fois (putain je fais des liens vers des articles que j’ai écrit y’a DIX ANS !!!). L’artiste joue sur le réchauffement climatique, et sur la consommation énergétique nécessaire pour conserver cette glace dans cette pièce, qui a donc une influence encore plus négative sur le réchauffement climatique.

J’ai été aussi très impressionné par Adrián Villar Rojas (La inocencia de los animales) qui présente un truc assez énorme. Là j’ai pensé à Yang Fudong que j’avais vu à la biennale d’Art Contemporain chinois de Montpellier (ouai truc de fou) en 2005. Il avait investi tout un amphithéâtre de la fac de pharmacie pour en créer un nouvel univers fait de nature et de pépiements d’oiseaux. Là c’est un ensemble terrible de béton et de structures post-apocalyptiques très impressionnantes. Mais on retrouve l’idée d’une sorte d’amphi qui n’a pas résisté à cet Armageddon. On arrive sur des portes murées, des murs brisés, des recoins mystérieux interdits, et ce béton craquelé qui semble aussi avoir souffert. Comme si c’était des ruines de notre civilisation dans quelques milliers d’années. FLIPPANT !!!

EXPO1: New York au MoMA PS1 - Adrián Villar Rojas (<em>La inocencia de los animales</em>)

EXPO1: New York au MoMA PS1 - Adrián Villar Rojas (<em>La inocencia de los animales</em>)

EXPO1: New York au MoMA PS1 - Adrián Villar Rojas (La inocencia de los animales)

Il n’y avait presque personne quand j’ai visité l’expo et je regrette que des trucs aussi dingues mais percutant soient boudés par le grand public. Evidemment il y a des choses qui touchent moins que d’autres, mais j’ai passé deux heures à déambuler, essayer de comprendre ou juste ressentir, et cela faisait longtemps que je ne m’étais pas senti autant « stimulé » par de l’Art. Eh bien c’est cool, ça fait du bien !

EXPO1: New York au MoMA PS1

La Maison d’Anne Frank (Amsterdam)

Le journal d’Anne Frank fait partie de mes nombreuses lacunes, mais comme tout le monde je connais l’histoire de cette jeune fille juive qui s’est cachée avec sa famille à Amsterdam, et a finalement été dénoncée. Elle est morte dans un camp de concentration quelques mois seulement avant la fin de la guerre… Ce lieu « La Maison d’Anne Frank » est aujourd’hui un musée qui permet de se replonger dans cette histoire au sein de l’Histoire, et plus encore puisque l’endroit propose aussi une réflexion globale sur la tolérance avec d’intéressants dispositifs pédagogiques.

N’ayant pas lu le bouquin, j’ai pu mieux comprendre la vie d’Anne Frank avant, pendant et après ces deux ans où la famille a vécu dans la clandestinité. Le père, Otto, possédait une entreprise, et « l’annexe » a été aménagée dans des locaux attenants. Ce qui est extraordinaire dans ce musée c’est qu’on est vraiment dans l’annexe et qu’on la parcours du début à la fin pour découvrir ce qui s’est passé en même temps que la manière dont les gens ont vécu là pendant la guerre. On réalise donc l’exiguïté du lieu, la décoration, les aménagements, on monte ces escaliers à l’impressionnant dénivelé et on imagine ce qu’a été de vivre là reclus pendant deux ans… Il s’agissait d’une structure en parallèle de l’endroit originel qui permettait de camoufler le lieu avec un habile trompe l’oeil sur la profondeur du bâtiment. Le père de famille est le seul survivant, et il a décidé de publier le journal de sa fille en même temps qu’il a milité pour la conservation de l’annexe et le projet de ce musée.

C’est intéressant, c’est touchant évidemment, voire bouleversant, et le parcours muséologique est vraiment très bien fait. Ensuite, on peut trouver pas mal de resources et de possibilités de réfléchir et se poser au-delà de cette histoire tragique. J’ai beaucoup aimé cette pièce qui expose des sujets de société et qui permet aux visiteurs de voter selon leur âme et conscience sur des questions de sexisme, racisme, xénophobie, homophobie etc. C’était assez cocasse de constater que le mariage homo n’avait pas la majorité des voix alors qu’on venait de présenter un exemple d’homophobie assez criant, et que les avis sur le port du voile aussi étaient drôlement partagés… On était une bande bigarrée de touristes et cela reflétait des idées assez décalées pour un endroit pareil !!!

La Maison d'Anne Frank (Amsterdam)

Salvador Dalí (rétrospective) au Centre Georges Pompidou

Dalí est mort en 1989, mais il est encore aujourd’hui une de ces superstars de l’Art. Ses oeuvres traversent le siècle dernier et font un pont assez extraordinaire entre la découverte même de l’Art Moderne et une conception tout à fait contemporaine de l’Art d’aujourd’hui. Salvador Dalí est connu par à peu près tout le monde, quel que soit la culture générale ou le milieu social, et il est présent par ses innombrables reproductions sur bien des murs… Il est l’incarnation même du Surréalisme, et cette exposition est une occasion parfaite pour se rendre compte de l’immensité du bonhomme.

On bénéficie là encore d’une scénographie et d’un parcours pédagogique assez exceptionnel, et c’est sans compter un nombre et une variété d’oeuvres qui permettent d’appréhender avec un grand plaisir l’étendu des talents de l’artiste catalan. J’ai juste regretté de ne pas avoir vu assez de sculptures de Dalí. Je me souvenais en avoir apprécié un certain nombre à son musée de Montmartre, mais là quasiment pas. En revanche en termes de peintures, c’est le nec plus ultra. Et le parcours nous fait circuler dans toutes ses thématiques plus ou moins loufoques, décalées, provocatrices, mais aussi merveilleuses, fantasmagoriques, sexuelles ou psychanalitiquement signifiantes.

Nul besoin de vanter une exposition qui fait le (trop-)plein depuis ses premières heures d’ouverture, mais j’ai été surpris de voir autant de familles accompagnées d’enfants assez jeunes. On les voit ensuite un peu gênés devant les représentations explicites ou métaphoriques de sexe, de viol, de parricide, matricide, masturbation et autres joyeusetés. D’autant plus que les explications sont assez honnêtes et claires et parfois un peu embarrassantes. Je voyais cette gamine de douze ans qui scotchait devant cette sculpture de 1938 représentant un téléphone dont le combiné est un homard. Et la mère de sourire et de dire « Alors ça te plait ? C’est joli hein ? ». Et de lire tout haut « Téléphone aphrodisiaque… Ah oui mais pourquoi… ? Ah oui d’accord, oui le homard… Ah oui… Bon on y va ? Allez viens, VIENS JE TE DIS !!!!! » Arf.

J’ai surtout aimé découvrir quelques éléments que je connaissais moins comme sa participation aux films de Buñuel (dont on voit quelques extraits, notamment Un chien andalou) ou aux oeuvres de Federico García Lorca que j’aime tout particulièrement. Et il y avait aussi pas mal d’extraits de vidéo de performances diverses et variées qui représentaient bien le personnage public que j’ai connu gamin. Entre mise en scène de soi, de ses oeuvres, sa provocation légendaire et son rapport à l’argent bien particulier, on ressent bien vers la fin de l’expo la complexité de l’artiste et une personnalité qui s’assombrit quelque peu avec l’âge.

C’est toujours un bonheur de voir en vrai quelques tableaux célébrissimes du maître, avec ses illusions, faux-semblants et double-perspective, et d’en découvrir d’autres de petits formats qui fourmillent de détails et racontent des histoires fascinantes (et souvent terribles). L’exposition est sans conteste magnifique et vraiment réussie !!

Salvador Dalí (rétrospective) au Centre Georges Pompidou

Edward Hopper au Grand Palais

Cela faisait une éternité que je n’étais pas allé au Grand Palais, et même si je brûlais d’envie de découvrir cette expo dont tout Paris bruissait, j’étais découragé par la file… Attendre plus de deux heures pour en piétiner deux autres, ce n’est pas pour moi. Mais miracle, ce coup-ci une ancienne connaissance bloguesque que j’aime beaucoup m’a proposé de profiter de son invitation à une visite privée. C’était un grand évènement avec petits-fours et tout le tralala, mais surtout l’expo était réservée aux convives (le soir), et il y avait des conférenciers qui attendaient le chaland dans chaque salle. Donc cette soirée fut une réussite et un bonheur complet !! Nous avons visité à notre rythme avec au maximum une dizaine de péquins dans les salles, et des gens adorables pour nous rencarder sur Hopper et ses oeuvres.

Evidemment un confort de visite pareil pourrait rendre presque tout intéressant. Mais là il faut avouer que c’est du grand Grand Palais ! Que ce soit la richesse intrinsèque et la variété des pièces présentées, la scénographie, les explications (que nous n’avons du coup pas vraiment utilisées) ou le parcours, tout est proche de la perfection.

J’ai pu aussi du coup mieux appréhender Edward Hopper que je connaissais comme le peintre de la mythologie américaine, de ces tableaux à la Mike Hammer avec ses diners déserts et ses femmes anonymes. Je connaissais beaucoup moins le fan de Degas qui a passé du temps à Paris et dont les tableaux parisiens justement sont assez impressionnants. Il a exploré des tas de manières de peindre, influencé par énormément d’artistes européens au début du XXème siècle, et la somme de ses pérégrinations picturales est passionnante. J’ai aussi découvert ses travaux de publicitaires et de concepteurs d’affiches, qui était apparemment une activité qu’il détestait, mais qui était un gagne-pain lucratif nécessaire. On y retrouve malgré tout son style et ses gimmicks malgré une forme très consensuelle et dont l’originalité est le plus possible gommée.

Les interactions avec les guides étaient géniales, et nous ont permis de mieux cerner le caractère du peintre, les incursions de sa vie personnelle dans son oeuvre, et aussi tout le cheminement intellectuel qui, remis en contexte, donne quelques billes indispensables pour mesurer l’importance du peintre dans l’histoire de l’Art. Au-delà de ces représentations, devenues presque des images d’Epinal, on peut se poser la question de la place de la ville par rapport à la campagne, de l’homme dans l’urbanisme, des perspectives alambiquées (avec des plans presque cinématographiques parfois), du traitement particulier et parcimonieux de la lumière, de sa passion pour l’envers du décor etc.

Bref j’ai passé un moment inoubliable et fantastique !!!

Edward Hopper au Grand Palais

Gerhard Richter, Panorama : Une Rétrospective au centre Pompidou

Je n’avais jamais entendu parler de Gerhard Richter, mais l’expo avait bonne presse, et j’aime bien les rétrospectives qui permettent comme cela de faire connaissance de manière didactique avec l’oeuvre d’un artiste. J’en suis sorti mi-figue mi-raisin, à la fois intéressé par certaines démarches et plutôt enjoué d’une poignée d’oeuvres, mais aussi assez insensible à pas mal d’autres.

Au moins, j’apprécie que le bonhomme ne se la joue pas grand artiste contemporain qui théorise pour théoriser et conceptualise tout ce qu’il crée. Là Gerhard Richter est assez clair, certaines oeuvres ne sont dictées que par l’envie et l’instinct (son travail remonte aux années 60). Et je crois que c’est ce que j’ai le plus aimé, ces séries de peintures complètement abstraites et très colorées qui racontent presque « trop » de choses. Les toiles sont immenses et pleines de vie, de rythme et de pulsations. Il y aussi ses portraits comme des photographies floutées dont le procédé et la qualité sont bluffants. On dirait vraiment de la photo et dans la mise en scène, le cadrage ou le sujet. Du coup cela représente pour moi en peinture le summum du figuratif.

La mise côte à côte de ces deux tendances : figuratif photographique (mais flou) et abstrait aléatoire fonctionne vraiment bien dans ce « Panorama ». Mais en dehors de ça, il y a aussi pas mal d’oeuvres plus plastiques ou conceptuelles qui ne me parlent pas, des trucs à la Bertrand Lavier (que j’exècre) qui ne m’intéressent pas du tout, ni dans la démarche ni dans l’esthétique. Donc voilà je suis un peu partagé sur l’exposition, qui bénéficiait pourtant de l’habituelle qualité scénographique de Pompidou, avec un artiste dont le travail ne m’a pas vraiment enflammé au final.

Gerhard Richter, Panorama : Une Rétrospective au centre Pompidou

Stanley Kubrick – L’Exposition (à La Cinémathèque Française)

Il s’en est manqué de très peu pour que je réussisse à voir cette exposition ! Mais j’y tenais car les articles de presse étaient plutôt élogieux, et j’aime bien Stanley Kubrick tout en ne connaissant que peu de chose sur ce grand maître du cinéma. Au final, l’exposition est un brin décevante, car même s’il s’agit d’une remarquable collection ainsi mise en valeur, on ressort de là avec beaucoup d’images mais pas beaucoup plus de connaissance du réalisateur.

Les salles sont une simple succession d’illustrations diverses et variées des films de Kubrick. 13 films et donc 13 espaces dédiés sont à parcourir dans un ordre simplement chronologique. Mais le fait de n’avoir pas du tout une approche thématique empêche d’exploiter les points communs entre les films, et donc de pénétrer un peu plus l’oeuvre de Kubrick, d’en découvrir l’intimité, la symbolique, les vecteurs de créations, ses gimmicks etc. Rien de tout cela, mais on déambule plutôt dans une somptueuse collection d’objets, de scriptes manuscrits, de coupures de journaux, de costumes, de morceaux de décor, et en somme une reconstitution un rien disneyienne de l’univers du cinéaste. C’est une démarche très plaisante pour retrouver l’univers des films que l’on connaît bien, ainsi pour Spartacus, Barry Lyndon, Docteur Folamour, 2001 L’Odyssée de l’Espace, Full Metal Jacket, Orange Mécanique ou Eyes Wide Shut, que j’ai vu et revu, c’est un peu de la nostalgie ou une manière de « toucher » ces oeuvres de fiction. Mais pour celles que je ne connaissais pas, à part voir des images auxquelles je ne comprenais pas grand chose, bah rien de plus en fait…

Donc une belle exposition, mais qui aurait certainement mérité un ton plus pédagogique et explicatif… même si j’ai bien tripé sur la maquette réelle qui a servi à la salle de commande de Dr Folamour ou encore tous les éléments de costume ou les placements publicitaires d’époque pour 2001 (le deal c’était que les grandes marques, comme IBM ou Hamilton, avaient leurs produits exposés, mais ils devaient présenter des prototypes qui illustraient bien le futur) etc.

A noter à la fin, il y a tout de même quelques éléments qui rappelle un des projets emblématiques de l’auteur avec « A.I. », qui a été finalement réalisé par Steven Spielberg.

Stanley Kubrick - L'Exposition (à La Cinémathèque Française)

Leviathan au Grand Palais de Anish Kapoor (dans le cadre de Monumenta 2011)

Monumenta est un rendez-vous annuel du Ministère de la Culture qui offre cet incroyable espace de la Nef du Grand Palais à un artiste pour créer une oeuvre d’art contemporain qui puisse parler au plus grand nombre. Là c’est Anish Kapoor qui est invité et qui a décidé d’investir en « grand » ce gigantesque volume. L’oeuvre est donc monumentale et bien en phase avec l’optique du projet, mais je n’ai pas non plus été totalement conquis par l’installation-sculpture.

Tout cela se visite très rapidement, et la file a beau être longue, l’attente ne l’est pas. On peut ensuite aisément circuler sous la verrière puis dans l’oeuvre elle-même. Mais je crois que le plus facile est de jeter un coup d’oeil au machin présenté en lui-même.

Vue de Leviathan (Monumenta 2011) au Grand Palais - panorama

Cela ressemble donc à un truc énooooorme et d’une couleur rouge foncé, ou lie-de-vin, qui a l’air d’être léger comme une baudruche ou plutôt un ballon de basket-ball. On en voit les coutures d’ailleurs, et la brillance globale de l’objet lui donne un aspect ludique et organique à la fois. Vraiment ce qui surprend et intrigue c’est proprement le gigantisme de la chose, et on se met rapidement à imaginer les procédés pour faire rentrer un truc pareil, pour le gonfler et le faire tenir !!

Vue de Leviathan (Monumenta 2011) au Grand Palais - vers la sortie

On a donc affaire à un immense béhémot (d’ailleurs le titre de l’oeuvre est Léviathan) avec trois lobes et une partie non fermée par laquelle on peut pénétrer pour y découvrir l’envers du décor et une toute autre oeuvre. La taille est étonnante car elle emplit toutes les dimensions d’un volume si énorme qu’on n’imagine pas qu’on puisse ainsi l’occuper autant en surface qu’en hauteur, et le côté jouet avec les gens qui apparaissent si petits à côté, est à la fois drôle et inquiétant. Drôle parce que ça pourrait aussi faire penser à ces représentations géantes d’animaux en baudruche de Jeff Koons, et inquiétant dans son aspect monstrueux, comme un « blob » en puissance dont l’aspect organique rouge-sang et poche d’air le rend vivant, vibrant et palpitant.

On en fait le tour, et on voit les gens se prendre en photo avec, des enfants jouer autour un peu, petits et grands tout aussi circonspects… Hé hé hé. On a en fait rarement assez de recul pour embrasser l’ensemble de la sculpture, et je n’arrête pas d’élaborer des hypothèses sur sa construction, son élaboration et surtout son installation dans cette Nef géante qui m’apparaît d’un seul coup une très modeste serre pour accueillir le Léviathan !

Il faut refaire la queue pour entrer dans l’objet, et découvrir alors que la peau est relativement translucide. Quand le soleil paraît, on voit parfaitement en transparence le squelette de métal de la grande Nef. Sinon, rien de très notable sinon le fait de bien voir les lobes de l’intérieur, avec les nervures et coutures encore plus apparentes, et face à soir un lobe dont on voit parfaitement la conformation.

Vue de Leviathan (Monumenta 2011) au Grand Palais - à l'intérieur en face

Tandis que si on jette un coup d’oeil à droite ou à gauche, on ne voit pas la partie vraiment finale du lobe, et on pourrait croire qu’une route s’ouvre sur un couloir infini.

Vue de Leviathan (Monumenta 2011) au Grand Palais - à l'intérieur sur un des côtés

On a d’autant plus cette impression organique de l’intérieur, avec ce souffle tiède et enveloppant dont on sait qu’il entretient la « vie » de l’installation, mais aussi cette couleur bien plus sanguine et charnelle, avec des effets de couleur, d’ombre et de lumière, et de subtiles variations liées au conditions extérieures. A cela, on ajoute aussi l’espace confiné et propice aux échos et toute sorte d’illusions sonores.

Vous voyez comme j’en parle, j’ai vraiment bien aimé le fait que cette oeuvre me procure beaucoup de questionnements et me pousse à explorer mon ressenti, ma curiosité et certaines analogies. Mais j’ai été un peu déçu de ne pas y avoir perçu quelque chose de plus percutant, de plus décoiffant de plus… transcendant. J’aurais aimé une expérience plus aboutie et plus scénarisée peut-être, même si ce n’était pas non plus un voyage à l’intérieur du Gargantua de Mirapolis (ok là c’est une référence pour les valdoisiens de plus de 30 ans).

En fait, j’ai tout de suite pensé que j’allais avoir affaire à une installation analogue à celles d’Olafur Eliasson, dont j’ai eu la chance d’expérimenter le Weather Project à Londres (New Tate Modern) en 2003. Il s’agissait aussi d’occuper un immense espace avec une oeuvre universelle et touchant tous les publics. Or ce soleil dans un musée avait captivé les visiteurs comme aucun commissaire n’avait pu l’anticiper, il fallait voir les gens être attiré comme des insectes vers la lumière, avec cette brume fantomatique, et l’envie de s’allonger sur le sol pour voir son reflet plus haut. Je me souviens être resté une bonne demi-heure à errer au sein de cette oeuvre grandiose et d’une troublante beauté.

Pour Leviathan d’Anish Kapoor, j’admire la conception d’un objet pareil, et je suis charmé par la multiplicité des visages de l’oeuvre : gigantesque, rebondie, vivante et organique, extérieure et intérieure. Mais je n’ai pas été bluffé comme j’avais pensé pouvoir l’être, et au final c’était sympa mais c’est tout. Certes, il y a beaucoup de moyens, une « énorme » idée mais pas menée au bout, ou bien je manque de références et d’accompagnement pédagogique peut-être. En tout cas, c’est à voir bien évidemment, mais seulement « à voir ».

L’Or des Incas à la Pinacothèque de Paris

Aïe, aïe, grosse déception pour cette exposition… On y voit une profusion d’œuvres plus magnifiques les unes que les autres, mais les explications sont le plus souvent absentes ou parcellaires. Il y a bien des grands textes indigestes et trop longs sur des pans de mur, mais qui ont l’air d’être recopié de bouquins d’histoire d’une antédiluvienne université, et presque rien sur les pièces incroyables présentées en vitrines (à part l’époque et la matière). Tandis qu’on est invité à consulter son audioguide ou son application iPhone, le clampin moyen comme moi reste sur sa faim. Et comme j’aime bien faire des expos avec des amis, je n’ai pas spécialement envie de me retrouver avec des écouteurs en solo…

Au contraire, j’aime que les expos puissent non seulement (pour le prix d’une entrée à 10 euros) me permettre de pénétrer dans le musée, mais aussi d’y recevoir le minimum d’explications et d’accompagnement pédagogique qui vont avec les œuvres présentées. Mais là ce n’était vraiment pas le cas…

Et pourtant c’est une invitation au voyage et un vrai passage dans les « Mystérieuses Cités d’Or » avec des pièces superbes et qui décrivent tout ce que cette civilisation comptait d’artisanat et de maîtrise du métal et de la joaillerie. Avec en conclusion, une flippante momie très Rascar Capac qui m’a glacé d’effroi. On y croise aussi des quipus (sans Zia) et mille autres surprises. Malheureusement, je suis ressorti de là tout aussi ignorant, et je le regrette amèrement…

L'Or des Incas à la Pinacothèque de Paris