Dans tes actions, ne soit point nonchalant ; dans tes conversations, ne soit point brouillon ; dans tes pensées, ne t’égare pas ; en ton âme, en un mot, ne te contracte pas, ne t’en évade pas, et ne passe pas ta vie dans les tracas.
Ils tuent, ils dépècent, ils poursuivent sous des malédictions ! En quoi tout ceci peut-il empêcher ta pensée d’être pure, sage, modérée, juste ? C’est comme si quelqu’un, passant auprès d’une source claire et douce l’injuriait. Elle ne cesserait pas de faire jaillir une eau bonne à boire. Et si même il y jetait de la boue, du fumier, elle aurait vite fait de les disperser, de les monder, et n’en resterait aucunement souillée. Comment auras-tu donc en toi une source intarissable, et non un puit ? En te haussant à toute heure vers l’indépendance, avec bienveillance, simplicité, modestie.
Pensées pour moi-même, Marc-Aurèle.
Si tu t’affliges pour une cause extérieure, ce n’est pas elle qui t’importune, c’est le jugement que tu portes sur elle. Or, ce jugement, il dépend de toi de l’effacer à l’instant. Mais, si tu t’affliges pour une cause émanant de ta disposition personnelle, qui t’empêche de rectifier ta pensée ? De même, si tu t’affliges parce que tu ne fais pas une action qui te parait saine, pourquoi ne la fais-tu pas plutôt que de t’affliger ? – Mais quelque obstacle insurmontable m’empêche. – Ne t’afflige donc pas, puisque ce n’est point par ta faute que tu ne la fais point. – Mais il est indigne de vivre si je ne l’exécute pas. – Sors donc de la vie, l’âme bienveillante, à la façon de celui qui meurt en exécutant ce qu’il veut, mais sois en même temps indulgent aux obstacles.
Pensées pour moi-même, Marc-Aurèle.
Parler, soit au Sénat, soit à n’importe qui avec décence et distinctement ; se servir d’un langage sain.
Pensées pour moi-même, Marc-Aurèle.
Bonheur de l’homme : faire ce qui est le propre de l’homme. Et ce qui est le propre de l’homme, c’est d’être bienveillant envers ses pareils, de mépriser les mouvements des sens, de discerner les idées qui méritent créance, de contempler la nature universelle et tout ce qui arrive conformément à sa loi.
Pensées pour moi-même, Marc-Aurèle.
Souviens-toi que changer d’avis et obéir à ce qui te redresse, c’est faire encore acte de liberté. Ton activité, en effet, s’étend selon ta volonté, selon ton jugement et, par conséquent, selon aussi ta propre intelligence.
Pensées pour moi-même, Marc-Aurèle.
[...] Si tu as donc exactement compris où tu en es, ne te soucie plus de ce qu’on peut penser de toi, mais contente-toi de vivre le reste de ta vie, quelle qu’en soit la durée, comme le veut la nature. Réfléchis donc à ce qu’elle veut, et qu’aucun autre souci ne te distraie. [...]
Pensées pour moi-même, Marc-Aurèle.
La nature ne t’a pas tellement mêlé ou composé des choses, qu’il ne te soit point permis de te délimiter et de faire que ce qui t’appartient soit en ton pouvoir. Il est parfaitement possible, en effet, d’être un homme divin et de n’être remarqué par personne. [...]
Il avait même pensé au futurs blogueurs en mal de statistiques et popularité !!!
Prends garde de ne jamais avoir envers les misanthropes les sentiments qu’ont les misanthropes à l’égard des hommes.
Pensées pour moi-même, Marc-Aurèle.
Non mais franchement, elle ne déchire pas sa race cette pensée là ? Moi c’est encore une celles qui m’avaient marquées quand j’avais découvert le bouquin. Et elle me sert encore régulièrement, car cette mise en garde n’est pas vaine. On a en effet tous tendance à verser dans ce paradoxe. C’est aussi une des raisons pour lesquelles, je ne méprise pas forcément celui qui proclame me mépriser. Parfois oui, mais alors il ne s’agira pas uniquement d’une réaction à son vil sentiment.
Creuse au-dedans de toi. Au-dedans de toi est la source du bien, et une source qui peut toujours jaillir, si tu creuses toujours.
Pensées pour moi-même, Marc-Aurèle.
J’adore que cette pensée arrive aujourd’hui. Comme je l’ai raconté lors de la création de cette catégorie, c’est en tombant par hasard sur cette simple phrase au milieu du bouquin, que j’ai été happé par les pensées de Marc-Aurèle. Elles ne m’ont pas quitté depuis. Parce qu’à la base, être captivé par les pensées d’un empereur romain qui a canné il y a deux mille ans, je ne pensais pas que ce serait pour moi. Eh bien si, carrément même.
Cette phrase est d’une stupéfiante simplicité et beauté, et aussi d’une troublante vérité à mon avis. C’est toujours ce que j’ai pensé, et depuis que le philosophe a mis les mots dessus, je ne m’en lasse pas. Ce que j’aime en Marc-Aurèle c’est aussi cela, l’espoir en l’homme, en l’individu, en sa bonté, et en son opiniâtreté.
En voilà une bonne résolution en tout cas, mais pas pour l’année, non, non, pour la vie. Simplement.
NdB:
Elle tombe par hasard, car (je l’ai dit, mais je sais bien que vous ne pouvez pas tout retenir/lire) j’ai annoté le livre, et je ne fais que recopier les « pensées » dans l’ordre de la lecture. A la fin donc, la catégorie sera définitivement close, et elle figurera les pensées qui me parlent et me plaisent, dans l’ordre.
Lorsqu’un homme a commis une faute contre toi, considère aussitôt quelle opinion il se fait du bien ou du mal pour avoir commis cette faute. Lorsque tu le sauras, en effet, tu auras pitié de lui, et tu n’éprouveras ni étonnement, ni colère. Car, ou bien, toi aussi tu te fais encore la même opinion que lui sur le bien, ou une autre analogue, et il faut donc lui pardonner. Mais si tu ne partages plus ses opinions sur le bien et le mal, tu seras plus facilement bienveillant à celui qui les distingue mal.
Pensées pour moi-même, Marc-Aurèle.
Une pensée que je rapproche de celles qui évoquent la nécessité de prendre en considération le système de “valeurs” (le référentiel) de son interlocuteur avant de le juger. Et c’est vrai que j’ai tendance à être plus indulgent, notamment envers mes parents, avec des personnes qui peuvent me faire du mal, parce que nous n’avons simplement pas la même manière de “voir” les choses. (Mais le coup de genou balayette aide !)