101 articles pour la catégorie “ThéâtrOpérage”

  • ThéâtrOpérage
La Vérité (Théâtre Montparnasse) et Les Conjoints (Théâtre Tristan Bernard)

Publié le Mardi 25 Octobre 2011 - 23:49
Catégorie: ThéâtrOpérage

J’ai vu ces deux pièces à une semaine d’intervalle (par le plus grand des hasards) et je me sens obligé d’en parler en même temps tant elles vont ensemble. Les deux pièces sont écrites par deux auteurs connus, même si celui de la Vérité, Florian Zeller, est une petite star chez les bobos, tandis que l’autre, celui des Conjoints, Eric Assous, est plus connu pour ses comédies sur le thème des histoires de couples. Les deux textes ont ceci en commun d’avoir une thématique largement empruntée au Boulevard, mais sans en être. C’est à dire que l’on est pas dans les portes qui claquent, les amants dans les placards et les quiproquos téléphonés. En revanche, ce sont deux pièces qui parlent exclusivement de relations de couples bien établies, du mensonges et des faux-semblants attachés aux mariages qui durent. Aussi on sent bien en filigrane une amusante peinture, parfois au vitriol, de nos moeurs actuelles, et des morales en trompe l’oeil qui prêtent à sourire.

Les deux pièces ont leur lot de comédiens vedettes avec Pierre Arditi, Fanny Cottençon pour La Vérité, et Jean-Luc Moreau, Anne Loiret pour Les Conjoints. Les deux spectacles sont en plus à la mode, et ont pour autre point commun d’attirer des femmes de 45/55 ans et leurs maris. Pierre Arditi et Jean-Luc Moreau étant les “George Clooney” de la soirée, on se rend parfaitement compte à quel point la gente féminine est là pour eux, et on entendrait presque des soupirs lorsqu’ils fanfaronnent ainsi sur scène.

La Vérité surtout comme son nom l’indique traite du mensonge sous toutes ses coutures. Pierre Arditi est marié et Fanny Cottençon aussi, d’ailleurs au meilleur ami de ce dernier, mais ils sont amants. Elle en a assez de vivre ainsi, mais il lui ment comme il respire, et dès les premières minutes on comprend qu’il est spécialiste dans la dissimulation et l’invention d’histoire à chaque minute de conversation. D’ailleurs Arditi est extraordinaire et fait montre d’un sacré talent pour endosser un rôle pareil. Evidemment il cabotine un peu, mais je reconnais qu’il fallait un monstre pareil pour incarner avec autant de justesse et de drolatique finesse un personnage aussi sympathiquement détestable. Non seulement scène après scène, il s’enfonce dans des mensonges de plus en plus rocambolesques, imbriqués et surréalistes, mais on découvre peu à peu que personne n’est dupe. Et rapidement, on commence à voir poindre les personnalités des autres comédiens. De victimes innocentes et manipulées, on finit évidemment par réaliser que tel est pris qui croyait prendre, et que la Vérité est une notion vraiment vraiment relative.

Les Conjoints est un peu moins intello (ce n’est pas Zeller à la plume…), mais j’ai trouvé finalement le ton et le dénouement plus enlevés et une vision globale un brin plus perspicace et énième degré. On est dans une histoire un peu plus pimentée et “boulevard” sur le coup. Jean-Luc Moreau est un loser qui vient de gagner au loto, et dont le meilleur ami est marié à une femme qu’il désire. On sent d’ailleurs que c’est un peu réciproque, même si la femme, fantastique Anne Loiret (la femme de Bacri dans “Le goût des autres”), est solidaire avec l’ex de Jean-Luc Moreau qu’il vient de laisser tomber pour une jeunette. D’ailleurs le couple, assez étrangement assorti, est invité à dîner chez ces amis, alors que cela ne plait pas du tout à Anne Loiret. La pièce se compose de scènes avec flash-backs et flash-forwards qui nous montrent la situation avant que Jean-Luc Moreau ne gagne, et petit à petit l’évolution de la situation. Il est aussi largement question de tromperie, de meilleurs amis et de jolis pieds de nez à la bourgeoise bienséance. Vraiment Anne Loiret remporte tous les suffrages tant son texte est ciselé à merveille et interprété tout aussi bien. Jean-Luc Moreau était quant à lui assez décevant même si “correct”, il paraissait là en service minimum, assez blasé, genre je suis là, je joue, je repars.

D’un point de vue très bobo intello, on pourrait dire que voilà deux pièces qui prennent le contre-pied des thèmes classiques du boulevard et se réinventent dans des images rohmeriennes qui blablabla… En réalité, j’ai bien aimé les deux même si comme je l’ai souligné, la première est plus intello et allégorique, mais aussi plus aride et monolithique, tandis que la seconde plus proche des comédies de (ce) genre. Ce qui m’a totalement décontenancé, c’est le public !! En effet, je ne suis pas du tout dans la cible de ces pièces, et les salles étaient blindées de couples hétéros de l’âge de mes parents qui pouvaient s’identifier à 100% avec ce qui se passait sur scène. Et j’ai eu beaucoup de mal avec des rires à gorges déployées de toutes les desperate housewives du coin. Elles paraissaient vraiment se taper le cul par terre, et cela m’a laissé pantois. J’ai bien compris qu’elles étaient des fanatiques de Pierre Arditi et Jean-Luc Moreau, mais les pièces ne me paraissaient pas drôles à ce point, elles m’ont plutôt fait sourire d’ironie ou ricaner à quelques bons mots ou chutes malicieuses. Du coup, je me dis qu’une part de cette hystérie vient peut-être bien de ces situations théâtrales auxquelles elles ne s’identifiaient que trop par rapport à leurs propres expériences conjugales…

En tout cas, l’attitude du public m’a un peu renfrogné dans mon appréciation des pièces, tant je me sentais en décalage avec mes sourires timides qui étaient largement couverts par les esclaffements bruyant de mes aînés. Malgré tout, il s’agit de deux moments très divertissants et agréables, diablement ciblés baby-boomers parisiens, dont les conclusions sont particulièrement cocasses et inattendues, et les morales sympathiquement irrévérencieuses (mais pas trop).

La Vérité (Théâtre Montparnasse) Les Conjoints (Théâtre Tristan Bernard)

  • ThéâtrOpérage
“Micro” de Pierre Rigal au Théâtre Gérard Philipe de Saint Denis

Publié le Samedi 22 Octobre 2011 - 18:14
Catégorie: ThéâtrOpérage

Pierre Rigal est un danseur et chorégraphe assez connu (que je ne connaissais pas, mais c’est normal) et il crée là un spectacle très personnel et intimiste qui ne laisse vraiment pas insensible. Il y a beaucoup de bonnes choses et de trouvailles, une réflexion intéressante sur les liens entre musique, concert, musiciens et danse, mais au final je n’ai pas été totalement emballé par “Micro”.

La scène figure d’abord seulement le chorégraphe qui mime un chanteur, un peu comme un gars qui se prend pour une star avec son micro devant son miroir… Début assez cocasse donc, rapidement suivi par une plongée de l’autre côté du miroir justement, et un scène qui se révèle avec ses instruments de musique. Les instrument s’animent à leur tour, les larsens maladroits deviennent morceaux de rocks enlevés, et les musiciens sortent littéralement de leurs guitares, batteries et autres enceintes et amplis. Pierre Rigal circule dans cet environnement, mène la danse et se fait parfois dépasser par son environnement musical tonitruant. Il fait montre d’une grande créativité dans ses pas et son occupation de l’espace, avec un show global assez pétulant : fumée, éclairages stroboscopiques, kyrielle de micros, instruments, barres métalliques… On se croit vraiment dans un concert de rock mais passé au prisme onirique d’un mélomane danseur chorégraphe.

Tout cela fonctionne bien, et dans le concept et formellement, avec un Pierre Rigal qui assure grave dans ces domaines. Mais là où le bât blesse pour moi, ce sont les longueurs et les moments un peu opaques ou cryptiques qui m’ont laissé sur ma faim. Il ne danse pas vraiment avec le “niveau d’attention chorégraphique” auquel je m’attendais, et les morceaux de rock en tant que tels ne m’ont pas non plus paru extraordinaires. Du coup un peu déçu pour la danse, un peu déçu pour la musique, la fusion des deux ne m’a conséquemment pas convaincu à 100%. Et il y a des longueurs avec des répétitions et des moments qui m’ont clairement dérouté, j’ai fini par perdre complètement le fil, et la simple beauté formelle du spectacle n’a pas été suffisante pour me raccrocher aux wagons.

En revanche, j’ai aimé assister à cette oeuvre et j’ai été sensible à la démarche du chorégraphe. Il y a vraiment pléthore de qualités là-dedans, mais je suis sorti avec un sentiment d’inachevé et de frustration par rapport à un spectacle qui, pour moi, n’a pas réussi à trouver sa “tonalité”.

"Micro" de Pierre Rigal au Théâtre Gérard Philipe de Saint Denis

  • ThéâtrOpérage
La Douleur (Marguerite Duras) au théâtre de l’Atelier

Publié le Mercredi 5 Octobre 2011 - 23:25
Catégorie: ThéâtrOpérage

C’était un sacré pari pour moi d’aller voir cette pièce puisque la dernière fois, on ne peut pas dire que ce fut un succès… Je redoutais surtout la mise en scène de Chéreau/Thieû Niang qui m’avait franchement déçue, tandis que Romain Duris était bien mais son texte beaucoup moins. La Douleur fait aussi partie de ces spectacles mis en scène par Patrice Chéreau et Thierry Thieû Niang dans le même théâtre, et avec une unique personne en scène.

Seulement là, la différence énorme réside dans la comédienne, Dominique Blanc, et dans ce texte extraordinaire de Marguerite Duras. Et voilà une pièce qui m’a plus que convaincu, et on a vu tout le public se lever comme un seul homme à la fin de la représentation, et on a applaudi pendant 10 minutes à tout rompre pour remercier cette comédienne d’exception de ce moment parfait qu’elle nous avait si généreusement offert.

Je suis un énorme ignare de l’oeuvre de Marguerite Duras, dont je n’ai simplement rien lu (ouuuuh la honte). Mais je n’imagine plus meilleure manière de découvrir ce texte, un de ceux qui composent La Douleur, que par la magistrale interprétation de Dominique Blanc. Elle a simplement été fantastique et merveilleuse, d’une absolue justesse et émotion. Malgré cette diction précise qui la caractérise, et qui pourrait la rendre bonne tragédienne à la Comédie Française plutôt que dans un texte aussi “réel” et “vivant”, cela sert à la fois la bonne compréhension orale du texte, mais c’est aussi un formidable vecteur d’émotions et d’une sensibilité extrême. Tout cela évidemment porté par le texte de Duras qui est très beau, mais qui raconte surtout une histoire passionnante, malgré un début un peu lent et poussif.

L’auteur raconte une partie de sa propre histoire, cette dure période où elle a attendu le retour hypothétique de son mari à la fin de la guerre, alors qu’il avait été déporté en camp de concentration (elle et son mari étaient résistants, et notamment liés à François Mitterrand). La première partie de la pièce se concentre sur cette attente et son inextricable douleur. Est-il vivant ? Où est-il ? Reviendra-t-il ? Dans la seconde partie son ami (en fait amant), D., et François Mitterrand ramènent son mari de Dachau. Toute son attention est portée sur son mari, tout son amour, sa compassion et son dévouement n’ont qu’un seul but : le sauver.

Le texte est jouissif dans son écriture même, qui passe incroyablement bien à l’oral malgré ses qualités formelles. Mais surtout la manière donc la comédienne véhicule les sentiments exacerbés de Duras en alternance avec son analyse intime et philosophique de la situation est au-dessus de tout ce que je pouvais imaginer. Autant dans la crudité de certaines descriptions que la passion pour son mari, la profondeur de ses réflexions, Dominique Blanc/Marguerite Duras est parfaite… Les spectateurs étaient suspendus à ses lèvres, et la fin spectaculaire dans un fondu au noir a d’abord été suivi par une bonne minute de silence, et puis un éclair et un tonnerre d’applaudissements.

En revanche, la mise en scène est toujours aussi minimaliste et… mauvaise selon moi. Enfin pas intéressante, pas construite ou élaborée tant elle est inexistante et dépouillée. Il y a bien une certaine étude dans la circulation ou les mouvements de Dominique Blanc, mais ça ne m’a pas inspiré grand chose. Heureusement que la qualité du spectacle résidait dans tout le reste ! Je n’avais je pense jamais assisté à une telle démonstration de talent dans ce domaine. Voilà c’est juste bluffant, et ça me donne envie d’y retourner tant j’ai aimé. Quelle chance d’avoir pu assister à cela !!!

La Douleur (Marguerite Duras) au théâtre de l'Atelier

  • ThéâtrOpérage
Collaboration au Théâtre des Variétés

Publié le Vendredi 30 Septembre 2011 - 0:23
Catégorie: ThéâtrOpérage

Deux comédiens extraordinaires pour incarner deux personnages qui ont marqué leur temps : Didier Sandre est Stefan Zweig et Michel Aumont est Richard Strauss. Je connais très bien l’écrivain autrichien dont j’ai lu presque tous les écrits, je connais beaucoup plus vaguement Richard Strauss pour le Chevalier à la Rose (et Ainsi parlait Zarathoustra qui a été largement galvaudé). Autant la vie de Zweig m’est familière, autant celle du compositeur allemand pas du tout, et j’ignorais complètement qu’il avait été tellement copain comme cochon avec les nazis. Enfin c’est un peu plus nuancé que cela, et c’est justement le sujet de la pièce.

J’ai aussi appris que les deux hommes avaient véritablement été amis en plus que d’avoir été des relations professionnelles. Et la pièce a pour sujet central cette amitié du début des années 30 à la fin de la guerre. On découvre donc par séquences (plutôt courtes et digestes) quelques épisodes où les deux artistes ont travaillé ensemble. C’est une rencontre qui prend la forme d’un coup de foudre artistique alors que Strauss n’a plus trop d’inspiration et que Zweig, grand écrivain germanophone de l’époque, lui propose un livret qui l’enchante. Mais rapidement les évènements politiques en Allemagne viennent semer le trouble, et la judéité de Zweig est un frein à leur “collaboration”. On se retrouve avec un écrivain torturé psychologiquement par cette situation (il ira jusqu’à se suicider de désespoir en 1942 avec son épouse au Brésil), et un Richard Strauss intransigeant et inconscient. Ce dernier se moque des gouvernements et des gouvernants, il veut faire de la musique et tout le reste l’indiffère. Mais il ira tout de même jusque devenir un notable du Reich sous Hitler… La pièce présente le personnage avec beaucoup de nuances, et on ne pardonne pas pour autant son inconscience et sa compromission, on comprend en revanche bien ses actes et motivations. Il protégeait aussi son fils qui était marié avec une femme juive, et dont les propres enfants étaient aussi menacés.

Chaque incursion et rencontre entre les deux hommes est l’occasion de joutes verbales où l’amitié et la considération priment, mais où l’incompréhension règne en maître. Richard Strauss ne comprend vraiment pas pourquoi Stefan Zweig se prend la tête alors qu’il n’est censé vivre que pour son Art. Et l’écrivain est tellement pris par cette Allemagne en déclin qu’il ne peut trouver la force de continuer à écrire. Les années passent, elles sont modélisées simplement par des fondus au noir et des projections avec les dates, et peu à peu les deux hommes sont forcés à la séparation. Zweig s’exile pour sauver sa vie, Strauss est privé d’opéra pour avoir fait remettre le nom de l’écrivain juif sur les affiches de la première.

Quelques comédiens gravitent aussi autour de ces deux monstres, et notamment l’épouse de Strauss qui est une ancienne soprano haute en couleur et à la forte présence (souvent cocasse). Mais c’est surtout Michel Aumont et Didier Sandre (immortel Louis XIV de l’Allée du Roi pour moi) qui sont brillants, et qui endossent à la perfection les deux artistes. Vraiment je n’ai rien à leur reprocher, et ils bénéficient d’un texte très efficace, à la narration enlevée en même temps qu’un propos intelligent et nuancé.

J’ai toujours été très touché par le suicide de Zweig, et là j’ai trouvé que c’était d’autant plus bouleversant d’y “assister” ainsi, après toutes les étapes qui petit à petit lui ont fait perdre tout espoir en l’humanité. Richard Strauss même en vieux con après la guerre est égal à lui-même, on se demande si c’est bien légitime qu’il ait échappé à une condamnation lors de la dénazification. La pièce réussit à être intéressante pour bien des facettes, entre ses brillants comédiens, son fond historique réel et son utile témoignage, mais aussi pour la qualité globale du divertissement, plutôt populaire, qu’elle propose.

Collaboration au Théâtre des Variétés

  • ThéâtrOpérage
Le Songe d’une Nuit d’Été (William Shakespeare) au théâtre de la Porte Saint-Martin

Publié le Jeudi 29 Septembre 2011 - 0:10
Catégorie: ThéâtrOpérage

J’avais vu il y a dix ans je crois une version très classique et très juste du Songe d’une Nuit d’Été, mais c’est surtout en 2007 que j’ai eu la chance d’assister à une représentation marquante à la MC 93. Cette version repensée et mise en scène par Jean-Michel Rabeux m’avait conquis par son originalité, sa modernité et en même temps sa fidélité au texte et à son esprit. On ne peut pas dire la même chose de ce spectacle-ci…

Mais je ne vais pas non plus mentir ou fanfaronner, j’ai passé un excellent moment, ne me suis pas ennuyé une seconde, et j’ai trouvé que c’était un divertissement de qualité au global. Néanmoins, il y a pas mal de petites choses désagréables et certaines carrément maladroites qui ont gâché cet excellent potentiel de départ. A la base, je partais avec un à priori positif sur les stars de la pièce : Lorànt Deutsch et Mélanie Doutey. Le premier était très compétent dans le rôle qui colle assez bien avec sa fantaisie naturelle, mais je l’ai trouvé très très fatigué lors de la représentation. La seconde était plutôt inégale, mais ça allait, parfois avec de brillante saillie et une belle présence, et parfois un peu trop effacée. Le souci le plus manifeste était à mon avis dans la mise en scène, ou du moins l’occupation spatiale des comédiens. En effet, à maintes reprises, on a des acteurs et actrices qui assistent à des tirades sans bouger, avec les mains derrière le dos, et j’ai toujours du mal avec de telles situations statiques au théâtre.

En revanche les décors sont excellents, les costumes extraordinaires et la transposition dans les sixties particulièrement réussie. D’ailleurs il s’agit plutôt d’une direction artistique globale qui teinte tout le spectacle et nous donne à voir des parties de danse et de chant des plus psychédéliques et rythmées (avec des danseuses plutôt jolies et douées qui prennent une belle part à la mise en scène, en tant que nymphes de la forêt). Les costumes à la Courrèges sont géniaux et on a envie de voler toutes les robes et les bottes des filles !!! L’ambiance globale est très proche des affiches et de l’inspiration évidente “Chapeaux melons et bottes de cuir”. Donc de ce point de vue là : belle réussite.

Je salue aussi le meilleur comédien qui est sans conteste Nicolas Briançon qui interprète Oberon, mais il est aussi le metteur en scène et il a participé à l’adaptation. Il est vraiment au-dessus du lot. Les deux ennemis Thibaut Lacour (Lysandre) et Davy Sardou (Démétrius) se débrouillent bien, mais avec quelques flottements et couacs…

Comme dans la plupart des pièces de Shakespeare, on y trouve aussi quelques comédiens dans la bouffonnerie pure, et qui sont vraiment là pour faire rire grassement. Dans cette pièce, il s’agit d’une drôle de mise en abîme puisque ce sont des comédiens qui répètent dans la forêt enchantée et qui doivent jouer une tragédie, Pyrame et Thisbé. Seulement ce sont des comédiens croulant et cacochymes qui jouent tous les rôles (femme, homme, lion et même un mur avec une fente !!!). Les comédiens qui jouent les comédiens sont en plus très connus, et ils sont assez drôles dans ces interludes. Mais là où ils ont poussé le bouchon un peu loin (Maurice), c’est que ça vire à la fin au mauvais théâtre de boulevard. Ils en font des (38) tonnes, et c’est lourd, archi-lourd, très long et peu intéressant. Aux rires du public pourtant, on a l’impression que ça fonctionne bien.

C’était peut-être aussi le souci de monter un tel “show” avec des têtes d’affiche et même la quasi-totalité de la distribution qu’on reconnaît de téléfilms divers et variés. Cela donne une pièce qui se cherche et a du mal à se positionner, qui surnage entre de jolies qualités formelles et quelques éclairs de bon théâtre, mais souvent la tête sous l’eau de maladresses et de lourdeurs. Une des qualités est certainement de donner un spectacle populaire et accessible, pas prise de tête ou intello, mais son revers est bien sûr de sombrer un peu trop dans le boulevard à mon goût, ce qui en l’absolu me convient, mais quand c’est mélangé, j’ai plus de mal.

Le Songe d'une Nuit d’Été (William Shakespeare) au théâtre de la Porte Saint-Martin

  • ThéâtrOpérage
In Paris au Théâtre National de Chaillot (Les Étés de la danse)

Publié le Mardi 27 Septembre 2011 - 23:50
Catégorie: ThéâtrOpérage

J’ai donné cette année pour Les Étés de la danse avec mes deux fois au théâtre du Châtelet et donc ce spectacle inédit de et avec Mikhail Baryshnikov. J’y étais allé pour avoir la chance de voir le célébrissime danseur ( aka Alexander Petrovsky… hihihi), et parce que c’était apparemment un OVNI théâtral assez haut en couleur, à mi-chemin entre danse, théâtre et musique.

Mein gott, la GROSSE déception… L’histoire racontée est déjà sacrément lente et dénuée d’action : nous sommes à Paris dans les années 30, il s’agit d’une rencontre amoureuse entre un général russe blanc et une jeune serveuse. Le général meurt peu de temps après, et voilà. C’est tout. Bon c’était une nouvelle de Ivan Bunin qui a été adaptée hein. Le spectacle m’a donné l’impression d’une débauche d’effets de manche et d’artifices théâtraux pour cacher une oeuvre d’une soporifique aridité.

Ça part dans tous les sens aussi bien dans le fond que dans la forme. On trouve donc du théâtre, des projections vidéos, du chant lyrique, quelques pas de danse, des acrobaties, avec une scène circulaire surélevée d’un côté et en forme de disque tournant sur lui-même. Et donc ça y va à fond avec des musiciens, la scène qui pivote et donne des intéressants effets de perspective, l’héroïne suspendue dans les airs comme Madonna, des projections vidéos plutôt habiles et esthétiques et de chouettes costumes… Mais tout cela ne sert ni la narration ni une thématique, on a plutôt l’impression d’un impressionnant budget qu’il faut dépenser en piochant dans tous les deus-ex-machina imaginables.

En plus de cela, Mikhail Baryshnikov a l’air d’avoir beaucoup de mal avec le français ou son texte qu’il ânonne avec difficulté, et donc pas en extraordinaire comédien, tandis qu’on voulait le voir danser mais qu’il finit par seulement exécuter quelques pas de côté pendant une trentaine de secondes. D’ailleurs la danse est presque inexistante à part quelques trajets de comédiens qui avaient l’air de répondre à une certaine chorégraphie (je n’en suis même pas certain). Le chant lyrique est faiblard et franchement le choix des airs archiconnus de Carmen n’aide vraiment pas à briller d’originalité. Je n’ai sans doute rien compris, ou pas été sensible, ou j’ai peut-être manqué d’un brief de départ… Je me suis mortellement ennuyé en revanche.

Les moyens sont certes impressionnants, mais c’est à peu près tout. Mouai.

In Paris (Théâtre National de Chaillot)

  • ThéâtrOpérage
Le Miami City Ballet au Théâtre du Châtelet (Les Étés de la Danse) pour une seconde fois !

Publié le Mardi 16 Août 2011 - 23:15
Catégorie: ThéâtrOpérage

Cela date un peu mais quelques jours après avoir été ébloui par ma découverte du Miami City Ballet au théâtre du Châtelet, et notamment pour le magnifique ballet de Twyla Tharp/Philip Glass que j’aime tant, j’ai repris une place pour y retourner avant le départ de la troupe. J’ai vraiment bien fait car les deux premières pièces étaient différentes, et je voulais surtout revoir “In the Upper Room”. Ce dernier ballet m’a paru un peu moins puissamment et parfaitement exécuté que la fois précédente, en revanche j’ai bénéficié de deux premiers spectacles proprement d’exception !!!

Il s’agissait de la même tactique pour la programmation avec deux premières oeuvres qui vont du plus classique au plus moderne, mais c’était beaucoup moins dépouillé et simple que la fois précédente. Là les décors et costumes étaient beaucoup plus travaillés donnant aux ballets un petit côté théâtrale très plaisant. J’ai d’abord retrouvé Balanchine avec “Theme and Variations” dont le titre est assez explicite, et qui présentait donc la partie la plus classique et traditionnelle. Dans un décor digne de Sisi Impératrice, il s’agit d’une oeuvre charmante et très harmonieuse, d’autant plus qu’il s’agit d’une musique de Tchaikovski particulièrement romantique. De plus j’ai trouvé les danseurs et danseuses meilleurs que la dernière fois, beaucoup plus synchrones et délicats.

Mais l’apothéose arriva vraiment avec la seconde pièce, In the Night, une chorégraphie de Jerome Robbins sur des musiques de Chopin (4 Nocturnes dont 2 était archi-connues). On a trois duos qui se succèdent sur chaque pièce, et se retrouvent à la fin de chaque “mouvement”. Les costumes sont très différents et assez contemporains dans le genre. La chorégraphie est à la fois moderne mais tout en déployant une harmonie globale bluffante. Je sentais les spectateurs autant sur un nuage que moi devant une telle manifestation de beauté et une alliance quasi-surnaturelle entre musique et danse. Les Nocturnes étaient justement posées devant un fond noir piqué d’une kyrielle d’étoiles, et les duos se détachaient dans un rond de lumière, tandis que les jeux entre les couples étaient tour à tour drôles, intrigants ou délicieusement romanesques. On a salué à la fin l’ensemble de l’oeuvre qui donnait ce sublime spectacle, et c’était des ovations autant pour la musique, la chorégraphie que le talent manifeste des danseurs. Sur le coup, la dernière fois les applaudissements n’avaient pas du tout été autant nourris, mais là ce fut un énorme succès avec des rappels et des artistes qui paraissaient très contents aussi de leurs performances.

Et je me demande si ce fantastique second temps n’a pas un peu entamé la concentration et l’attention des artistes car In the Upper Room n’était pas au même niveau que celui que j’avais vu (qui était déjà inférieur à celui de l’American Ballet Theater). Malgré tout, c’était génial et j’ai encore une fois bien pris mon pied !! Lorsque le dernier mouvement se met en branle et que tous les danseurs se retrouvent sur la scène, avec la musique en crescendo j’ai le coeur qui bat la chamade et le public était (malgré tout) encore debout pour les rappels !

Allez je la reposte !!! (Huhu.)



Le Miami Ballet Theater au Théâtre du Châtelet (Les Étés de la Danse)

  • ThéâtrOpérage
Le Miami City Ballet au Théâtre du Châtelet (Les Étés de la Danse)

Publié le Vendredi 15 Juillet 2011 - 19:25
Catégorie: ThéâtrOpérage

Le Miami City Ballet est une compagnie de danse américaine réputée, et ils ont offert un spectacle assez similaire à celui auquel j’avais eu la chance d’assister il y a quelques années au même endroit par l’American Ballet Theater. D’ailleurs j’ai réservé ce spectacle principalement pour me délecter à nouveau d’un In The Upper Room en live. Donc de la même manière, trois pièces se sont succédées avec trois typologies bien distinctes, du plus classique au plus moderne. D’abord, ce fut Square Dance de George Balanchine sur une musique de Vivaldi, ensuite le même George Balanchine mais avec un The Four Temperaments mis en notes par Paul Hindemith, et enfin mon fétiche In the Upper Room par mon adoré compositeur Philip Glass et magnifiquement chorégraphié grâce à Twyla Tharp.

On retrouve vraiment certaines caractéristiques de l’American Ballet Theater, c’est à dire que j’ai trouvé qu’ils étaient très athlétiques et de vrais “performers”, mais que ce n’était pas non plus la grâce et la prestance d’un ballet classique européen plus traditionnel. Malgré tout en comparaison à l’American Ballet Theater, ils sont un peu moins baraqués et plus fins, et un peu plus conformes aux standards du ballet classique. En toute logique, j’ai eu une opinion très positive mais qui est monté crescendo avec les oeuvres présentées.

La première, Square Dance, est très classique sur le fond et la forme, avec une musique de Vivaldi très (trop ?) easy-listening et une chorégraphie de Balanchine aussi magnifique que dans les canons du genre classique. On était vraiment dans les tutus, pointes et ballerines, mais c’était plutôt plaisant et bien senti. C’est la pièce en revanche qui paraissait la plus faible parce que ce type d’exercice est fatal à des danseurs un peu patauds, qui y vont en force, ou surtout quand la synchronisation globale pêche un peu… Et c’était le cas, donc on n’est pas forcément convaincu par l’excellence de la troupe en ce domaine, même si le tout était exécuté correctement.

Toujours Balanchine pour la seconde pièce, The Four Temperaments de Hindemith, qui est beaucoup plus moderne dans la musique et dans la chorégraphie. On a aussi des costumes qui restent classiques mais dans une dominante bicolore qui rime bien avec la musique aux relents jazzy ou qui ferait penser à certains musicals américain (du Bernstein notamment). L’orchestration était bonne pour cette musique rythmée et syncopée avec quelques dissonances modernistes plutôt bienvenues et agréablement soulignées par la danse. J’ai trouvé aussi que les danseurs prenaient leur marque et semblaient plus à l’aise avec une expression plus contemporaine et une déstructuration (gentille) des codes de la danse classique. Il y avait encore quelques manques de synchronisation, mais moins dommageables pour ce type de chorégraphie.

Enfin, ultime oeuvre présentée : In the Upper Room de Philip Glass pour la musique et Twyla Tharp pour la chorégraphie. J’ai déjà largement évoqué cette oeuvre qui est vraiment quelque chose de majeur dans mon petit univers personnel, donc je ne pouvais décemment pas le manquer. C’est drôle car on y retrouve un peu des qualités et défauts que j’évoquais plus avant. Du coup, j’ai trouvé la chorégraphie bien en phase avec le savoir-faire et le côté “athlète” de la compagnie, mais ils ne sont pas aussi “bons” que l’American Ballet Theater sur cet aspect purement “performance” et “waouh”. En revanche, il y a un petit plus pour une certaine grâce et légèreté, là où j’ai le souvenir avec les new-yorkais d’un spectacle beaucoup plus froid et mécanique (mais alors impeccable de chez impeccable). Je fais dans le détail mais globalement ils étaient excellents et j’étais totalement pris par l’émotion.

Cette pièce a un pouvoir extraordinaire sur le public, il fallait sentir tout les gens à bout de souffle alors que les danseurs effectuent une performance physique assez incroyable. Et le ballet se termine dans un paroxysme qui donne les larmes aux yeux, avec un public qui n’a pas tardé à se lever, et à applaudir comme jamais je ne l’avais expérimenté dans ce théâtre. Donc un Miami City Ballet qui a carrément assuré, et que je vais retourner voir jeudi prochain !! (Eh oui qui sait dans combien de temps, il me sera donné de revoir ce ballet !!!) Ces 38 minutes de danse me donnent un plaisir assez indicible, et j’assume mon assuétude !!

Pour voir et écouter ce dont je parle, en voilà une version intégrale magnifique.



Le Miami Ballet Theater au Théâtre du Châtelet (Les Étés de la Danse)

  • ThéâtrOpérage
Lettre d’une inconnue (Stefan Zweig) au Théâtre des Mathurins

Publié le Lundi 11 Juillet 2011 - 23:44
Catégorie: ThéâtrOpérage

J’ai lu la plupart des romans de Stefan Zweig et la “Lettre d’une inconnue” est certainement l’une des histoires qui m’a le plus marqué. Les oeuvres de Zweig se prêtent assez bien au théâtre puisqu’elles font souvent une belle part aux dialogues et proposent des études psychologiques délicatement ciselées. Il a très souvent exploité la passion amoureuse, et a livré en cela de fabuleux récits qui ne vieillissent évidemment pas. La passion amoureuse a-t-elle pris une ride ces trois mille dernières années ? J’avais déjà vu au théâtre une chouette adaptation du célébrissime “Joueur d’échec” et aussi d’”Amok“, mais là c’est indéniablement la meilleure qu’il m’ait été donné de découvrir.

Le roman est très court et très simple, assez linéaire même, mais d’autant plus frappant et percutant que son intrigue est passionnante et passionnelle. Un homme reçoit une lettre d’une inconnue, et il découvre à a lecture de ce courrier mystérieux, qu’il a rencontré la même jeune fille à plusieurs reprises, pendant vingt ans. Gamine, elle est tombée amoureuse, alors qu’ils étaient voisins, puis elle a dû déménager, mais elle est revenue jeune fille. Elle s’est même donnée à lui plusieurs fois, mais il ne l’a jamais reconnu. Elle a même eu un enfant de lui… Et l’homme, un écrivain vieillissant, ex casanova et tombeur de ces dames, découvre page après page, l’existence de cette femme pour qui il fut tout, mais qui ne conservera qu’une image fugace et floue de l’inconnue.

Sarah Biasini (fille de Romy Schneider dont la ressemblance est certaine, mais au final très différente) endosse remarquablement le rôle de l’inconnue, et on a en face un aussi excellent (et très beau) Frédéric Andrau. Les deux sont possédés par ce texte qui consiste à la lecture des lettres mais est mis en valeur et en “passion” par le jeu même des comédiens, et des phrases dites comme des répliques et parfois des joutes verbales. On oublie donc rapidement la forme romanesque et épistolaire, puisque la comédienne surtout vit complètement son personnage, dans sa folie amoureuse et sa passion dévorante et autodestructrice. Il y a un côté très “Actors Studio” dans son jeu (je ne suis pas étonné de constater qu’elle en est une ancienne étudiante), mais cela sied parfaitement au rôle et au texte de Zweig, elle reste donc juste et n’en fait pas “trop”.

Le décor est d’une simplicité déconcertante : quelques ampoules suspendues à différentes hauteurs au bout de fils, et qui s’allument différemment (et d’intensité variable) selon les moments. Le procédé est habile car il permet de savants éclairages des personnages et la plongée dans des atmosphères variées en très peu de temps. La mise en scène est assez dynamique et mobile, avec surtout Sarah Biasini qui occupe remarquablement l’espace. Elle commence même carrément dans le public, elle passe d’un côté à l’autre des rangées, assez inhabituel pour être notable et plutôt réussi, et on entre ainsi mieux en “contact” avec elle. Une fois que le poisson est ferré, elle monte sur scène, et on reste captivé pendant tout le spectacle. Une heure de pièce, c’est très bien pour ne pas se lasser et garder son attention, plus long serait chiant, plus court aurait paru bâclé.

On se laisse surtout porter par les deux comédiens et cette histoire géniale et terrible qui les laisse sur le carreau, et nous tient en haleine en délivrant un chouette petit moment de théâtre.

Lettre d’une inconnue (Stefan Zweig) au Théâtre des Mathurins

  • ThéâtrOpérage
Orgueil, poursuite et décapitation (comédie hystérique et familiale) de Marion Aubert au théâtre du Rond-Point

Publié le Mardi 28 Juin 2011 - 23:41
Catégorie: ThéâtrOpérage

J’avais connu Marion Aubert lorsqu’elle était passée à l’émission de radio à laquelle je participais il y a quelques années, elle nous présentait alors “Les aventures de Nathalie Nicole Nicole“. J’avais eu tout de suite envie de voir cette pièce, et j’avais été emballé par cette oeuvre d’une incroyable force, poésie, beauté littéraire et irrésistible folie douce. Ecoutez donc l’émission de l’époque pour entendre Marion Aubert en parler elle-même…

Il s’agit là d’une nouvelle pièce et toujours au théâtre du Rond-Point. On est dans un univers radicalement différent et en même temps familier lorsqu’on a justement vu un peu de l’oeuvre de l’auteur. Mais cette fois-ci, le matériau presque pur qui a servi à Marion Aubert c’est Marion Aubert. Ca pourrait carrément s’appeler “Dans la tête de Marion Aubert”. Elle dessine en 11 saynètes, avec quelques fils rouges mais pas trop, une série de portraits de famille hauts en couleurs. Portraits de famille mais aussi professionnels ou amicaux, je crois qu’elle ne fait pas beaucoup d’impasses. Pas toujours reluisants ces portraits et parfois carrément déplacés, souvent drôles, carrément épiques et truculents, on suit avec bonheur une belle troupe de comédiens et comédiennes (dont l’excellente jeune femme qui jouait Michel Chef Chef dans la précédente pièce, ainsi que Marion Aubert herself) qui incarnent avec un plaisir non dissimulés les “Chonchons” qui peuplent son existence.

Il n’y a pas vraiment d’histoire, ni queue ni tête parfois, mais je n’ai étrangement pas du tout été dérangé par cette absence de repère ou de fil narratif. On est comme dans un bouquin de nouvelles avec un joli talent pour poser en quelques répliques un cadre, une situation ou simplement une idée, ou même l’ébauche d’un souvenir, et rapidement la pièce prend des airs de “Short Cuts” avec des personnages récurrents et des échos familiers.

Comme toujours chez Marion Aubert (dixit le gars qui n’a vu que deux pièces… Huhuhu.) on profite d’un texte ciselé à merveille, avec de très belles répliques et surtout des monologues pour chacun des comédiens qui m’ont bien marqué. On se retrouve facilement dans ses interrogations et ses mises en scène de la vie familiale ou professionnelle, tout en ayant ce formidable (et la plupart du temps extrêmement comique) miroir grossissant et déformant par lequel elle a fait passé ses réminiscences. On a ainsi l’impression d’une certaine catharsis pour l’auteur, en même temps que d’un vrai plaisir de théâtre et de théâtreux, et même au final l’aveu d’un produit mal fini et pas toujours bien ficelé, mais bien authentique et sincère. Il n’y a pas à dire ce sont des qualités qui font mouche sur les planches.

Plus formellement, l’occupation de l’espace est excellente, et un peu comme dans Nathalie Nicole Nicole qui bénéficiait aussi d’un décor impressionnant, là c’est encore plus étonnant. Il s’agit d’un ensemble modulaire avec une face blanche assez neutre, et l’envers occupé d’un bout de décor très marqué (plutôt seventies). Les comédiens déplacent carrément tout le décor et composent, décomposent et recomposent à l’envi les différentes scènes de la pièce. Cela donne beaucoup de rythme et de punch aux transitions, et permet des circulations de personnes très originales et diversifiées. On a un salon, une chambre, tout un appartement ou un mur blanc et lisse selon les occasions et les besoins de l’héroïne et son projet.

C’est un vrai théâtre contemporain et ambitieux mais rendu accessible à tous et antipédant au possible par la magie du verbe et de la mise en scène, et je suis terriblement admiratif de cette artiste pour cela.

Orgueil, poursuite et décapitation (comédie hystérique et familiale) de Marion Aubert au théâtre du Rond-Point