77 pensées et puis s'en vont !

Eh oui, hier c’était la dernière pensée de Marc-Aurèle qu’il me restait dans mon escarcelle, et il s’agissait de l’ultime 77ème de ma sélection personnelle. Comme je l’avais indiqué, j’avais établi cette sélection lors d’une énième lecture du bouquin, et je ne faisais que les ressortir dans l’ordre de lecture, de temps en temps, la plupart du temps quand je n’avais rien à poster. Oui oui. :mrgreen:

Ce qui est marrant c’est que très souvent, ces citations tombaient exactement au bon moment, ou avaient une étrange résonance avec des événements synchrones. Je suis content d’avoir partagé cela, même si j’ai conscience de m’être plus fait plaisir à moi (hu huhu, mais bon c’est le plus important). En tout cas, je n’en démords pas, après ces 77 notes, depuis presque exactement deux ans (encore un chiffre rond qui me surprend…), je suis toujours aussi fan et fasciné par la clairvoyance et la sagacité de ces remarques philosophiques.

Marc-Aurèle est né le 26 avril 121 et est mort le 17 mars 180, aussi depuis 1827 ans, il ne risque pas d’écrire d’autres « pensées pour lui-même ». Donc ces phrases fétiches resteront sans doute les mêmes, et le fait qu’elles puissent autant me toucher après tant d’années écoulées, de faits passés et de civilisations dépassées, me troue carrément le cul. ;-)

N’ayez aucune inquiétude, je vais bien trouver autre chose à refourguer les jours de disette. Hé hé hé.

En attendant, si vous avez envie de relire ces pensées dans un seul document, voilà un pdf avec les 77 notes rassemblées.

Livre 12 – XXX

Une est la lumière du soleil, bien qu’elle se laisse séparer par des murs, des montagnes et mille autres obstacles. Une est la substance universelle, bien qu’elle se sépare en combien de milliers de corps particuliers. Un est le souffle vital, bien qu’il se sépare en des milliers de natures et de particulières délimitations. Une est l’âme intelligente, bien qu’elle paraisse se partager. De ces diverses parties, les unes comme les souffles vitaux et les événements sous-jacents, sont indifférents et entre eux sans lien de parenté. Et pourtant ces mêmes parties sont maintenues par la force qui les unit et la pesanteur qui porte sur elles. L’intelligence, au contraire, par son caractère particulier, tend à ce qui lui est apparenté, s’y réunit, et son ardeur pour cette agrégation est invincible.

Pensées pour moi-même, Marc-Aurèle.

Livre 12 – XXIX

Le salut de la vie consiste à voir à fond ce qu’est chaque chose en elle-même, quelle est sa matière, quelle est sa cause formelle ; à pratiquer la justice, du fond de son âme, et à dire la vérité. Que reste-t-il, sinon à tirer parti de la vie pour enchaîner une bonne action à une autre, sans laisser entre elles le plus petit intervalle ?

Pensées pour moi-même, Marc-Aurèle.

Et je dédie cette pensée à Jarod_. ;-)

Livre 12 – XXVI

Lorsque tu t’impatientes contre quelque chose, tu oublies que tout arrive conformément à la nature universelle ; que la faute commise ne te concerne pas, et aussi que tout ce qui arrive est toujours arrivé ainsi, arrivera encore et arrive partout, même à l’heure qu’il est. Tu oublies quelle parenté unit l’homme à tout le genre humain, parenté qui n’est pas celle du sang ou bien de la semence, mais qui provient de la participation commune à la même Intelligence. […]

Pensées pour moi-même, Marc-Aurèle.

Livre 12 – XVI

[…]

Celui qui n’admet pas que le méchant commette des fautes est semblable à celui qui n’admettrait pas que le figuier porte du suc aux figues, que les nouveaux-nés vagissent, que le cheval hennisse, et toutes autres nécessités de cet ordre. Que peut-on supporter, en effet, en se trouvant dans une telle disposition d’esprit ? Si tu es exaspéré, guéris-toi de cette façon d’être.

Pensées pour moi-même, Marc-Aurèle.

Livre 12 – IX

Il faut, dans la pratique des principes, être semblable au pugiliste et non au gladiateur. Si celui-ci, en effet, laisse tomber l’épée dont il se sert, il est tué. L’autre dispose toujours de sa main, et n’a besoin de rien autre que de serrer le poing.

Pensées pour moi-même, Marc-Aurèle.

Livre 11 – XV

Il y a comme une grossièreté et quelque dépravation à dire : « J’ai préféré me comporter franchement avec toi. – Homme, que fais-tu ? Il ne faut pas commencer par affirmer cela. La chose d’elle-même le déclarera. Elle doit être écrite sur ton front ; ta voix doit aussitôt l’exprimer ; tes yeux doivent aussitôt la montrer, à l’instar de l’aimé qui connaît aussitôt, dans le regard de ses amants, tout ce qu’ils éprouvent. En un mot, il faut que l’homme droit et honnête ressemble à l’homme qui sent le bouc, en sorte que quiconque s’approche de lui sente dès l’abord, qu’il le veuille ou non, ce qu’il en est. La recherche de la simplicité est un coutelas. Rien n’est plus odieux qu’une amitié de loup*. Evite ce vice avant tous. L’homme de bien, l’homme droit, bienveillant, portent ces qualités dans leurs yeux, et elles n’échappent point.

Pensées pour moi-même, Marc-Aurèle.

*Allusion à la fable d’Esope, où les loups persuadent les brebis de leur livrer les chiens qui les gardaient.

Livre 10 – XXXVIII

Souviens-toi que le fil qui te meut comme une marionnette est cette force cachée au-dedans de toi, cette force qui fait qu’on s’exprime, qu’on vit et qui, s’il faut le dire, fait qu’on est homme. Ne te la représente jamais comme confondue avec le réceptacle qui l’enveloppe, ni avec ces organes qui sont collés autour. Ils sont comme des outils, avec cette seule différence qu’ils naissent naturellement avec nous, vu que ces parties de notre être ne lui servent pas plus, sans la cause qui les met en mouvement et les ramène au repos, que la navette à la tisseuse, le roseau à l’écrivain, et le fouet au cocher.

Pensées pour moi-même, Marc-Aurèle.