Little Voice

Pour les plus fans, Jane Horrocks est le nom de l’actrice qui joue Bubble dans Absolutely Fabulous. Bubble l’assistante folle à la voix haut-perchée d’Edina Monsoon dont les actions et réactions sont de petits moments d’anthologie de cette série made in UK cultissime ! Mais lorsque je l’ai vu dans ce rôle en 1998 dans le film « Little Voice », je ne l’ai pas reconnue, et c’est quelques années plus tard que ça a fait tilt. Ce film est inconnu de tous mes proches quand je leur en parle, et j’ai l’impression d’être le seul à l’avoir vu. D’ailleurs il n’est trouvable qu’en DVD importé de Grande-Bretagne.

Il faut dire que ce n’est pas un grand film, et qu’il a un scénario un peu bancal, une narration assez équivoque ou moins accrochante en tout cas qu’une hollywooderie de base. En revanche, ce ne sont que de très bons comédiens, et puis ça ne s’explique pas (enfin si !), il m’a marqué à l’époque, et il reste depuis un de mes petits trucs cultes à moi que j’ai. Pourtant c’est du Miramax, production qui faisait encore à l’époque dans de l’indépendant qui allait devenir du « faux indé américain bien calibré » pas très longtemps après.

Le réalisateur Mark Herman avait aussi signé « Les Virtuoses » deux ans auparavant qui avait eu un joli succès, et on retrouve pas mal de comédiens de ce film, donc Ewan McGregor, pas encore la grande star que l’on connaît aujourd’hui. On y trouve aussi, et ce n’est pas rien, Michael Caine et Brenda Blethyn. Cette dernière incarne la mère de Jane Horrocks/Litlle Voice surnommée LV justement parce qu’elle est timide au moins de la rendre presque mutique. Lorsqu’elle s’exprime, c’est un tout petit filet de voix de gamine qui s’épuise rapidement dans un soupir ou un sanglot. LV a été traumatisée par la mort de son père, et elle vit dans le souvenir de celui-ci et surtout dans l’écoute réitérée de ses vieux 33 tours de Judy Garland, Shirley Bassey, Marilyn Monroe ou Edith Piaf.

Brenda Blethyn joue une paumée assez beauf et coureuse qui est à deux doigts de la maltraitance concernant LV. Elle fait la rencontre et jette son dévolu sur Michael Caine qui est un imprésario à la petite semaine, vraiment du genre minable. LV rencontre en même temps, et par hasard, Ewan McGregor qui est presque aussi timide qu’elle, et qui a une passion dans la vie : ses pigeons. Il a un petit crush pour LV, mais est incapable de lui parler, et elle de toute façon de lui répondre. Un soir Michael Caine découvre qu’LV est non seulement passionnée par les disques de son père, mais qu’il lui arrive de chanter. Et alors c’est un vrai miracle, elle imite à la perfection les Dusty Springfield ou Marlène Dietrich, avec une voix d’une beauté et d’une puissance stupéfiante.

Le film est basé sur une pièce de Jim Cartwright, mise en scène par Sam Mendes et déjà avec Jane Horrocks dans le rôle titre : The Rise and Fall of Little Voice. Il faut dire que je ne suis pas certain qu’une autre personne sur terre possède un talent pareil !!

Et donc j’aime ce film parce qu’il est justement un peu bancal, parce que ce n’est pas l’happy end que l’on pouvait escompter, parce que la fin arrive au deux-tiers, que l’histoire d’amour ne s’accomplit même pas, mais je sais pas il y a des trucs qui me touchent. Je crois que ça tient beaucoup dans les timidités de Jane Horrocks et Ewan McGregor qui sont très bien jouées, et dans ce potentiel caché qui s’exprime en révélant un inimaginable trésor. Dans le rôle de Brenda Blethyn aussi, qui exprime une détresse qui la bouffe mais qui ne se traduit que par violence et bêtise… On y retrouve ce truc anglais d’un humour noir et grinçant sur fond de misère sociale et intellectuelle. Et le moment paroxystique du film est un régal en termes de performance vocale pour Jane Horrocks, mais aussi un moment qui se révèle pour elle tout sauf une révélation, un breakthrough ou une renaissance, juste ce qu’elle fait lorsqu’elle « voit » son père.

Jane Horrocks - Little Voice

Général Kala, la meilleure méchante de l’Univers Connu

Et si le général Kala est la meilleure méchante de ce navet ultime et culte qu’est Flash Gordon, c’est en grande partie grâce à la voix géniale de Micheline Dax. Avec son récent décès, on a beaucoup évoqué sa voxographie dont la géniale Miss Piggy du Muppet Show, ou encore Ursula une autre méchante cultissime (de la Petite Sirène de Disney). Mais selon moi, la voix de Micheline Dax avait fait des merveilles en incarnant la scélérate, sans pitié et maléfique Kala !

J’ai découpé toutes les scènes avec Kala, et cela représente 2 minutes et 13 secondes sur un film d’1h47. Il ne doit donc dans l’Univers Connu n’y avoir que moi qui me souvient de ce personnage, et sans doute aussi de ce film. Mais vous savez comme sont les enfants (j’au dû voir ce truc dans les années 80 sur une VHS…), et elle m’a marqué !! Ça devait déjà être son côté maîtresse SM lesbienne qui me parlait sans doute. Arf. Ecoutez donc ces 2 minutes, et surtout cette voix si reconnaissable et cette gouaille de méchante qui remplit parfaitement son office.

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D’ailleurs je viens de voir que la comédienne Mariangela Melato est décédée l’année dernière. Flash Gordon est vraiment mauvais du début à la fin, pour ses décors, le jeu des comédiens, les effets spéciaux ou son scénario, mais c’est un film culte qui 35 ans plus tard a un vrai charme. On y trouve une pléiade d’acteurs : Max von Sidow, Ornella Muti, Timothy Dalton. Mais les deux héros sont plutôt connus pour ce rôle là les pauvres… (Je me souviens surtout de Melody Anderson dans Manimal, série phare des années 80 !!) Et ce décorum tout droit sorti d’un épisode de Musclor m’a toujours fait triper !!

Donc souvenez-vous ou apprenez-le : Micheline Dax c’était aussi Kala !!

General Kala - Flash Gordon

La revanche des gayks

Je rigole en lisant les commentaires sur la toute nouvelle série de HBO « Looking ». Une série qui met en scène des gays à San Francisco dans une optique Sex and the City ou Queer As Folk mais avec une couleur très actuelle, je ne sais pas si ça va m’accrocher, je suis encore dubitatif. Non ce qui me fait rigoler c’est que le héros est censé être un « level designer » (créateur de niveaux de jeux) de jeux vidéos mais qu’on le voit sans cesse sur 3DS Max en train de modifier la 3D de personnages, donc il est plutôt manifestement un « character designer » (créateur/animateur de personnages). Il faut lire quelques commentaires acerbes de gayks qui estiment donc que cette série n’est vraiment pas terrible et crédible. Huhuhu.

Top of the lake

Je ne parle pas très souvent des séries que je regarde, ou alors c’est vraiment quand c’est exceptionnel, quand je suis marqué par le fond ou la forme. Et là c’est encore le cas avec cette mini-série qui ne laisse vraiment pas indifférent. La mini-série est un format déjà assez curieux en soi, on n’est pas dans le film, on n’est pas dans le feuilleton qui se suit en une vingtaine d’épisode en plus, on est vraiment juste entre les deux.

Top of the lake est d’autant plus cela que c’est l’œuvre d’une cinéaste de renom, Jane Campion (même si elle n’a pas fait tant de films, et est surtout connu pour l’inoubliable « Leçon de piano »), et j’ai vraiment eu l’impression à la fin de la première saison que je venais de regarder un film. Un film qui dure 6 heures. Jane Campion a pu grâce à ce format original, et qui bénéficie aujourd’hui de productions audacieuses et bien charpentées, se lâcher pour nous donner 6 heures de son talent.

Cela donne une intrigue passionnante et décalée, aux relents d’exotisme et de mœurs rétrogrades, et une qualité formelle assez bluffante. On retrouve en effet la photo de ses films, l’importance des décors naturels néozélandais à couper le souffle, et des personnages aux charismes bien solaires. Nous sommes donc dans un coin ultraperdu de Nouvelle-Zélande, aux abords d’un lac. On retrouve un matin une jeune fille de douze ans, Tui Mitcham, qui grelotte dans le lac, et on découvre rapidement qu’elle est enceinte. Il se trouve qu’une enquêtrice spécialisée dans ce genre de cas est en visite chez ses parents, il s’agit de Robin Griffin (merveilleuse Elisabeth Moss, aka Peggy Olson dans Mad Men) qui habite à Sydney et a fui sa ville de ploucs il y a des années (on sent rapidement que la raison est terrible).

Robin commence à mener l’enquête, mais Tui ne veut rien dire, et tout le monde se connaissant plus ou moins, l’inspectrice a bien des difficultés, notamment avec le père de Tui qui est un malfrat local. En même temps, une congrégation féministe très étrange s’installe au bord du lac et commence une vie en autarcie et en communauté. A la tête de ce groupe de femmes, GJ, jouée par une très inspirée et phénoménale Holly Hunter, est une sorte de gourou et guide spirituel clairvoyant. Tui s’enfuit on ne sait où, et la ville entière se met à sa recherche. Robin pour veiller sur elle, en savoir plus, et protéger la jeune fille enceinte, d’autres gens pour d’autres raisons plus obscures ou inavouables.

L’ambiance est à certains égards très proche de celle d’un Twin Peaks de David Lynch, et on retrouve bien la communauté consanguine, les relations violentes un peu « Far West », la kyrielle de personnages secondaires étranges et attachants, et un rythme plutôt lent sans être lénifiant. Le rythme offre au contraire le temps de se poser, de regarder passer les nuages, et de se transposer dans ce paradis du bout du monde. On ressent d’autant plus la détresse de certains personnages prisonniers de ce coin de nulle part dont étrangement on ne s’échappe pas. Et du coup, le scénario est aussi cousu main, on avance peu à peu, mais chaque épisode apporte son lot de faits et de progressions. Il s’agit juste d’un dosage parfait de dialogues, de plans contemplatifs, d’actions et de bons twists tels qu’on est en droit de les attendre dans ce type d’œuvre.

J’ai beaucoup de mal à voir des défauts à cette série, sinon de me demander comment ils vont bien pouvoir (et redouter le pire) donner une suite à cela. Car la première saison donne toutes les réponses à l’intrigue de base, et se clôt vraiment comme une œuvre intégrale. Les comédiens et comédiennes sont très bons, la mise en scène et les plans sont encore une fois excellents et dotés d’une vraie touche de cinéaste.

Espérons que la série fasse des émules, car cela faisait longtemps qu’une œuvre télévisuelle ne m’avait paru aussi stimulante, nouvelle et complètement emballante.

Top of the lake

Black Mirror

Je regarde des masses de séries depuis quelques années, et c’est très très rare quand j’en parle. J’ai été marqué par quelques unes de manière vraiment forte et particulière… Six Feet Under, Battlestar Galactica, Lost font partie de ce rare cheptel. « Black Mirror » est à part autant dans la forme que dans le fond, mais elle m’a, et je pèse mes mots, bouleversé ! On peut parler de mini-série mais là encore, le format est très particulier, et ne ressemble à rien de connu, puisqu’il s’agit de deux saisons (diffusée en 2011 et 2013) de trois épisodes (dont la durée s’approche des 60 minutes). En plus de cela, cette série d’anticipation ne propose ni une trame continue, ni des personnages récurrents. Il n’y a aucun thème ni aucune logique de choix ou d’organisation apparente des scénarios. Chaque épisode de chaque saison est comme un court téléfilm que l’on peut découvrir indépendamment l’un de l’autre.

Le point commun réside dans le « Black Mirror », ce miroir sombre dans lequel l’auteur, Charlie Brooker, jette des coups d’oeil. Il propose alors des visions possibles de notre futur proche, le tout sur le thème des technologies que nous connaissons déjà parfaitement bien aujourd’hui. A la manière d’un Twilight Zone, chaque épisode est une parenthèse qui parle du futur pour mieux décrire et décrier notre présent. Loin de nous juger, Charlie Brooker ne fait qu’entrevoir des issues parfaitement crédibles, même si pas obligatoires, à notre rapport actuel aux nouvelles technologies (bon, vraiment plus si nouvelles du tout) et plus globalement à la manière dont notre société évolue. Il ne s’agit pas tant d’une vision pessimiste prémonitoire que d’un avertissement sur un détournement vicié de ces technologies, et au-delà ces épisodes dressent un profil assez fou de la société que nous sommes en train de préparer. Nous ne verrons sans doute pas exactement ces scénarios devenir réalité, mais leur clairvoyance est plus que troublante.

Chaque épisode est comme une nouvelle, et la série exploite pas mal de styles de narration. De la satyre politique, au drame en passant par la comédie ou l’horreur, les épisodes ont des univers très différents, avec à chaque fois des repères très proches et des ressorts affectifs forts, contrebalançant des ancrages socioculturels assez décalés de notre monde actuel (mais dont on peut déjà percevoir le germe). L’effet le plus bluffant de la série étant que l’on reconnaît chacun de ses éléments constitutifs, mais replacés dans des contextes d’anticipation et souvent dévoyés, on se retrouve dans de vertigineuses et effrayantes visions de nous-mêmes.

Le premier épisode de la première saison est sans doute le plus proche de nous, puisqu’il pourrait carrément arriver demain ou après-demain. Dans The National Anthem, on voit que les politiques sont plus que jamais sensibles aux sondages d’opinion, mais plus encore aux retours des réseaux sociaux, et ces derniers sont comme on le sait dans l’immédiateté, dans le sensationnel et la news en temps réel. C’est ainsi qu’une princesse de la Famille Royale est enlevée par un fou qui demande pour toute rançon que le Premier Ministre sodomise une truie à la télévision en direct. Evidemment cela paraît d’abord d’un ridicule absolu, mais peu à peu, les réseaux sociaux s’enflamment dans un sens puis dans l’autre, et on voit le politique pieds et poings liés avec une société malade de téléréalité et sans discernement aucun. La morale de l’histoire est d’autant plus noire et grinçante, et c’est une ironie qui se poursuit jusque dans les derniers plans, à l’image de toute la série qui se plait à enchaîner révélations sur twists et faux-semblants au vitriol.

15 Million Merits fournit un contraste assez saisissant puisqu’on ne verra jamais de cet épisode que des scènes en huis-clos et jamais en extérieur. Un garçon qui vit dans une chambre grande comme une boite à chaussure, et faite uniquement d’écrans, passe ses journées à pédaler sur un vélo afin de gagner sa vie. Il collectionne des sortes de crédits qui lui permettent de ne pas subir les publicités obligatoires (avec alarme stridente si l’oeil n’est pas ouvert et dirigé) d’émissions de téléréalité débiles ou de programmes pornos immondes. L’objectif de tous (comme de beaucoup de jeunes aujourd’hui) est de passer et gagner à une sorte de « The Voice » de l’époque. Le garçon rencontre évidemment une jeune fille dont c’est le rêve ultime. Il l’aide pour participer à l’émission, et il va d’autant plus réaliser la vilenie et l’incurie du système en place. L’épisode est sans doute le plus futuriste, mais tellement actuel dans sa morale et dans l’horreur sociétale que l’abêtissement global télévisuel (et autre) nous prépare.

La troisième partie de cette saison The Entire History Of You est une drôle, mais terriblement ironique, anecdote qui viendra sans doute à l’idée de quiconque s’est projeté dans une société où des machines comme les Google Glass sont légions, et plus prosaïquement dans le cadre d’un couple ! Nous sommes donc dans quelques années, et nous possédons presque tous des minipuces implantées derrière l’oreille (appelées « graines ») qui permettent simplement d’enregistrer notre quotidien. Il se passe alors ce qui arrive déjà pas mal aujourd’hui, c’est-à-dire que les gens passent leur temps à se rediffuser ce qu’ils ont vu ou vécu sous forme de « re-do » (« redite » on pourrait traduire) sur des écrans disponibles chez quiconque. De la blague de potache, à l’exclusion de celle qui avoue ne pas être équipée, à ceux qui sont obnubilés par ces images, cette fable romanesque nous emmène bien plus loin dans la destruction d’un couple hanté par le passé et ses erreurs.

Le premier épisode de la seconde saison Be Right Back est sans doute le plus émouvant et remarquablement mis en scène. Encore une fois, l’idée sous-jacente est assez simple et connue. Des robots sont assez évolués pour correctement imiter les hommes, et à partir des données récoltées de profils de réseaux sociaux, on est capable de créer des personnalités synthétiques absolument identiques à l’usager du réseau social. Une jeune femme perd l’homme de sa vie, et se découvrant enceinte, elle cède à la proposition d’une amie qui lui parle de ce « service ». Elle commence donc par converser par email avec son défunt mari, et finalement elle fait l’acquisition d’une réplique robotique ultraréaliste. Mais si on pouvait croire que la copie était parfaite, elle réalise que ce clone est loin d’être son mari.

Dans White bear c’est l’épisode façon « Quatrième dimension » par excellence. Une femme se réveille avec un terrible mal de tête dans une maison abandonnée, elle croit se souvenir de bribes de choses comme de sa fille ou son mari, et d’être poursuivie. Rapidement, elle repère des gens équipés de téléphones mobiles qui la prennent en photo en gardant leurs distances, tandis que des meurtriers dingues lui courent après pour la tuer. Elle parvient à s’échapper avec une autre jeune femme qui lui explique un peu plus la situation. La chute est absolument impossible à deviner, et elle en est d’autant plus vertigineuse. Je n’en dis pas plus.

Le dernier épisode The Waldo Moment renoue avec la satyre politique du tout premier épisode de la série. Cette fois c’est une marionnette artificielle qui devient peu à peu une personnalité politique. Un peu grâce au ton décalé de son auteur, et encore aux réseaux sociaux et au délitement de la notion même de politique par notre société, un ours bleu nommé Waldo, se présente et gagne les législatives… Et ce n’est que le début de sa carrière !

Cette série vaut mieux que des centaines tentatives d’explications et de recherches sociologiques sur l’impact des technologies sur notre société. En cela, je lui trouve des qualités extraordinaires, tant dans l’écriture, la réalisation ou l’efficacité de ses démonstrations. A voir ? Oui oui c’est ça.

Black Mirror

La vieille dame indigne (1965)

Comme d’habitude, je cherchais un truc qui n’a rien à voir mais je suis tombé sur ce film, et après en avoir lu le synopsis, j’ai vraiment eu envie de le voir. Impossible à trouver en DVD ou sur un quelconque support, le web est venu à mon secours sous la forme d’une antédiluvienne copie sous-titrées en espagnol. L’image en noir et blanc fait penser à de vieilles bobines de super 8 qui ont trop pris le soleil, et le son grésillant et souvent hésitant a finalement rendu les sous-titres espagnols utiles. Mais je suis ravi d’avoir vu ce film qui ne démérite pas sa réputation. J’ai lu en effet qu’il est un certain symbole d’une France qui changeait, d’une transition sociétale qui trois ans plus tard allait révolutionner bien des choses.

Je n’avais absolument jamais entendu parler de ce film ou de son réalisateur (René Allio, qui n’est manifestement pas un inconnu), mais la bande son est de Jean Ferrat et on reconnaît quelques comédiens dans le casting. Il y a cette étonnante vieille dame indigne jouée par Sylvie, une comédienne née en 1883 et dont la filmographie et les passages sur les planches sont impressionnants !! Premier film en 1912 et première pièce en 1903…

Sylvie - La vieille dame indigne

Sylvie - La vieille dame indigne

Victor Lanoux, dont c’était un des premiers rôles, est sans doute le plus connu aujourd’hui. Il n’avait pas 30 ans.

Victor Lanoux - La vieille dame indigne

Victor Lanoux - La vieille dame indigne

Victor Lanoux - La vieille dame indigne

Victor Lanoux - La vieille dame indigne

Mais Jean Bouise est pour moi cet éternel second rôle dont les apparitions dans les films de Besson m’ont marqué.

Jean Bouise - La vieille dame indigne

La très jolie Malka Ribowska était l’épouse de René Allio, et Etienne Bierry (à 95 ans !) était encore sur les planches en 2010 !!

Malka Ribowska - La vieille dame indigne

Sylvie et Etienne Bierry - La vieille dame indigne

Enfin François Maistre m’a tout de suite tapé dans l’oeil, car j’ai reconnu d’abord la voix puis le visage du commissaire truculent des Brigades du Tigre.

Francois Maistre - La Vieille Dame Indigne

La vieille dame, Berthe Bertini, devient veuve, et l’affaire de son mari n’était pas vraiment florissante. Ses enfants veulent s’arranger et lui proposent de la prendre avec eux. Première surprise, elle refuse tout de go, et explique qu’elle continuera à vivre dans sa maison. Elle découvre alors la liberté pour la première fois de sa vie, elle n’est plus épouse ou mère, et elle dépense son argent pour se faire plaisir. Elle devient amie avec Rosalie (Malka Ribowska) qui est une jeune femme plutôt libérée et dévergondée (pour l’époque). Elles vont au cinéma ensemble, et la vieille dame vend tout ce qu’elle peut vendre de sa maison pour dépenser son argent en menus plaisirs.

Malka Ribowska et Sylvie - La vieille dame indigne

Malka Ribowska et Sylvie - La vieille dame indigne

Elle devient aussi proche d’Alphonse, et les trois prennent du bon temps ensemble. Berthe achète une auto, et ils partent même en vacances. Pendant ce temps là, les enfants sont paumés et ne comprennent pas cette attitude dispendieuse de leur mère.

Malka Ribowska et Sylvie - La vieille dame indigne

Malka Ribowska, Jean Bouise et Sylvie - La vieille dame indigne

Le petit-fils (Victor Lanoux) tente, sur l’injonction de son père, de raisonner sa grand-mère, mais il est surtout amoureux de Rosalie et en profite pour passer du bon temps aussi avec elles.

Victor Lanoux et Malka Ribowska - La vieille dame indigne

Victor Lanoux et Malka Ribowska - La vieille dame indigne

Le film est fascinant car on imagine allègrement à l’époque le choc que peut représenter cette attitude quasi libertaire de la vieille dame, et même aujourd’hui on peut facilement reconnaître dans nos contemporains une attitude similaire. La pression monte peu à peu, et redoute une funeste conclusion pour cette dame, dont les enfants fomentent un recours légal. Mais elle aura le dernier mot, et la morale du film n’est pas ambiguë du tout. C’est un appel à profiter de la vie, et à prendre pour exemple les agissements de Berthe. J’imagine vraiment ce qu’une telle oeuvre a pu instiller en 1965, et vu qu’elle a eu le prix Méliès, elle n’a pas dû passer complètement inaperçue. Les comédiens sont excellents, et malgré tous les défauts de cette copie, j’ai reconnu un film qui mériterait meilleure notoriété (enfin peut-être que tout le monde le connaît hein, c’est juste moi qui était encore le gros béotien de service !!!).

Malka Ribowska, Jean Bouise et Sylvie - La vieille dame indigne

Sylvie - La vieille dame indigne

La vieille dame indigne (1965)

Avatar, the Last Airbender & The legend of Korra

J’avais découvert le premier dessin animé, Avatar, The Last Airbender ou Avatar, Le Dernier Maître de l’Air, en 2009 donc après la diffusion complète de la série sur Nickelodeon. Je ne me souviens plus qui me l’a conseillé au départ, mais c’était une excellente idée. J’étais assez sceptique car même si j’ai l’esprit plutôt ouvert, cela faisait des années que je ne m’étais pas ainsi émerveillé et passionné pour un dessin animé (le truc clairement pour les mômes).

Bien sûr j’ai été un enfant et un adolescent des Mystérieuses Cités d’Or, des Chevaliers du Zodiaque, de Jayce et les Conquérants de la Lumière, de Dragon Ball Z, de Cobra et de Ken le Survivant. J’ai gardé en souvenir tout cet imaginaire qui m’avait tant nourri et fait voyager. Encore aujourd’hui je revois (et rerevois) avec plaisir certaines séries cultes, et le gamin fantasque en moi est toujours aussi apte à s’identifier et à laisser vagabonder son imagination. La qualité formelle de ces oeuvres n’est pas toujours extraordinaire, mais y accrocher tient à beaucoup d’autres choses.

Nous sommes pour Avatar dans un monde très ancien ou carrément sur une autre planète, vu que les cartes montrées ne ressemblent à rien de connu (ou lors d’une très ancienne conformation des océans !). Les quatre couleurs des zones ainsi délimitées présentent les quatre nations qui cohabitent là.

Carte des 4 nations d'Avatar, The Last Airbender

Nous sommes dans une civilisation avancée mais pas non plus dans la très haute technologie, une sorte de moyen-âge amélioré. Les peuples ont la particularité de maîtriser certains éléments, et ces experts sont appelés des « Maîtres » ou des « bender » en anglais (du verbe « bend » qui veut dire « courber, fléchir »). Le terme est intraduisible mais tellement éloquent en anglais puisqu’il indique cette capacité à manipuler, plier, contrôler, maîtriser… Le bender s’apparente un peu à un maître en arts martiaux, et ils sont souvent des guerriers mais ce savoir peut être l’apanage des hommes comme des femmes. Donc les quatre nations sont celles de l’eau avec les North & South Water tribes, de l’air avec les Eastern & Western air nomads, du feu avec la Fire Nation et de la terre avec l’imposant Earth Kingdom. Tous ces peuples présentent différents types d’asiatiques, avec des lapons-eskimos pour les Tribus de l’Eau, des chinois pour la Nation du Feu, des tibétains pour les Temples de l’Air et plutôt caucasiens pour le Royaume de la Terre. Chacune de ces peuplades est représentée avec une symbolique, des couleurs et des attributs liés à l’élément contrôlé. Pour équilibrer ces quatre « pouvoirs », il existe un être à chaque génération qui possède l’incroyable talent de maîtriser les quatre éléments, il s’agit de l’Avatar. Cela ressemble un peu à un Dalaï-Lama, et chaque Avatar est en contact (un peu comme une réincarnation) avec les précédents ayant eu cette fonction. On trouve des hommes comme des femmes, et à chaque fois les origines des Avatars se suivent selon un enchaînement d’éléments (air, eau, terre, feu etc.). L’Avatar est repéré dans sa région par certains signes distinctifs, et il est préparé à sa tâche pendant des années avec un entrainement très difficile. Il est le garant de l’équilibre des forces du monde.

Le générique (fait par un fan) suivant montre bien les différentes régions et leurs benders, le style du dessin-animé, son univers, son rythme, et sa direction artistique.

L’histoire de la première série (de trois saisons) correspond à une période sombre où l’Avatar, un maître de l’Air nommé Aang (âgé d’une dizaine d’année), a disparu depuis cent ans. La Nation du Feu en a profité pour conquérir une bonne partie du monde. Elle a notamment massacré presque tout le peuple de l’Air (les deux temples), et a empêché la pratique du bending chez des peuples qui le pratiquaient depuis des générations (notamment dans la Water Tribe du Pôle Sud). Quelques places fortes du Royaume de la Terre tiennent bon (l’impressionnante ville de Ba Sing Se) mais la Nation du Feu est en passe de dominer le monde entier. Tout commence dans cette Tribu de l’Eau du Pôle Sud où les deux enfants du chef (parti en guerre), Katara et Sokka, trouvent par hasard dans un iceberg un enfant pris dans la glace. Ils le libèrent et on comprend rapidement qu’il s’agit du fameux Avatar Aang qui était là depuis cent ans, avec son bison volant.
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Homophobie ordinaire chez Direct 8

Tout à l’heure, un journaliste de Têtu que j’ai connu il y a quelques années sur le net, Paul Parant, a diffusé cette vidéo. Il s’agissait d’une émission du matin de Direct 8 « Mon Bien-Être », une émission consacrée aux femmes et dont le pitch aurait dû me mettre la puce à l’oreille : « Beauté, vie quotidienne, astuces consos, Mon bien-être teste pour vous toutes les tendances du moment: enfin, les femmes prennent du temps pour elles. » Ah oui d’accord…

Paul a publié un petit bouquin très cool qui promeut le coming-out pour les gays, et l’émission souligne un « Coming-out, est-ce devenu banal ? » qui augurait un sujet dont on ne pouvait pas deviner qu’il serait traité avec tant d’imbécillité. En effet, en quelques minutes les deux présentateurs, Caroline Ithurbide et Jean-Michel Cohen, font montre des archaïsmes les plus extraordinaires, des clichés les plus éculés, et ânonnent des assertions aussi stupides que révoltantes sur les gays. Ok ce n’est pas une émission intellectuelle, mais là c’est une honte d’avoir laissé diffuser une daube pareille.

L'homosexualité, ce douloureux problème pour… par TETUMAG

C’est bien cela l’homophobie rampante et ordinaire qui vérole notre société. Je trouve finalement bien salutaire cette vidéo dans ce qu’elle montre aussi à quel point nous ne sommes pas sortis de l’auberge. Alors qu’on pense que le mariage gay est la prochaine étape de notre émancipation et de notre quête vers plus d’équité, on nous rappelle que certaines personnes se permettent encore de prôner la discrétion ou le mensonge sans vergogne « pour ne pas peiner papa et maman »… OH MEIN GOTT !!! Et je passe sur le témoignage du gay standard en la personne d’un type d’une émission de téléréalité. Même lui semble être abasourdi par les questions débiles de la présentatrice déneuronée. Paul paraît souvent étonné de devoir encore justifier des choses pareilles aujourd’hui, et je le trouve bien serein et déterminé, alors que je fulminais crescendo en découvrant cela.

C’est vraiment choquant et surprenant de constater qu’on dit ce genre de choses à la télévision, après « it gets better » et tous les progrès visibles dans la société, un tel retour en arrière est effarant et effrayant. Direct 8 s’affirme ainsi comme une chaîne aux moeurs rétrogrades et nourrissant une vision de société antédiluvienne et terriblement étroite d’esprit.

Being gay is like Christmas everyday

Je ne sais pas si vous connaissez cette fabuleuse série qu’est United States of Tara avec Toni Colette qui joue le rôle de cette mère de famille aux nombreuses personnalités (pas dans le sens figuré hein, elle a vraiment de multiples personnalités au sens psy). Son mari c’est John rhaaa lovely!! Corbett, l’Aidan de Sex and the City. La série est très très drôle et en même temps pas conne du tout, et parfois même très émouvante (bref un bon petit show télé à l’américaine). Leur fils est gay, et il est un peu le personnage le plus équilibré de la famille.

Dans cet épisode (S03E03), on découvre la maman de John Corbett (c’est l’actrice qui joue Ruth de Six Feet Under) qui a l’air d’avoir un léger pet au casque, et qui a tendance à conserver beaucoup de détritus chez elle, tout en nourrissant une grande fascination pour les décorations et l’univers de Noël. Elle explique cela à son petit fils, et elle lui parle de cette folie que son père a fuit pour mieux la retrouver chez sa propre épouse. Et en poursuivant dans le nawak…



Oh j’aime ces situations de ouf, ça me rappelle tellement chez moi, huhuhu !!!