95 articles pour la catégorie “Exposage”

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Les musées du Palais de Rohan de Strasbourg

Publié le Vendredi 24 Mars 2006 - 23:34
Catégorie: Exposage

Près de la cathédrale, on trouve les plus importants musées de Strasbourg qui sont rassemblés dans le Palais de Rohan, une superbe bâtisse du XVIIIe siècle. On y trouve les musées Archéologique, des Arts Décoratifs et des Beaux-Arts. Tandis qu’à deux pas, un autre bâtiment tout aussi impressionnant et à l’histoire stupéfiante : la Fondation de l’Œuvre Notre Dame, accueille un musée dédié à des collections médiévales et Renaissance qui couvrent 7 siècles. Mais c’est aussi depuis 1246 (premières mentions officielles dans un texte), l’institution qui veille sur l’organisation du chantier et la collecte des fonds pour la cathédrale.

(Tous les musées de Strasbourg peuvent être visités avec un seul billet qui ne coûte que 6 euros !! Et j’étais litéralement seul les deux jours où j’y suis allé… :roll:)

Musée Archéologique :

Musée Archéologique de Strasbourg

Voilà une très belle collection, un peu vieillotte peut-être pour les explications, mais un vrai « musée de l’Homme » version alsacienne qui a beaucoup de qualités. D’abord l’exhaustivité des pièces présentées qui rassemblent toutes les fouilles de la région depuis la fin du 19ème siècle, on a donc un superbe panorama de l’histoire strasbourgeoise et alsacienne de la préhistoire jusque 800 après JC. On trouve tous les fossiles habituels, et je suis parfois passé en coup de vent devant des vitrines similaires avec des vieux bouts de cailloux, mais au moins si l’on est intéressé par un thème en particulier, il y a de quoi se régaler.

En fait j’ai beaucoup aimé le thème du moment qui était une exposition dédiée aux squelettes. Ainsi à l’entrée du musée, une salle était dédiée à l’exposition « Histoire(s) de squelettes » qui expliquait à renfort de tous les nonosses nécessaires les différentes manières dont les archéologues, anthropologues et autres légistes arrivent à tirer des informations des restes humains. Il faut avoir le coeur bien accroché car on se prend moult explications et démonstrations de maladies infectieuses, bactériennes ou virales, déformations congénitales, opérations chirurgicales etc. On comprend alors la somme d’information qui peut être extraite d’un simple bout de carcasse. Mais la vue des squelettes complets atteints de rachitisme, ceux qui sont bouffés par la syphilis ou bien ceux foetus ne sont pas faciles à regarder avec le détachement des scientifiques (enfin moi j’ai eu du mal).

L’originalité résidait dans le fait que la collection permanente avait été agrémentée de vitrine qui reprenait le thème de l’exposition. Ainsi on a des explications à partir de squelettes retrouvés aux différentes époques présentées.

Histoire(s) de Squelettes au Musée Archéologique de Strasbourg

Musée des Arts Décoratifs :

Musée des Arts Décoratifs de Strasbourg

On retrouve là le classique du musée des Arts Décoratifs avec des pièces en enfilade qui sont meublées et décorées avec des objets en tout genre et dont les listes sont mises en exergue. Je ne suis pas un grand fan de ce genre de musée, mais celui-ci a l’avantage de profiter de cet exceptionnel cadre, avec de véritables reconstitutions d’époque. Et comme le Palais a vu Napoléon, Marie-Antoinette ou Louis XV y dormir, il émane de ces pièces pas mal de charmes et quelques souvenirs de ces passages. Les boiseries et la richesse du mobilier ne sont pas à nier non plus, on y fait donc une agréable promenade. Mais bon c’est aussi ma faute, je déteste les audioguides.

Par contre la collection de faïences du coin… heu… nan, là je ne peux pas. Je suis passé à la vitesse de l’éclair devant les milliers de plats, assiettes, soupières de tous les styles, toutes les époques, mais très peu pour moi. Par contre, il y a une pièce un peu perdue tout au fond (c’est un vrai dédale !) avec des mécanismes d’horlogerie et des automates qui valent le coup d’oeil (mais malheureusement dénués de commentaires…). On y trouve aussi à l’étage, une superbe collection de jouets mécaniques des 19 et 20ème siècles qui est tout à fait splendide (il faut voir le genre de mécanisme d’horlogerie qui était créé pour certaines de ces pièces… un truc dingue !).

Musée des Beaux Arts :

Musée des Beaux-Arts de Strasbourg

Des tableaux en veux-tu en voilà, du 13ème au 18ème siècle, il y a là une très belle collection d’art pictural de la région alsacienne et alentour. Je me suis arrêté devant quelques très belles toiles, dont certaines connues (« La Belle Strasbourgeoise »), mais sinon il n’y a pas d’explication écrite dans les salles, donc l’intérêt pédagogique reste limité (ou alors il faut encore prendre l’audiomachin).

Musée de l’Œuvre Notre Dame :

Musée de l'Œuvre Notre Dame de Strasbourg

Voilà le plus original endroit que j’ai visité à Strasbourg, et qui mériterait d’avoir ses collections un peu plus mises en valeur. Je trouve déjà génial d’être dans l’endroit même qui depuis le treizième siècle sert à organiser le chantier, gérer les ouvriers ou les entrepreneurs, les matériaux de construction etc. On y retrouve aussi les salles qui servaient à faire les comptes des collectes de fonds qui servaient à financer l’édifice religieux. Le musée est dédié aux arts médiévaux et Renaissance de la région (Alsace – Rhin), on y trouve parmi les plus anciens vitraux qui soient, mais aussi des retables somptueux, de la statuaire gothique (notamment des pièces de la cathédrale), une kyrielle d’éléments de mobilier, des collections de tableaux, ou de tabletterie et ferronnerie. Certaines salles font parfois un peu fourre-tout, mais globalement il s’agit d’un voyage dans un monde passé fascinant.

Encore une fois, ça manque un peu de contexte historique ou d’explication pédagogique, malgré quelques indications concises. Mais la scénographie vraiment originale, puisqu’elle s’organise sur plusieurs étages, bâtiments, même deux jardinets, et en plusieurs thèmes (retables, peintures, mobiliers etc.) permet de pleinement profiter des vitrines et des salles. Malgré un véritable labyrinthe et une profusion d’objets parfois un peu jetés en désordre, j’ai été enchanté de cette visite.

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Los Angeles 1955-1985

Publié le Vendredi 17 Mars 2006 - 12:31
Catégorie: Exposage

Ou « la naissance d’une capitale artistique » qu’il disait !

Putain de chiotte de merde, c’est la première que je suis autant déçu par une exposition à Beaubourg. Je n’ai rien à reprocher au Centre Pompidou, ni la richesse manifeste et le nombre impressionnant d’oeuvres, ni leurs choix artistiques (que je peux difficilement juger, pauvre néophyte que je suis), ni la scénographie plutôt efficace et convaincante. Non il s’agit plutôt de ce truc là… ces mecs de Los Angeles qui font l’Art de 1955 à 1985.

Bah rien… rien de rien. Je n’ai pas du tout été sensible à ce que j’ai vu, je n’ai pas appréhendé les thèmes, pas découvert un élément accrocheur, pas été épaté par des théories à couper les cheveux en quatre, ou des concepts décoiffant qui habituellement me scotchent (même les plus fumeux). Non c’est juste chiant et inintéressant (en mon opinion à moi que j’ai et que j’assume, oui, oui).

Du minimalisme à l’assemblage pur, en passant par des films gores, des sketchs ou des délires potaches, je n’ai pas du tout aimé ce que j’ai vu ou entendu. Je n’ai simplement pas été sensible, ou alors pas assez formé pour apprécier ce que j’avais sous les yeux. J’aurais peut-être du potasser deux trois bouquins dans le domaine, car les explications fournies par Beaubourg m’ont soit fait mourir de rire par leur élitisme puant ou métaphores insolites, soit presque énervé par leur caractère délibérément allusif, elliptique ou carrément abscons (ou « dantesque » comme ils disent…).

Il me reste donc des morceaux de plastique de couleur… des assemblages de choses (non c’est tout !), des innovations minimalistes qui sont censés révolutionner ma vision de l’art (ah ? il a juste changé une lettre à un mot ?), des vidéos bouleversantes comme une véritable bite au cirage (bah oui le gars se masse les couilles avec un truc noir… « Black Balls » ça s’appelle !) ou bien le must : un gars qui chie sur une table, puis pisse dessus, puis crache dessus, avant de tout remanger (miam miam !), il y a aussi l’ancêtre de Jackass qui se fait tirer dessus par un pote, se fait crucifier sur une bagnole, enfermer cinq jours dans un placard etc. Je crois que les quelques oeuvres qui m’ont plu ont du coup été polluées par tout ce qui m’a franchement « déconcerté ».

Et puis toutes ces oeuvres « sans titre » balancée comme ça, sans explication (ou alors des trucs, ils auraient du s’en abstenir)… Bof. D’ailleurs quelle est la subtile différence entre un « untitled » et un « no title » ?? Oui, oui, on est allé jusqu’à se poser la question !!!

Un thumbs-up pour « Blinky le Gentil Poulet » (The Friendly Hen – 1978) tout de même. Jeffrey Vallance a acheté un poulet surgelé dans un supermarché, il lui a organisé des funérailles avec un enterrement première classe au cimetière des animaux de L.A., un cercueil tout confort, etc. Il reste même le « saint suaire » de la bête qui transpirait (forcément il était surgelé) sur son sopalin (pour pas abîmer le satin).

Conceptuel oui… c’est peut-être une question d’époque, je pense être plus sensible aux approches conceptuelles contemporaines artistiques d’aujourd’hui en fait.

Los Angeles 1955-1985 Centre Georges Pompidou

L’avis des copines : Olichou, Niklas.

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Notre Histoire…

Publié le Dimanche 5 Mars 2006 - 23:52
Catégorie: Exposage

Cette intéressante exposition du Palais de Tokyo, « Notre histoire… », est un tour d’horizon de la création artistique contemporaine de la scène française. On y a donc l’occasion de voir des oeuvres de 29 artistes aux aspirations et aux voies d’expression les plus variées.

L’endroit est vraiment idéal pour ce genre d’exposition, c’est immense et parfaitement modulable selon la manière dont les artistes veulent s’exprimer. On y circule librement, et les horaires font qu’il est très aisé de s’y trouver à déambuler presque seul (ouvert tous les jours de midi à minuit !). Donc le confort du visiteur est optimum, ce qui est déjà une sacrée qualité pour une expo parisienne.

Ensuite du côté des oeuvres, on est dans l’extrêmement conceptuel et moderne, du coup il s’agit d’un ressenti toujours très personnel. Et moi j’ai été plutôt enchanté d’environ la moitié de ce que j’ai vu, tandis que l’autre m’a plutôt laissé froid ou insensible, voire donné l’impression d’un terrible foutage de gueule. Ce qui est marrant d’ailleurs avec cette création d’avant-garde c’est justement que les visiteurs n’aiment pas toujours les mêmes choses, et que j’ai pu m’émerveiller devant quelques oeuvres qui ont pu complètement indifférer d’autres. Je suis toujours à l’affût des textes explicatifs de chaque oeuvre, que je trouve le passeport indispensable pour comprendre certaines démarches. Mais parfois cela gâche un peu le plaisir, tant ces textes peuvent être élitistes, disproportionnés et prises de tête sur des pièces somme toute intéressantes, mais dont la portée ne mérite peut-être pas un tel nombrilisme « arty ».

L’exemple type d’une oeuvre qui m’a beaucoup plu mais dont l’explication m’a paru bien fumeuse et outrancière, est celui de ce « Fat Bat » de Virginie Barré. Elle expose ainsi une représentation d’un Batman obèse et ridiculement mis en scène. Un super-héros dont les attributs ont été complètement repensés à l’opposé même de ce qu’on en attend. En effet, c’est drôle, intriguant et cela remet en question ses propres repères. Mais on pouvait lire sur place qu’elle faisait « un putsch artistique en révolutionnant nos modes de pensées » et d’autres trucs de ce genre. Heuuuu faut pas pousser mémé dans les orties non plus… Pareil pour les matraques en mosaïque de Kader Attia qui forment comme un labyrinthe et dont l’effet est assez saisissant (mais l’explication fumeuse de chez fumeuse).

Notre histoire... au Palais de Tokyo

Je ne vais pas décrire toutes les oeuvres, mais juste en montrer quelques unes que j’ai aimées. Il y a cette salle jonchée de morceaux de papiers journaux avec des reproductions géantes de certaines de ces pages éparses. L’impression produite par cette installation est très forte et très ludique, le visiteur se retrouve embringué dans les médias comme jamais.

Notre histoire... au Palais de Tokyo Notre histoire... au Palais de Tokyo

Olivier Babin a réalisé des pastèques dont le réalisme est saisissant, on a vraiment l’impression d’avoir affaire à un fruit frais. Or il s’agit d’un stupéfiant trompe-l’oeil en bronze peint à l’aérographe…

Notre histoire... au Palais de Tokyo

Arnaud Labelle-Rojoux a exposé toute une série d’oeuvres assez singulières et bien space mais j’ai vraiment accroché.

Notre histoire... au Palais de Tokyo

L’oeuvre la plus fascinante revient irrémédiablement à Abdel Abdessemed et ce squelette géant qui flotte dans la pièce. Une ossature gigantesque qui vient donner une dimension disneysienne à la plus morbide représentation qui soit.

Notre histoire... au Palais de Tokyo

Enfin, Matthieu Laurette dont je me souvenais des passages à la télévision, il y a quelques années. Il s’agit du type qui faisait ses courses quasi gratuitement rien qu’en jouant sur les premiers achats remboursés ou les « satisfaits ou remboursés » des marques et distributeurs. C’est assez cocasse de le voir ainsi « iconifié » dans une exposition du Palais de Tokyo.

Notre histoire... au Palais de Tokyo

Mais surtout à voir et à scruter en détails : le site de l’exposition qui est une mine d’or (chouette outil pédagogique vraiment) pour les plus curieux et perspicaces.

(Bon pour la note people, y’avait quand même Pharell Williams qui visitait l’expo avec nous !!!)

Notre histoire... au Palais de Tokyo

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John Lennon – unfinished music

Publié le Lundi 30 Janvier 2006 - 17:10
Catégorie: Exposage

Pour ma première visite à la Cité de la Musique, j’ai visité cette sympathique exposition dédiée au chanteur des Beatles à lunettes rondes. Une exposition en forme de complète rétrospective et en deux parties bien distinctes. Il y a évidemment l’avant et l’après rencontre avec Yoko Ono, et la scission est aussi bien marquée dans le fond que dans la forme, avec les deux moitiés sur deux étages.

La première série de salles est donc consacrée à la jeunesse de Lennon, à la naissance des Beatles et leurs succès planétaire. On est à la Cité de la Musique donc on peut écouter pas mal de morceaux ou d’interviews du chanteur, mais aussi voir des clips et diverses vidéos. L’intérêt réside essentiellement dans le rappel historique et politique qui met en parallèle l’éclosion du groupe avec des événements de l’époque. Sinon on a là une jolie démonstration de « fan-art » de base avec les bulletins d’école du petit John ou ses dessins de gamin. Plus tard, on a droit aux instruments originaux, et à l’incroyable merchandising estampillé des quatre garçons dans le vent. A la fin, on a aussi la reconstitution d’un studio d’Abbey avec les outils d’enregistrement de l’époque.

Cette partie est distrayante mais finalement peu intéressante. Disons que c’est plaisant de voir tous ces objets, mais cela manque un peu de recul, d’explications ou de contexte. On a envie de dire « so what ? », et pourtant je suis un gros fan des Beatles (les béate-laisses comme dirait Madame Labutte). On sent une approche un peu trop hagiographique pour moi, il ne faut froisser personne mais du coup on élude certainement des choses intéressantes.

La seconde partie est très intense et m’a beaucoup plus aiguillonné. Cela démarre de la rencontre avec Yoko Ono en 1966, et de toutes les transformations que John Lennon vit pendant cette période, jusqu’à son assassinat en 1980. Comme l’expo est constituée par les fonds de Yoko Ono, on comprend aussi pourquoi on a là beaucoup plus d’éléments et d’explications (plus d’intérêts finalement !) et par la même peu de critiques.

Il n’en reste pas moins que le travail de cette artiste contemporaine japonaise (John Lennon la rencontre alors qu’elle expose à Londres) m’a beaucoup plu. On comprend aussi mieux son esprit fantasque ou retors, et on perçoit aussi la manière dont Lennon a du se séparer des Beatles, avec une incompatibilité qui a du aller grandissante. Et puis, il y a la fin des années 60 et le début des années 70 qui fourmillent de références politiques et sociales : mai 68, la guerre du Vietnam, les mouvements pacifistes, féministes, blacks, etc. Lennon et Ono multiplient alors les expériences artistiques et les happenings (ils reçoivent des journalistes dans un lit à Montréal, dont ils ne bougent pas pendant une semaine, un Bed-in) pour prôner la paix, et aussi en chansons. Ils s’essaient aussi à de surprenantes expériences cinématographiques, dont le film « Rape » qui est vraiment excellent. Il faut dire que j’étais particulièrement bien accompagné, et que c’était pédagogiquement très stimulant.

Donc au final, j’ai aimé me replonger dans cette ambiance musicale, et traverser ainsi les âges avec l’histoire de Lennon. Mais cela manquait un peu de piment et de fond. Même d’un point de vue musical, j’aurais aimé en savoir un peu plus. Quelle empreinte Lennon a-t-il laissé dans l’histoire de la musique ? Quid de l’importance des Beatles, et de lui dans les Beatles ? Dommage donc d’avoir juste monté une expo encomiastique à souhait, et du coup un peu frustrante sur les bords.

John Lennon - Unfinished music

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Paris dans l’oeil de Willy Ronis

Publié le Samedi 28 Janvier 2006 - 12:47
Catégorie: Exposage

Quelques quinze ans d’écart avec Jacques-Henri Lartigue dont j’avais adoré la rétrospective il y a deux ans et demi, Willy Ronis (né en 1910 à Paris) est aussi un photographe du quotidien. Un photographe « humaniste » comme on l’appellera, et un photographe passionné qui a commencé très tôt. Dès 1926, l’adolescent se met à mitrailler, et cette exposition démarre par ses souvenirs de vacances pour couvrir 75 ans de carrière.

Une carrière pas toujours brillante puisque cet artiste a eu des hauts et des bas, des moments de célébrité, de vaches maigres et de redécouverte comme ces dernières années. Cette rétrospective est une extraordinaire occasion de faire connaissance avec l’oeuvre prolifique de cet amoureux de Paris. Il a photographié pas mal de quartiers sous toutes leurs coutures, et les parisiens des années 30 à aujourd’hui, dans leurs métiers, leurs logis, leurs loisirs. Il les a figés dans la joie, la peine ou l’intimité. Ajoutez à cela un « oeil » incroyable qui saisit non seulement les moments sur le vif, mais cadre à la perfection en composant des tableaux à l’émotion intacte 60 ans plus tard. Un noir et blanc poétique et romanesque, des scènes de rues banales et quotidiennes, des moments fugaces qui sont ainsi magnifiés et transcendés sur la péloche de l’artiste.

L’exposition raconte la vie de l’homme à travers ses photos et différentes ères de son histoire. Les souvenirs de vacances, les débuts de photographe de reportage (plutôt très à gauche), l’exode de la seconde guerre mondiale, le retour à Paris et la période contemporaine. Ces photos m’ont durablement marquées par la manière dont Willy Ronis saisit l’émotion. Il se dégage de ces clichés une force surhumaine, des sentiments qui éclaboussent et remplissent autant les mirettes que le coeur. On y trouve des photographies qui exploitent autant la beauté formelle d’un corps, ou d’un paysage, d’un quartier de Paris, ou celle plus intime et métaphorique d’un sourire et d’une attitude d’enfant, du geste complice entre deux amants, de l’attitude charismatique et combattante d’une femme syndicaliste au milieu des grévistes, etc.

En outre, Willy Ronis a habité boulevard Richard Lenoir, et a arpenté les rues de Belleville et Ménilmontant, donc je suis forcément assez sensible de la manière dont il a appréhendé mon quartier d’adoption. Au détour d’une photo, il y a même une vue de ma rue, et de l’immeuble qui jouxte le mien, immortelle image de 1938. Ce qui est rassurant dans tout cela c’est aussi de constater que Paris est toujours aussi belle. En effet, les photographies contemporaines de Ronis sont toujours aussi impressionnantes et chargées d’affects. Certes les bagnoles occupent l’espace et la modernité marque de son empreinte l’environnement, mais il réussit encore à capter toute la magie de la ville et sa singulière essence. Les photos du RER des Halles ou du centre Pompidou sont à cet égard de probants exemples.

Un film documentaire vient donner l’opportunité de voir et d’écouter ce photographe de 95 ans nous expliquer lui-même son travail, son cheminement, ses motivations et des anecdotes géniales sur ses photos.

Allez-y ! En plus c’est gratuit, et c’est un 38 tonnes d’émotions pures qui vous passe sur le corps.

NB : Ce site d’un pote vend des retirages originaux de photos argentiques, dont certaines photos de Willy Ronis. Je bave, je bave…

Paris dans l\'oeil de Willy Ronis

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Girodet (1767-1824)

Publié le Jeudi 29 Décembre 2005 - 2:11
Catégorie: Exposage

Je suis vraiment content d’avoir vu cette exposition au Louvre, in extremis en fait puisque quelques jours avant la fin. Et voilà ce qui se fait de mieux en rétrospective avec un excellent choix de toiles, des explications claires, complètes et pédagogiques, et en plus une scénographie qui met en valeur les peintures.

Et que dire sinon que ce peintre avait un talent hallucinant et pour l’époque (d’après les explications fournies sur place) une audace qui mène parfois à l’irrévérence, tout en restant dans un formalisme et dans le mouvement « classique » de ses pairs. Apparemment, il s’agit d’un peintre qu’on ne redécouvre que depuis peu, mais dont l’aura est de plus en plus forte. Les toiles rassemblées au Louvre sont là pour démontrer son excellence technique, mais aussi les idées novatrices et clairvoyantes que Girodet a introduit dans la peinture de son temps.

On est en effet captivé par ces portraits et scènes bibliques ou mythologiques, par leur perfection de rendu, mais aussi par cette extraordinaire manière de capter les regards, les émotions les plus fortes, et les tensions les plus passionnelles. Girodet arrive à insuffler une vie hallucinante à ses peintures, et les tableaux les plus connus et monumentaux sont assez bien mis en valeur pour véhiculer leurs forces et qualités, à la fois dans la forme et dans le fond. Encore une fois, les explications sont essentielles et fort heureusement librement dispensées (pas uniquement dans un audioguide).

Outre cela, je ne résiste évidemment pas à l’envie de rajouter que le Girodet était une bonne pédale de chez nous, et qu’il mettait un soin assez troublant à dessiner et peinturlurer les corps de mâles qui le troublaient justement. Il était même pas mal branché reubeu le bougre, hu hu hu. Les mentions de son homosexualité sont carrément explicites à plusieurs reprises dans les notes qui accompagnent les peintures.

L’avis des copines : Oli.

Girodet (1767-1824) au Louvre

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William Klein

Publié le Vendredi 9 Décembre 2005 - 15:46
Catégorie: Exposage

Depuis 1952, William Klein ne s’est (toujours) pas arrêté et a produit un nombre considérable d’oeuvres dans des domaines très divers. Photographe et cinéaste, limite plasticien, graphiste et peintre aussi, il a sévi à la fois dans la photo d’art, la photo « reportage », livres de photos consacrés à des villes, la mode, le film publicitaire ou le cinéma d’auteur. Apparemment il a aussi participé pour le centre Georges Pompidou à la scénographie de cette rétrospective qui est particulièrement soignée et originale.

Eh bien, je ne connaissais pas William Klein, et un grand merci à Monsieur Klas de me l’avoir fait découvrir ainsi (une visite juste ouverte aux invités donc pas bondée). Pourtant quelques photos sont bien familières, comme cette couverture de l’album de Gainsbourg où il est figuré à moitié féminin dans une volute de fumée. Je suppose que l’homonymie de la personne avec Yves ou encore Calvin ne doit pas non plus bien aider à sa notoriété (en plus du fait que je ne connaisse pas grand-chose à l’art, c’est exact).

En tout cas j’en suis dorénavant fan tant j’ai été fasciné par ses oeuvres, ses démarches (qui sont explicitées par des extraits d’interviews) et l’incroyable panoplie de son talent créatif. Il propose une véritable expression artistique de la photographie, et nous régale d’un oeil redoutable sur nos contemporains.

Un énorme mur rouge et courbé fonctionne comme l’épine dorsale de l’exposition et vient ouvrir différentes salles qui traitent alors de travaux ou de parcours artistiques de Klein. On lit sur ce mur la biographie de l’artiste, et différentes phrases qui viennent appuyer ces phases et les expliquer. La scénographie est vraiment originale et contribue à la qualité de l’expo. On regrette simplement que ce soit trop court, tant cette incursion dans le monde créatif de Klein est agréable et passionnante.

Ses photos de mode sont extraordinaires, et je suis resté fasciné par son oeuvre dans ce domaine (dont un film aussi, avec des extraits assez déroutants mais fabuleux). En outre, les mannequins et la mode des années 50-60, en plus de ses photos en noir et blanc très singulièrement mises en scène (en extérieur, interaction avec des personnages, objets, postures étranges), ne peuvent que me conquérir (on ne se refait pas, j’adore les robes, huhuhu).

William Klein est un activiste et il a photographié beaucoup de manifestations, syndicalistes ou même la Gay Pride parisienne. Cela donne des séries qui m’ont beaucoup plu. Il a aussi composé de notables livres de photos dédiés à des villes comme Paris, New York, Rome, Moscou ou Tokyo qui sont là présentés dans leurs maquettes originales (tout est de l’artiste à qui l’on doit de la reliure à la typo).

Avec cet artiste, la photo n’est plus un simple reflet de la réalité, elle apporte un discours, une vision et ne laisse jamais indifférent. Indéniablement à visiter, voir, expérimenter, ressentir.

William Klein - Centre Georges Pompidou

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L’Age d’or des sciences arabes

Publié le Lundi 28 Novembre 2005 - 17:28
Catégorie: Exposage

L’Institut du Monde Arabe propose toujours des expositions très bien pensées et richement parées. Là encore, pour présenter les quelques siècles où la sciences de la civilisation islamique brillait sur le monde, l’IMA a créé une présentation très didactique, avec beaucoup d’explications et un nombre considérable de pièces.

Vues mes origines, je n’allais évidemment pas manquer un événement pareil, et j’ai eu l’agréable et curieuse impression d’avoir visiter l’illustration de ce bouquin, dans lequel j’avais beaucoup appris sur le sujet.

Une histoire de la science arabe - Ahmed Djebbar

Donc je n’ai rien découvert de fondamental dans cette expo, mais j’ai eu sous les yeux des objets qui sont passés entre les mains de maîtres dont je ne connaissais que le nom et les travaux, un sentiment bien grisant. Notamment, Avicenne ou Ali Ibn Sina, dont l’histoire romanesque de ce médecin perse (et pas arabe) narrée par Gilbert Sinoué m’avait fait connaître il y a des années ce personnage singulier, dont une copie moyenâgeuse du Canon était présentée. Ce même Canon qui allait servir de base de connaissance médicale jusqu’au 17e siècle en occident. L’exposition explique bien le rôle de transition essentiel des savants musulmans (arabes et perses) qui ont traduit les grecs et ont su récupérer les savoirs des anciens. On comprend aussi que le fait assez extraordinaire d’une religion qui glorifie la science (en regard de l’attitude rétrograde occidentale en la matière) est un véritable moteur et une valorisation des recherches scientifiques dans ces sociétés.

En outre, la présentation des oeuvres et la scénographie de l’expo sont particulièrement réussies et très agréables. Le parcours de l’exposition est scandé en quatre parties qui se focalisent sur quatre piliers de recherche.

D’abord, on trouve « Le temps et l’espace » qui est un rappel historique et culturel, et permet justement de s’y retrouver entre héritage (à la fois des grecs aux arabes, et des arabes à l’Europe), religion et géographie. « Le Ciel et le Monde » est la partie consacrée à l’astronomie, la mesure du temps et de la terre. On y trouve tous les magnifiques astrolabes et autres abaques de l’époque. L’importance de devoir situer La Mecque de n’importe quelle grande ville du monde donne une aura certaine aux géographes et autres mathématiciens qui s’intéresse à la géodésie.

« Le Monde du vivant et l’Homme dans son environnement » nous montre les trouvailles incroyables en terme de médecine, pharmacopée, et toutes les sciences classiques : mécanique, optique, chimie etc. J’ai surtout été émerveillé de la volonté constante de ces savants de compiler leurs connaissances, de se servir des recherches des uns et des autres pour fonder leurs propres découvertes. Ainsi on trouve kyrielle de manuscrits qui sont des recueils quasi-encyclopédiques sur des domaines précis. J’ai aussi découvert des études de mécanique et de cinétique assez élaborées uniquement pour créer des automates sophistiqués qui sont capables de servir à boire ou d’autres choses. Il nous reste pas mal de plans de ces jouets articulés qui avaient l’air d’être très répandus et importants à l’époque.

La dernière partie de l’exposition se concentre sur« Science et art » et nous explique comment la géométrie pour les décors, ou bien la chimie pour les couleurs, ou les matériaux comme le verre, ont permis aux arts de progresser et de mieux remplir leurs fonctions ornementales.

Bref, vous avez compris. Il faut y aller, ça déchire sa race, sa mère. :mrgreen:

Institut du Monde Arabe - l\'Age d\'or des sciences arabes

L’avis des copines : Olichou.

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Dada

Publié le Vendredi 11 Novembre 2005 - 2:40
Catégorie: Exposage

Il est tellement difficile de présenter un mouvement dont le fondement même est basé sur la sédition et la sécession avec les courants artistiques de l’époque (de la première guerre mondiale). Présenter un mouvement artistique aussi Nawak était un défi que Beaubourg pouvait relever du fait d’une incroyable collection et d’un choix scénographique particulièrement simple et sagace. Puisque Dada a pour principe de ne pas vraiment en avoir, sinon de faire un gros pied de nez à l’Art, eh bien l’exposition est une gigantesque présentation sous forme d’un quadrillage de kyrielles de petites salles aux séparations murales blanches qui se concentrent sur un pays, un artiste, un type d’oeuvre ou autre chose (!).

Environ 48 pièces sont ainsi constituées et les visiteurs peuvent passer dans l’ordre ou pas, traverser, ignorer, revenir à travers les différents points de vue de ce gigantesque espace scénique. L’impression est alors géniale car on n’a parfois la sensation de se perdre, et de partir alors à la recherche de l’oeuvre dont le regard nous aura accroché. Il s’agit vraiment d’un genre de visite qui m’a beaucoup plu. Et au détour d’une de ces pièces, on tombe sur un bout de magazine, de revue, un livre illustré, un tableau ou un coin de lettre gribouillée, bref tout ce qui fait le Dada, du chiotte de Duchamp (Ready-made) à des poésies typographiques du plus bel effet.

Le fond confond la forme, la forme déforme le fond*.

Ce qui peut surprendre ou décourager c’est que les oeuvres sont très souvent manuscrites, parfois de simples brouillons paraissant inachevés, des affiches ou des manifestes alors qu’on attendrait un peu de plus de recherches « plastiques ». Mais c’est bien cela aussi Dada, une exploration artistique qui remet en question les supports, l’expression, tente d’autres voies et d’autres voix (il y a aussi Erik Satie qui est de la partie). On est évidemment en droit de se demander ce qui fait qu’un tel foutage de gueule (revendiqué comme tel) soit devenu un mouvement artistique à part entière, aussi court que cela dura. Et c’est bien l’ironie de l’histoire puisque ces artistes à contre-courant sont exposés aujourd’hui comme représentatifs de leur époque et donc quelque part étiquetés, triés, jaugés et valorisés.

L’expo est aussi l’occasion de voir beaucoup de photographies et oeuvres de Man Ray et Picabia, qui dont deux artistes dont j’aime particulièrement les travaux. Complètement oufs encore ces deux là. Aaaaah ça fait du bien de plonger dans un tel foisonnement, dans une telle énergie créatrice qu’on sent un besoin d’expression vital pour exorciser la guerre et ses horreurs. Il s’agit de couper avec le passé, et d’inventer le futur en donnant un bon coup de pied dans la fourmilière.

Il vaut mieux y aller en sachant un peu ce qu’est le dadaïsme, mais vraiment ça vaut le coup. En plus, en nocturne, il n’y a pas grand monde, et on peut traîner à sa guise sans foule.

*Elle est de moi celle-là, ‘tain je la kiffe bien. Arf.

Exposition \"Dada\" au Centre Georges Pompidou

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Mélancolie

Publié le Jeudi 10 Novembre 2005 - 19:07
Catégorie: Exposage

Les expositions du Grand Palais sont toujours d’une grande qualité, autant dans les oeuvres présentées, dans l’originalité des thèmes, la scénographie ou la pédagogie. Par contre, cela reste très cher pour un musée national, c’est dommage (rien que par principe, même si ça marche ainsi, 10 euros l’entrée, je trouve ça cher).

Il ne faut pas être déprimé pour aller visiter cette exposition, car elle traite bien, comme son titre l’indique, en long, en large et en travers, de la mélancolie. On découvre à travers 8 salles, et de l’Antiquité à aujourd’hui, la manière dont ce sentiment (affection ?) a été peint ou représenté par les artistes. On se rend compte aussi de la manière dont les acceptions mêmes de la mélancolie ont influencé ses représentations artistiques.

La mélancolie comme qualité philosophique, comme péché capital, comme propice à la méditation, comme maladie biologique ou nerveuse, psychique puis psychiatrique, on passe par toutes les époques et les courants artistiques. De la mélancolie la plus romantique, poétique, des élans étranges et sombres du coeur aux affres de la dépression ou de l’aliénation, on est plongé dans une singulière atmosphère avec 250 oeuvres pour illustrer ce thème.

Le voyage temporel que l’on effectue est très impressionnant, mais encore plus est la découverte « sociologique » qui accompagne les représentations artistiques du thème. En effet, j’ai été très sensible à la manière dont la société pouvait être si différente d’aujourd’hui selon la manière dont elle considérait ces « affections du coeur ». L’exposition ratisse très large avec même une partie très intéressante consacrée au temps où sont présentés des objets qui le mesurent. J’ai aussi été assez impressionné par les objets d’art morbides avec des squelettes ou des foetus, des oeuvres bien singulières et à la puissante évocation de la Mort.

On ne ressort pas forcément de là guilleret, mais indéniablement c’est réussi.

Voir aussi la critique d’Alex et Greg.

Michael Sweerts - Portrait d\'un jeune homme (1656)

Mélancolie - Grand Palais

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Vienne 1900 : Klimt, Schiele, Moser, Kokoschka

Publié le Jeudi 20 Octobre 2005 - 18:31
Catégorie: Exposage

L’exposition n’est pas commencée depuis assez longtemps pour que les nocturnes soient tranquilles. Donc, même arrivé vers 20h, il y avait encore une sacrée file devant l’entrée du Grand Palais. Mais bon, on évite tout de même une affluence qui pourrait gâcher le plaisir (et les 10 euros !!) ainsi que les vieux, les mômes et les fâcheuses diurnes. J’étais en bonne compagnie avec Yann, Alex et Greg qui étaient aussi intéressés par l’expo.

Yann en a vraiment fait un résumé qui est très proche de ce que j’en ai pensé aussi, donc désolé si je paraphrase. ;-)

En effet, j’ai été un peu déçu du manque de cohérence entre les explications sur tous ces peintres, on a donc des affichages qui décrivent l’un après l’autre leurs différents styles selon les thèmes choisis (Histoire, paysages, figures). Du coup cela donne une image globale de la création picturale à Vienne en 1900, mais le lien entre les différents peintres manque un peu.

Klimt reste un truc de ouf ! Une création magnifique, des tableaux à l’esthétique extraordinaire et aux sujets tellement innovants, voire déplacés, pour l’époque. Chaque oeuvre est l’occasion de se laisser porter par leurs beautés formelles, leurs allégories oniriques et par ces motifs « Art Nouveau » qui sont encore tellement actuels. A part certains paysages qui me plaisent beaucoup moins (bons pour des décors de boites de chocolats Auchan), je suis toujours autant captivé par sa peinture. Et d’autant plus heureux que je les voyais en vrai pour la première fois.

Schiele m’a aussi beaucoup impressionné. S’il a peint son univers intérieur, je n’aurais pas voulu être dans sa tête. Mais sa peinture possède une force stupéfiante. On se rend là bien compte de la texture complexe des peaux et de la construction-déconstruction des corps. On voit la démarche déjà extrêmement moderne du peintre qui imprime son ressenti en plus de sa vision du monde. Cela ne peut laisser indifférent.

Aparté devant un tableau de Schiele (une gonzesse qui montre presque sa zézette en gros plan) :
Yann : Lui, il avait besoin de consulter.
Moi : Ouai je suis d’accord. Mais bon ça ne se faisait pas à l’époque.
Yann : Et en même temps, c’est génial ce qu’il a peint.
Moi : Et aujourd’hui, justement ils consultent, et du coup on n’a plus de peintres comme ça…

Moser et Kokoschka sont clairement moins mis en valeur dans l’expo, et moins connu aussi du grand public. J’ai eu une préférence pour Kokoschka que je connaissais très peu, et dont quelques toiles ont vraiment accroché mon attention. On sent chez lui les balbutiements de l’Expressionnisme bien plus que chez les autres. Il y a bien plus d’audaces et de libération des contraintes graphiques et formelles que chez ses compatriotes. Moser est présenté à travers des toiles qui m’ont fait pensé à du « Futurisme italien sous acide » (oui je sais, je m’y connais autant en Art qu’en philosphie !). Autrement dit, ce sont des peintures aux personnages allégoriques et altiers, dans des attitudes statiques avec peu de détails, ni de décors. La palette de couleur est aussi singulière… dans des tons pastel rose, jaune, des couleurs à la fois un peu passées et psychédéliques (ou psychotropiques !). Et puis chaque personnage irradie étrangement, Moser auréole en effet ses hommes et femmes d’un halo irisé. Une véritable vision sous LSD que K. Dick n’aurait pas renié !

N’ayant jamais vu les toiles de ces peintres, ce fut une très heureuse découverte. Klimt et Schiele sont des artistes que j’admire énormément. Ils ont créé quelque chose de vraiment novateur, et dont les recherches artistiques continuent de nourrir la création d’aujourd’hui.

Vienne 1900 : Klimt, Schiele, Moser, Kokoschka au Grand Palais

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J’en rêve

Publié le Lundi 5 Septembre 2005 - 11:07
Catégorie: Exposage

La Fondation Cartier est un endroit que j’apprécie particulièrement à la fois dans l’architecture de l’endroit et ses possibilités scénographiques, mais aussi dans leurs choix en termes d’expositions et d’artistes. Ils ont là fait très fort en organisant cette exposition où 58 artistes des cinq continents, filles et garçons de 19 à 29 ans, qui ont été parrainés par des artistes « établis », nous présentent leurs oeuvres. Ainsi on peut avoir une idée de ce qui motive de très jeunes artistes, à la fois dans les thèmes, les supports, les techniques, les délires et les inspirations les plus novatrices et décalées.

L’expo se parcourt ainsi un peu au hasard des pays ou des techniques employées, et l’on découvre avec beaucoup de surprise et de bonheur des oeuvres aussi diverses que riches dans le fond et dans la forme. J’ai personnellement beaucoup aimé certains travaux photographiques ainsi que des peintures, et aussi quelques installations vidéo (notamment une artiste qui filme des plans fixes presque « picturaux » et qui les accroche quasiment sous forme de tableaux… fixes mais mouvants, immobiles mais vivants).

Seulement, avec Oli, nous avons été terriblement frustrés et déçus (surtout moi) de ne pas avoir plus d’explication sur les oeuvres, les artistes et leurs parrains. Tout l’intérêt de l’expo pour moi était de découvrir ces bourgeons d’artistes, et pour cela, je pensais que quelques lignes situant la personne, son travail et l’oeuvre présentée étaient assez essentielles à la pédagogie de l’expo. Ce n’est pas comme si on allait dans une galerie, mais bien dans une exposition ouverte au public, et dans le but d’ouvrir l’esprit des gens à l’art contemporain ( ?). Le second intérêt, complètement lié à la Fondation Cartier, était le lien avec les parrains qui sont des « amis » de la Fondation, et donc quelques mots sur la relation artistique entre les deux protagonistes aurait aussi été d’un intérêt certain.

Eh bien : que dalle ! Les oeuvres étaient posées, nous avions seulement les noms des artistes et leurs parrains, ainsi que leurs dates de naissance et pays d’origine. Alors pour certains, les oeuvres parlaient d’elles-mêmes, et pour d’autres je suppose même que les artistes n’auraient pas voulu de « sous-titre », mais j’aurais préféré qu’on le précise plutôt que de se retrouver comme un idiot devant une oeuvre dont on ne saisit pas le sens, ni l’essence. Quel dommage ! Je ne suis pas un professionnel de l’art contemporain, et j’aurais adoré qu’on m’en dise juste quelques mots pour m’éclairer, ou me confirmer que c’est bien avec mon seul arbitre que je devais voir cela. Car, je suis bien persuadé d’être passé à côté de certains travaux qui auraient retenu beaucoup plus mon attention et mon admiration si j’avais été un peu plus au fait des intentions de l’artiste. Pour moi l’art contemporain est parfois indissociable d’un message clairement formulé de la part de son auteur, sinon certaines oeuvres me paraissent bidon et perdent parfois toute crédibilité artistique (pour moi).

On aurait pu se dire qu’en effet, les oeuvres ne devaient requérir que mon jugement instinctif et personnel, mais nous avons feuilleté le catalogue à la fin de l’expo. Ce catalogue est justement la réponse à toutes nos interrogations, en quelques lignes sont résumés les objectifs et motivations des jeunes artistes, les rencontres avec les parrains, et les différentes voies d’investigation artistique qui les ont mené à l’exposition. Exactement ce qui aurait du être inscrit à côté de chaque oeuvre, afin qu’on puisse après s’être fait une première idée, une première impression, lire et comprendre un peu mieux ce qui était présenté. Si c’était écrit dans le catalogue, c’est bien que ça a une certaine utilité et validité, donc je ne comprends pas pourquoi les visiteurs en sont ainsi privés, et je trouve que cela grève énormément l’intérêt global de l’exposition.

Malgré ces désagréments, il s’agit d’une très belle exposition, et qui donne une bonne idée du foisonnement d’idées et d’innovations qui animent la jeune création artistique contemporaine. J’ai vraiment bien accroché sur quelques artistes qui auront j’espère leurs propres expositions prochainement.

J\'en rêve - Fondation Cartier