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Einstein on the beach de Philip Glass et Bob Wilson au Corum de Montpellier

Publié le Jeudi 17 Mai 2012 - 20:40
Catégorie: ThéâtrOpérage

Je vous ai déjà bien rebattu les oreilles à propos de Philip Glass dans ce blog, et là je ne pouvais évidemment pas faire l’impasse sur un événement si important. En effet, si j’ai d’abord découvert les morceaux de pure musique sérielle et répétitive, j’ai eu mon vrai coup de coeur pour Glass lors de l’écoute de sa fameuse trilogie d’opéras. Einstein on the beach en est le premier, et il fut présenté en 1976 à Avignon avec une mise en scène de Bob Wilson (dont j’avais tant été impressionné par le Quartett). Ces derniers sont aujourd’hui de véritables stars (dans leur domaine évidemment…) mais à l’époque des artistes à la carrière balbutiante. La trilogie est marquante par son ampleur, sa modernité, son originalité mais aussi ses qualités musicales intrinsèques. Les thèmes sont extraordinaires puisqu’ils sont autant de portraits de personnes qui, selon Glass, ont changé le destin de l’humanité ou ont influé son cours par leurs découvertes ou pensées, qui remettaient véritablement en question les crédos de leurs époques.

La trilogie se compose de Einstein on the Beach avec Einstein, Satyagraha pour Gandhi ou Akhnaten pour Akhénaton. Ce qui est drôle et inattendu c’est que les opéras sont joués dans les langues “originales” de leurs protagonistes, donc respectivement en anglais, sanskrit et égyptien (mais aussi akkadien et hébreu). Mais de tout ça, Einstein on the Beach est la création la plus radicale et décoiffante. L’opéra a été joué en 1976 pour la première fois, et la dernière fois en 1992, donc cette production est un événement d’une grande ampleur pour tous les fans à travers le monde.

On parle d’opéra pour Einstein on the Beach mais c’est bien plus que cela, il s’agit d’un spectacle total qui mêle danse, théâtre et musique, et qui révolutionne tous les genres qui le composent. C’est-à-dire que la musique n’est pas ce qu’on attend d’un opéra, et les chorégraphies totalement inimaginables ! Ne parlons pas de la mise en scène, la scénographie et les extraordinaires deus-ex-machina de Wilson, c’est simplement époustouflant ! On retrouve à peu près tous les codes familiers de Glass avec en figure de proue cette sacrosainte répétition et ces thèmes qui scandent les quatre heures et quelques de spectacle. La musique n’est pas vraiment symphonique mais jouée par un orchestre, mais très contemporaine et en partie synthétique, mais on entend beaucoup des instruments “nature”, mais on fait parfois jouer à des synthés des instruments de base, et on distord certains instruments, et les voix sont utilisées comme des sons tandis que des instruments résonnent comme des chants. Bref, ça foisonne d’inventivité et de force, et surtout la partition de Glass est portée par une pulsation répétitive captivante et hypnotisante. De la même manière la chorégraphie utilise les mêmes ressorts de répétition et de “motifs” gestuels. Incroyable !!

La difficulté de l’opéra réside dans sa longueur et son énorme potentiel à être ultra-chiant. En effet, pas d’histoire, pas vraiment de personnages, des éléments sériels et répétitifs qui finissent par user l’attention, et globalement un assoupissement garanti au bout d’une heure. Mais les choses sont claires pour Glass et Wilson, et les mêmes règles qu’en 76 s’appliquaient aussi ici. Donc l’opéra ne doit pas être une entrave à la liberté, et comme c’est répétitif et sans beaucoup de repères, les spectateurs on a la possibilité, et y sont même encouragés par les auteurs, à se lever, à aller faire une pause clope et globalement à faire ce qu’ils veulent.

Et autant j’ai adoré le spectacle et j’ai été passionné par ces quelques heures, autant au bout de deux heures j’en avais ma claque, et je commençais sérieusement à piquer du nez. Donc on est sorti, on est allé manger un morceau, et on est retourné voir la suite. Huhuhu. Cela ne m’a pas empêché de trouver l’opéra splendide à tous points de vue. La musique est géniale, les danseurs sont incroyablement talentueux, les chants sont fascinants, et les décors sont impensablement beaux et impressionnants.

L’opéra est dans un premier temps un peu surprenant dans le fond comme dans la forme, mais peu à peu les codes se mettent en place, et si on ouvre bien son esprit et qu’on se laisse prendre par la musique, les chants et la chorégraphie, on laisse vagabonder ses pensées, et c’est comme un flux et reflux d’idées, d’impressions… des mots qui s’impriment, et viennent scander ces motifs musicaux, ces mosaïques de mots qui se répondent en un écho infini… Le décor qui évolue comme un tableau de Mondrian, en lignes et en surfaces colorées, en jeux de lumière, avec autant de protagonistes qui évoluent dans cet univers foncièrement humain et humaniste. Tout est mélangé dans les décors, le passé, le futur, la nature et l’urbain, le manuel et l’industriel, la prison et le bureau, les moyens de transports…

Je vous assure que la vie vaut d’être vécue pour expérimenter des choses pareilles !!! Ok je suis dingue, mais sincère, et je crois avoir rarement autant ému que ce soir là. Il s’agissait vraiment d’un moment exceptionnel, et le public était globalement conquis par la richesse et puissance manifeste de cette oeuvre. Sa mère, sa race, c’était bien.

Philip Glass – Einstein on the Beach : Knee 5

Einstein on the beach de Philip Glass et Bob Wilson au Corum de Montpellier

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Les liaisons dangereuses au Théâtre de l’Atelier

Publié le Mardi 1 Mai 2012 - 22:11
Catégorie: ThéâtrOpérage

J’avais beaucoup entendu parler de cette pièce et surtout de sa mise en scène signée par le très célèbre et célébré John Malkovich. Eh bien, c’est justement un des éléments qui m’a le plus plu dans la pièce, avec les décors, costumes et bien sûr cette histoire qui traverse les siècles en demeurant d’une redoutable actualité. Car retrouver les joutes verbales entre Merteuil et Valmont, et se replonger dans ces intrigues mêlant perversité, aventures sexuelles et manipulation de haut-vol, conservent une fraîcheur qui en dit long sur les moeurs de notre société.

La pièce est vraiment d’une excellente facture, et sa première qualité est de fournir un divertissement très efficace et qui ne souffre pas trop sur la longueur. Allez c’est un tantinet long sur la fin, mais c’est vraiment pour être tatillon que je dis cela. Encore une fois, les décors et costumes sont originaux et surfent agréablement entre l’époque du roman et une vision un peu plus contemporaine. J’ai beaucoup aimé les robes à moitié déchirées avec les paniers apparents, et un décor assez mobile qui dans la dernière partie de la pièce se transforme avec beaucoup d’emphase. Ensuite, le plein de compliments pour Malkovich et sa mise en scène puisque c’est le point fort du spectacle. Les comédiens occupent bien l’espace, et l’action est très vive et soutenue, ainsi on bénéficie de ce texte jouissif et délectable mais aussi d’un rythme et de trouvailles scéniques qui fonctionnent vraiment bien. Les comédiens restent tous sur scène par exemple, et s’assoient autour sur des chaises pendant qu’ils ne jouent pas, comme s’ils rejoignaient les spectateurs que nous sommes. Et globalement, j’ai apprécié la grande fluidité dans l’enchainement des scènes et des actes, tout est agréablement chorégraphié et équilibré.

Bon là où le bât blesse ce sont les comédiens… Aïe. Le point positif malgré tout c’est la jeunesse de ces interprètes, et le fait que leurs âges collent bien avec ceux des protagonistes qu’ils jouent. Mais on sent que ces lignes qui fleurent bon le XVIIIème siècle ont parfois du mal à prendre place dans leurs bouches, et on assiste à des bafouillages, hésitations ou prononciations malhabiles qui troublent un peu le spectateur exigeant (que je ne suis pas trop). Autant j’ai aimé un Valmont très dandy et plutôt pas mal, autant j’ai été un peu déçu par Merteuil que je ne trouvais pas assez pétulante et charismatique. Mais le pire c’était du côté de Danceny qui n’était carrément pas à la hauteur dans le fond et dans la forme… Bref on avait l’impression qu’il s’agissait de bons jeunes comédiens, et j’ai apprécié qu’on leur donne ainsi cette chance, mais du coup cela diminue un peu la qualité de la pièce.

J’ai malgré tout dans l’ensemble passé un très bon moment, et je me suis dis en sortant que cette histoire et ce texte avaient encore devant eux bien des lustres avant de sombrer dans la désuétude.

Les liaisons dangereuses au Théâtre de l'Atelier (John Malkovitch)

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Jacques et son maître au théâtre de la Pépinière (Milan Kundera)

Publié le Jeudi 29 Mars 2012 - 22:49
Catégorie: ThéâtrOpérage

J’ai mis toute la pièce à me dire que je connaissais bien ce comédien qui joue le rôle de Jacques, et c’est évidemment Nicolas Briançon que j’avais déjà trouvé très bon dans le (très moyen) “Songe d’une nuit d’été” de la dernière fois. Et cette fois ci, non seulement il est bon comédien mais il met en scène de main de maître cette pièce. Le texte est donc une adaptation de Milan Kundera de ce grand classique des bacs de Français qu’est Jacques le fataliste et son maître de Denis Diderot.

C’est rare que je le dise ainsi, mais cette pièce est parfaite… Un vrai truc de ouf, j’avais rarement pris autant de plaisir au théâtre. En effet, c’est servi par des comédiens extraordinaires, avec Nicolas Briançon donc, et Yves Pignot dans le rôle du maître. Le texte est succulent à souhait parce qu’il a conservé les qualités et l’originalité du roman de 1780 tout en étant adapté ce qu’il faut à notre langue et époque actuelle, mais aussi totalement repensé pour le théâtre. Et par dessus-tout une mise en scène inventive, vive et intelligente vient apporter sa pierre à l’édifice, en soulignant bien certains passages ou illustrant d’autres, tout en ne prenant pas le pas sur les comédiens ou le texte. Un savant dosage qui, selon moi, n’est vraiment pas légion, et mérite carrément le déplacement. Inspiré à la fois par Melpomène, Calliope et Thalie, la pièce prend le meilleur des genres qu’elle exploite et tout cela dans un bel esprit de théâtreux.

L’histoire est tout à fait similaire à celle du livre, et on retrouve Jacques et son maître qui marchent ensemble pour effectuer un périple. Sur le chemin, ils vont faire quelques rencontres et vivre des aventures, mais surtout ils parlent beaucoup. Ils ont une relation assez intime et qui va plus loin que la simple domesticité. Leurs digressions prennent la forme d’affrontements philosophique à travers des anecdotes souvent cocasses et parfois carrément bouffonnes. Et la mise en scène est fabuleuse parce qu’elle sert incroyablement bien les propos des compères en proposant de véritables flash au “Coeur a ses raison” (désolé pour l’image, mais vraiment c’est ça !!), et avec deux trois bouts de ficelles on est au coeur de l’histoire dans l’histoire. Une scène rehaussée, une fenêtre dérobée et quelques effets scéniques nous donnent à imaginer très rapidement la saynète qui est contée, et surtout on y voit du coup les protagonistes agir directement. Le jeu va plus loin puisque les comédiens ont parfois une action plus directe et un avis sur la mise en scène, tandis que les allers-retours entre les conversations, les digressions ou les rencontres réelles proposent un rythme très enlevé et pimpant.

Pour ne pas bouder notre plaisir, le texte est, comme beaucoup d’oeuvres de l’époque, particulièrement sagace et inventif (et à l’époque c’est une véritable rupture dans la production romanesque), et la plume de Kundera vient encore y ajouter quelques qualités formelles. Ce n’est pas une oeuvre intello, et même parfois carrément drôle, mais avec un fond philosophique non négligeable et des propos qui ont des acceptions évidemment plus profondes qu’ils en ont l’air. Non sincèrement, je ne vois rien à redire pour une fois… C’est top !

Jacques et son maître au théâtre de la Pépinière (Milan Kundera)

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Avenue Q au théâtre Bobino

Publié le Mardi 20 Mars 2012 - 0:37
Catégorie: ThéâtrOpérage

J’avais hâte de voir cette comédie musicale à Paris quand j’avais lu qu’elle allait être produite, mais j’étais persuadé que ce serait une version originale. Il paraissait impossible de traduire un tel spectacle d’humour et de dérision, et dotée de références si anglo-saxonnes. Mais force est de constater que ça fonctionne, et même très très bien, grâce à un Bruno Gaccio qui a su traduire et adapter à la perfection le show. Après c’est un copier-coller de la production, avec en plus des chanteurs/animateurs de marionnettes d’un talent bluffant !!

J’ai lu une kyrielle de commentaires dithyrambiques, et eu d’autres échos beaucoup plus refroidis. Certains louant l’originalité et l’irrévérence, d’autres au contraire qui ne sont pas rentrés dans le spectacle et qui ont trouvé cela trop grossier et facile. Je fais partie moi des enthousiastes un peu critiques, puisque j’ai vraiment beaucoup beaucoup aimé, mais que j’ai en effet repéré quelques ombres au tableau.

Nous sommes à New York dans les quartiers peu reluisants de Brooklyn, et Princeton débarque sans le sou pour s’installer. Il trouve dans l’avenue Q un groupe de gens sympas, et prend une chambre chez Willy d’Arnold et Willy qui souffre d’être toujours pris pour Arnold. Le quartier est très vivant, habité par des humains et des “monstres” dont Kate Monster. Princeton et cette dernière ne tarde d’ailleurs pas à craquer l’un pour l’autre, mais leur histoire d’amour est plutôt semée d’embûches !! La comédie musicale a la particularité d’être composée de personnages qui sont des marionnettes du genre “Muppets show” ou “1, rue Sésame”. Elles sont animées par les chanteurs et si l’on met quelques minutes à s’habituer, on oublie ensuite complètement le stratagème.

Bon, le fond et la forme évidemment… Déjà la forme, à part des animations sur écrans LCD un peu pourries et un écran qui clignotait (pas très “show à l’américaine” selon moi), c’était parfait. Y’a pas à dire, c’est une production d’un excellent niveau et qui ne souffre pas des habituels défauts gaulois. Donc chapeau pour le décor (celui de la pièce d’origine clairement), les effets visuels, mais aussi globalement l’interprétation musicale live (donc avec un orchestre habilement dissimulé) et les chanteurs ou chanteuses. Sur ce dernier coup c’est complètement bluffant puisque les artistes endossent chacun deux rôles (avec pour certains de notables et superbes grands-écarts vocaux) et qu’ils sont à la fois très bons chanteurs et manipulateurs de muppets. Tous poussent la chansonnette avec justesse et une puissance qui impressionnent vraiment, tout en ne faisant qu’un avec le personnage qu’ils animent du bout de leurs bras. Superbe performance !! Il y a une chorégraphie impressionnante dans la manipulation du muppet qui fait que l’on voit plutôt le personnage ou plutôt le chanteur, et que les mouvements imprimés aux marionnettes sont ultra-expressifs. L’occupation de l’espace scénique est aussi plutôt chouette, avec un rythme haletant dans la première partie, beaucoup moins pour la seconde.

Vraiment la forme, pas grand chose à reprocher, c’est du beau boulot. Sur le fond aussi, on ne peut que saluer l’adaptation de Bruno Gaccio qui a vraiment créé un texte fidèle à l’original mais qui possède ses propres références françaises qui font mouche. J’ai aimé aussi que certaines chansons cultes de la comédie musicale gardent leur piquant. J’étais un peu circonspect sur l’usage du “pédé” pour “gay” mais dans le contexte de la chanson et du spectacle c’est exactement le mot qu’il fallait. Nous sommes moins politiquement corrects que les américains, et ça sonnait vraiment mieux. De même la traduction “internet is for porn” en “internet c’est pour le CUL” fonctionne à merveille et même mieux qu’en anglais j’ai l’impression. Il faut dire que les interprétations du Trekkie Monster sont à mourir de rire, et que la salle répond en écho avec beaucoup d’hilarité.

Le spectacle joue avec une irrévérence qui parfois apparaît comme facile et un peu vulgaire, mais qui a très bien fonctionné pour moi. Comme ce sont des marionnettes, ils en profitent pour leur faire faire ou dire des horreurs, et ça passe beaucoup plus facilement que si c’était des comédiens. Et ça va loin avec des scènes de cul dignes d’un vrai porno !!! (je double-clique avec ma bite, je mets du lubrifiant, un doit dans ton cul etc.) J’ai ri de bon coeur sur les chansons les plus anticonformistes et marrantes-choquantes, même si certainement plus édifiantes pour de (faussement) sages américains que pour de cyniques français. Il y a la chanson sur le racisme qui explique avec une hilarante décomplexion qu’on est tous un (ti ti) peu raciste, celle aussi où l’un des personnages explique à l’autre dans le placard qu’il l’aimerait même pédé, la première où Princeton explique que ça craint d’être lui (mais je préfère le “it sucks to be me” en anglais sur le coup) et encore “internet c’est pour le cul”. Les “amis pourris” sont aussi deux personnages irrésistibles dont j’aurais aimé qu’ils soient plus présents !!!

Donc qu’est-ce que je n’ai pas aimé puisque j’ai l’air de tout trouver si bien. Eh bien, en dehors de ces moments paroxystiques où la sauce prend bien, j’ai trouvé que le scénario global était un peu faiblard. Finalement l’histoire tient en deux lignes et demi, et il y a un énorme souci de différence de rythme entre la première et la seconde partie. Je ne sais pas si c’est à cause de l’entracte, qui fait tomber un peu l’ambiance et qui ensuite ne bénéficie plus de l’effet de surprise, mais je me suis un peu fait chier sur la fin. On sait exactement ce qui va se passer et comment… Ensuite, on reste finalement dans des choses assez sages et des ressorts de cul plutôt faciles comme certains l’ont reproché. Ce n’est pas faux. On est loin de South Park, et la comédie musicale “The Book of Mormon” est un sacré brûlot à côté d’Avenue Q.

Malgré ces quelques petites critiques, je suis globalement emballé par le spectacle et j’y ai passé un excellent moment. Je ne pensais pas qu’on avait d’aussi bons “performers” en France et c’est très positif pour qu’on puisse enfin avoir des artistes taillés pour la comédie musicale (ce qui n’est pas évident). Je retiens quelques chansons cultes qui passent particulièrement bien en français, et cette première partie aussi drôle qu’enlevée, surprenante et follement barrée.

L’avis des copines ci-dessous.
Ceux qui ont adoré : Zep, William.
Bien aimé avec quelques réticences : Fabisounours, Yagg, Laurent.
Pas vraiment : Rick et Pick.

Avenue Q au théâtre Bobino

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Annabelle M – histoire de la faim au Théâtre des Mathurins

Publié le Jeudi 15 Mars 2012 - 23:45
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Cette pièce est dans doute le spectacle le plus intéressant, original, prenant et stimulant que je n’avais pas vu depuis des lustres. Pourtant le pitch ne donnerait pas forcément envie de prime abord. Une fille qui raconte son anorexie pendant une heure et demie, ça peut paraître rébarbatif ou déprimant, mais là absolument pas. L’unique comédienne sur scène, Sandie Masson, est aussi l’auteure (avec Fred Nony) et elle est simplement brillante.

Elle est donc seule sur scène et elle prépare une tarte au pomme pendant tout le spectacle, en commençant par éplucher un fruit. Mais ça c’est le personnage qui s’est sorti de l’anorexie, et elle va endosser tour à tour, par d’astucieux flash-backs, les rôles de sa mère, d’elle plus jeune et malade et d’un détective qui enquête sur la lente “disparition” de l’adolescente. On suit donc scène par scène, personnage par personnage, la manière dont elle a vécu, compris et identifié son rapport curieux à la nourriture. Construit comme une enquête de police, on reconstitue peu à peu les pièces du puzzle, et on suit avec fébrilité le récit qui est comme cela distillé.

La comédienne est plus que remarquable, et ayant écrit le texte j’imagine, elle l’interprète avec une rare maestria. Outre cela, elle occupe l’espace d’une telle manière, et endosse si bien ses différents rôles que l’on n’est jamais lassé par son jeu. La narration fait que tout cela est intrigant, émouvant, parfois triste mais vu du début à la fin comme une histoire “qui se termine bien” et donc qui rend les parties dépressives plus digestes. Le dosage de ces éléments frise la perfection, et rien n’est mièvre ou racoleur, elle marche sur un fil mais jusqu’au bout elle emporte l’adhésion.

La pièce m’a un peu fait penser à Mon frigo me trompe qui était une pièce/comédie musicale déjantée qui trouvait aussi un excellent médium pour parler de l’anorexie. Là c’est un spectacle qui arrive à être posé mais véritablement prenant, et on est littéralement suspendu aux lèvres de Sandie Masson.

Annabelle M - histoire de la faim au Théâtre des Mathurins

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iD au Théâtre de Chaillot par le Cirque Eloize

Publié le Dimanche 11 Mars 2012 - 19:52
Catégorie: ThéâtrOpérage

J’avais découvert le Cirque Eloize au Théâtre du Rond-Point avec le spectacle Rain. J’avais été enchanté des performances athlétiques de ces artistes de cirque, mais un petit peu déçu quant à la facette “Rain” parce que j’imaginais la pluie un peu plus présente qu’elle n’était. Là nous retrouvons les mêmes protagonistes mais pour un spectacle complètement différent.

Au théâtre de Chaillot, il s’agissait du spectacle “iD” basé principalement sur le thème de la ville. On y voyait un décor et des thématiques purement citadines, une musique aux accents hip-hop et une très impressionnante appropriation de l’espace urbain par le cirque. Du coup on flirte avec la représentation hip-hop et Yamakasi pour la chorégraphie, tandis que l’ensemble est portée par une grâce aussi inattendue qu’infinie.

Pour ainsi dire, je n’ai jamais vu de spectacle aussi beau et impressionnant. Il s’agissait de la performance la plus complète et parfaite qui soit. Les numéros étaient spectaculaires, visuellement bluffant avec des effets lumineux 3D qui faisaient de ces jeunes athlètes des X-Men dans la ville, et la musique participait largement à l’énergie stupéfiante qui s’en dégage tout du long. Le public d’ailleurs n’était pas en manque, et les enfants de 7 à 77 ans étaient debout à applaudir à tout rompre. On retrouve des influences chorégraphiques très modernes et surtout adolescentes donc, mais aussi des clins d’oeil à des oeuvres classiques (comme quelques bribes de “West Side Styory”), et l’incursion d’objets de la ville comme la corde à sauter, le trampoline (les sauts de murets et escalade de mobiliers urbains) ou le vélo. Evidemment par le Cirque Eloize, tout cela devient maîtrise sublime et danse surréaliste, les filles et les garçons paraissent facilement effectuer des figures du domaine de l’impossible et du rêve.

Le temps passe tellement vite, on ne voudrait que jamais ne s’arrête ce moment de jubilation, de tonus extrême, de drôlerie et d’émotion, de la rencontre improbable entre les arts du cirque, la poésie et une urbanité préconçue comme tellement aride et inhospitalière. La voilà au contraire rendue propice à tous les espoirs, et la trame sur laquelle s’impriment les désirs et la fougue de la jeunesse. La ville a été domptée et domestiquée, et malgré ses airs de Métropolis, elle nous montre aussi l’émergence d’une poésie et d’une vie intense, comme une fleur au milieu des décombres. La chorégraphie est à ce titre particulièrement sagace et affûtée, avec un fil ininterrompu de numéros et de circulation de personnes, de flux lumineux, d’un décor mobile et mouvant, et d’une troupe qui ne fait qu’un avec ces artifices et artéfacts.

On a donc un spectacle brillant et étincelant, qui mêle beauté, puissance, efficacité, originalité… J’ai évidemment adoré ça, et j’y retourne la semaine prochaine au Grand Rex. Il y a bien quelques numéros un peu plus faiblards ou avec quelques couacs, mais c’est complètement gommé par la qualité dingue de l’ensemble. Autant Rain m’avait plu avec quelques réticences, autant iD ne m’a laissé que des souvenirs d’émerveillement et d’une agréable régression. On se prend vraiment à rêver comme des mômes à ces super-héros qui volent d’un bâtiment à l’autre, et qui avec un vélo font des choses que l’imagination la plus folle aurait du mal à élaborer. Absolument fabuleux !

iD au Théâtre de Chaillot par le Cirque Eloize

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Crise de foi – Sophia Aram

Publié le Jeudi 1 Mars 2012 - 22:38
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Je suis allé un peu à l’aveuglette voir ce spectacle, parce que je ne connaissais pas trop cette humoriste à la base, même si j’en avais entendu de bonnes choses. Excellente idée, parce que j’ai passé un moment très drôle grâce à Sophia Aram, mais j’ai surtout été charmé par sa pertinence associée à une magnifique truculence.

Le titre du spectacle reflète parfaitement l’état d’esprit de cette femme, et cela fait un bien fou de la voir s’escrimer pendant tout ce temps contre toutes les religions. Elle prône sans vergogne un athéisme libérateur et qui paraît tellement tombé sous le sens. Il faut dire que je suis moi-même tellement religiophobe que ça me parlait carrément. Elle tire à boulets rouges sur musulmans, juifs et catholiques en égratignant là où ça fait mal, en parodiant avec un humour grinçant et qui fait tout le temps mouche, et en instillant dans son show une belle énergie communicative.

La forme même du spectacle est assez classique et sur un modèle “Foresti”. Ce sont des histoires avec des personnages qu’elle endosse, quelques interventions chorégraphiées et musicales, et une veine “stand-up” (qui se ressent dans la plupart des spectacles humoristiques actuels). Mais Sophia Aram bénéficie d’un charisme hors-norme, elle a une présence remarquable sur scène, et son spectacle est, outre cela, très bien écrit. Parfois ce n’est pas drôle à se taper le cul par terre, mais il y a toujours un propos intelligent, sagace et désopilant.

J’ai été assez épaté de ce qu’elle se permet de dire parfois, elle y va avec un “trash” et une causticité qu’un Desproges n’aurait pas renié. On a eu droit aussi à un petit clin d’oeil très marrant concernant Morano (c’était au moment où la ministre s’était faite terriblement allumer sur France Inter) et d’autres personnages plus dans l’actualité. Sinon ce sont des anecdotes vraiment liées à l’exercice de la religion, ses excès, ses stupidités et autres défauts. Le spectacle vaut vraiment le coup, et j’ai découvert une humoriste avec une trempe sur scène que je ne soupçonnais pas.

Crise de foi - Sophia Aram

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“Le début de la fin” de Sébastien Thiéry au Théâtre des Variétés

Publié le Mardi 28 Février 2012 - 0:58
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J’avais découvert Sébastien Thiéry en tant que l’auteur et l’un des comédiens des irrésistibles saynètes de “Chez Maman” avec la regrettée Françoise Christophe. J’avais aussi vu avec un énorme plaisir “Dieu Habite Dusseldorf” par la troupe de mon chérichou. On devine bien que c’est un auteur aussi drôle qu’irrévérencieux et maniant l’absurde avec un sacré talent.

J’ai reconnu tout cela dans “Le début de la fin”, avec une idée absolument géniale, des textes très marrants et un fond qui décrit encore bien au vitriol nos comportements contemporains. En revanche, et là où le bât blesse selon moi, confier le rôle principal et la mise en scène à Richard Berry n’était pas la meilleure idée… Oooh mais entendons nous bien, le gars est une star, il fait salle comble tous les soirs sur son nom, et la pièce recueille tous les suffrages. D’ailleurs je ne boude pas mon plaisir, et globalement j’ai passé un bon moment. C’est juste qu’encore une fois, j’ai beaucoup de mal avec ces pièces qui se retrouvent “boulevardisées” pour coller à une mode parisienne alors qu’elles pourraient être traitées avec un peu plus de finesse et de nuances.

L’autre chose insupportable et que j’ai déjà évoqué pour Arditi, Moreau ou pour Gamblin les fois précédentes, c’est l’arrivée de la star sur scène et son public d’ores et déjà conquis et transi. La pièce a commencé depuis quelques minutes, les comédiens jouent, et voilà que Richard Berry arrive. TEMPS MORT pour un tonnerre d’applaudissements… Merde, ça ne se fait pas je trouve !!! Donc ça m’a déjà un brin saoulé.

Ensuite, on est résolument dans une situation des plus ubuesques et avec des passages vraiment comiques. Mais le texte, les personnages et la situation portent très bien cela. Ce n’était pas nécessaire de faire de Jonathan Lambert un faire-valoir total, un bouffon à chaque minute de sa présence sur scène, alors que je sais que ce comédien est capable de faire beaucoup mieux que cela. De même certaines répliques participent au boulevard le plus gras, et la mise en scène met bien l’emphase sur une certaine vulgarité, associée à un sexisme bien usuel du boulevard et des claquages de porte à la con. Or je suis intimement persuadé que mis en scène différemment la pièce pourrait être beaucoup plus drôle et pertinente, encore plus absurde et délirante, sans jouer sur ces codes désuets mais qui parlaient sans doute aux spectateurs…

Bon j’ai craché mon fiel, mais je dois avouer que j’ai ri aussi. Et je reconnais surtout une histoire désopilante et revigorante avec un certain Alain (Richard Berry) qui pète un boulon en étant persuadé que son épouse, Nathalie (Françoise Brion que je reconnaissais de “La bûche” où elle joue Janine), est âgée en fait de plus de 80 ans. En réalité, elle a plutôt 25 ans et c’est une très très belle femme. Le ressort théâtral, pas d’une folle originalité mais extrêmement bien rendu sur scène, consiste en deux comédiennes pour interpréter Nathalie. La “vieille” quand c’est le regard de son mari, et la sculpturale jeune femme (Pascale Louange) lorsque d’autres protagonistes échangent avec. Les échanges de comédiennes sont fugaces et très bien orchestrés, et le fait qu’elles portent les mêmes vêtements (de jeunes) est souvent drôle et bien senti. Richard Berry voulant se débarrasser de sa femme cacochyme voit en Jonathan Lambert le pigeon idéal. Ce dernier voyant la bombe qu’on lui propose se laisse facilement convaincre, et il enchaîne les caricatures (notamment un breton à tomber par terre de rire) pour plaire à sa conquête et son patron.

Donc de bonnes idées, des comédiens qui tiennent la route, mais toutes ces petites imperfections ont gâché mon plaisir. Il faut vraiment que j’arrête d’aller voir les pièces avec des comédiens trop connus comme cela, et c’est plus à cause de leur public qu’autre chose en plus.

"Le début de la fin" de Sébastien Thiéry au Théâtre des Variétés

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Memory – Vincent Delerm au Théâtre des Bouffes du Nord

Publié le Jeudi 23 Février 2012 - 0:18

Exceptionnellement, ce post va à la fois dans le répertoire du concert et du théâtre… On a l’habitude d’un Vincent Delerm qui met sacrément en scène ses concerts et qui adore incarner une sorte de personnage sur scène, mais là c’est le contraire c’est un spectacle très élaboré avec quelques chansonnettes. En effet, ce ne sont que 7 ou 8 chansons qui sont données en pâture à une salle pleine de fans. C’est drôle d’ailleurs de constater à quel point sa base de fan est diversifiée, avec du bobo parisien en veux-tu en voilà, mais aussi beaucoup de personnes de l’âge de mes parents, et aussi pas mal de pédés au final !!

Le spectacle m’a fait bonne impression parce que j’aime bien l’homme, et qu’il a concentré tout son univers dans ce show. A grand renfort de décors, objets, projections, sonorisations, effets scéniques, il nous emmène dans son monde et comme c’est aussi un gars de 1976, j’ai en toute logique un référentiel (télé notamment) très commun avec lui. Mais clairement il s’agit d’un concert-performance idéal pour des fans qui veulent parfaire leur connaissance de cet artiste protéiforme au possible. Je n’irais pas recommander cela à tout un chacun, et moi-même je ne dirais pas que j’étais extatique, mais j’ai passé un bon moment.

Disons que la débauche de moyens et le formidable écrin qu’est le théâtre des Bouffes du Nord contribuent énormément à la qualité globale. Les chansons deviennent plus qu’accessoires, mais c’est l’univers dans son ensemble qui est d’une belle cohérence, et qui fonctionne bien. Les éléments ainsi présentés semblent entrer en résonance, et la performance est à saluer de la part d’un “simple chanteur”. Les couleurs, les textures, les lumières, les sons, on dirait que tous les sens sont sollicités et renvoyés dans des souvenirs d’enfance (de ceux nés autour de 1976 en tout cas !!) avec beaucoup de plaisir (et sans nostalgie déplacée).

On sent que Delerm prend énormément de plaisir, et qu’il est arrivé à ce point où il peut se faire plaisir justement. Il a créé son petit spectacle comme il en avait rêvé, certainement avec le budget qui va bien pour ne pas lésiner sur les moyens (manifestes), et cette joie qu’il affiche est assez communicative. D’autant plus, comme je le précisais, que l’audience était toute gagnée à sa cause ! Cela m’a un peu fait penser au spectacle que j’avais vu avec Jeanne Cherhal dans ce même théâtre, on y retrouve cette veine d’une oeuvre résolument contemporaine qui mêle les genres et les inspirations (avec plus ou moins de bonheur).

Memory - Vincent Delerm au Théâtre des Bouffes du Nord

  • ThéâtrOpérage
“Tout est normal mon coeur scintille” par Jacques Gamblin au Théâtre du Rond Point

Publié le Dimanche 19 Février 2012 - 3:01
Catégorie: ThéâtrOpérage

Je ne savais pas trop ce que j’allais voir, et c’était finalement une jolie surprise, même si j’étais un peu circonspect au début. En revanche, en ce moment je vais pas mal voir au théâtre des comédiens qui ont un énorme potentiel de fans parmi le public féminin, et c’est pour Gamblin comme pour Arditi, Jean-Luc Moreau ou Richard Berry. Donc la salle était d’ores et déjà conquise par Gamblin et comme son spectacle est assez intello, sensible, poétique et original, je sentais une véritable tension nerveuse et extatique dans les rangées. Les gens n’en pouvaient plus !!!!

Il faut reconnaître que l’homme écrit un texte très onirique et vraiment beau, on a un peu l’impression qu’il évoque tout ce qui lui passe par la tête, mais avec un vrai talent de conteur et de poète. En plus de cela, il accompagne son récit d’une très intéressante occupation de l’espace et d’une gestuelle unique et emphatique. Il est vraiment comédien à part entière même si la plupart du temps seul sur scène. Et avec une impressionnante lumière et quelques autres objets, en plus d’un sacré charisme, il captive son audience sans trop de difficulté. Les moments les plus impressionnants, et que j’ai préféré, sont les passages chorégraphiés où Gamblin fait montre en la matière d’un talent non négligeable. Il est là en présence de danseurs, et leurs performances sont notables. Il a une maîtrise vraiment complète de son corps, en plus de son texte et sa gestuelle, et cela donne un spectacle d’une grande qualité formelle.

On passe vraiment un moment très agréable, et le cabotinage passe plutôt bien, si on aime un peu l’homme évidemment. Même s’ils livrent parfois des métaphores un peu plus sombres ou neurasthéniques, il conserve cette ambiance onirique qui contribue au charme du spectacle. Ses fantaisies, qu’elles soient verbales ou gestuelles, et au final bien théâtrales ont plutôt la gaieté et la légèreté communicative.

"Tout est normal mon coeur scintille" par Jacques Gamblin au Théâtre du Rond Point

  • ThéâtrOpérage
Truismes au Théâtre du Rond-Point

Publié le Jeudi 16 Février 2012 - 0:27
Catégorie: ThéâtrOpérage

Alfredo Arias est un immense dramaturge et un homme de théâtre reconnu, que je n’avais encore jamais vu sur scène. Truismes est un roman emblématique de Marie Darrieussecq, que j’ai découvert sur le tard, et qui avait marqué les années 90. La rencontre des deux faisait présager du meilleur, avec un Alfredo Arias seul sur scène et ce texte pour seul repère.

Oh là là, c’te cata… Je n’ai jamais assisté à spectacle où autant de gens se sont enfuis par dizaines dès qu’ils l’ont pu. C’en était presque gênant pour le comédien…

Pourtant il y a bien des choses qui tiennent la route, comme le jeu d’Alfredo Arias qui est une réelle prouesse. Il est en effet masqué et affublée d’un déguisement “truiesque”, tout en modifiant sa voix pendant toute la pièce. J’ai aussi beaucoup aimé les interludes vidéos qui faisaient montre des différentes phases de transformation de la femme. Mais bon, on était au théâtre, et ce que j’ai préféré ce sont ces vidéos…

Sinon le gros problème c’est la manière dont le texte a été découpé et est ainsi “rendu” sur scène. C’est brouillon, confus, souvent abscons, et ça ne fonctionne simplement pas du tout. Outre cela, Arias en fait des TONNES. Il est déjà bien en verve et apparaît un brin comique avec son apparence porcine, mais il a plutôt l’air de prendre son pied à se traveloter ainsi et parfois on y reconnaissait plus une drag-queen dans du burlesque qu’un comédien à l’oeuvre.

Truismes au Théâtre du Rond-Point (Alfredo Arias)

La pièce devient très rapidement d’un ennui catastrophique, et j’ai dû lutter pour ne pas sombrer. On finit par se perdre dans sa logorrhée grognante et couinante, malgré quelques rappels au texte pour les plus fans. De toute façon, sans avoir lu le bouquin, ce n’était même pas la peine d’y aller, il était impossible de comprendre quoi que ce soit.

Bon bah voilà, pas terrible quoi…

Truismes au Théâtre du Rond-Point (Alfredo Arias)

  • ThéâtrOpérage
La Vérité (Théâtre Montparnasse) et Les Conjoints (Théâtre Tristan Bernard)

Publié le Mardi 25 Octobre 2011 - 23:49
Catégorie: ThéâtrOpérage

J’ai vu ces deux pièces à une semaine d’intervalle (par le plus grand des hasards) et je me sens obligé d’en parler en même temps tant elles vont ensemble. Les deux pièces sont écrites par deux auteurs connus, même si celui de la Vérité, Florian Zeller, est une petite star chez les bobos, tandis que l’autre, celui des Conjoints, Eric Assous, est plus connu pour ses comédies sur le thème des histoires de couples. Les deux textes ont ceci en commun d’avoir une thématique largement empruntée au Boulevard, mais sans en être. C’est à dire que l’on est pas dans les portes qui claquent, les amants dans les placards et les quiproquos téléphonés. En revanche, ce sont deux pièces qui parlent exclusivement de relations de couples bien établies, du mensonges et des faux-semblants attachés aux mariages qui durent. Aussi on sent bien en filigrane une amusante peinture, parfois au vitriol, de nos moeurs actuelles, et des morales en trompe l’oeil qui prêtent à sourire.

Les deux pièces ont leur lot de comédiens vedettes avec Pierre Arditi, Fanny Cottençon pour La Vérité, et Jean-Luc Moreau, Anne Loiret pour Les Conjoints. Les deux spectacles sont en plus à la mode, et ont pour autre point commun d’attirer des femmes de 45/55 ans et leurs maris. Pierre Arditi et Jean-Luc Moreau étant les “George Clooney” de la soirée, on se rend parfaitement compte à quel point la gente féminine est là pour eux, et on entendrait presque des soupirs lorsqu’ils fanfaronnent ainsi sur scène.

La Vérité surtout comme son nom l’indique traite du mensonge sous toutes ses coutures. Pierre Arditi est marié et Fanny Cottençon aussi, d’ailleurs au meilleur ami de ce dernier, mais ils sont amants. Elle en a assez de vivre ainsi, mais il lui ment comme il respire, et dès les premières minutes on comprend qu’il est spécialiste dans la dissimulation et l’invention d’histoire à chaque minute de conversation. D’ailleurs Arditi est extraordinaire et fait montre d’un sacré talent pour endosser un rôle pareil. Evidemment il cabotine un peu, mais je reconnais qu’il fallait un monstre pareil pour incarner avec autant de justesse et de drolatique finesse un personnage aussi sympathiquement détestable. Non seulement scène après scène, il s’enfonce dans des mensonges de plus en plus rocambolesques, imbriqués et surréalistes, mais on découvre peu à peu que personne n’est dupe. Et rapidement, on commence à voir poindre les personnalités des autres comédiens. De victimes innocentes et manipulées, on finit évidemment par réaliser que tel est pris qui croyait prendre, et que la Vérité est une notion vraiment vraiment relative.

Les Conjoints est un peu moins intello (ce n’est pas Zeller à la plume…), mais j’ai trouvé finalement le ton et le dénouement plus enlevés et une vision globale un brin plus perspicace et énième degré. On est dans une histoire un peu plus pimentée et “boulevard” sur le coup. Jean-Luc Moreau est un loser qui vient de gagner au loto, et dont le meilleur ami est marié à une femme qu’il désire. On sent d’ailleurs que c’est un peu réciproque, même si la femme, fantastique Anne Loiret (la femme de Bacri dans “Le goût des autres”), est solidaire avec l’ex de Jean-Luc Moreau qu’il vient de laisser tomber pour une jeunette. D’ailleurs le couple, assez étrangement assorti, est invité à dîner chez ces amis, alors que cela ne plait pas du tout à Anne Loiret. La pièce se compose de scènes avec flash-backs et flash-forwards qui nous montrent la situation avant que Jean-Luc Moreau ne gagne, et petit à petit l’évolution de la situation. Il est aussi largement question de tromperie, de meilleurs amis et de jolis pieds de nez à la bourgeoise bienséance. Vraiment Anne Loiret remporte tous les suffrages tant son texte est ciselé à merveille et interprété tout aussi bien. Jean-Luc Moreau était quant à lui assez décevant même si “correct”, il paraissait là en service minimum, assez blasé, genre je suis là, je joue, je repars.

D’un point de vue très bobo intello, on pourrait dire que voilà deux pièces qui prennent le contre-pied des thèmes classiques du boulevard et se réinventent dans des images rohmeriennes qui blablabla… En réalité, j’ai bien aimé les deux même si comme je l’ai souligné, la première est plus intello et allégorique, mais aussi plus aride et monolithique, tandis que la seconde plus proche des comédies de (ce) genre. Ce qui m’a totalement décontenancé, c’est le public !! En effet, je ne suis pas du tout dans la cible de ces pièces, et les salles étaient blindées de couples hétéros de l’âge de mes parents qui pouvaient s’identifier à 100% avec ce qui se passait sur scène. Et j’ai eu beaucoup de mal avec des rires à gorges déployées de toutes les desperate housewives du coin. Elles paraissaient vraiment se taper le cul par terre, et cela m’a laissé pantois. J’ai bien compris qu’elles étaient des fanatiques de Pierre Arditi et Jean-Luc Moreau, mais les pièces ne me paraissaient pas drôles à ce point, elles m’ont plutôt fait sourire d’ironie ou ricaner à quelques bons mots ou chutes malicieuses. Du coup, je me dis qu’une part de cette hystérie vient peut-être bien de ces situations théâtrales auxquelles elles ne s’identifiaient que trop par rapport à leurs propres expériences conjugales…

En tout cas, l’attitude du public m’a un peu renfrogné dans mon appréciation des pièces, tant je me sentais en décalage avec mes sourires timides qui étaient largement couverts par les esclaffements bruyant de mes aînés. Malgré tout, il s’agit de deux moments très divertissants et agréables, diablement ciblés baby-boomers parisiens, dont les conclusions sont particulièrement cocasses et inattendues, et les morales sympathiquement irrévérencieuses (mais pas trop).

La Vérité (Théâtre Montparnasse) Les Conjoints (Théâtre Tristan Bernard)