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Pectus est quod disertos facit

Lundi 21 Avril 2008

ThéâtrOpérage Symphonies de Haydn et Bruckner par l’Orchestre Philharmonique de Vienne au Théâtre des Champs-Elysées

Ah là là, quel concert !! C’était la première fois que j’écoutais le Philharmonique de Vienne, dirigé par Riccardo Muti (il a un de ces balais dans le cul celui-là, terrible), et je suis resté estomaqué par ce que j’ai entendu. Vraiment c’est magique, merveilleux, fantastique ! Je rapproche cela d’un autre concert que j’avais aussi beaucoup aimé, il s’agissait de Mahler à Pleyel par le Philharmonique de Berlin.

J’y étais avec Laurent, et je vous conseille d’aller lire son billet, car il en parle avec une belle érudition et culture. Moi évidemment, je suis le béotien qui s’exprime plus basiquement sur ce que j’ai ressenti. Je connaissais déjà Haydn, et notamment la Symphonie N°99 que j’avais révisé pour l’occasion. Mais je n’avais pas eu le temps de me documenter ou d’écouter Bruckner, que je ne connaissais, je l’avoue humblement, que de nom. Il s’agissait là de la Symphonie N°2. D’ailleurs pour tout dire, je l’ai depuis achetée, tellement j’ai craqué.

J’aime beaucoup les symphonies pour leur ressemblance avec des films (je sens que je vais faire bondir, arfff), et parce qu’elles véhiculent énormément d’émotions. Chaque mouvement est une partie d’une histoire, et tous les instruments utilisés sont comme les différents acteurs ou les actions qui se déroulent. Ainsi je trouve qu’on a quasiment aucune difficulté à rentrer dans ces musiques, et à se laisser imprégner de leurs « narrations ». Et être en prise direct avec l’orchestre c’est une dimension particulière, ce sont des sensations qui émanent d’autant plus des instruments. Des sons qui évoquent alors plus encore des couleurs, des textures, des vibrations, et d’autres émotions plus impalpables encore.

La musique de Bruckner m’a complètement conquis, je ne saurais même pas expliquer pourquoi. Alors je n’en dirais pas plus. Huhuhu. La qualité extraordinaire de l’orchestre y est aussi pour beaucoup, et je n’ai pas pu m’empêcher de me tourner vers Laurent à la fin du second mouvement pour lui glisser un : « Wow ».

Par contre, j’ai beau être un newbie de chez newbie, j’ai réalisé sans mal que j’avais à faire là à un des meilleurs orchestres du monde. Là ça saute vraiment aux oreilles. Et dans le bel écrin qu’est le Théâtre des Champs-Elysées, le spectacle est complet !

ThéâtrOpérage « Le Misanthrope » à la Comédie Française

Classé dans: ThéâtrOpérage — Tags: , @ 20:15:29

Je continue donc mon périple des classiques à la Comédie Française, et cette fois c’était pour un des chefs d’oeuvre de Molière, et certainement un des repères du répertoire français.

Pour rappel donc, Alceste est le « Misanthrope », et il est à contre-courant de la société de son temps. Alors que tous prône la diplomatie, l’hypocrisie et les méthodes de cour, lui s’y refuse et n’y voit que compromission dans le genre humain. Alceste reste droit et franc, il ne se pliera pas à ces usages qu’il juge délétère à la condition humaine, même si cela doit lui en coûter. Et cela lui en coûte justement puisque la femme qu’il aime est un des fers de lance de ces pratiques qu’il réprouve…

On imagine sans peine la portée politique d’une telle pièce à une telle époque, puisque les défauts qui sont mis en exergue dans le texte sont l’exacte réplique des conventions du moment. C’est bien du Molière donc ! Et ce texte est d’une beauté incroyable, tandis que l’histoire mêle avec une impressionnante virtuosité tous les sentiments et toutes les passions. L’histoire d’Alceste est surtout très triste, et elle résonne parfois étrangement dans ce qui reste une « comédie ».

Et comme toujours, je suis épaté de constater à quel point le talent de Molière traverse le temps sans vraiment devenir obsolète. C’est d’ailleurs quelque-chose d’à la fois positif et négatif, puisqu’on peut s’émerveiller de cette universalité, et aussi se désespérer d’un telle permanence dans les plus vils comportements de notre société.

Les comédiens et comédiennes étaient très bons comme toujours, vraiment pas une ombre au tableau de ce côté là. Les décors aussi sont assez impressionnants, et à la fois moderne tout en respectant l’époque originelle, ce qui est un sacré challenge. En effet, la scène dévoile un pan de mur, un croisement de cloisons qui sont en partie transparentes, et rendues parfois opaques par de habiles jeux de lumières. Ainsi pendant la pièce, on aperçoit ce qui se passe avant l’entrée en scène ou après, mettant en relief les petits secrets d’alcôve ou bruits de couloir. J’aime les décors de la Comédie Française pour leur richesse, et les fastueux deus-ex-machina, donc à ce niveau là ça manquait un peu de mouvements et de surprises. Mais ces pseudos murs à clairvoie servent plutôt bien la mise en scène.

Là où j’ai vraiment été déçu, et je n’ai pas du tout accroché, c’est dans la mise en scène. Pourtant je suis assez ouvert aux explorations modernes des classiques, et j’aime bien qu’on bouscule un peu les traditions, ou qu’on réinterprète les anciens pour les remettre au goût du jour. Mais là vraiment, ce n’était pas nécessaire, et surtout cela a vraiment contribué à presque gâcher tout le bien que j’étais amené à penser du jeu des uns et des autres. C’est bien simple, les comédiens et comédiennes sautent d’un côté à l’autre de la scène, ils crient, ils gesticulent, ils font les folles, ils se courent après et ils s’embrassent sur la bouche (entre hommes). Si seulement cela correspondait un tant soit peu au texte, pourquoi pas. Mais là je l’ai ressenti comme un acte délibéré de mise en scène, une conduite d’acteurs très claire qui donne un truc plutôt bancal, et qui ne m’a pas plu du tout.

Les fins de phrases sont criées de manière agressive ou colérique, alors que ça n’avait pas l’air d’être nécessaire (ou alors autant y mettre le ton depuis le début de l’échange…). Certains mouvements scéniques paraissent plus chorégraphiés qu’autre chose, mais on n’en ressent ni la raison, ni le bénéfice. Bref, je suis resté assez hermétique à cette manière de concevoir le Misanthrope.

Reste que la pièce reste portée par un texte extraordinaire, et qu’on la jouera encore certainement longtemps.

« Le Misanthrope » à la Comédie Française

Dimanche 02 Mars 2008

ThéâtrOpérage « Luisa Miller » à l’Opéra Bastille

Classé dans: ThéâtrOpérage — Tags: , @ 22:54:32

Ah ça faisait longtemps que je n’étais pas allé voir (et écouter) un opéra, et surtout un Verdi. Il ne s’agissait pas d’un Verdi hyper connu (de moi) : « Luisa Miller ». L’histoire est la plus mièvre qui soit, et pour nous mettre encore plus dans l’ambiance romanesque le décor est un remake de Heidi dans les montagnes… Ah ça se passe dans le Tyrol, et on en a une vision bien caricaturale et presque drôle. Comme l’a justement fait remarquer Oli on se croirait dans une boule à neige en plexiglas, et vous comprenez pourquoi en regardant l’illustration d’Akynou : la scène a pour fond un gigantesque paysage peint, mais le tout est découpé en demi-disque. Les costumes sont tout aussi classiques, et on ne peut pas dire que l’opéra soit décoiffant dans sa mise en scène. Donc du classique de chez classique qui confinerait presque (?) au kitsch.

Et puis cette histoire !!! Luisa est amoureuse de Rodolfo, ce dernier a menti sur son identité, il est le fils du seigneur du coin. Le méchant Wurm est aussi amoureux de Luisa, et Rodolfo est promis à Federica, une cousine, qui le kiffe grave. Wurm prévient le père de Rodolfo, et ils montent un odieux stratagème. Ils font enfermer le père de Luisa, et cette dernière adooooorent son papounet (un mec super moderne qui veut que sa fille soit heureuse en amour), et font du chantage à notre héroïne. Son père sera libéré si elle écrit une lettre pour expliquer qu’elle a toujours kiffé Wurm, et qu’elle n’était intéressé que par la thune de l’autre cheuri de Rofolfo. Cela met ce dernier dans une colère noire quand il l’apprend…

Bon c’est raconté grosso modo évidemment, mais vous voyez à quel point les passions se déchaînent, et dans les relations père-fille, les amants éconduits, les amoureux transis, la jeune et belle fille de soldat retraité, la duchesse amoureuse etc. Et pour expliquer tout cela, ça chante et ça tchatche, et ça se plaint, se lamente, complote, pleure et s’extasie ! Mais bizarrement cette débauche de sentiments ne se matérialisent pas par des airs marquants, en tout cas rien qui ne m’ait bien convaincu. Dans l’ensemble, j’ai plutôt aimé l’opéra, j’ai passé un bon moment. J’ai trouvé que les musiciens étaient ok, et les chanteurs et chanteuses à la hauteur, mais tout cela manquait de peps et de « tension ».

C’est vrai que cela en plus d’un décor en couvercle de boite à bretzels, ça n’a pas contribué à rendre le spectacle plus saisissant. Donc c’était bien, mais sans plus. Pourtant je dois tout de même ajouter que j’ai été très sensible au père. Le personnage, comme Kozlika aussi le souligne, est éminemment sympathique et presque étonnant de modernité, et j’ai trouvé que son interprète, Paolo Gavanelli, était vraiment au-dessus du lot.

« Luisa Miller » à l’Opéra Bastille

Jeudi 21 Février 2008

ThéâtrOpérage « Le Mariage de Figaro ou la Folle Journée » à la Comédie Française

Classé dans: ThéâtrOpérage — Tags: , @ 23:26:22

Cette pièce m’a définitivement convaincu qu’il fallait que je me mette à sérieusement fréquenter la Comédie Française. Quelle pièce ! Quel jeu, quelle mise en scène, et les costumes, et ces phrases que l’on connaît si bien, et qui, surtout, sonnent encore tellement justes… Ah ce Beaumarchais, quel auteur !

Vraiment je ne me doutais pas que j’aimerais tant cette pièce aujourd’hui. Je l’avais lue au collège je pense, et je n’avais clairement pas la maturité suffisante pour en saisir l’intelligence, la finesse, et tout ce qui en fait encore aujourd’hui un monstre d’originalité, d’irrévérence, de drôlerie et même de libertinage. Dire que le texte date de 1778, n’a été joué la première fois qu’en 1784 tant les censeurs étaient derrière son dos, et en définitive il s’agît toujours à mon avis d’un extraordinaire brûlot sur la politique, les politicards et les aristos. Le tout est en plus servi avec un superbe langage du 18ème, et un humour qui varie de l’aphorisme de haut-vol jusqu’au calembour vulgaire, incroyable !

Et la Comédie Française nous présente là dans son plus bel écrin, cette pièce revue par Christophe Rauck qui a eu le talent de livrer une version à la fois moderne et totalement conforme à la tradition, et ce qu’on attend d’une pièce classique au Français. Il prend des libertés avec la mise en scène, mais suit avec une grande rigueur la narration, les costumes et décors sont parfois fantaisistes et anachroniques mais des touches incessantes d’époque viennent nous recaler dans l’histoire et son contexte (et avec des moyens qu’envient certainement tous les théâtreux), les comédiens et comédiennes réussissent à rendre ces répliques immortelles, comme si elles pouvaient avoir été écrites hier. Brillant, brillant !

D’ailleurs, les trois heures de représentation, qui me faisaient un peu peur, sont passées inaperçues tant j’ai été emballé par le spectacle. C’est pourtant vrai que cette vision un peu « vaudevillesque » de la pièce a du dérouter, mais je pense au contraire que cela lui donne un peu plus de peps, et exploite son énergie originelle dans le bon sens. Ce qui sauve les choses, et même rend l’oeuvre si brillamment interprétée, c’est encore une fois le texte et l’histoire qui descendent en flèche les privilèges des nobles, leurs petitesses et l’injustice sociale qui imprègne ces régimes iniques (dont la condition des femmes qui est aussi dénoncée).

L’intrigue se passe quelques années après le « Barbier de Séville », et on retrouve Figaro, le célèbre valet du comte Almaviva. Rosine est devenue comtesse, et c’est Suzanne, la camériste de la comtesse, que Figaro doit épouser. Seulement le comte, qui est toujours aussi coureur, est à la fois jaloux comme tout et aimerait bien user de son droit de cuissage avec Suzanne. Ajoutez à cela une vieille femme qui avait fait promettre à Figaro de l’épouser, un jeune Chérubin qui veut faire l’amour à tout ce qui porte une robe, et maintes péripéties pour empêcher le comte d’arriver à ses fins. Heureusement Figaro a toujours de bonnes ressources, il est malin et n’a pas sa langue dans sa poche !

Ce qui était notable durant cette pièce, et vraiment très agréable, c’est que les gens riaient énormément et franchement. Il y a tellement de scènes burlesques qui prêtent sérieusement à se gausser, et elles sont rendues avec un comique décomplexé qui faisait plaisir à voir. Et puis tous ces bons mots qui se succèdent, et qui ne peuvent qu’avoir des échos avec notre actualité. Notamment la fameuse :

Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur.

Pourvu que je ne parle ni de l’autorité, ni de la politique, ni de la morale, ni des gens en place, ni de l’opéra, ni des autres spectacles, je puis tout imprimer librement, sous la direction, néanmoins, de deux ou trois censeurs.

Dans une pièce soumise à la censure, c’est merveilleux ! Et encore ces petites remarques sur les privilèges des nobles :

Parce que vous êtes un grand Seigneur, vous vous croyez un grand génie !… Noblesse, fortune, un rang, des places : tout cela rend si fier ! Qu’avez-vous fait pour tant de biens ! Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus…

Ou encore de la politique :

Feindre d’ignorer ce qu’on sait, de savoir tout ce que l’on ignore… voilà toute la politique.

Mais aussi de l’amour :

En fait d’amour, vois-tu, trop n’est pas même assez.

Ou bien du plaisir et de l’épicurisme :

Ambitieux par vanité, laborieux par nécessité, mais paresseux… Avec délices !

Boire sans soif et faire l’amour en tout temps, il n’y a que ça qui nous distingue des autres bêtes.

Tout finit par des chansons.

Ou encore de ces petites phrases qu’on voudrait parfois ne pas oublier pour certaines conversations…

Dans le vaste champ de l’intrigue, il faut savoir tout cultiver, jusqu’à la vanité d’un sot.

Ce qui multiplie les libelles est la faiblesse de les craindre ; ce qui fait vendre les sottises est la sottise de les défendre.

Ne pouvant avilir l’esprit, on se venge en le maltraitant.

Prouver que j’ai raison serait accorder que je puis avoir tort.

Je me dois de rendre un hommage appuyé aux comédiens et comédiennes qui m’ont impressionné de leurs talents. Michel Vuillermoz, qui est connu au cinéma, était un incroyable comte, et Laurent Stocker un fabuleux Figaro. Mais je me dois surtout d’affirmer mon admiration sans faille et sans borne à Elsa Lepoivre qui interprétait la comtesse. Elle m’a bluffé ! Déjà je l’avais adoré en Infante dans le Cid, mais là encore dans un rôle plutôt secondaire, elle était aussi au-dessus du lot, et je n’ai eu d’yeux que pour elle ! Un clin d’oeil final à Dominique Compagnon qui joue l’huissier, ce dernier est un comédien bien connu des vieux films, et qui déploie là un humour irrésistible.

« Le Mariage de Figaro ou la Folle Journée » à la Comédie Française

Vendredi 15 Février 2008

ThéâtrOpérage Le Dieu du carnage au « théâtre Antoine »

Classé dans: ThéâtrOpérage — Tags: , , @ 23:26:20

Evidemment quand Isabelle Huppert est sur scène, il ne faut pas la rater. Mais quand c’est en plus, Yasmina Reza qui a écrit le texte et met en scène, alors c’est un spectacle indispensable ! Et en effet, cette pièce m’a énormément plu. Nous avons d’ailleurs tous (nous étions 4) passé un excellent moment.

Nous sommes dans un appartement bobo classique avec table basse, canapé, bouquins en évidence et oeuvres d’art douteuses… Un élément de décor assez troublant tout de même : le fond de la scène est un mur fissuré qui augure bien des événements à venir. Les hôtes, Véronique (Isabelle Huppert) et Michel (André Marcon), reçoivent le couple Annette (Valérie Bonneton) et Alain (Eric Elmosnino). Le fils du premier couple, Bruno, a en effet été sévèrement agressé par le fils du second, Ferdinand, à l’aide d’un bâton. D’abord c’est en toute ouverture, cordialité et maturité que ces deux couples d’adultes se parlent, mais rapidement, devant les avis discordants des uns et des autres, on sent quelques tensions. Les tensions évoluent exponentiellement vers des joutes verbales cocasses et grinçantes qui remettent en question bien des comportements, loin de ceux de leurs gamins, et soulèvent bien des dysfonctionnements.

Ah là là, on ressent Reza dans chaque trait, chaque tirade, chaque bon mot qui fait rire ou sourire, et qui caricature le bobo parisien avec un brio épatant. Elle nous sert encore un texte d’une grande qualité et virtuosité verbale, avec des répliques qui fusent, et des situations qui s’exacerbent jusqu’à la cassure complète. Les couples se disloquent, se rabibochent, se dénoncent, se lient et se nuisent tour à tour. Et cette bagarre entre les gamins qui n’est jamais vraiment résolue ou élucidée, devient au final un prétexte à cette stridente et stressante rencontre.

Les comédiens et comédiennes sont fabuleux, mais vraiment c’est Isabelle Huppert et Eric Elmosnino qui tirent la couverture. Car non seulement leurs personnages sont irrésistibles et les plus drôles, mais les acteurs ont l’air de prendre un plaisir fou à incarner ces parents psychopathes tous les deux à leur manière. Lui, l’avocat d’affaire sans discernement, qui est pendu au téléphone toutes les 5 minutes, et qui regarde de haut l’autre couple. Et elle qui se prend pour une auteure de talent et une femme battante, en même temps qu’elle simule l’empathie pour les parents du petit criminel, et qu’elle cherche plutôt à les culpabiliser pour mieux les dominer. Oh oh quelle rencontre !! Ajoutez à cela l’autre femme qui fait du reflux gastrique, jusqu’à même vomir en direct sur scène !!!!

Un des éléments les plus les plus saillants et intéressants de la pièce a été pour moi sans conteste la manière dont l’auteure a fait évolué ses personnages, et les alliances entre les uns et les autres. Il y a une dynamique incroyable dans l’image qu’on peut avoir des personnages. De minute en minute, les méchants deviennent gentils, ou pathétiques, puis revirent machiavéliques et soudain fragiles… Les échanges verbaux se font comme les vases communiquants de toutes les passions humaines. Les masques tombent, et les personnalités se révèlent bien plus complexes et moins policées qu’elle n’étaient apparues lors des premiers échanges de courtoisie. Cette évolution se fait tout en douceur et en subtilité, portée par des dialogues bien ciselés, et avec cette patte « Reza » qui sonne si juste et qui fait mouche sans coup férir.

Isabelle Huppert n’était pas forcément dans un de ses rôles classiques de froide caractérielle, même si son personnage revêtait quelques uns de ces attributs, mais a fait montre de beaucoup d’humour, d’hystérie et de « composition » (d’ailleurs elle s’est toute raidie et refroidie pour les saluts de la fin). La mise en scène est plutôt classique, mais efficace et elle remplit bien sa mission. Même si j’ai encensé le texte, ce n’est pas non plus la dimension de « Art » ou des « Trois versions de la vie », mais je ne crois pas qu’il y ait beaucoup d’auteurs avec son talent pour ce type de pièce.

L’avis des copines : Colin Ducasse.

Le Dieu du carnage au « théâtre Antoine »

Dimanche 27 Janvier 2008

ThéâtrOpérage « Les aventures de Nathalie Nicole Nicole » au théâtre du Rond-Point

Classé dans: ThéâtrOpérage — Tags: @ 21:21:50

Je fais souvent aveuglément confiance à la programmation du théâtre du Rond-Point, mais là il se trouve que j’ai fait connaissance avec l’auteure de la pièce lors de l’enregistrement d’une émission de radio, à laquelle je participe régulièrement pour parler « blog ». Et de l’entendre parler de sa pièce, j’ai eu immédiatement envie de la voir au théâtre. En outre, une des comédiennes qui intervient régulièrement dans l’émission, joue aussi dans cette pièce, et j’avais énormément envie de la découvrir sur scène.

Tiens je vous recolle l’émission là, si vous voulez vous faire une idée… (J’avais choisi d’évoquer le blog de Brad-Pitt Deuchfalh, vous pourrez entendre à quel point le sujet m’émeut !!)

J’ai été enchanté de cette pièce, qui est un bel exemple de théâtre contemporain, qui allie un texte à la langue magnifique, des comédiens et comédiennes absolument bluffants et une mise-en-scène à l’énergie et l’inventivité débordantes. Voilà, tout ça !

Les trois héros principaux sont Nathalie Nicole Nicole, qui est une petite fille qui vit avec sa mère, Michel Chef Chef, qui est amoureux de Nathalie, et Cléo, qui est laide et impopulaire, et qui cherche l’affection de Nathalie. On trouve ensuite une maîtresse d’école, et un étrange « enfant » qui sert de narrateur et qui complète curieusement les dialogues (il ajoute par exemple des « a dit Nathalie » ou « a dit Cléo » après chacune de leurs répliques). Il s’agit d’une pièce avec des enfants, mais ce n’est pas du tout un conte de fées. C’est même plutôt une histoire faite de souffrances et de diableries à faire froid dans le dos. Et pourtant nous sommes bien dans le monde de l’enfance, et des enfantillages qui peuvent revêtir les aspects les plus mauvais et cruels.

C’est vraiment le personnage de Cléo qui m’a le plus impressionné dans son caractère de petite fille moche et complexée, amoureuse de Nathalie, et qui subit toutes les brimades et humiliations bien propre à l’enfance. Quelques scènes sont fascinantes et mènent les comédiens vers des performances assez folles et inquiétantes. J’ai adoré ce moment où les enfants imaginent qu’on pourrait capturer d’autres enfants pour les faire souffrir, et ils élaborent alors des stratagèmes d’une cruauté assez incroyable.

Toute la pièce oscille entre une certaine légèreté avec des propos de gamins, et une gravité bien noire avec des parents un peu spéciaux, des enfants pas bien gentils et une vraie atmosphère pestilentielle dans cette ville de Poujol (c’est un peu « la bouche de l’Enfer » apparemment… huhuhu). Mais l’ensemble est souvent très drôle et grinçant, et est servi par des comédiens qui se donnent à 100% dans leur jeu, et le mot « jeu » prend là tout son sens, car on les voit s’amuser sur scène avec beaucoup d’entrain.

Le décor est très mobile, il est composé d’une armature métallique qui permet de constituer différentes pièces, et de donner au comédiens une mobilité scénique vraiment en 3D (ils montent des escaliers qui permettent de passer d’un côté à l’autre de la scène, au-dessus des autres) assez intéressante. Il y a aussi des éléments qui s’assemblent et se désassemblent pour imager la ville ou bien un lit ou une cave. Du coup, à chaque changement de décor, les comédiens déplacent ces éléments et en quelques secondes nous donne une autre perspective. En outre, la mise-en-scène est très alerte et nous donne l’impression d’être dans une cour de récréation, lieu de tous les possibles, de tous les « jeux ».

J’ai vraiment beaucoup accroché au texte, mais je dois avouer que j’ai eu un peu de mal sur la longueur. Si j’avais un bémol à formuler, ce serait vraiment sur le fait que la pièce dure un peu trop longtemps. On finit par se lasser de l’atmosphère et d’une histoire qui ne se fixe jamais sur une intrigue ou un fil identifiable. Et au bout de deux heures, c’est un peu lassant, alors que la première heure et demie est passée comme un enchantement.

Mais en définitive, je vous conseille d’aller voir ce spectacle, et de profiter du talent de ces comédiens, de la beauté de ce texte, et de la créativité foisonnante de Marion Aubert.

L’avis de Colin Ducasse.

« Les aventures de Nathalie Nicole Nicole » au théâtre du Rond-Point

Mardi 11 Décembre 2007

ThéâtrOpérage « Le Roi Lion » au théâtre Mogador

Classé dans: ThéâtrOpérage — @ 23:03:14

Je suis un grand grand fan du dessin animé de Disney, que j’ai vu tellement de fois que j’en connais les moindres lignes de dialogues ou refrains de chansons. Et quand des potes qui avaient vu la comédie musicale à New York ou à Londres m’en avaient parlé, je savais que je devais un jour le voir sur scène !! Quand j’ai appris que nous allions avoir droit à une version francisée, j’ai espéré le mieux, et je n’ai pas été déçu. J’ai même été conquis (il faut dire que j’ai connu le film en VF seulement), malgré quelques remarques négatives parce que je suis vraiment un chieur, mais j’avoue que je n’ai qu’une envie : y retourner.

Concernant le scénario, ce n’est pas compliqué, il s’agit de l’exacte reproduction du film de Disney, à deux trois pétouilles près, et quelques chansons additionnelles. On peut noter aussi que Rafiki est joué par une femme, et que la nourriture à base d’insectes a été zappée… Je ne vous ferai pas l’affront de vous raconter le Roi Lion !!

Et comme dans le dessin animé, ça démarre fort, ça démarre même très fort, avec un cercle de la vie qui met les larmes aux yeux tant il dégueule d’émotions et qu’on est bluffé par les décors. Car les décors… putain les décors… Les animaux, les costumes, les accessoires, la chorégraphie qui souligne le tout, et surtout le « Deus ex machina » de l’ensemble sont d’une beauté et d’une suggestion qui dépassent l’entendement. Non vraiment, c’est superbe, et évocateur du dessin animé avec un stupéfiant réalisme !! Le soleil qui descend sur la savane, le rocher aux lions, la végétation ou les animaux sont représentés par des artifices qui sont à la fois très convaincants, mais qui jouent aussi sur la grande poésie de l’histoire et des chansons. Ce ne sont pas des gens déguisés en lions ou en hyènes comme à Disneyland, mais des éléments qui mêlent habilement les chanteurs-danseurs et les animaux qu’ils incarnent.

Il s’agit d’un superbe spectacle qui a absolument ravi le public, qu’on sentait fébrile et émerveillé du début à la fin (tout le monde était débout à applaudir à tout rompre). La scène est peut-être parfois un brin trop petite, mais remarquablement occupé, et tout le temps en mouvements. Ca bouge dans tous les sens, et les trois heures du spectacle ne sont vraiment pas difficile à supporter.

J’ai aussi été agréablement surpris par les voix des protagonistes très proches des voix françaises. Notamment Mufasa (Jean Reno dans l’original) et Scar (Jean Piat dans le film de 1994) qui ont de très belles voix, mais aussi Zazu qui est très proche de l’original et révèle un chanteur-danseur diablement talentueux.

Tout concourt à nous emporter dans l’ambiance et le charme du dessin animé, et c’est franchement réussi tant on oublie parfois qu’on est en train de voir un spectacle vivant. Et même les challenges qu’on penserait évités pour plus de facilité sont abordés et résolus avec une simplicité (apparente) déconcertante. Ainsi la charge des gnous ou bien le rêve de Simba ont été figurés avec un talent et une inventivité qui forcent le respect.

Alors là comme ça, on pourrait penser que tout est parfait dans le meilleur des mondes… Mais non, car il y a aussi des défauts à cette comédie musicale. Déjà, comme je l’avais dit pour « Cabaret », il est impossible d’affirmer que ce spectacle joue dans la même cour que les shows de Broadway ou même Londres. C’est très bien, vraiment très bien, mais il y a un tas de petites imperfections qui viennent troubler le spectacle, ce n’est clairement pas l’excellence américaine que ce soit dans les prouesses vocales, la synchronisation des chorégraphies, ou même leur exécution.

Quand on voit que le bébé lion perd une patte au début du spectacle… Ou bien certains danseurs un peu fatigués… Mais surtout, le soir où nous y sommes allés, Simba jeune était simplement mauvais, mais mauvais !!! Le pauvre gamin était essoufflé et ne suivait pas du tout le rythme, en outre il chantait mal. Terrible… J’ai aussi beaucoup souffert d’une ingénierie du son qui faisait gueuler la musique et qui couvrait les voix des chanteurs, ou les rendaient incompréhensibles. Et cela couplé à des artistes qui articulent parfois plus que sommairement ce qui les rend parfaitement inintelligibles. D’ailleurs, ils ne jouaient en somme pas toujours très bien, à part Zazu.

Alors évidemment, ça ne gâche pas le spectacle, et je reste malgré tout impressionné et très content. Mais, ce sont des preuves pour moi qu’il est impossible de trouver en France des artistes capables de jouer, danser et chanter avec autant de talent qu’aux US. Ce n’est qu’une question de culture bien évidemment, et de débouchés !

Mais je ne boude pas mon plaisir pour autant, et comme je l’ai dit, je pense y retourner ! C’est indéniablement le genre de spectacle à ne pas rater !!

L’avis des copines : Bleu-Rouge, Laurent, Dfp.

« Le Roi Lion » au théâtre Mogador

Dimanche 02 Décembre 2007

ThéâtrOpérage « La vie devant soi » au théâtre Marigny

Je précise tout de suite que je n’ai pas lu le bouquin, ni vu le film, d’ailleurs je n’en avais même jamais entendu parler (oui j’ai honte !). Car cette pièce est l’adaptation d’un livre de Romain Gary (qu’il avait publié sous le pseudonyme Émile Ajar) qui a obtenu le Goncourt en 1975. Et apparemment, c’est un livre (et un film) très connu et qui est dans les programmes de collège. Pourtant ce n’est pas une histoire « d’enfants de choeur », même si son sujet est universel et représente une belle leçon de « vie ».

Madame Rosa est une vieille femme juive, fatiguée et malade, et qui s’occupe des enfants des prostituées qui ne peuvent le faire dans le quartier de Belleville. Mais ça c’était avant la contraception, et aujourd’hui il ne lui reste plus que Momo, Mohammed, un jeune garçon espiègle et turbulent, qu’elle aime comme son fils. Ancienne prostituée elle-même, et née en Pologne, traumatisée par Auschwitz, elle redoute toujours que la gestapo vienne la rafler ou que les services sociaux lui prennent l’enfant dont elle s’occupe. Comme promis à son père, elle éduque Momo dans la religion musulmane, et les deux êtres, tout deux blessés à leur manière, vivent ensemble et sont une famille.

J’ai beaucoup aimé les décors et la mise en scène qui font qu’en deux heures de pièce, je n’ai pas vraiment trouvé le temps long. En effet, sur un écran semi-opaque sont projetés entre deux actes des films qui illustrent les propos déroulés, et renforce l’imaginaire de l’enfant. Car Momo est le narrateur du bouquin, et celui dont on entend la voix-off (pré-enregistrée donc) dans la pièce de théâtre. Lors d’une de ces projections, Mohammed dessine devant le public et dans l’air un bateau, et grâce à la toile et au film, le dessin apparaît comme par magie. Le décor principal est celui de l’appartement de Madame Rosa, qui n’est visité de temps en temps que par le docteur Katz.

Myriam Boyer (qui est aussi la maman de Clovis Cornillac) incarne avec beaucoup de talent et de sincérité Madame Rosa, et j’ai vraiment énormément aimé son implication et son jeu. Son interlocuteur presque unique c’est Aymen Saïdi qui se débrouille très très bien pour Mohammed, même si j’ai eu quelques réticences à certains moments. En effet, ça reste difficile pour un jeune garçon de 20 ans de jouer un gamin de 15 ans (à qui l’on fait croire qu’il en a 11 d’ailleurs !), et Aymen Saïdi surjoue un peu le môme avec des mimiques et des tics trop caricaturaux. Mais il interprète tout de même très bien son rôle, et maîtrise son personnage dont le texte est loin d’être une sinécure.

En effet, une grande partie de la force du texte vient des décalages de vocabulaire de l’enfant, qui s’approprie certains mots ou certaines expressions en les détournant ou les déformant complètement. Cela donne des saynètes très drôles ou très touchantes selon les moments. Et s’il y a une chose qui m’a vraiment plu et marqué c’est le texte, il est d’une troublante modernité, tout en étant âpre, dur et réaliste. Ca parle de sexe, de prostitution, d’enfance traumatisée, de juifs déportés, de racisme et d’antisémitisme, de mort et d’amour. Et la décharge émotionnelle qu’on se prend dans la tronche par ces deux comédiens est d’une rare intensité et crudité.

J’ai eu plus de mal sur les passages où on sous-entend que le gamin pourrait devenir proxénète ou même le fait que ce soit « bien vu », tout cela sonne très désuet et anachronique pour moi, et très troublant (choquant même). Il y a aussi le retour du père, et les mensonges de Rosa pour garder Momo qui m’ont un peu dérangé. Mais du coup, c’est vrai que tout cela fait très authentique et sans une once de création « bourgeoise » ou « bobo » (avec du politiquement correct qui souvent sonne faux ou creux). On est au contraire dans une atmosphère « sociale » bien pesante et marquée.

Et au final, je retiens l’histoire de cette femme et de cet enfant, leur histoire. Elle, ancienne prostituée vieille et malade qui redoute l’hôpital et la mort, lui qui souffre du manque d’une mère et d’une famille, les deux qui veillent l’un sur l’autre, et qui se donnent tout l’amour qu’il faut pour survivre dans un univers aussi hostile. Les passages qui évoquent la valeur de l’amour, ou bien la mort, sont d’une stupéfiante beauté, surtout dans la bouche de Mohammed qui déforme les expressions, défait les phrases, mais finit toujours avec le mot juste, à fleur de peau.

Il s’agit là d’une très belle pièce, qui a quelques passages bancals pour moi, mais qui dans l’ensemble est d’une grande qualité. De formidables comédiens, un texte d’une force inouïe, et des thématiques sensibles (reubeus, noirs, juifs, musulmans, déportation, papiers, prostitution etc.) qui font de cette représentation un moment qu’on oublie pas de sitôt.

L’avis de la copine : Fauvette.

« La vie devant soi » au théâtre Marigny

Samedi 17 Novembre 2007

ThéâtrOpérage « Périclès » au théâtre du Nord-Ouest

Je ne suis pas un grand connaisseur des pièces de Shakespeare, et celle-ci est apparemment une des moins connues ! Mais le théâtre du Nord-Ouest organise justement depuis quelques temps une rétrospective de toute l’oeuvre de ce bon William, il est donc possible de faire connaissance avec absolument toutes ses créations.

La salle était déjà celle des « Visionnaires », cette immense scène toute noire, et qui a la curiosité de faire arriver le spectateur par la scène justement, avant de rejoindre les sièges. Le décor était quasiment inexistant à part quelques objets et trois bouts de ficelles. Mais la pièce ne manquait pas de bons comédiens et d’une mise en scène qui a su à la fois occuper l’espace, et donner au spectateur les clefs pour libérer son imagination.

Il n’y avait pas énormément de moyens, mais tout cela à largement été compensé en se servant du texte, car l’auteur lui-même introduit un narrateur qui a pour rôle de raconter l’histoire au spectateur. Ainsi on est accompagné tout au long du récit par Gower qui nous explique qui est qui, où se passe l’intrigue, et quelles péripéties arrivent à Périclès. Et c’est par quelques cordages et poulies, des bouts de bois ou un grand tapis, que sont figurés les bateaux, palais, tempêtes en mer ou autres lieux mythiques que le héros grec traverse.

En effet, nous suivons les aventures du prince Périclès qui désire dans un premier temps épouser la fille du roi Antiochus, mais qui est incestueux. Il visite ensuite le royaume de Simonide qui lui donne sa fille pour épouse, mais cette dernière meurt en donnant naissance à leur fille Marina. Il confie Marina à Cléon, dont il sauve la cité ravagée par la famine. Marina est à l’adolescence enlevée par des pirates…

Bref, il arrive à Périclès tout un tas d’aventures et un véritable voyage initiatique et odysséen pour retrouver ses proches, et mériter les lauriers de ses actes de bravoure et de loyauté.

Le point fort de la pièce réside dans le grand talent des comédiens pour s’emparer du texte, et le faire vivre avec une touchante modernité. Mais cette faculté n’est pas vraiment égale, certains déclamaient encore un peu trop à mon goût, alors que d’autres étaient totalement habités par le texte de Shakespeare. Il est parfois un peu difficile de passer outre les décors inexistants, et on peut avoir du mal à rentrer dans certaines scènes. De même que j’ai eu du mal avec des marins à l’accent marseillais prononcés dans ce cadre là, mais pourquoi pas…

Il y a toujours un élément qui me trouble dans les pièces de Shakespeare mais qui dénote vraiment de la réalité théâtrale de l’époque, c’est le mélange des genres. Nous sommes dans une « tragi-comédie romanesque et fabuleuse », et l’auteur ménage à la fois des scènes dramatiques et à l’intense émotion, mais aussi des bouffonneries pour alléger le tout, et des personnages caricaturaux qui ne sont là que pour faire rire d’eux-mêmes. Je sais que c’est dans la pièce, mais je ne peux m’empêcher de trouver cela diablement désuet, et finalement de « trop » (ça me fait la même chose pour « Roméo et Juliette » ou même pour « Le songe d’une nuit d’été »).

En tout cas, la pièce a duré un peu plus de deux heures, et on ne s’ennuie pas une seconde durant ce spectacle. Entre les combats, voyages, enlèvements, accouchement, morts violentes et réanimations miraculeuses, on ne peut pas dire qu’on trouve le temps long. Et le texte a cette troublante beauté que même les années (la pièce date de 1608) ou la traduction en gaulois ne vient entamer. Vraiment ces comédiens sont doués, et un tel altruisme sur scène ne peut que porter ses fruits.

« Périclès » au théâtre du Nord-Ouest

Mercredi 03 Octobre 2007

ThéâtrOpérage Monkey, journey to the West

Classé dans: ThéâtrOpérage — @ 18:47:31

En neuf tableaux, et des dizaines de chanteurs, danseurs, acrobates, combattants, costumes, décors gigantesques, effets visuels et palanquée d’aventures, nous suivons le périple du dieu Singe dans sa quête de sagesse et d’épanouissement. De sa naissance, à sa consécration, en passant par sa punition et son évincement, puis sa rencontre avec ses compagnons, le dieu Singe affrontera le mal et partira à la découverte des mondes, êtres et monstres qui nous entourent.

Ah là là, j’avais beaucoup d’espoir pour cet opéra basé sur une histoire chinoise (en chinois) des créateurs de Gorillaz, Damon Albarn et Jamie Hewlett, mais au final j’ai été un peu déçu. Rien de terrible non plus, car j’ai aimé dans l’ensemble, et j’ai trouvé beaucoup de qualités à l’œuvre, mais un tas de petits désagréments ont nuit à mon plaisir.

Il faut que je précise qu’une grande part de ces défauts est certainement liée à mon incurie. Je n’ai pas réfléchi quand j’ai pris mes places, et ce qui semblait être génial, nous étions au premier rang, n’a pas du contribué à me faire « rentrer » dans le spectacle. Car être au premier rang c’est voir tout le deus-ex-machina du spectacle, et les costumes, maquillages, décors, ou même les bruits des pas et des acrobates, font que la magie a tendance à se gommer. Or cette œuvre est entièrement placée sous le sceau de la magie et des effets visuels qui la figurent. Du coup, j’ai eu du mal car je voyais trop les masques, les imperfections et les « trucages ». Le spectacle faisait un peu trop cirque à mon goût vu d’aussi près.

Ensuite, une autre déception vient de la musique, et là encore c’est peut-être lié à la proximité de l’orchestre (le nez dessus pour ainsi dire). Il s’agit d’une musique totalement hybride qui mélange des instruments orientaux et européens, classique et pop, voix et synthétiseur… Or je n’ai pas été sensible à la composition globale, qui me paraissait plus certainement une juxtaposition de deux styles qui ne trouvait pas leur voix/voie. Du coup, j’avais l’impression d’entendre deux bandes sons superposées, et le fait d’être si proche des sources sonores n’a certainement pas amélioré cette perception.

Enfin, un opéra est chanté en live, en vrai, surtout dans un théâtre comme cela. Ou alors j’appelle vraiment ça un spectacle musical ou une comédie musicale, et là j’étais déçu d’entendre que les voix des chanteurs nécessitaient des microphones. Entre les danseurs, les acrobates, les équilibristes et autres « performers », ça finit un peu par faire foire à l’empoigne… Et les éléments qui m’ont complètement conquis étaient finalement trop peu nombreux. Alors que j’attendais un spectacle qui provoquerait un délice visuel et auditif tout du long, je n’ai eu droit qu’à quelques jolies exclamations…

J’ai absolument adoré le second tableau qui se passe au fond de la mer Orientale, car il exploite totalement la féérie des décors, et on a l’impression fascinante d’être au plus profond des océans. Les créatures aquatiques flottent littéralement dans les airs (Avec une géniale étoile de mer !!) et c’est aussi le moment où j’ai préféré la musique et les chants. Le dieu Singe y reçoit aussi sa « barre magique » et là encore, l’effet visuel où il réduit la barre à sa taille m’a beaucoup plu. En effet, l’impression aquatique est créee par un écran semi-transparent qui est descendu, et sur lequel on projette la fameuse barre magique. Il y a donc un jeu entre le virtuel et le réel qui fonctionne très bien. De la même manière, j’ai beaucoup apprécié les interludes qui présentaient la suite du récit sous forme de dessin-animé ou de rendu vidéo. Surtout qu’ils s’enchaînaient sur des décors qui collaient à la dernière image de l’écran vidéo.

Il y aussi bien d’autres créatures ou effets que j’ai aimés, et aussi certains « numéros » particulièrement bien ficelés, mais tout cela était trop isolé par rapport à ce que j’avais trouvé dans ce fabuleux second tableau. Le spectacle reste très agréable, tant pour la musique, les chants ou les performances, et je ne me suis pas embêté. Même l’histoire est très bien menée, et j’ai été très sensible à la beauté formelle de la langue (le chuintant chinois est un charmant mystère à mon oreille). Mais vraiment je m’attendais à quelque-chose de mieux fini, de plus bluffant et époustouflant…

Je me dis vraiment que si j’avais été plus loin, j’aurais certainement bien plus apprécié. Mais là je dois reconnaître que je ne suis pas sorti convaincu… (Voilà, vous pouvez me taper, huhuhu.)

L’avis des copines : Rhino, Cizion.

Monkey, journey to the West - Théâtre du Châtelet

Mardi 03 Juillet 2007

ThéâtrOpérage Eurovartovision 2007

Classé dans: ThéâtrOpérage — @ 23:40:46

Eh oui c’était hier soir ! Et il fallait y être car c’était un spectacle que j’ai trouvé encore plus queer et désopilant que l’année passée. Comme d’habitude, des centaines de tapioles (plutôt trentenaires et plus) se retrouvent dans un théâtre parisien (le théâtre du Gymnase cette fois-ci), et nous voyons défiler des groupes qui représentent les traditionnels pays de l’Eurovision.

Eurovartovision 2007 au théâtre du Gymnase

J’ai découvert grâce à TacTac que les chansons ne sont pas inventées mais belles et bien des reprises d’émissions passées (et donc le cas échéant dans la langue du pays) !!!! Evidemment les chanteurs et chanteuses sont toujours aussi « folles », et l’ambiance assurément joviale grâce à une présentatrice extraordinaire : Gertrüd.

Eurovartovision 2007 - Gertrüd

Cette dernière était en Gaultier cette année, et en effet sa robe était magnifique ! Elle nous a surtout encore régalé de sa répartie légendaire et de sa verve inébranlable.

Encore une organisation complètement inefficace et catastrophique, mais ça fait partie du jeu et de la soirée. Donc des numéros de sièges qui n’existent pas, un bon retard qui s’accumule, un ordre de passage chaotique, une scène ravagée par des candidats qui se battent à coup d’œufs et de farine, et des films d’introduction des pays qui n’ont pas fonctionné pour la plupart !

Qu’est-ce que j’ai ri en tout cas, qu’est-ce que je me suis amusé ! Ah génial ! Et c’est dommage que les gens ne soient pas plus au courant de cette manifestation. Je me suis promis de l’annoncer en avance l’année prochaine, et d’organiser un truc pour qu’on y aille à beaucoup plus. Vraiment ça vaut largement le coup ! En outre, la soirée était au profit des sœurs de la Perpétuelle Indulgence, qui nous ont éclairés de leurs sacerdotales présences.

Eurovartovision 2007 - Gertrüd et les soeurs de la Perpétuelle Indulgence

Donc c’était d’abord le passage des pays, et puis un jury d’exception, des personnalités groupées par pays, donne ses points. Il était composé notamment de Vincent MacDoom, Armande Altaï, Jean-Paul Gaultier, Marie Myriam, Laurent Broomhead ou même l’acteur de porno Taurus. Ah nan, mais comme je dis : que de la bonne reusta !!! :mrgreen:

Un petit tour par quelques pays… Nous avons eu la Lituanie, avec trois chanteuses blacks plutôt douées !

Eurovartovision 2007 - La Lituanie

Et puis, le Danemark… Classique, on fait dans le Viking, bien foutu le Viking… ;-)

Eurovartovision 2007 - Le Danemark

Et la Belgique, mein gott, ils ont salopé toute la scène, à se battre dès le début avec de la farine, des œufs… Il y en avait partout, et ça criait dans tous les sens. Mouarf !

Eurovartovision 2007 - La Belgique

Le Portugal était représenté par une des Sisters Queen, Tonya, remember ?

Eurovartovision 2007 - Le Portugal

Et le type dans le carton, on dirait pas, mais il était pas mal du tout. Arf. Par contre, impossible de me rappeler de quel pays il était censé venir !

Eurovartovision 2007 - mec dans un carton :-)

Mais surtout pour vous donner une idée du niveau extraordinaire de cette manifestation, voilà la vidéo que j’ai faite d’Yvette Leglaire pour la France (arrivée seconde au palmarès !!) ! Quelle Grande Artiste Française trop méconnue à mon goût !!! :mrgreen:


Et enfin, il faut aussi saluer les gagnants, qui étaient aussi mes préférés : l’Allemagne. J’ai adoré la chanson et leurs chorés ! Trucs de oufs ! Et surtout si l’on compare ensuite à la version originale !!! L’Allemagne à l’Eurovision en 1963 !!!!


Et vous vouliez voir des stars, mais regardez donc ! Ils sont tous làààà !

Eurovartovision 2007 - Les Reustas

Sans oublier, Erwan et Bruno (et un espiègle compagnon de jeu entre eux deux), passionnés et absorbés par le spectacle !!! Et aussi Tatiana qui était la photographe officielle ou un truc comme ça, parce qu’elle a pas arrêté (et elle aura certainement de meilleures photos que les miennes) !!! :-)

Eurovartovision 2007 - Erwan et Bruno

Eurovartovision 2007

Vendredi 22 Juin 2007

Exposage ThéâtrOpérage « Paso doble » par Miquel Barceló et Josef Nadj

Classé dans: Exposage, ThéâtrOpérage — @ 23:42:10

Voilà une performance artistique que je ne serais certainement pas allé voir, si je n’y avais pas été convié par un pote du boulot. Mais comme je suis curieux, que j’avais entendu parler du peintre, que les performances ne me font pas peur (arf) et que je ne connaissais pas le théâtre des Bouffes de Nord, j’ai tenté le diable. Bien m’en a pris, car j’ai été totalement conquis par cet extraordinaire spectacle.

Concrètement, que se passe-t-il donc ? En quelques images, tout commence par un sol marron et un mur blanc, dont on ignore la consistance, et qui rapidement révèlent une terre glaise lourde, malléable et « attachante ».

« Paso doble » par Miquel Barceló et Josef Nadj

Et prosaïquement, voilà le résultat final :

« Paso doble » par Miquel Barceló et Josef Nadj

Les deux auteurs de ce spectacle, le peintre Miquel Barceló, et le chorégraphe Josef Nadj, deux pointures dans leurs domaines respectifs, commencent la performance habillés en costards immaculés. Et à la fin, ils ressemblent à ça :

« Paso doble » par Miquel Barceló et Josef Nadj

D’abord, on ne les voit pas, on les entend seulement frapper le mur blanc par derrière. Et puis, leurs efforts font apparaître des bosses, et des premières lacérations de la matière, et puis ils débarquent. Se met alors en place un jeu étrange, un jeu mais aussi une bataille, une occupation, une cérémonie, une fusion… Les deux communiquent de temps en temps, mais la plupart du temps sont plutôt sur des tâches en solo. Ils creusent la terre argileuse et pesante, ils la battent à coups de battes, de pics, de rabots. Ils la sculptent, la modèlent, la jettent, la déchirent, la piétinent, et puis Barceló peint même le résultat final en blanc. Ils auront aussi utiliser un tas d’objets en terre glaise, des poteries « crues » qu’ils se mettent sur la figure, et déforment pour en faire des masques monstrueux et comiques à la fois (cela fait penser à la scène de « Beetle Juice » où les Maitland essaient de se déguiser en fantômes effrayants).

Je sais que cela peut paraître un peu trivial ou bizarre, mais en y assistant j’ai au contraire perçu tout l’amusement qui réside aussi derrière ce travail, et aussi l’incroyable pouvoir qui émane de cette création vivante, instantanée, énergique et éphémère (la glaise est recyclée pour le lendemain). Il s’agit vraiment pour les auteurs se pénétrer la matière, d’interroger le rapport de l’artiste à ses matériaux bruts, et ainsi rendus gigantesques de renverser les « rapports de force » entre le sculpteur et la glaise.

Par contre, je m’attendais à un peu plus de « danse » ou de mise en chorégraphie de la part de Nadj, alors qu’il est sur le coup vraiment complètement l’objet du peintre. Barceló est au centre de la performance, car il reste le maestro de l’ensemble. Il faut le voir manier ses outils pour construire son œuvre, à la fois guide, compagnon de jeu maître et esclave de la glaise. Le tout est accompagné d’une musique assez sommaire, plutôt un bruitage (pas forcément le truc le plus réussi d’ailleurs) qui rythme et scande les actes des artistes. A la fin, ils sont littéralement avalés par l’œuvre, et ils s’en « retournent à la terre (glaise) ».

Au bout d’une heure, les deux hommes sont exténués, sont barbouillés de peinture et de terre, et on les sent enfin sortir de leur transe, pour mieux réaliser ce qu’ils viennent de créer, ce golem qui a de grands airs de famille avec les réalisations du peintre, et qui a laissé le public ébahi et essoufflé. Ce n’est pas non plus un spectacle complètement sérieux ou intello, au contraire les gens rigolent de les voir se crader comme ça, de les voir faire les clowns avec de la terre comme des gamins. On est dans un théâtre proche des gens, et dans une démarche très instinctive et naturelle, même si elle peut dérouter.

Ce spectacle avait été créé pour le festival d’Avignon de 2006, et je savais que cela m’était familier. J’ai repensé à la première émission du 6ème sens, et pour la première ImproPhoto (6ème rubrique), il s’agissait de l’affiche du festival justement. Cette affiche figure un homme qui traverse en partie un mur de glaise, et qui laisse des traces avec sa main. C’est drôle d’écouter à présent ce qu’avaient pu en dire et inventer les comédiennes.

Samedi 16 Juin 2007

ThéâtrOpérage « Pelouse interdite » au théâtre Côté-Cour

Classé dans: ThéâtrOpérage — @ 21:45:30

Il s’agit d’une petite comédie sans prétention qui aurait certainement pu plus me dérider, mais qui a souffert de comédien(ne)s pas vraiment dans le truc, et aussi d’un positionnement pas assez marqué, ou alors justement trop.

L’histoire se met très vite en place, et tout se passe dans un jardin public. Là se rencontrent, et se croisent successivement, un couple qui se déchire, un cycliste teubé, un travelo et un couple de clodos hystériques. On tombe très rapidement dans un chassé-croisé de situations et de saynètes bouffonnes entre des gens qui n’ont pas grand-chose à voir les uns avec les autres. Il y a XAG, un bourgeois intello qui parle en vers et cherche l’amour, qui se fait rejeter par Bérénice, une poupée psychédélique trop gâtée. Il rencontre alors Eddy, le cycliste taré, qui devient son ami et confident, puis c’est Simone la clocharde, et Cynthia le travelo qui font leurs entrées. Cynthia aimerait bien se faire Eddy, qui préfère de loin Bérénice, tandis que Cynthia décide de se taper XAG histoire de lui soutirer du pognon, et que Bérénice, finalement, remettrait bien le couvert avec son ex. Le tout sous la surveillance du mari de Simone qui ne dit rien, et tentent de communiquer avec des pigeons.

Tout cela m’a irrémédiablement fait penser aux personnages du « Père Noël est une ordure », associé à la truculence et l’énergie des zozos que j’avais vus aux Blancs-Manteaux dans les « Contes pour enfants majeurs et vaccinés ». J’ai pas mal apprécié l’écriture de la comédie, et surtout la confrontation des différents niveaux de langages, qui donne lieu à des joutes verbales plutôt drôles et bien senties. XAG parle en alexandrins, et Simone nous gratifie en réponse d’une diatribe délicieusement vulgaire et argotique. Les autres personnages ont aussi leur potentiel comique, et chacun dans son modèle de caricature exulte à aligner les calembours et situations grotesques.

Malheureusement, la sauce ne prend pas… On reconnait trop la trace du « Père-Noël » mais sans en avoir la même vigueur, ironie grinçante ou originalité. Et puis ce n’était clairement pas assez drôle, et les comédiens n’étaient pas « dans la pièce ». Ils ne sont pas mauvais pourtant, et j’ai été sensible à leur talent, mais déjà la salle est toute petite, et ils ont l’air de crier comme s’ils jouaient dans un hangar, ce qui a pour effet de résonner et de vite saouler. Et malgré quelques sourires et blagues réussies, un rythme plutôt soutenu et qui ne lasse pas, je n’ai pas été accroché plus que ça. Comme s’ils avaient encore besoin de beaucoup de travail, et même d’aiguiser encore le texte, d’affûter les répliques et de fignoler les personnages.

Dommage, car ce n’était pas nul du tout, et je pense que la comédie peut se révéler beaucoup plus efficace dans d’autres conditions, et quelques ajustements.

Pelouse interdite au théâtre Côté-Cour

Vendredi 15 Juin 2007

Matage ThéâtrOpérage « Le Barbier de Séville » de Rossini, au Jardin du Sénat

Classé dans: Matage, ThéâtrOpérage — @ 20:07:07

Allez, il faut l’avouer, le simple fait de voir un opéra en plein air et dans les jardins du Sénat, avec la scène même accolée au Palais, rend ce spectacle vraiment sympathique et agréable. Mais malheureusement, nous sommes rapidement ramenés à la réalité…

Déjà nous étions très très haut (et ils abusent un peu de vendre des places si « mauvaises », et chères pour ce que c’est donc) et il fallait des jumelles pour profiter du spectacle, ou même des surtitres. Mais surtout, même si je m’attendais à une qualité acoustique amoindrie par le « plein air », j’ai été très déçu par l’orchestre, et par le son qui résonnait terriblement vu que les musiciens étaient caparaçonnés sous la scène. En outre, je n’ai pas été bluffé non plus par l’interprétation… bif bof.

Et puis, là où franchement le bât blesse c’est que la musique et les chants étaient retransmis par des haut-parleurs, et que pour un opéra c’est vraiment pénible. Ajoutons à cela des chanteurs et chanteuses pas vraiment éblouissants… A part Figaro et Rosina qui ne s’en tirent pas trop mal, sinon on ne peut pas dire que ce fut un régal. Arf, arf, quelle langue de pute je fais, moi alors !!!

Bref, des petites choses qui ne m’ont pas convaincu, mais au global, malgré tout, un spectacle d’une bonne tenue, et qui se laisse agréablement découvrir. Car le décor qui orne le Palais du Sénat est vraiment réussit, parce que l’opéra se poursuit alors que la nuit tombe (et que les jeux de lumière sont assez subtiles pour utiliser cela), et surtout parce que le « Barbier de Séville » est un opéra magnifique, et qui est là présenté avec une mise en scène pleine d’énergie et de vigueur.

J’avais le souvenir d’un « Barbier de Séville » à l’opéra Bastille qui était d’une facture beaucoup plus classique, et que j’avais adoré. Là, j’ai trouvé qu’on était dans un registre beaucoup plus « comique » ou même opérette, mais je me demande si c’était un choix ou bien l’impression donnée par un spectacle d’un niveau inférieur à celui d’un opéra national.

Tout de même, l’idée de ces opéras en plein air est excellente, car quand on voit ça, on est facilement transporté :

« Le Barbier de Séville » de Rossini, au Jardin du Sénat

(Par contre, à 57 et 65 euros la place, je ne sais pas bien à quel nouveau public, ils font allusion…)

Il y a un tas d’airs connus dans cet opéra, mais lorsque j’entends le fameux « air de Figaro » (Largo al factotum), je ne peux pas m’empêcher de penser à cet extrait d’un extraordinaire (mais ils le sont tous) épisode d’un Tex Avery. C’est un magicien qui entre dans un opéra, qui prend la place du chef d’orchestre, et qui utilise une baguette magique pour diriger la musique. Le chanteur lyrique subit alors des transformations très cocasses pendant l’air, et cela a parfois pour effet de changer même le chant. C’est absolument hilarant, et un must dans ma famille.

J’adore internet, car le voici :


Jeudi 24 Mai 2007

ThéâtrOpérage « Lohengrin » de Wagner à l’Opéra Bastille

Classé dans: ThéâtrOpérage — @ 23:55:49

C’était mon premier Wagner, et je flippais un peu de trouver ça trop long, trop chiant, pas assez « lyrique » ou trop empesé. Eh bien quelle bonne surprise, à la fois pour l’histoire, les chants, la musique et la mise en scène. J’ai été tout à fait content de voir ce spectacle, et de découvrir ainsi une des œuvres de ce grand maître de l’opéra d’une inspiration toute mythologicochrétienne. Entre le Graal, Wotan et Freia, on a un curieux syncrétisme, à la fois christique et nordique.

Nous sommes en effet au 10ème siècle dans la région de Brabant qui est dirigée par Telramund, lui-même en fait régent pour le très jeune Duc de Brabant. Le roi (Jan-Hendrik Rootering) arrive pour prendre des news de son empire, et voilà qu’il apprend que Telramund (Jean-Philippe Lafont) accuse Elsa, la sœur du gamin, d’avoir noyé ce dernier dans la rivière pour prendre le pouvoir. Mais on comprend vite que Telramund est sous l’influence néfaste d’Ortrud (Waltraud Meier), qui veut tout faire pour régner sur la région. Le roi décide de se fier au jugement de Dieu, et Elsa (Mireille Delunsch) choisit comme champion un chevalier qu’elle a vu dans ses rêves. Et v’là ti pas que le chevalier (Ben Heppner) se matérialise, tiré par un cygne sur la rivière, et qu’il accepte de la défendre. Mais il annonce que jamais elle ne devra lui demander son nom ou son origine. Elle accepte, et le combat commence entre le chevalier sans nom et Telramund…

J’ai vraiment aimé l’histoire et son déroulement sur les trois actes, et grâce à une excellente mise en scène (de Robert Carsen), l’action est plutôt mobile et remplit bien l’espace scénique. Les décors sont assez sympathiques, mais le bémol vient pour moi dans l’utilisation de costumes contemporains tout en restant dans le registre médiéval. C’était vraiment étrange de voir des militaires et des gens habillés dans le style des années 50 (?) tout en gardant des épées, des armures et une imagerie de chevalerie du 10ème siècle. J’aurais préféré un truc bien kitsch et clinquant, avec des chevaliers en armures et des ponts-levis… Ca aurait même été mieux avec le faux cygne sur la rivière enchanté. Hu hu hu.

Quant aux chanteurs et chanteuses, c’est ma foi bien inégal ! Elsa n’était vraiment pas charismatique et n’a pas non plus fait montre d’une qualité vocale supérieure, mais d’un autre côté, elle incarnait une jeune vierge un peu cruche et illuminée. Donc ce n’était pas si mal, même si on imaginait le rôle pris en main de manière un peu plus « lumineuse ». Ensuite, on a tout de même eu droit à une série de chanteurs bibendum à l’ancienne mode, et ça tue un peu après Rolando sexy slim Villazon. Parce qu’un fier et noble chevalier qui a l’air de sortir d’une peinture de Botero c’est vrai que ça manque de crédibilité. Et sa voix n’avait rien de sensationnel non plus. Pour les deux héros de l’opéra, c’est assez déroutant…

Finalement, ce sont les deux méchants qui se sont vraiment démarqués, et surtout surtout la merveilleuse Ortrud, la grande méchante, la salope intégrale, celle par qui tout est arrivé, et à mon avis une méga icône gay ! J’ai été absolument conquis par Waltraud Meier qui nous a régalé d’une interprétation magistrale, à la fois pénétrée par son rôle, et nous offrant quelques petites poussées lyriques à faire dresser les poils des avant-bras (test infaillible). Telramund est aussi pas mal du tout, convaincant, avec une belle voix et expression.

Un très beau spectacle en tout cas, et une bonne surprise pour moi en ce qui concerne l’œuvre de Wagner !

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