Parfois tout se passe pour le mieux et parfois c’est tout le contraire ! Un peu comme si l’espoir que je plaçais dans une de mes visites au bercail, était réduit à néant la fois suivante. Et là, il ne m’a pas fallu longtemps… du jeudi soir au samedi midi et la coupe était pleine. Une fois le cul sur mon strapontin de RER, je me suis senti soulagé de repartir vers Lutèce et de laisser derrière moi ce nid de guêpes (oui oui je fuis littéralement).
En résumé, je suis arrivé dans ces moments que je déteste le plus, ces moments où l’incommunicabilité est à son paroxysme, et où les jeux psychologiques sont l’unique vecteur d’échange entre les membres de la ruche familiale. J’étais empêtré dans des transmissions cryptées entre ma mère, mon père, mon oncle, mon frère et ma grande-tante, et cela a l’air de satisfaire à peu près tout le monde.
Ma mère et mon oncle se plaignent de ma grand-tante qui vient les enquiquiner tous les jours depuis que son mari est mort. C’est relativement compréhensible mais là elle abuse carrément, et il faut manifestement le lui dire, puisque le lui faire comprendre n’est pas assez efficace. Mais non, ils préfèrent jouer avec elle, donc ils sont parfois désagréables et elle fait semblant de ne rien voir ni entendre (pas difficile, elle est sourde comme un pot), et reste aussi chiante et envahissante. Et surtout, tout le monde se plaint de tout le monde, mais s’en contente finalement pas trop mal (ça doit faire passer le temps).
Mon père a un caractère très spécial, il est même carrément ouf mais bon il est comme ça, et je ne le changerai pas. Ma mère n’a toujours pas compris, et continue à jouer aussi avec. Il a eu des avertissements assez graves d’un médecin sur son état de santé et notamment un truc lié à son foie. Du coup, il fait comme d’habitude, il entame un régime draconien et se prive énormément. Il a toujours fait cela, c’est nul mais il est comme ça. Ma mère le sait mais elle ne peut pas s’empêcher de lui reprocher cela toute la journée, de lui proposer de manger des choses qu’il ne veut pas ingérer, et lui cite le contenu du frigo avec les denrées une par une… Et mon père qui placidement rétorque : « non, non, non, non ». Et ma mère qui ronchonne que c’est n’importe quoi, et mon père qui bout intérieurement mais ne dit rien (et surtout reste là !!!!!).
Je le connais il va se mettre à son régime à base de pollen. Oui, oui, du pollen. Car mon père se prend fréquemmen pour une abeille, et consomme régulièrement du pollen lorsqu’il veut maigrir ou se revigorer. Donc il avale du pollen matin, midi et soir. Et en effet, ça fonctionne, je ne pense pas que ce soit vraiment bon, mais ça marche. Et bah tant mieux s’il veut bouffer du pollen ou même du plancton si ça lui chante ! Depuis 30 ans, il n’en a toujours fait qu’à sa tête, je ne pense pas que cela change de sitôt.
Et mon oncle et ma mère qui ne sont pas frères et soeurs pour rien. Mon oncle toujours aussi sarcastique et ironique mais jamais clair dans ses propos. Tellement sibyllin et parcellaire, que je pose toujours une centaine de questions naïves pour avoir droit à un début de réponse… c’est fatigant, tellement fatigant.
Mon frère qui débarque, il y a deux semaines, avec un dogue argentin qui pèse 45 kg et dont l’aspect patibulaire a filé un tel choc psychologique au vieux chat moribond de mes parents que cela n’a pas du améliorer son fragile palpitant. Ma mère a accepté le chien, mais elle s’en plaint, mais elle ne veut pas qu’il le remmène (pauvre toutou), mais ne veut pas qu’il fasse peur au chat (pauvre chat). Et personne qui ne se dit clairement ce qu’il pense. Du coup, mon frère décide de ramener la chienne mais sans bien en discuter avec quiconque. Ma mère de conclure que c’est triste, qu’elle n’a jamais rien dit contre, mais que c’est mieux quand même pour le chat. Aaaaaaaaaaaaaaaaaah !
Ma grande-tante qui ne dit jamais clairement ce qu’elle veut, qui louvoie assez maladroitement pour voir le maximum de monde et qui va en course avec Pierre, Paul, Jacques (si vous voulez l’emmenez, elle veut bien, je peux transmettre les propositions) comme si elle avait une équipe de rugbymen à nourrir. Bon la pauvre, à la rigueur, elle a l’innocence de son âge, et je comprends qu’elle s’emmerde et qu’elle ait envie de voir des gens. Mais elle pourrait simplement dire les choses, et on pourrait lui répondre normalement non ?
Ma mère au centre de tout cela, qui s’inquiète, pérore, prend sur elle, se victimise comme le messie en personne, est à la fois pour et contre, mais surtout s’enlise dans ces histoires stériles.
Quand j’ai raconté cela à Diego, il a halluciné, surtout quand il voit à quel point je suis quelqu’un de franc et de direct, de limpide dans l’expression de mes opinions et mes sentiments (pas toujours évidemment, mais souvent). Or, je n’ai même pas essayé ce week-end. Je me perdais dans mes pensées, je pensais à ce que j’avais envie de dire, et puis je renonçais. Cela aurait trop été une tirade véhémente et grandiloquente, un truc qui m’aurait encore plus fait passer pour le petit merdeux que je suis. Et puis, je crois que personne n’est prêt à entendre ce genre de choses, et surtout pas de la part d’un membre de l’essaim. Donc j’ai fermé ma gueule, et j’ai souffert en silence. Souffert relativement à l’atmosphère délétère à endurer, mais aussi en absolu sur une déception et un certain manque d’espoir à l’amélioration de mes relations avec ces gens que j’aime tant.
Si on arrivait juste à se dire clairement les choses, à passer du bon temps, à rigoler, à ne pas trop s’en faire, à se dire et se faire comprendre qu’on s’aime même si on se critique, à juste s’exprimer sur ce qu’on ressent sans que cela soit vu comme une bizarrerie, à posément s’expliquer sur nos désirs et nos frustrations, sans que cela soit déplacé ou hors du cadre familial, mais au contraire au sein de cette communauté de personnes qu’on aime et auxquelles ont fait confiance…
Tiens, j’vé aller me sniffer une ligne de pollen, on verra c’que ça me fait !