1128 articles pour la catégorie “Matooyage”

  • Matooyage
L’ingénierie de l’orifice et de la rondelle

Publié le Mercredi 30 Mars 2011 - 11:12
Catégorie: Matooyage

Qui dit nouveau boulot, dit immersion dans un nouvel univers sémantique, et puis au-delà du jargon je m’intéresse depuis quelques jours aux procédés techniques et d’ingénierie qui font marcher la boutique. J’ai toujours adoré découvrir des applications scientifiques et techniques. Et là c’est encore plus marrant de constater comme un bien de consommation courant si banal et peu onéreux peut reposer sur des processus industriels si complexes et délicats.

En revanche, en termes de vocabulaire, c’est à peu près de cet acabit là :

(Vous pouvez cliquer pour agrandir.)

Capture pdf du boulot

Depuis ce matin, ça chauffe, ça passe par des rondelles et des orifices en tout genre, et vas-y que je te refroidis, avant de te presser et de te limer, et de t’emboutir et j’en passe et des meilleurs. Je ne peux pas m’empêcher de rigoler intérieurement, et surtout de constater mon imagination toujours aussi vivace et créative.

  • Matooyage
Le suicidé du Boulevard Voltaire

Publié le Samedi 5 Mars 2011 - 14:16
Catégorie: Matooyage

Vendredi soir dernier, je suis allé récupérer une place de concert en prenant un verre avec un pote dans le début de la rue Oberkampf (côté Cirque d’Hiver). Du coup, je suis rentré en remontant toute la rue Oberkampf, et au croisement avec le boulevard Voltaire, à deux pas du Bataclan, il y a cet immeuble. Et dans cet immeuble, il y avait au dernier étage cette fenêtre œil-de-bœuf bien typique de la chambre de bonne parisienne, on la voyait bien ce soir là puisqu’elle était allumée.

Un immeuble du boulevard Voltaire

A chaque fois que je passe dans ce coin, je jette un coup d’œil là haut, et j’ai une pensée pour cette drôle d’histoire qui remonte à l’automne-hiver 1998. Tout est très flou, mais je me souviens qu’il faisait froid et que le soir où j’étais allé dans cette chambre de bonne, il y avait de la buée sur la vitre de l’œil-de-bœuf… Et 1998 a été marquante pour moi, comme je l’ai expliqué à maintes reprises, entre mon arrivée sur Paris et mes “trois amants“. J’avais 22 ans, et je ressemblais à ça (huhu). Lorsque j’étais avec ce troisième larron, “Sean”, j’avais rencontré quelques personnes de son entourage, et parmi ceux-ci une fille complètement barrée et fille à pédé ultime. On avait bien sympathisé, et j’avais eu l’occasion de pas mal sortir avec eux, notamment au Scorp’, et j’avais fini par faire plus ample connaissance avec elle. Mais aujourd’hui, je ne me souviens absolument pas de son prénom… Dingue…

Je me souviens vaguement d’une fille paumée et se réfugiant dans les sorties et les amitiés passionnelles avec des pédés encore plus déglingués qu’elle. Sachant qu’elle m’avait narré un soir complètement perchée (c’était les grandes années de l’ecsta) qu’elle avait été violée par son beau-père et que sa mère, psychanalyste, ne l’avait jamais cru et incité à quitter le domicile familial, vous imaginez la joyeuse bande dont elle s’entourait. Elle habitait cette chambre de bonne au dernier étage de ce bel immeuble du boulevard Voltaire, moins de dix mètres carrés, et elle cohabitait avec une kyrielle de rats qu’elle élevait, ses fringues qui jonchaient le sol et un bordel sans nom qui couvrait murs et moindres interstices. En même temps, quand elle sortait elle affichait un look extraordinaire et smackait à l’envi tous les pédés sur son passage.

Elle nous avait présenté un type, croisé au Scorp’ aussi, devenu l’espace de quelques minutes de dandinage sur Sweet Drop son BFF (Best Friend Forever). Idem pour lui, je ne me souviens plus de son prénom, un peu comme les centaines de personnes que j’ai plus que superficiellement fréquenté à cette époque et dont le souvenir est aujourd’hui bien brumeux. La vingtaine à Paris pour un pédé en pleine ère initiatique… Ce mec avait mon âge et venait d’une ville dans l’est de la France, était-ce Belfort ou Strasbourg, je ne suis plus très sûr. Il était très très cool et sympa, mais clairement sur le fil du rasoir, on comprenait très rapidement qu’il était en souffrance et qu’il noyait tout cela dans la teuf et les petits cachets souriants très en vogue à l’époque.

C’est quelques soirs plus tard, invité chez elle pour “dîner” (oh là là ce “dîner”… j’en ai des hauts le coeur à y penser) que j’ai un peu plus discuté avec lui. Lui qui habitait depuis leur rencontre chez sa BFF, et il m’apprit alors très concrètement qu’il n’habitait pas vraiment sur Paris. L’alcool aidant, il me raconta qu’il était en fait en permission de son service militaire qu’il effectuait je ne sais où. Le gars avait décidé de décompresser pendant un week-end, et finalement s’était dit qu’il ne pouvait pas retourner là-bas. Il s’était retrouvé pris en étau entre une famille où il était clairement honni du fait de son inversion (terme utilisé apparemment par sa maman) et une caserne où les brimades n’avaient fait que l’enfoncer plus dans la dépression. Il avait l’impression de revivre depuis ces quelques jours sur Paris, et ne se sentait plus de rentrer… où que ce soit.

Ce n’est que quelques semaines plus tard que je l’ai revu dans le Marais (Stéphane ? Rhaaaa, je sais plus.), et que je l’ai trouvé un peu plus survolté que les fois d’avant. Il m’expliqua brièvement que les gendarmes étaient à ses trousses et qu’il allait devoir affronter tout ça, mais que l’idée de retourner à l’armée ou chez ses parents lui paraissait inconcevable. Ensuite, ils sont allés en boite.

Le lendemain c’est mon copain de l’époque qui m’apprend que le matin même, alors que les deux revenaient de boite pour rentrer se coucher, dans cette chambre de bonne du boulevard Voltaire à l’œil-de-bœuf, que le mec a pété un plomb. Descente d’ecsta, d’alcool ou craquage, ou tout ça, en tout cas il s’est jeté par la petite fenêtre ronde et a chuté à la verticale sur le boulevard Voltaire. Je l’ai croisé elle quelques jours plus tard par hasard dans le quartier, elle avait trouvé un autre appartement et elle allait déménagé. Elle m’a expliqué un peu plus ce sordide épisode en me disant qu’elle avait vu qu’il était bizarre, et qu’il avait un regard fou qu’elle ne lui avait jamais connu (en quelques semaines de cohabitation). Elle avait réussi à le retenir lorsqu’il s’était précipité vers la fenêtre ouverte, et elle lui criait de ne pas faire ça, mais il l’a rejeté très violemment, lui a lancé un dernier regard, et s’est jeté.

J’y pense quand je passe par là, et je compte les années.

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Premier jour de vacances !!

Publié le Mercredi 2 Mars 2011 - 2:45
Catégorie: Matage, Matooyage

Lundi était mon dernier jour de boulot, et donc mardi matin ma première grasse matinée de ces trois semaines de vacances qui commencent (avant d’enchaîner sur un tout nouveau boulot). Mais c’était sans compter sur la surprise de 9h et quelques minutes :



Eh oui, c’est ce jour là que les travaux ont eu lieu au deuxième étage, MON ETAGE (!!!), de mon immeuble, sous mes fenêtres, de si bon matin. #VDM on pourrait même ajouter. Hé hé hé.

Heureusement dès vendredi prochain, je file loin loin loin…

  • Matooyage
Empaqueté

Publié le Vendredi 25 Février 2011 - 18:40
Catégorie: Matooyage

Depuis deux semaines, je vis sans fenêtre, c’est terrible. Enfin, j’ai toujours des fenêtres hein, mais la vue en a été légèrement dégradée…

Ça par exemple c’est une des fenêtres du salon (photos prises à 11h du matin hier tout de même) :

Mon salon avec vue sur les bâches !

De la cuisine :

La cuisine.

De la chambre d’amis :

Chambre d'amis

Et enfin de notre chambre :

La chambre

Aheum… Il reste tout de même une vue dégagée de la salle de bain, mais c’est terrible de se sentir ainsi habiter dans une maison de poupée, ou une bonbonnière en bâches de plastique moches. Cela me rappelle un vieil épisode de la Quatrième (ou Cinquième…) Dimension où des gens habitent une maison sans fenêtre et y’a une substance verdâtre et collante qui coule de la cheminée, c’est GRAVE la panique au bout de quelques temps. A la fin on découvre que c’est une petite fille du futur qui a oublié ses bonbons dans sa maison de poupée, et sa mère de lui dire “Oh que tu es cruelle, tu as oublié de désactiver le module vital de tes poupées animées !!”.

Bon mais ce ravalement va bien finir par.. finir !! En attendant, hier y’avait des gars qui se baladaient sur les échafaudages et qui se pensaient seuls. Ah ah. Y’en avait un qui regardait la température au thermomètre extérieur de la cuisine en gueulant “OOOOH PUTAIN IL FAIT 12 DEGRES. SIIII VIENS VOIR.” , et l’autre qui faisait ding-ding sur mon carillon en commentant “OOOOH C’EST SYMPA COMME BRUIT ÇAAA !”. Et j’ai surtout réagi quand je mettais mon calbute et qu’un type me regardait d’un air dégoûté (ouiiiiiiiiii j’ai aussi été vexé en fait !!!).

C’est comme des minipouces, mais ils vivent à mes fenêtres, et sont très grands et bruyants. Huhu.

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Cette lueur dans ton œil

Publié le Samedi 19 Février 2011 - 2:59
Catégorie: Ecoutage, Matooyage

On avait un peu bossé le truc avec Ron, enfin William quoi vous voyez, et je m’étais moqué de lui parce qu’il avait un peu fait son mec de la télé avec moi. Mais à la Ron quoi, donc plutôt gentiment et avec beaucoup de bonne volonté et jolie candeur. Car il m’avait vendu le truc comme un RP “Ouai je sais que tu adores Juliette, et vous êtes tous les deux des gamers, ça pourrait faire une superbe rencontre et très fun.”

Aheum… Alors comment te dire, Mylène l’a exprimé mieux que nous mais oui mais non quoi. Je ne connais Juliette que depuis quelques années, et c’est mon chéri qui m’a intronisé à son univers. C’est mon chéri qui adore ses albums depuis Mathusalem, et lui encore qui est scotché actuellement (sic) à sa PS3 alors que je tapote ici-même (au lit). Mais comme je racontais cela à Juliette dès les premières minutes de notre rencontre (bah ouai je voulais pas non plus jouer le fan ultime qui connaît tout par cœur), c’est moi le blogueur donc t’as pas le choix, c’est moi que tu rencontres. Gnark gnark.

Bon un pédéblogueur qui rencontre une lesbochanteuse ? Oui on pourrait le voir comme cela, mais ce serait tellement réducteur… Et au final, j’ai adoré car ce fut tout autre, plutôt Juliette et Mathieu qui se rencontrent et discutent le bout de gras. Mais vous me connaissez, je ne serais plus moi si je ne militantais pas un peu en passant. Hé hé hé. Nous ne savions pas avec Will à quel point Juliette voudrait parler homosexualité, mais c’est avec bonheur que j’ai constaté qu’elle était tout à fait désinhibée sur le sujet. Nous en avons donc largement parlé du point de vue le plus intime et personnel, à celui plus politique et sociétal.

Cette rencontre m’a évidemment sincèrement ému car Juliette est une artiste troublante à bien des égards. La voir ainsi et lui parler, avoir un contact direct avec, tout cela était d’autant plus agréable que je la considère comme une femme au rare talent, et celui que je révère le plus dans le genre humain : l’écriture. Or Juliette est de ces auteures qui manie le verbe avec poésie, drôlerie et panache, tout en étant sur scène un redoutable bretteur et rimeur. Elle réussit souvent le miracle de véhiculer tout autant le sentiment amoureux que la blague ou l’ironie la plus grinçante, et le son de ses mots, ses allitérations notamment, me ravit particulièrement. Et c’est bien en concert qu’elle m’a définitivement conquis avec son étonnante habileté à passer d’une cruelle gouaille à une pulvérulente sensibilité, et mutatis mutandis… ça me parle.

Nous avons bavassé pendant deux bonnes heures je pense, d’abord dans un café, puis dans son atelier à quelques pas de là. On a également beaucoup parlé de moi, mon blog et mon nombril, mais aussi des sujets qui paraissaient intéressants à évoquer comme celui de savoir si on gagnait bien sa vie quand on était un chanteur mais pas non plus une énorme star. On apprend ainsi que Juliette gagne autant que ses musiciens en tournée, tout le monde à égalité (ce qui n’est pas légion)… Mais chez elle, dans ce petit atelier où elle écrit et compose, nous avons évoqué un peu plus quelques facettes intimes.

Réciproquement, nous avons papoté de nos vies d’homos, avec nos différences et nos similitudes, nos combats personnels et nos multiples attitudes qui se résument bien évidemment et heureusement par autre chose que notre orientation sexuelle. Il y a It gets better dont on se demandait la raison du peu d’impact médiatique en France, et le problème de fond qui lui perdure bien encore.

Je ne sais pas ce qui va ressortir de ce montage puisque cela va donner quelques minutes de résultat final, mais j’espère que cela pourra rendre un peu de ce vrai moment de plaisir et de jubilation intérieure pour moi. Je n’ai pas voulu prendre de photo avec elle ou garder un souvenir (il y a bien cela huhu) parce que c’est vraiment par écrit que je voulais en parler, et dans ma mémoire que je voulais conserver une petite trace. Je crois que c’est son regard qui est le plus étonnant et qui est évidemment quelque chose d’inimaginable tant qu’on y a pas été confronté. Rien d’extraordinaire rassurez-vous, mais une lumière dans le regard, deux yeux malicieux et espiègles derrière ces grandes lunettes que l’on connaît tant. J’ai immédiatement pensé à “Cette lueur dans ton œil” qui est pour moi la réussite première de l’album, et qui est exactement ce qui émane du regard de cette femme aux yeux noirs et pétulants.


La lueur dans l’œil – Juliette

On en a parlé de cet album évidemment, parce que c’était tout de même pour cela qu’on se voyait hein. Si si. (Huhu.) Yagg l’avait très bien résumé dans un article, en expliquant qu’il y avait du bon et du moins bon, assez inégal en somme. Mais quelques chansons prennent vraiment le dessus comme celle que j’ai cité ou “Une chose pareille”, “Madrigal Moderne” qui est une belle déclaration amoureuse, et quelques mélodies pimpantes avec des textes drôles et légers “Rhum Pomme”, “Un petit vélo rouillé”… On y retrouve avec bonheur l’écriture enlevée et saisissante de Juliette évidemment.

Juliette - No Parano

  • Matooyage
Le diabétique et le stoïcien

Publié le Mardi 1 Février 2011 - 0:02
Catégorie: Matooyage

Il y a quelques temps, je racontais comment j’avais découvert que j’étais diabétique de type 1, et là j’avais une journée de “stage” à l’hôpital. Il s’agissait d’en apprendre un peu plus sur cette affection, et d’avoir l’opportunité de poser toutes les questions imaginables, tout en échangeant avec d’autres malades. J’ai surtout constaté que j’avais une manière bien singulière de considérer cette maladie, et que je n’ai pas fini de voir les gens écarquiller les yeux en m’écoutant. Hé hé hé.

Tout a commencé par un premier tour de table avec des patients (tous DID comme moi — DID = Diabète Insulino Dépendant) qui décrivaient leur manière de concevoir le diabète, et il se trouve que j’étais le dernier à parler…

D’abord il y a cette dame qui explique qu’elle a soixante ans et qu’elle est diabétique depuis deux ans. On voyait déjà sa langueur et son envie de partager dès son arrivée. Elle souffre, elle est malheureuse, elle ne comprend pas pourquoi ça lui est arrivée à elle. Pourquoi elle ? Elle a fait attention toute sa vie (elle est très mince), et était en pleine santé jusqu’à ce que ça lui tombe dessus. Elle ne s’y fait pas, elle se sent seule. Elle n’y arrive pas, elle n’aime pas les piqûres, les mesures, elle ne comprend pas comment ça marche. Elle a honte devant ses amis, elle ne se pique pas en public. Elle pense qu’elle est moins invitée à dîner depuis qu’elle est DID. Elle veut absolument réussir à être dans les normes de glycémie au pouième près sinon elle déprime, elle s’énerve, on la sent à bout. Et ces horaires fixes, ces calculs d’ingénierie pour déterminer les doses à injecter… Pourquoi elle, c’est tellement injuste. Elle, elle, elle.

Ensuite, c’est un jeune boulanger reubeu de 33 ans (DID depuis trois ans), il est plutôt positif et optimiste, mais lui il est dans le contrôle total. Pour lui il faut absolument éviter le sucre et drastiquement réguler tout ce qu’il mange. Plus de sucrerie et un régime draconien pour maîtriser le diabète. On sent qu’il y arrive par des épreuves, des privations, des efforts et une quasi pénitence, comme si les souffrances endurées étaient les seules voies de salut et de “guérison”, de récompense d’une glycémie normale.

Après, il y a ce type portugais (soixantaine d’années) qui est retraité du bâtiment et qui est DID depuis plus de 35 ans. Lui il connaît tout sur tout, et il parle, il explique, il a des idées sur tout. Il conseille les associations, les salons. Il trouve que les améliorations pour le confort des malades ont fait d’incroyables progrès, et lui ont changé la vie. Lui il voudrait que les médias parlent plus du diabète car la maladie est inconnue, il voudrait que les diabétiques et non-diabétiques puissent se comprendre et vivre ensemble avec plus d’harmonie et d’entente mutuelle.

Et puis c’est le tour de cette femme d’origine maghrébine qui arrive, et qui explique tout de go qu’elle a un souci cérébral, et que le diabète est une tuile supplémentaire dans sa vie. Elle refuse la maladie, car le meilleur moyen de la combattre, elle affirme qu’affronter le diabète et s’en révolter est ce qui lui donne l’énergie de continuer. Elle se bat, elle s’énerve, elle lutte tous les jours, non, non non, putain de maladie… Tout la fait chier, les piquouses, l’insuline, les glycémies, fuck !!!

Enfin, une toute jeune fille s’exprime, la vingtaine et assez posée, elle vit cela depuis deux ans. Elle en dit peu, mais surtout qu’elle voudrait apprendre à en parler à son entourage. Elle voudrait le dire à tous ses amis et à son travail. Elle souffle la honte qui la taraude, et la difficulté de se sentir parfois si seule et isolée avec ce fléau à gérer. C’est tellement compliqué de suivre les horaires pour s’injecter les produits, et de ne jamais pouvoir déroger à ces règles drastiques.

Après tout cela, j’ai à mon tour expliquer à la fois ma conception du diabète et aussi mon modus operandi personnel. Au fur et à mesure, je vérifiais auprès des médecins et infirmières que je n’avais pas trop tort dans ma manière de faire, et je prévenais aussi que je ne voulais pas choquer, mais je risquais de surprendre.

J’ai commencé par expliquer mon idée du diabète… A l’instant t, je n’ai plus les cellules qui me permettent de produire l’insuline. Pourquoi moi ? On ne sait pas, donc je ne me prends pas la tête avec cela, c’est un fait. Un fait inéluctable et aux conséquences très simples à assimiler. Cette “maladie” n’en est pas une pour moi, je prends plutôt cela pour un accident qui m’aurait coûté un organe, comme une ablation qui me prive d’un composant essentiel à mon fonctionnement vital. Heureusement, je peux m’injecter un produit de substitution, pas vraiment un médicament donc, mais un élément naturel (enfin jusqu’à ce qu’on découvre que c’est une saloperie… huhuhu) qui me permet de rétablir plus ou moins l’équilibre initial. Evidemment comme je suis moins doué que mon propre corps, la régulation n’est et ne sera qu’imparfaite, mais je ferai de mon mieux.

Et donc je ne me mets pas martel en tête parce que j’ai une glycémie de ouf un jour, ou parce que je décale une prise d’insuline lente de quelques heures… Je ne renonce pas à un Paris-Brest faut pas déconner merde !! Et si je sors en boite, je me pique en rentrant à 5h au lieu des traditionnels 23h30. Je me dis que j’ai un peu de temps pour m’adapter, pour apprendre, et pour écouter mon corps, profiter de l’aide des médecins et essayer d’éviter le plus longtemps possible les inéluctables complications.

Enfin ça me saoule hein ?! Ah oui, c’est relou, les piqûres me cassent les bonbons, et les glycémies aussi c’est chiant. Mais les symptômes m’avaient vraiment fait très peur, donc quand j’ai découvert que c’était un truc certes grave, mais plus avec une substitution qu’un traitement, et quelque-chose de bien connu et pris en charge, cela m’a plutôt rassuré. Je me rends compte aujourd’hui que c’est un truc chiant comme la mort, mais cela me garde en relative bonne santé, donc ça me va.

Je crois que la seule chose qui vraiment m’interroge et me frustre, c’est cette dépendance à un produit de fabrication pour vivre. Y penser pour partir en vacances, et se dire que j’aurais certainement de grandes difficultés en période de guerre par exemple, ou si je devais pour des raisons variées être sans insuline pendant longtemps (genre sur l’île LOST, y’avait de l’insuline Dharma ??), ou encore avec des insulines de piètre qualité. Je pensais à ce serbe avec qui je partageais la chambre quand j’ai appris mon diabète, il avait connu la guerre et l’impossibilité de se procurer de l’insuline, il avait failli mourir, et aujourd’hui encore les 200 euros par mois pour s’en acheter dans son pays sont totalement disproportionnés par rapport à son niveau de vie. Je pensais aussi à certains projets d’aller vivre quelques années à l’étranger, mais avec quel traitement, quelle prise en charge, quels remboursements ?

Sinon tout le monde est au courant, ma famille, mes amis, mon boulot. Ce n’est pas une honte, c’est un fait. Ce n’est ni triste, ni drôle. C’est une occasion cocasse de se faire passer pour un héroïnomane avec ses aiguilles et ses stylos bizarres en plein milieu d’un restaurant. Moi qui aime les contrastes et l’incongruité de certaines situations, je suis servi, et j’avoue que cela me fait rigoler de voir les gens inquiets dans l’avion ou dans le train quand je m’enfonce une aiguille dans le bide en faisant ma tête de cancéreux en phase terminale, ou de junkie décomplexé. En fait, il faut faire un peu de pédagogie locale et expliquer ce que c’est, ce qu’il se passe, et les gens comprennent très bien. Cela vous rend au contraire très intéressant et singulier !! Huhu.

Lutter contre une maladie qui n’en est pas une ? CQFD… Renforcer le dialogue entre diabétiques et non diabétiques ? What the fuck… En avoir honte, le cacher, se cacher pour se piquer ? Oh là là, mais pas du tout !!!

Et là j’avais droit à tous les regards dardés sur moi avec un air à la fois étonné et dubitatif. Au moins j’en avais fait rire, j’en avais désinhibé certains, j’avais ouvert quelques vannes, et je n’étais pas mécontent de l’exposé de mon système philosophique personnel. Même si je l’avais dit au départ, une des nanas m’a clairement dit : “Nan mais t’es bizarre, hein, t’es vraiment bizarre.”

Et je voyais l’infirmière qui tripotait ma feuille d’inscription, et qui me demande “Mais vous êtes diabétique depuis quand vous ?”.

Et moi de répondre :”Aheum ah oui pas très longtemps, cela fait 4 mois”.

Ah…

Et la même fille de répondre : “Ah oui alors là c’est certain, t’es carrément anormal”, et d’exploser de rire : “Ah mais putain, ça fait du bien de rencontrer des gens chelous comme ça !!”. Et tout le monde m’a gentiment apostrophé en m’expliquant qu’ils ne comprenaient pas comment je pouvais prendre les choses aussi calmement, sereinement et scientifiquement. Eux avaient été déprimés et malheureux pendant des mois… Et c’est vrai que s’il y a bien une chose qui m’agace chez mon diabétologue c’est son discours protecteur gnangnan, et sa certitude sur ma déprime à venir, d’autant plus forte qu’elle sera longue à s’installer selon lui.

On verra bien, je pense aussi que cela peut encore arriver. Mais pour l’instant tout cela me paraît bien plat et factuel. Je pense qu’après quelques années de piqûre et de gouttes de sang, de bandelettes et de stylos à insuline, je serai aussi beaucoup moins rigolard et certainement plus malheureux de cet état de fait. Je dois avouer que j’ai aimé le fait que les gens me disent n’avoir jamais rencontré un tel olibrius, et d’avoir vu un même étonnement chez le médecin. Huhuhu.

MatooBizarre !!! C’est meuuuuaaaaâââââhhh !!!!

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In the Upper Room (Philip Glass / Twyla Tharp)

Publié le Lundi 31 Janvier 2011 - 0:58
Catégorie: Matage, Matooyage

J’ai déjà parlé de tout cela, et j’ai parfois l’impression de bien radoter au bout de 7 ans et demi à broder ici, mais j’ai une telle relation avec ce ballet, que je dois encore en reparler. Car j’ai évoqué en 2003 déjà comment j’ai été intronisé à Philip Glass par une de ces rencontres qui changent la vie, et plus tard mon père qui avait enregistré ce bout de ballet à la télé. Il est resté des années un simple extrait sur une antédiluvienne VHS jusqu’à ce que j’en parle ici et qu’un blogueur me confie que l’American Ballet Theatre allait le danser à Paris quelques semaines plus tard. J’ai alors pu enfin goûter au bonheur apporté par ce spectacle qui, pour moi, dépasse l’entendement, transcende tout ce que j’avais pu voir et ressentir jusqu’alors.

Au hasard de mes pérégrinations sur le web, j’ai trouvé une vidéo, manifestement enregistrée de la RAI, qui présente le ballet en entier. Je n’ai pas pu résister à l’encoder et à la poster ici.

Je suis une terrible bille en termes de ballet, mais je vis ce spectacle avec toute ma candeur et mes tripes. Je sais que Glass n’est pas considéré comme de la “grande musique” par les mélomanes, mais ce n’est pas grave, et dans ce cas précis, je n’ai jamais vu expression corporelle plus adaptée, plus en résonance avec la musique que cet “In the Upper Room”. L’ambiance vaporeuse sur la scène, les costumes blancs, rouges ou les zones dénudées, les danseurs et danseuses en solo, en couple, les oppositions, les ruptures ou les harmonies ainsi créées, tout me plait, m’intrigue, me fascine dans ce spectacle.

Les sentiments aussi varient avec des moments de tension extrême et d’autres plus calmes et parfois sombres. Mais il y a surtout cette énergie créatrice et vivifiante qui irradie tout au long de la chorégraphie, j’imagine d’ailleurs que les artistes sont complètement éreintés à la fin d’une telle dépense physique. Le ballet se joue autant d’un ensemble de corps en mouvement, que de petits détails qui viennent émailler une scène globale, et cette vitalité fait que l’on ne s’ennuie pas une seconde. Au-delà des performances athlétiques et chorégraphiques, la poésie qui se dégage est aussi troublante et émouvante, et c’est ce dernier point qui me paraît si extraordinaire. On peut exprimer des choses avec la danse, une histoire, des émotions ou une corrélation avec la musique. Mais pour moi ce ballet devient un pur moment de poésie, et j’en deviendrai proprement synesthésique en ne sachant plus quel sens me procure exactement cela.

Ok j’en fais des tonnes. Mais vraiment j’aime beaucoup beaucoup.

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  • Matooyage
Lapsus Filii

Publié le Dimanche 30 Janvier 2011 - 15:10
Catégorie: Matooyage

Hier après-midi, nous étions en pleine discussion à bâtons rompues avec ma môman. Elle évoquait une situation où certains proches avaient du mal à comprendre que mon frère et moi-même ne sommes plus des minots, mais bien des adultes. Et voilà comment elle a dit ça :

- Bah oui tout de même, vous êtes deux célibataires mais vous avez bien plus de trente ans maintenant !!

(Là je la regarde avec les yeux écarquillés… Et elle comprends que l’assertion me trouble.)

- Oui enfin bon, toi t’es pas vraiment célibataire bien sûr… Mais bon… Bref, vous avez largement passé l’âge des gamineries quoi !

Il s’agissait notamment d’une comparaison avec mes cousines qui sont en couple, ou mariées, et mamans depuis pas mal d’années déjà. Mais voilà moi qui suis en couple depuis presque 4 ans avec mon chérichou, qu’elle connaît parfaitement, dont elle connaît bien le père, et avec qui nous avons fêté Noël dernier, eh bien je suis “célibataire” ou au mieux “pas vraiment célibataire”.

Hu huhu. (mais rire un peu jaune tout de même)

  • Linkage
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The Next Gay Thing

Publié le Mercredi 19 Janvier 2011 - 0:34
Catégorie: Linkage, Matooyage

C’est étonnant comme j’ai assisté aujourd’hui à un télescopage des plus hétéroclites de nouvelles du (merveilleux) monde pédé. Il y en a pour tous les goûts, à boire et à manger, à gerber et à pleurer de bonheur, à se révolter et à se congratuler…

D’abord je tombe sur le discours de Chris Colfer aka Kurt dans “Glee”, et je le trouve adorable. Il obtient un Golden Globe, et il évoque la situation difficile des minorités dans le milieu scolaire… Il y a aussi cette news du co-fondateur de Facebook qui est pédé !! Un truc que j’ignorais, d’ailleurs je ne connaissais pas ce Chris Hughes en fait. Il annonce carrément ses futures épousailles !! Et comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, voilà que c’est Jim Parsons aka Sheldon Cooper de “The Big Bang Theory” qui est gay !!!! Il va lui aussi épouser son keum.

C’est bien gentil de nous balancer toutes ces jolies unions officielles, mais nous avons aussi eu aujourd’hui le reflet de la société française actuelle… Oh évidemment, il y a beaucoup de gens qui sont pour le mariage gay, ou que ça indiffère gentiment. Mais on a surtout vu les kyrielles de commentaires terribles sur tous les journaux (surtout ceux de droite bien sûr) qui évoquaient cette possibilité. Eh bien, j’ai hâte de voir ce que va donner cette réflexion du conseil constitutionnel sur le mariage gay en France. Je suis de plus en plus déçu par les attitudes de tout bord politique concernant le mariage et l’adoption, cela me paraît tellement inepte de refuser cela et d’être tellement en retard et presque rétrograde aujourd’hui.

Et on lit encore des articles où des propos parfois candides sont stupéfiants. Comment peut-on encore parler de religion liée au mariage ou de procréation, ou encore d’égalité fiscale ou de bons conseils hétéros qui préconisent de ne surtout pas mettre le doigt dedans ? Non mais ça n’a rien à voir avec la choucroute hein ?! Le mariage n’est pour moi qu’une volonté d’égalité de citoyens devant la loi et devant les Valeurs de la République. Je veux que mon couple soit reconnu comme aussi valable, aussi beau, aussi respectable que celui formé par mes parents et mes grands-parents, simplement parce que c’est le cas. Cela serait une avancée extraordinaire pour la société française, et bien plus efficace que des campagnes ou même un arsenal juridique pour nous protéger de l’homophobie. Ce serait une manière officielle et implacable d’affirmer que l’homosexualité n’est pas un problème, mais bel et bien une des différentes manières d’être et de vivre sa citoyenneté.

Et je serai alors le premier à me réjouir de cette avancée, et certainement aussi ensuite le premier à m’y soustraire pour ne pas céder à l’hétéronormalité et aux rites normatifs passés obsolètes, à ces séquelles religieuses moisies et délétères. (Nan en fait, je ne pense qu’à ça, passer devant le maire avec mon chérichou d’amour, hihihi.) Mais je veux avoir le droit de refuser de me marier, un droit que je trouve aussi important que celui d’en jouir.

L’homophobie est aussi de sortie aujourd’hui avec le procès de Bruno Wiel, ce garçon qui avait été laissé pour mort par ses agresseurs en 2006. Et on en voit dans ce triste cas la facette la plus violente et sournoise, une homophobie faite de barbarie sanguinaire, sans discernement ni pitié.

Elle est décidément bien compliquée cette période, et on est tellement dedans que j’ai du mal à prendre du recul, j’ai du mal à voir si vraiment les choses vont en s’améliorant ou de Charybde en Scylla, ou simplement dans une énième fracture sociale. On dirait que d’un côté on assiste à de véritables mutations, des expressions gay-friendly généralisées, mais de l’autre une stigmatisation et un recul moral qui fout grave les jetons. Les gamins d’aujourd’hui apparaissent à la fois comme intégrant l’homosexualité comme un de ces détails de la vie, et on voit au même moment des montées homophobes en milieu scolaire particulièrement préoccupantes, et des lycéens qui se suicident… et des mouvements magnifiques tels ce “It gets better“. A en perdre son latin…

Enfin, l’écrivain Gilles Leroy qui est un des rares auteurs ouvertement gay et qui signe là une “lettre ouverte aux jeunes homosexuels qui jouent avec la mort“. Il dit lui-même qu’il joue les “pères” mais j’aime son discours car il est authentique et sans ambages. Il explique qu’il faut éviter les backrooms ou alors être très prudent et mettre des capotes. Alors que les conséquences d’années de relapse sont particulièrement saillantes et dramatiques en Île de France, il est bon qu’une telle personne parle ainsi sans détour, avec simplicité, et donne son opinion sur les backrooms, dont il faut avouer que ce n’est pas le sujet habituel de ce genre d’auteur.

On disait dans les années 90 que le Gay était à la mode, que nous vivions les dernières années de galère et que l’émancipation allait s’imposer. Mais une quinzaine d’années plus tard, je m’inquiète de constater que c’est plus compliqué que ça n’y paraît. Nous ne sommes plus dans ce combat linéaire et monolithique, mais dans une zone beaucoup plus floue et dangereuse. Cela va mieux pour certains, beaucoup moins pour d’autre, et plus que jamais je ressens une bipolarité effrayante dans ce domaine. Ragaillardi par les combats gagnés, effrayé par les reculs et les atteintes aux libertés et au progrès, si nous perdons d’un côté pour mieux perdre de l’autre, alors ce n’est pas un bon signe.

Nous sommes par essence transversaux à la société, tous les milieux, toutes les religions, toutes les familles, et toutes les homophobies aussi (étrangement celles du bourgeois et du prolo sont très proches, celles des religieux de tout poil aussi, comme on s’accorde facilement dans la haine…). Nous avons ce point commun qui nous lie et nous relie, qui nous oblige à nous reconnaître pour simplement nous permettre d’être heureux ensemble. Cette communauté qui se désagrège pourrait être le signe positif qu’on en a plus besoin, parce que le combat est terminé. Mais j’ai l’impression que ce qui se joue est bien plus pernicieux, et que la Fortune pourrait bien se jouer de nous… dans un funeste dessein.

  • Linkage
  • Matooyage
Amitiés IRréeLles ?

Publié le Lundi 17 Janvier 2011 - 0:33
Catégorie: Linkage, Matooyage

J’ai découvert le net en 1996 lors de mon semestre d’étude à Newcastle, puis vraiment quand j’ai installé mon premier modem à la maison (chez pôpa et môman donc) en 1997, et quant aux Social Media il ne faut pas croire que ça date d’hier… Février 1998 est un repère simple pour moi puisque c’est mon emménagement sur Paris, et cela correspond à mon inscription et mon implication grandissante dans le web, et avant tout dans Caramail. Forum, chat, profil, il y avait là-dedans déjà tout ce qu’il fallait pour communiquer et échanger, évidemment pas avec la même facilité, agilité et universalité qu’aujourd’hui (où “tout le monde” est sur Facebook).

Je me souviens bien de mes premiers pas sur Yahoo! en 1998 où je cherchais juste à trouver d’autres internautes, et d’ailleurs le simple fait d’être sur internet faisait déjà un énorme point commun, et un sentiment d’appartenance fort grisant (et aussi faussement élitiste et précurseur d’un “gros truc” à venir). A l’époque, Yahoo! permettait justement de créer des pages “profil” avec des infos basiques (photos, description, et le ASV – Âge Sexe Ville - qui a régné en maître pendant des années avant de disparaître du lexique en ligne), mais surtout on pouvait faire des recherches et contacter des gens par ce biais. Il y avait déjà ICQ qui faisait ça bien, mais qui était un peu plus rentre-dedans (on pouvait entrer en chat directement en effectuant des recherches), même si je me rappelle quelques rencontres par ce moyen. Par ces recherches de profils Yahoo!, je correspondais avec des gens dans le monde entier, notamment des pédés (évidemment), et je me souviens en particulier d’Adam à Los Angeles et Theo d’Athènes. Huhuhu.

Tout ça pour dire, que cela fait en gros 13 ans que je fraye dans le web “convivial” et le réseautage social, et qu’années après années, j’y ai rencontré une kyrielle de personnes. Cette possibilité de socialiser avec un nombre de personnes croissant, et d’autant plus aujourd’hui que “les amis d’amis”, les Friends of Friends ou FoF, sont au centre même du fonctionnement de tous ces sites sociaux, peut rapidement devenir un cercle vicieux. Cette possibilité de rencontrer des gens et de nouer une relation sympathique (pire si l’on cherche une relation sentimentale ou sexuelle) devient facilement du stakhanovisme, et je pense que tous les usagers du net passent par cette période. C’est d’ailleurs un phénomène qui arrive de manière cyclique, souvent lors de l’émergence d’un nouveau site internet.

Depuis cette dizaine d’années, je me suis beaucoup éloigné de mes amis “d’avant” parce qu’ils n’étaient pas sur Internet, ce qui paraît complètement dingue. Et donc naturellement, certains amis du net sont devenus des amis de la vie réelle, tandis que cette ultra et quasi-continuelle connexion aux réseaux fait que je passe de plus en plus de temps en contact avec eux. Etrangement d’ailleurs, l’avènement des réseaux sociaux a aussi été l’occasion de me relier à des gens que je voyais moins, qui sont à présent autant “en ligne” que je peux l’être. En revanche, je n’ai jamais souffert d’une virtualisation des relations, et quand bien même, car je suis “en contact” avec des personnes que je n’ai parfois jamais rencontré de visu, cela ne m’a jamais empêché de toujours autant sortir et voir mes potes. J’ai été sensible au post d’Eric qui évoque ce même sujet :

En échangeant virtuellement avec toujours plus de monde, les opportunités d’échange dans la vie réelle sont nombreuses. Mais quand comme moi, on a besoin de vrais moments à soi, cette addition de contacts provoque des envie de week-end autistes, soirées DVD et journées en solitaire. Plus je connais de monde, moins j’en profite dans la vie réelle. Comme si un échange virtuel comptait comme un échange dans la vraie vie. Ce qui n’est évidemment pas vrai. Et se joue au détriment de moments avec mes amis. Qui continuent très logiquement à se compter sur les doigts d’une main. Une régulation personnelle s’impose, elle viendra.

C’est vrai que les jours où j’ai pas mal “contribué” en ligne, je rentre chez moi pour glander sans trop de frustration, car non seulement j’ai eu mon quota d’échange, mais en outre je sais que je serai chez moi connecté avec mes potes, et toutes les connaissances périphériques qui forment mon “écosystème personnel”. Ce qui me faisait paraître pour un extraterrestre quand je racontais cela à mes proches il y a dix ans, est aujourd’hui un constat assez largement partagé, et ça me fait bien sourire.

Mais comme d’habitude, et Eric le souligne aussi, le danger est dans l’extrême et dans l’assuétude. Si l’on devient un otaku, ou bien si l’on ne recherche que plus de verdeur dans le pré amical/affectif/sexuel voisin, on finit forcément par se cramer les ailes. Donc il est important pour moi de tempérer mes ardeurs dans tous ces domaines, et de réussir à être “raisonnable”. Je n’y arrive clairement pas toujours, mais je trouve que je m’améliore petit à petit. En revanche, je plains les jeunes gens qui sont tombés dedans enfants et qui doivent avoir encore plus de mal à trouver discernement et raison pour trouver leur équilibre. Cela reste plus facile pour des briscards comme moi qui ont connu “le monde d’avant” (sans web, sans mobile etc. bref le monde d’avant 1997 me concernant, donc 21 ans) et qui ont certains repères. Je me dis régulièrement que j’ai une grande estime pour ces jeunes gens qui étudient aujourd’hui et arrivent à s’accrocher à leurs études sans passer leurs nuits sur des chats et des réseaux, vu que c’est ce que je faisais dans mes dernières années d’étude moi-même, puisque j’ai été en école jusque 1999. Et encore, à cette époque j’étais coincé par le prix des communications téléphoniques puisque l’accès internet était gratuit mais la facture France Telecom bien salée…

En tout cas, globalement mon bilan est plus que positif si je jette un regard en arrière. Le web me procure énormément de bonheur et d’épanouissement, et je le considère comme un catalyseur, comme un facilitateur. Et comme tel, il met en exergue autant les qualités que les défauts, les vertus que les vices, et peut autant apporter que nuire. Il ne faut ni le porter aux nues, ni le conspuer, mais l’intégrer comme un média, comme un outil, et toujours en rester le maître (ce qui n’est pas encore tout à fait mon cas).