112 articles pour la catégorie “ThéâtrOpérage”

  • ThéâtrOpérage
« Serial plaideur » de et avec Jacques Vergès au théâtre de la Madeleine

Publié le Mardi 23 Décembre 2008 - 0:49
Catégorie: ThéâtrOpérage

J’ai une immense fascination pour cet homme, et je suis allé le voir avec beaucoup de crainte et d’espoir… Je n’ai pas été déçu, bien au contraire, et je recommande vivement ce spectacle, ce texte et cet orateur hors-pair. Jacques Vergès offre un moment d’une inoubliable qualité, et tout est absolument remarquable, le fond comme la forme.

Le seul truc vraiment nul c’est le titre… bif bof. « Serial plaideur », un jeu de mot limite pourri et qui fait un peu cheap alors que l’avocat a écrit un texte, une plaidoirie même, d’une beauté et d’une intelligence tout à fait saisissantes. On retrouve Jacques Vergès avec ses qualités, mais aussi ses défauts, il est d’un narcissisme complètement dingue. Le type affiche en effet une mégalomanie sans borne, mais il compense avec une finesse inouïe dans son discours et son argumentation. Outre cela, et je ne m’y attendais pas, il développe une émotion à fleur de peau, et se livre avec une authenticité que l’on a jamais sentie auparavant chez cet avocat, ce professionnel de la rhétorique et de la démonstration.

La pièce est donc un long monologue où Jacques Vergès n’est autre que lui-même, dans son bureau, avec ses souvenirs et son édifiante carrière. L’homme fait face au public, et il va s’exprimer pendant plus d’une heure sur son expérience de défenseur, un défenseur envers et contre tous. Car ce en quoi croit cet homme, c’est la présomption d’innocence, et surtout la volonté d’expliquer les cheminements de ces hommes et femmes qu’il défend. En mettant en lumière leurs démarches, tout ce qui entoure leurs vies, leurs destinées, l’avocat met en exergue les mécanismes qui ont pu mener à une funeste conclusion. Il n’excuse pas, mais il remet en contexte, il tente d’écarter les oeillères de la morale bien-pensante et des ordres établis pour donner à tous un procès équitable et plus juste, à son avis.

On peut aimer ou pas le personnage de Vergès, mais on ne peut y rester insensible. Il narre son opinion de la justice, ou plus largement de la chose judiciaire, à travers trois exemples concrets. Il s’agit d’Antigone, Jeanne D’Arc, et Julien Sorel, qu’il décrit comme une tragédie, un procès et un roman. En citant et racontant ces histoires, il évoque ces trublions d’une époque qui lui tiennent particulièrement à coeur. Ces anticonformistes qui ont été en lutte contre la société, qui se sont marginalisés, et ont payé de leur vie ces “écarts”, et ce qu’ils pensaient être “justes”. Et il prend comme exemple contemporain, sa propre expérience de défenseur lors de la guerre d’Algérie, et notamment son combat pour Djamila Bouhired (qui sera sa femme plus tard).

Le décor est assez troublant puisqu’il s’agit d’une réplique du bureau de Vergès, avec quelques éléments qui doivent certainement en dire long pour ceux qui connaissent mieux le personnage. Et l’avocat a l’air très à l’aise sur cette scène qui est son lieu de travail familier, tout en étant délocalisé dans un théâtre. J’ai beaucoup aimé cette mise en abîme, que l’on oublie en quelques minutes, tant le personnage capte votre attention, et ne la relâche qu’au dernier instant. Et puis, ce texte… énorme (je l’ai acheté en sortant). L’écriture est superbe, très riche et bourrée de références culturelles, tout en étant fluide et limpide dans sa bouche. On reconnaît bien là un des pénalistes les plus éminents de France, mais aussi le bretteur au verbe aiguisé et précis. On prend un plaisir fou à l’écouter, et il est tellement doué qu’il paraît difficile de ne pas succomber à son argumentation sans faille.

Je pourrais évoquer des heures ce moment privilégié, et ses mots me sont restés en tête toute la soirée. Rares sont des moments de théâtre aussi originaux et percutants pour moi.

« Serial plaideur » de et avec Jacques Vergès au théâtre de la Madeleine

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Valérie Lemercier au Palace

Publié le Lundi 22 Décembre 2008 - 23:23
Catégorie: ThéâtrOpérage

Je n’avais jamais vu l’humoriste en chair et en os, et j’attendais énormément de ce spectacle. Je sais que c’est un certain privilège de voir Valérie Lemercier en live, vu qu’elle n’enregistre pas ses shows, et qu’elle se fait plutôt rare sur les planches. Mais je ne pensais pas être aussi déçu en définitive…

Meeerde ! A croire que je ne suis pas pédé, car c’était la Gay Pride dans les rangs de ce Palace tout rénové, et nos compères sont bien connus pour être fan de la dame. Donc d’abord ambiance nostalgie des soirées joyeuses et juvéniles du Palace, mais passé ce précieux moment, j’ai découvert avec déception des places en première catégorie… Chères mais où l’on ne voyait pas bien. Premier hic.

La seconde mauvaise surprise c’est dans l’entrée et la sortie, frigorifiques. Pas de bonjour ou au revoir, pas de contact avec le public, Valérie Lemercier se permet un accueil à la Madonna, et quitte la scène de la même manière. Elle fait son truc, et hop, salut à demain. Outre cela, le spectacle n’a aucune unité, il n’y a aucun lien ou liant entre les sketches, qui sont simplement enchaînés par des plongeons dans le noir. Mouai…

Bon mais, tout cela aurait bien pu être compensé par l’humour de Lemercier, par son écriture décapante, son ironie mordante et son ton de bourge déjantée et décadante. Eh bien, je n’ai pas vraiment rigolé, ou alors trop peu lorsqu’elle devenait vraiment très vulgaire. Et c’est un peu juste en fait… Parce que les saynettes tirées de VDM ne fonctionnent pas très bien, et toutes les tentatives d’humour finissent souvent à l’eau. Encore une fois, le plus comique ce sont les “bouffer la chatte à maman” et consort, mais ça ne vole pas bien haut, et c’est vite lassant. C’est fou qu’elle ne puisse faire rire qu’en parlant de pipi, caca et bite-couille.

Tous mes potes m’ont fait des retours similaires, mais aucun n’était vraiment fan et ne l’avait vu avant en spectacle. En tout cas, je n’y retournerais certainement pas.

Valérie Lemercier au Palace

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() : Tragédie pour deux espaces

Publié le Dimanche 19 Octobre 2008 - 23:40
Catégorie: ThéâtrOpérage

Parfois, j’aime bien aller voir un spectacle vivant, type théâtre, pour aussi aller voir autre chose. Eh bien là, j’ai été servi, et comme je ne m’y attendais absolument pas, ce fut encore plus une surprise. Cette performance théâtrale (c’est le qualificatif qui me paraît le mieux adapté) s’est déroulé au théâtre Naxos-Bobine dans le 11e arrondissement, pas très loin de chez moi en fait, et une quinzaine de personnes étaient invitées à partager ce moment. L’auteur, comédien et metteur en scène de ce spectacle est Franck Mas, et je ne connaissais pas sa démarche. Je n’avais lu que quelques mots sur cette pièce, et le fait qu’il s’agissait d’un diptyque dont c’était la première partie.

Voilà ce qui s’est passé. Nous sommes descendus au sous-sol où se trouve la salle de représentation, elle était plongée dans le noir. Nous avons donc été accompagnés à nos sièges dans la pénombre, seulement éclairés d’une lampe de poche. Après quelques minutes, plongés dans un noir absolu (le genre de noir où l’on ne voit pas ses mains), le spectacle pouvait commencer.

C’est alors qu’une voix a point dans la nuit, et on ne sait bien d’où, Franck Mas a commencé à nous conter “son” histoire. Apparemment, un homme bien seul et qui souffre de cette condition, donc les jours se suivent et se ressemblent, fait de passages au cybercafé, et de l’absence cruelle de l’autre. Les récits de ces mornes journées sont parfois répétitifs, et on comprend que l’homme attend des nouvelles d’une personne, et personne ne répond.

Bref, vous êtes dans le noir complet, et un type vous raconte une vie la plus vide possible d’un quidam. Le truc chiant par excellence donc, mais qui prend tout son intérêt dans la manière dont le comédien rend cette vacuité. Je sais que je peux apparaître pédant en disant cela, mais il y avait un véritable intérêt dans la démarche même de l’auteur. Car il réussit à signifier l’ennui et le désespoir de son narrateur, de son protagoniste, en nous plongeant dans le noir et en parlant sans cesse, tout en ne racontant rien d’extraordinaire. Le comédien est là, sans être là, il est dans le noir, et image le vide, en ne racontant rien, tout en meublant. Bah c’est dingue, mais j’ai trouvé cela drôlement intéressant. Pas révolutionnaire dans la forme, maisinterpelant.

Etre dans le noir comme cela fait oublier au bout d’un moment son propre corps. En outre, on se focalise beaucoup plus sur ses autres sens, et surtout l’ouïe. Du coup on essaie de faire le moins de bruit possible, et un simple raclement de gorge semble emplir tout l’espace. La parole du comédien prend alors beaucoup plus d’ampleur, et paraît ne plus avoir d’entrave avec le spectateur. C’est une sensation étrange, comme si ses mots s’imprimaient directement en nous. De plus, étant vu de personne, on peut faire ce qu’on veut. “Regarder” à gauche à droite, faire des bisous à son voisins ou le tripoter impunément (hu hu), simplement ne pas écouter le comédien, ce que j’ai fait à plusieurs reprises. En effet, ce discours lénifiant m’a parfois un peu perdu, et être plongé dans l’obscurité m’a donné une sorte d’impunité assez curieuse à expérimenter (j’ai même du me mettre les doigts dans le nez, ah ah). Mais indéniablement, on serefocalise sur la parole qui résonne dans ce lieu confiné, et qui peut aussi donner une certaine claustrophobie (renforcée par l’obscurité).

Mais le plus surprenant, le plus flippant, c’est la fin du spectacle. Car la lumière revient peu à peu, mais très très très lentement, et on voit alors la scène… Le “personnage”… On a peur, on se demande, on scrute les ombres et les imperceptibles mouvements, et ces yeux qui brillent dans le noir, cette vie qui palpite en cette “chose”… humaine, animale ? Oui on voit mieux… Une sorte de révélation.

Bref, ce n’est pas le truc le plus extraordinaire qu’il m’a été donné de “voir”, mais j’ai vraiment apprécié l’expérience et la démarche de Franck Mas. En fait, j’adorerais voir la seconde partie de ce diptyque qui est complètement différente.

() : Tragédie pour deux espaces, théâtre Naxos-Bobine

  • ThéâtrOpérage
« Edward aux mains d'argent » au théâtre du Châtelet

Publié le Samedi 11 Octobre 2008 - 18:42
Catégorie: ThéâtrOpérage

Le film « Edward aux mains d’argent » de Tim Burton est un des films cultes de ma famille, et surtout de mon père. Il faut dire qu’on est tous les quatre vraiment fan du réalisateur. J’avais aussi eu la chance de me régaler du ballet « Swan Lake » de Matthew Bourne à Mogador, tout comme j’avais déjà été ébahi d’un magnifique ballet par l’American Ballet Theatre au théâtre du Châtelet.

Ce que j’avais lu de ce spectacle m’avait complètement décidé à le voir. Il y avait le fait qu’il était sous l’égide de Tim Burton et de Danny Elfman (dont je suis autant féru), et aussi l’incroyable talent de Matthew Bourne pour traduire les émotions en mouvements. Je me disais qu’Edward Scissorhands était bien le personnage qui pouvait formidablement rendre dans le cadre d’un ballet.

Et le résultat est malheureusement en demi-teinte pour moi. Je sais bien qu’il est extrêmement difficile d’apprécier un spectacle, lorsqu’il est issu d’une oeuvre originale qu’on aime énormément, mais j’ai là été surpris par deux choses. D’abord, il y a des scènes dans le film qui sont beaucoup plus émouvantes et prenantes que dans le spectacle, et c’est surprenant car la chorégraphie avait toutes ses chances pour redonner encore plus de lyrisme à ces moments. Et au final, ça ne fonctionne pas de la même manière, et même moins bien. Etrangement, j’attendais d’être plus ému, d’être beaucoup plus emporté par les scènes charnières de l’histoire. Et là ça a un peu fait l’effet d’un pétard mouillé. Ensuite, il y a certains partis pris dans la narration qui m’ont troublé, et qui n’ont pas aidé à comprendre le fond de l’histoire (à mon avis à moi que j’ai).

Un des piliers de l’histoire, et ce qui fait tout le charme du conte qu’il est censé illustrer, c’est que tout cela vient de la demande d’une petite fille à sa grand-mère qui veut savoir d’où vient la neige. La grand-mère est a narratrice de l’histoire, et elle explique qu’avant la venue d’Edward il ne neigeait pas dans la ville. Et depuis qu’il est “reparti”, elle sait qu’il est toujours vivant, car tous les ans il neige de nouveau. Toute cette idée est complètement zappée dans le ballet, et c’est dommage car une grande importance est donnée à la neige, mais on ne sait absolument pas pourquoi.

Ensuite, et là c’est vraiment du à un problème du côté du théâtre (vive la France !), la scène la plus importante pour moi, le véritable momentum émotionnel, c’est lorsqu’il sculpte la fille dans la glace, que cela fait de la neige, et qu’elle sort pour danser dans la neige. J’avais vu dans les vidéos de présentation qu’Edward, comme dans le film, sculptait et plein de flocons sortait pour faire un grand jet de neige. Et ce soir là, le soir de la première tout de même, on a entendu un “TSSS TSSS” et plus rien. Donc ils ont dansé, et il y avait bien un écran transparent qui imageait aussi la neige, mais ce n’était plus du tout le même effet. Quel dommage…

Donc vous voyez des petites déceptions qui ont miné mon plaisir. Ajoutez à cela, des places à 75 euros qui sont tout juste bonnes. Je me suis alors dis que la salle à moitié vide s’expliquait d’un seul coup, et que je m’étais bien fait avoir. Parce que avoir un pilier presque en face de soi pour ce prix là, c’est hallucinant, même si je sais que c’est une des tristes particularités de ce lieu (mais normalement le prix des places est relatif).

Mais je ne suis pas non plus totalement négatif sur ce spectacle, pour la simple et bonne raison que c’est malgré tout un superbe ballet. En effet, Matthew Bourne crée encore une fois une magnifique chorégraphie, avec une mise en scène particulièrement punchy, et qui occupe l’espace avec beaucoup de fluidité. Il n’est pas rare d’avoir une vingtaine de danseurs et danseuses sur la scène, et tous leurs mouvements sont coordonnés à la perfection. En tant que spectateur, les tableaux sont parfaitement composés, et on suit l’histoire dans les mouvements comme pour un film muet. Cette composition est particulièrement saillante lorsque tous les protagonistes sont dans une chorégraphie globale, mais que l’attention est focalisée sur les deux héros.

Edward (Matthew Malthouse) est vraiment impeccable dans le rôle, et on retrouve avec plaisir un personnage aussi crédible que Jonny Depp l’était. L’adaptation en ballet rend globalement étonnament bien, on suit le fil de l’histoire, et surtout les tensions dramatiques ou comiques sont reproduites avec une bluffante limpidité. Mes scènes préférées sont de loin celle où Edward danse avec les buissons taillés et où il n’a plus ses ciseaux (dans un rêve), on est là dans une émotion que seul le ballet peut exprimer, et qui est en grande cohérence avec l’histoire. L’autre scène marquante est celle de, malgré la pétouille technique, la sculpture de glace.

Chérichou me dit que l’on était trop haut pour apprécier le spectacle, et qu’au niveau des pâquerettes, on devait mieux saisir le ballet.

L’avis des copines (J’ai eu la surprise de rencontrer plein de blogueurs et blogueuses que je lis, et qui étaient invités, les busards !!) : Eric, Miss Blablabla, Mathilde, Grégory, Franck (dont je rejoins pas mal l’avis de son copain, mais je suis plus gentil quoi).

« Edward aux mains d'argent » au théâtre du Châtelet

  • ThéâtrOpérage
« Equus » au Théâtre Marigny

Publié le Jeudi 9 Octobre 2008 - 23:54
Catégorie: ThéâtrOpérage

Au vu des bons échos que j’avais glané ça et là, j’ai voulu voir cette pièce qui a tant fait parler d’elle outre-Manche et Atlantique. Nous n’avons pas de Daniel Radcliffe pour égayer le tout, mais Julien Alluguette nu est une jolie cerise sur le gâteau. Heureusement, je n’allais pas voir la pièce pour cela, mais force est de constater que c’est tout de même le meilleur souvenir qu’il m’en reste. Je suis extrêmement contrarié par cette pièce car je n’ai jamais été autant schizophrène dans mon opinion. En effet, je l’ai beaucoup aimé dans la forme, et je n’ai pas du tout accroché dans le fond !

Il s’agit d’une pièce de Peter Shaffer de 1973 qui évoque un adolescent, Alan Strang (Julien Alluguette), avec de gros problèmes psychiatriques. En effet, ce dernier pris d’un coup de folie a, une nuit, crevé les yeux de six chevaux dans un hara dans lequel il travaillait. Il est envoyé dans un hôpital par le juge pour y être soigné par le docteur Dysart (Bruno Wolkowitch, le comissaire de « P.J. »). Le psy va tenter de libérer Alan, en lui faisant revivre les faits de cette funeste nuit…

Commençons par le meilleur : la mise en scène de Didier Long m’a vraiment conquise. J’ai adoré le décor minimaliste avec ses subtils deus-ex-machinas. On a aussi tous les personnages qui “assistent” à presque toute la pièce, en intervenant tour à tour, et aussi des astuces de mise en scène très simples et habiles pour figurer telle ou telle scène du passé. Par exemple quand Alan revit son enfance avec ses parents au bord de la plage, je voyais très bien la scène alors que c’était le même décor dépouillé et noir. Mais les comédiens et leur manière d’occuper l’espace suffisaient à projeter une illusion bluffante. Donc vraiment une scénographie et une gestion de l’espace qui m’ont énormément plu.

Ensuite, il faut aussi reconnaître une atmosphère qui colle très bien au drame et à l’ambiance glauque de la pièce. Les chevaux aussi qui sont joués par des humains, avec des têtes en fils de fer, sont impressionnants, et participent à la beauté toute formelle du spectacle. La scène est d’une grande mobilité, et elle découvre au fur et à mesure des décors totalement inattendus.

J’ai bien aimé les comédiens, mais surtout Julien Alluguette qui a l’air particulièrement à l’aise dans son rôle. Bruno Wolkowitch est assez décevant, malgré quelques éclairs, parce qu’il déclame parfois un peu à côté de ce que j’attendais, et cela ôte pas mal de crédibilité à son personnage. Au final, j’ai vraiment été très fan de la mère (Joséphine Fresson) d’Alan Strang, que j’ai trouvée la plus juste et touchante.

Donc vraiment, un beau spectacle dont les effets visuels et chorégraphiques sont réussis. Un show qui attire l’oeil et qui ne laisse pas insensible, une ambiance mortuaire et singulière qui accroche bien au départ. Mais alors il y a quelque-chose de terrible pour moi : j’ai trouvé l’histoire complètement conne !! Merde alors !

Autant j’ai adhéré aux postulats de base, et j’en attendais beaucoup. Ce garçon très perturbé qui voue un culte aux chevaux, et finit par crever les yeux de six d’entre-eux. Un garçon qui a des relations presque physiques avec ces animaux, c’était quelque-chose qui m’intéressait. Mais les dialogues sont dignes d’un téléfilm de M6 du dimanche aprème ! On croirait vraiment au scénario le plus classique et éculé, avec une accumulations de clichés incroyables sur la psychanalyse. Et ne parlons pas du psy qui se confie à son patient, ou des gros lieux communs sur la relation avec les parents et les traumatismes de l’enfance. Tout est tellement cousu de fil blanc que je ne pouvais pas accrocher, et surtout c’était servi par des dialogues d’une platitude affligeante, et d’une confondante banalité.

Et puis, je n’ai pas compris la raison pour laquelle les chevaux sont joués par des mecs directement chopés dans le Marais. Là, il y a un jeu cryptogay qui m’échappe, je ne vois aucun intérêt à l’avoir mis en scène de cette manière. A la rigueur, si leurs visages avaient été couverts de têtes de chevaux, on aurait pu comprendre, mais là on dirait que c’était un truc juste fait pour le public pédé. Bizarre… De même pour la scène très affriolante et agréable où Julien Alluguette est tout nu, et qui, en effet, nous montre bien son rapport charnel et intense aux chevaux. Mais tout de même… Cette mise à nue n’était absolument pas essentielle à la tension dramatique de la scène à mon avis.

Bref, c’est dingue, mais autant j’ai beaucoup aimé la forme, mais pas le fond. Tous les éléments sont là pour créer un spectacle de qualité, avec de l’originalité et un potentiel terrible pour véhiculer des émotions. Mais je ne comprends pas comment on peut nous servir cette histoire de cette manière… Du coup, je me dis que le texte a peut-être beaucoup vieilli, et que cette sauce psy à deux balles était encore originale à l’époque. De même que les scènes de ballet cryptogay faisaient plaisir aux connaisseurs… Je ne sais pas…

Donc je garde en moi les qualités formelles de la pièce, et… putain ce cul !!!!

L’avis des copines : Laurent, Matthieu, Colin Ducasse.

Equus au Théâtre de Marigny

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Mado au Tango : « Les Invasions Bâtardes »

Publié le Jeudi 2 Octobre 2008 - 21:57

Je m’étais fait remarquer lors d’un séminaire avec ma boite lorsque la consultant avait demandé un tour de table pour savoir ce qui nous motivait « dans la vie » . En effet, j’avais sincèrement rétorqué qu’une journée où j’avais ri, lui donnait alors toutes les chances de devenir une bonne journée ! Rire, exploser de rire, ne plus pouvoir retenir son diaphragme, sentir le sang qui monte à la tête, avoir les cellules grises qui pétillent d’euphorie, et entendre son propre rire qui se déploie naturellement et sans entrave…

Aaaaah, que c’est bon de rire. :mrgreen: (Si si)

Eh bien mes chers amis, hier soir, je n’avais pas ri comme cela depuis des lustres (sauf quand je fais des blagues à mon chérichou dans le lit avant de dormir, mais c’est une autre histoire). Je suis allé avec des potes au Tango, sur les conseils avisés de Floflochou, pour me régaler des propos follement drolatiques de la célèbre (mais je ne la connaissais pas, béotien que je suis) Mado ! Cette dernière est une drag-queen qui officie dans son propre cabaret à Montréal.

Nous ne sommes pas habitués à de tels spectacles en France, mais aux USA ou même en Angleterre, c’est plus courant. Et là c’est une véritable « stand-up comedian » version travelobitchiquébecoise ! Autant dire que c’est irrésistible… Mado a une répartie qui fait mouche la plupart du temps, mais surtout un extraordinaire à-propos qui lui fait élaborer des digressions d’une demi-heure entraînant son audience de rires en crises de rire. Ajoutez à cela une trame plutôt bien écrite et bien sentie, un accent québécois qui à lui seul nous apporte déjà le sourire, et un habile management interculturel qui lui aussi est sujet à bien des plaisanteries.

Mado a donc pris place dans cette mythique boite de nuit gay parisienne, et a enflammé l’ambiance pendant presque trois heures, avec un parterre de pédales qui riaient de bon coeur. Son humour fonctionne parce qu’il est vraiment basé sur sa tchatche et son babil effronté, mais en outre elle scande son spectacle de chansons dont elle change les paroles pour les rendre encore plus drôles. Normalement son spectacle parle de l’histoire de (“de” et pas “du”) Québec et de ses 400 ans, mais il faut avouer qu’elle n’arrive pas vraiment à suivre le fil de son récit. On apprend tout de même l’histoire des filles du roi, et de ces français incapables qui ont perdu la ville en trente minutes !!

Sinon elle est plus diserte sur Céline Dion ou Natacha Saint-Pierre ainsi que toutes ces chanteuses criardes qu’elle nous souhaite de garder le plus longtemps. Alors forcément la thématique est extrêmement gay et queer, et il faut un minimum de pédéculture pour apprécier le spectacle, mais je crois que mes lecteurs n’en manquent pas. Huhu. Je suis incapable de vous sortir le quart des blagues et calembours de la veille, mais ça m’a fait marrer comme une baleine, et ça fait un bien fou !! Et elle nous serine aussi sur notre façon de parler, sur les différences de vocabulaire entre français et québécois, sur nos manières aussi. Bref tout ce qui donne l’occasion de se moquer et d’en rajouter des tonnes, tout en glissant une remarque sexuelle dès qu’elle le peut.

Matorif en a fait une excellente chronique, et je vous conseille son article qui reprend verbatim de belles assertions. Un grand merci à Madame Hervé pour cette belle soirée !! Et dès que je vais à Montréal, je passe sans faute une soirée dans ce cabaret.

L’avis des copines : Matorif, Poulpi, Incipio.

Mado au Tango : « Les Invasions Bâtardes »

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« Chère Pauline… ou les théâtres de Carton » au théâtre de Ménilmontant

Publié le Lundi 29 Septembre 2008 - 23:40
Catégorie: ThéâtrOpérage

Pauline Carton… Ce nom est étrangement familier pour moi, un truc que j’ai entendu dans la bouche de mes parents, ou plutôt mes grands-parents. Une de ces immenses comédiennes du siècle dernier, qui a laissé son empreinte dans une kyrielle de films et pièces de théâtre, et liée à Sacha Guitry. Elle était apparemment connue pour,comme elle le disait elle-même, son « physique de pou » et ses rôles de soubrettes.

Mais Pauline Carton c’est avant-tout une fanatique de son métier, et sous les traits de Fiora Giappiconi, il s’agit d’un monologue panégyrique d’une heure et quelques sur le théâtre ! La comédienne évoluera donc seule sur scène, mais dans l’intimité de sa loge, elle nous confie son amour total pour son art, son histoire aussi, avec ses hontes et ses joies, avec ses anecdotes sur le monde du théâtre, ses potins et ses travailleurs. Comme Pauline Carton, il s’agit de Théâtre mais aussi de cinéma et de chansons (Fiora Giappiconi nous en sort d’ailleurs de bien gratinées).

La mise en scène est assez simple mais très efficace, et elle est surtout servie par une bonne comédienne. On pourrait lui reprocher une diction un rien précieuse et articulée, mais au final elle interprète elle-même une comédienne, et beaucoup de comédiens ont ce tic de prononciation, donc ça passait plutôt bien. Moi je l’ai trouvée vraiment impeccable dans ce rôle, et j’ai surtout été transporté pendant tout son discours. Il faut dire qu’encore une fois la mise en scène donne à voir aux spectateurs une Pauline Carton sous toutes ses coutures. Elle se déguise et joue les soubrettes (en trois styles, de la beauf à la vamp), les mendiantes et d’autres personnages, elle pousse la chansonnette, et nous confie des anecdotes sur les théâtreux.

Ce soliloque est vraiment très beau, mais il ne dure heureusement pas trop longtemps, car j’avoue que j’aurais été un peu lassé sinon. On comprend bien son amour du théâtre et du jeu sur scène, mais j’aurais aimé un texte peut-être un peu plus proche de la femme et de son histoire personnelle. J’aurais aimé que ça parle un peu de Guitry ou bien de l’époque, et d’autres comédiens. Mais son discours reste assez neutre, même s’il était de très bonne facture et tout à fait idoine, et encore une fois servi par une excellente Fiora Giappiconi.

« Chère Pauline... ou les théâtres de Carton » au théâtre de Ménilmontant

  • ThéâtrOpérage
« Master Class » au théâtre de Paris

Publié le Samedi 20 Septembre 2008 - 19:55
Catégorie: ThéâtrOpérage

« Master Class » est une pièce mythique qui a besoin d’être portée par une sacrée actrice pour endosser le rôle de Maria Callas. C’est une pièce américaine de Terrence McNally, de 1995, et qui a été un grand succès à Broadway. Il s’agit d’un cours de chant donné par Maria Callas alors qu’elle a perdu sa voix, et qu’elle donne de rares “master class” à de chanceux étudiants. Pendant deux heures et demi c’est Marie Laforêt qui a litéralement incarné Maria Callas, et qui a prouvé là son talent de comédienne.

La pièce est une grande réussite à mon avis, d’abord pour son sujet qui est passionnant, à la fois ancien et en même temps proche, et qui réunit tout ce qui passionne : l’art, l’amour, le drame, la destinée d’une femme à l’énorme égo et véhément caractère. Mais il y a ce texte qui est vraiment très beau, et surtout cette veine américaine qui rend le spectacle prenant, émouvant, captivant. Non seulement on est intéressé par le fond, mais la forme est tellement distrayante et bien ficelée que l’on ne peut qu’adhérer au tout. Et évidemment, Marie Laforêt qui éclipse totalement les quelques comédiens-chanteurs qui participent à la pièce…

Marie Laforêt est Maria Callas. Elle paraît ensorcelée et hantée par son personnage, et on ne peut qu’applaudir cette performance. Elle allie une gestuelle, une manière de parler et surtout des intonations qui sont ce qu’on a retenu de la diva, et en même temps elle s’empare du texte pour le faire sien. Ce n’est plus une comédienne mais c’est Maria Callas qui vient nous faire son show, en même temps qu’une émouvante confession, celle de toute une vie.

Le spectacle est étonnant dans la manière dont il s’articule. J’ai été surpris de rire autant dans les manifestations de sublime bitcherie que nous offre la diva. Elle est tellement mauvaise avec les chanteuses et chanteurs, elle se met tout le temps en avant, que ce soit sa personne, son talent ou sa carrière. Et il faut avouer que ses réparties cinglantes et souvent méchantes sont très comiques. De plus, elle prend le public à parti, c’est comme si nous étions les élèves du cour, ce qui renforce encore notre “participation” au spectacle. Et de temps en temps, il y a un décrochage. Là c’est la femme qui parle, qui se souvient, qui revit ses vicissitudes, ses souffrances mais aussi ses grandes joies. Il y a les applaudissements de la Scala, la passion amoureuse d’Onassis, la perte de son enfant, les jalousies, les critiques, sa carrière et sa chute. Bref, elle se révèle et tout s’efface autour d’elle.

Ces moments encore une fois sont très très américains, et peuvent même paraître un peu “too much”, mais je crois que c’est LE personnage avec lequel on peut justement se permettre ce genre de chose. Je n’ai pas du tout été rebuté par la durée de la pièce, et certains moments où on l’entend chanter sont autant de rappels émouvants de l’artiste qu’elle fut.

Le seul souci avec Marie Laforêt c’est qu’elle a de moins en moins de “visage”, que sa bouche est tordue, son mythique regard part en couilles, et que de profil, elle ressemble à Johnny Halliday. Aïe aïe aïe, la chirurgie… Moi ça m’a un peu gâché certains passages, ou alors j’aurais aimé être quelques rangs plus loin. Heureusement son jeu est superbe, et elle fait rapidement oublier ce curieux masque blanc qui lui sert de visage.

Cette pièce est drôle, émouvante et captivante, on y retrouve vraiment ce qui fait la qualité des pièces de Broadway. Et il faut un talent certain pour nous tenir en haleine comme cela plus de deux heures. Mais comment ne pas aimer un spectacle qui présente la vie d’une bitchy diva totale fille à pédés, méchante comme une teigne, fière et talentueuse, déçue par l’amour et dont la vie n’a été que passions et drames. Bah justement, on aime !

Master Classe au théâtre de Paris

  • Matage
  • ThéâtrOpérage
« Cyrano de Bergerac » à la Comédie Française

Publié le Lundi 18 Août 2008 - 20:48
Catégorie: Matage, ThéâtrOpérage

Ah j’en avais tellement entendu parler de cette version de Denis Podalydès, qui a eu tant de bonnes critiques et d’éloges du public. En outre j’adore Michel Vuillermoz au cinéma, ou même déjà à la Comédie Française dans le rôle du comte Almaviva, donc j’y allais en me disant que j’allais accrocher à son Cyrano. Et pourtant je sais que c’était un terrain glissant pour le fanatique que je suis.

En effet, je voue un véritable culte à cette pièce de théâtre, à ce texte que je connais presque par coeur, mais surtout à cette interprétation de Daniel Sorano dont je vous ai rebattu les oreilles ici même. J’ai vu cette version une centaine de fois, et je la regarde encore régulièrement, j’ai aussi certainement lu la pièce autant de fois depuis une quinzaine d’années. Et pour dire vrai, tout ce qui a été fait depuis m’a déplu… La version de Depardieu, je la trouve à chier, et les autres ne m’ont pas plus convaincu.

Exercice périlleux donc, mais comme j’avais appris qu’il restait quelques places il y a quelques semaines, j’ai sauté sur l’occasion. Résultat : je n’ai pas aimé. Pire que cela, je suis parti du théâtre après le troisième acte.

Trop déçu, trop désappointé, trop en décalage avec la proposition de Podalydès. Et pourtant ce n’était pas mal du tout. Les décors, les adaptations, les comédiens, tout tient assez bien la route. Mais les petites altérations à ce que j’ai en tête, et ce ton “Comédie Française” qui m’avait déjà insupporté dans le Misanthrope, m’ont rapidement motivé à ne pas persévérer. En effet, je n’ai pas spécialement été emballé par la scénographie et les deus-ex-machina assez spectaculaires. Mais surtout les déclamations gueulardes de certains comédiens ou comédiennes ont été particulièrement difficile à supporter.

Je réalise que mon jugement est totalement biaisé, et que j’ai certainement tort de figer ainsi mes impressions sur un spectacle antédiluvien. Mais c’est comme ça. Je ne vois que Cyrano dans son expression la plus classique et terre-à-terre, avec costumes d’époque, panache et verbe d’antan. Et ce texte est le plus extraordinaire qui soit, car il possède à la fois la beauté de notre langue et le rythme complexe de ses rimes, mais aussi la faculté de pouvoir être “parlé” naturellement et avec simplicité.

Bref, je ne tenterai plus le diable, je reste avec mon Cyrano Sorano. Mais bon, peut-être serais-je un jour conquis par un autre… Qui sait !?

Pour ceux qui veulent goûter au Cyrano de Bergerac tel que je le vois et l’entends, le voici.


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  • ThéâtrOpérage
« Soirée Vengeance ! » au théâtre Pixel

Publié le Dimanche 18 Mai 2008 - 19:59
Catégorie: ThéâtrOpérage

Connaissant fort bien un des membres de la compagnie de l’Incartade, il me donne régulièrement des nouvelles sur les spectacles auxquels il participe. J’avais donc déjà vu au théâtre du Nord-Ouest « Les Visionnaires » et « Périclès », deux pièces qui m’avaient beaucoup plues. Et surtout j’avais été bluffé par le talent manifeste de certains comédiens et comédiennes. Jean-Patrick Vieu (celui que je connais) et Jonathan Hume (avec des faux-airs de Brad Pitt, et un côté fou assez incroyablement similaire à celui de Brad Pitt, justement, dans l’Armée des 12 singes !) notamment m’avaient carrément convaincu.

Cette « Soirée Vengeance ! » revêt un caractère bien moins classique et dans la ligne de ce que j’avais déjà vu d’eux. En effet, il s’agit d’un véritable spectacle qui vous met dans une ambiance morbide et angoissante, avec un enchaînement de deux pièces, l’une de 1912 et l’autre de 1957, qui ont pour point commun : la vengeance ! Ce n’est vraiment pas un spectacle théâtral banal ou déjà vu !

La première, « Le Baiser dans la Nuit » (mise en scène par Jonathan Hume), se passe dans une sorte de manoir, où un homme est dans un fauteuil, et est dos à la scène. On peut juste deviner son visage bandé, et on comprend rapidement qu’il a été vitriolé par son amante. Cette dernière est en procès au même moment, mais comme l’homme refuse de l’incriminer, elle s’en sort. Il souhaite alors la voir une dernière fois. Elle se présente à lui, et il se « révèle » alors à elle.

L’homme se montre de plus en plus au public, et on voit son visage qui a été complètement détruit par le vitriol. Arrrrggghh !! Ahhh mein gott, ce maquillage donne à JP Vieu une face absolument immonde. C’est la pièce qui m’a le plus plu, avec cette ambiance glauque et un texte extrêmement bien écrit. J’avoue que j’étais complètement dans le trip, et que le jeu extraordinaire de JP contribue beaucoup à la qualité de l’ensemble. Les moments où il décrit son visage et la texture de ses chairs, ses doigts qui vont dans ses orbites, qui touchent les os qui affleurent du visage… Bref, j’étais complètement dedans, et je compatissais avec la pauvre amante qui faisait face à cela.

J’ai regretté un début de pièce, par contre, un peu brouillon et qui a eu du mal à se « chauffer ». Les premiers échanges paraissaient criards et maladroits, certaines répliques poussées comme des gueulantes, alors qu’on pouvait attendre du texte des dialogues un peu plus posés. Mais une fois que la machine était lancée, alors le dialogue principal entre l’homme et son amante est devenu une belle démonstration de théâtre. De plus, c’est toujours agréable et surprenant de découvrir ainsi un texte de 1912, qui utilise donc un langage plus soutenu et construit qu’aujourd’hui, dont l’objectif est bien de faire peur et de provoquer angoisse et terreur.

« Soirée Vengeance ! » au théâtre Pixel - Le Baiser dans la Nuit

Entre les deux pièces, la troupe concocte un intermède qui vaut son pesant de cacahouètes… On ne sait plus à quelle sauce on va être mangé, mais on sait une chose : « Attention… ». Voilà un moyen original et très efficace pour mettre toute l’attention sur deux comédiennes inquiétantes qui parcourent la salle en remettant des couvertures de protections aux spectateurs. Et quelques minutes après, le décor a été entièrement changé sans même qu’on le réalise.

Le théâtre est alors prêt pour la seconde oeuvre : « La loterie de la Mort ». Nous sommes là dans un salon de coiffure de Senlis ! Eh bah voyons ! Le salon vient d’être repris par un coiffeur bien chelou, et son aide encore plus bizarre et taré. On réalise rapidement que les deux sortent justement de l’asile, et qu’ils ont une étrange connexion avec l’ancienne coiffeuse. Ils ont organisé une tombola, et les gagnants sont venus cherchés leur cadeau toute la journée. Ils attendent le dernier avec beaucoup d’impatience, tandis que certaines femmes sont à la recherche de leurs maris disparus…

Cette pièce était mise en scène par Jean-Patrick Vieu, et cette fois c’est Jonathan Hume que j’ai trouvé génial dans son rôle de fou. Encore une fois, on aurait dit Brad Pitt dans l’Armée des 12 singes !!! Le texte et l’intrigue sont moins originaux que pour « le Baiser », mais il y a là un côté plus cocasse et une bonne dose d’humour noir dans cette vengeance « saignante ».

On retrouve la même originalité dans la minutieuse construction d’une atmosphère glauque et morne, avec des personnages louches, et un garçon coiffeur qui ne quitte pas son coupe-choux. La tension monte peu à peu, à mesure surtout que l’intrigue se dévoile, et qu’on comprend l’inéluctable conclusion de ce drame. Les comédiens ont l’air de s’en donner à coeur joie, et la sauce prend très bien chez les spectateurs aussi. Ca va saigner à Senlis !!

« Soirée Vengeance ! » au théâtre Pixel - La loterie de la Mort

Les affiches originales des spectacles sont vraiment très belles, et très conformes à l’ambiance et aux scènes que vous pouvez vivre au théâtre du Pixel. C’était une très belle soirée et expérience que cette vengeance en deux parties, et surtout ça sort tellement de l’ordinaire. Allez donc voir Jean-Patrick Vieu jouer, il vaut le déplacement.

« Soirée Vengeance ! » au théâtre Pixel

  • ThéâtrOpérage
« Le Misanthrope » à la Comédie Française

Publié le Lundi 21 Avril 2008 - 20:15
Catégorie: ThéâtrOpérage

Je continue donc mon périple des classiques à la Comédie Française, et cette fois c’était pour un des chefs d’oeuvre de Molière, et certainement un des repères du répertoire français.

Pour rappel donc, Alceste est le « Misanthrope », et il est à contre-courant de la société de son temps. Alors que tous prône la diplomatie, l’hypocrisie et les méthodes de cour, lui s’y refuse et n’y voit que compromission dans le genre humain. Alceste reste droit et franc, il ne se pliera pas à ces usages qu’il juge délétère à la condition humaine, même si cela doit lui en coûter. Et cela lui en coûte justement puisque la femme qu’il aime est un des fers de lance de ces pratiques qu’il réprouve…

On imagine sans peine la portée politique d’une telle pièce à une telle époque, puisque les défauts qui sont mis en exergue dans le texte sont l’exacte réplique des conventions du moment. C’est bien du Molière donc ! Et ce texte est d’une beauté incroyable, tandis que l’histoire mêle avec une impressionnante virtuosité tous les sentiments et toutes les passions. L’histoire d’Alceste est surtout très triste, et elle résonne parfois étrangement dans ce qui reste une « comédie ».

Et comme toujours, je suis épaté de constater à quel point le talent de Molière traverse le temps sans vraiment devenir obsolète. C’est d’ailleurs quelque-chose d’à la fois positif et négatif, puisqu’on peut s’émerveiller de cette universalité, et aussi se désespérer d’un telle permanence dans les plus vils comportements de notre société.

Les comédiens et comédiennes étaient très bons comme toujours, vraiment pas une ombre au tableau de ce côté là. Les décors aussi sont assez impressionnants, et à la fois moderne tout en respectant l’époque originelle, ce qui est un sacré challenge. En effet, la scène dévoile un pan de mur, un croisement de cloisons qui sont en partie transparentes, et rendues parfois opaques par de habiles jeux de lumières. Ainsi pendant la pièce, on aperçoit ce qui se passe avant l’entrée en scène ou après, mettant en relief les petits secrets d’alcôve ou bruits de couloir. J’aime les décors de la Comédie Française pour leur richesse, et les fastueux deus-ex-machina, donc à ce niveau là ça manquait un peu de mouvements et de surprises. Mais ces pseudos murs à clairvoie servent plutôt bien la mise en scène.

Là où j’ai vraiment été déçu, et je n’ai pas du tout accroché, c’est dans la mise en scène. Pourtant je suis assez ouvert aux explorations modernes des classiques, et j’aime bien qu’on bouscule un peu les traditions, ou qu’on réinterprète les anciens pour les remettre au goût du jour. Mais là vraiment, ce n’était pas nécessaire, et surtout cela a vraiment contribué à presque gâcher tout le bien que j’étais amené à penser du jeu des uns et des autres. C’est bien simple, les comédiens et comédiennes sautent d’un côté à l’autre de la scène, ils crient, ils gesticulent, ils font les folles, ils se courent après et ils s’embrassent sur la bouche (entre hommes). Si seulement cela correspondait un tant soit peu au texte, pourquoi pas. Mais là je l’ai ressenti comme un acte délibéré de mise en scène, une conduite d’acteurs très claire qui donne un truc plutôt bancal, et qui ne m’a pas plu du tout.

Les fins de phrases sont criées de manière agressive ou colérique, alors que ça n’avait pas l’air d’être nécessaire (ou alors autant y mettre le ton depuis le début de l’échange…). Certains mouvements scéniques paraissent plus chorégraphiés qu’autre chose, mais on n’en ressent ni la raison, ni le bénéfice. Bref, je suis resté assez hermétique à cette manière de concevoir le Misanthrope.

Reste que la pièce reste portée par un texte extraordinaire, et qu’on la jouera encore certainement longtemps.

« Le Misanthrope » à la Comédie Française

  • ThéâtrOpérage
« Luisa Miller » à l'Opéra Bastille

Publié le Dimanche 2 Mars 2008 - 22:54
Catégorie: ThéâtrOpérage

Ah ça faisait longtemps que je n’étais pas allé voir (et écouter) un opéra, et surtout un Verdi. Il ne s’agissait pas d’un Verdi hyper connu (de moi) : « Luisa Miller ». L’histoire est la plus mièvre qui soit, et pour nous mettre encore plus dans l’ambiance romanesque le décor est un remake de Heidi dans les montagnes… Ah ça se passe dans le Tyrol, et on en a une vision bien caricaturale et presque drôle. Comme l’a justement fait remarquer Oli on se croirait dans une boule à neige en plexiglas, et vous comprenez pourquoi en regardant l’illustration d’Akynou : la scène a pour fond un gigantesque paysage peint, mais le tout est découpé en demi-disque. Les costumes sont tout aussi classiques, et on ne peut pas dire que l’opéra soit décoiffant dans sa mise en scène. Donc du classique de chez classique qui confinerait presque (?) au kitsch.

Et puis cette histoire !!! Luisa est amoureuse de Rodolfo, ce dernier a menti sur son identité, il est le fils du seigneur du coin. Le méchant Wurm est aussi amoureux de Luisa, et Rodolfo est promis à Federica, une cousine, qui le kiffe grave. Wurm prévient le père de Rodolfo, et ils montent un odieux stratagème. Ils font enfermer le père de Luisa, et cette dernière adooooorent son papounet (un mec super moderne qui veut que sa fille soit heureuse en amour), et font du chantage à notre héroïne. Son père sera libéré si elle écrit une lettre pour expliquer qu’elle a toujours kiffé Wurm, et qu’elle n’était intéressé que par la thune de l’autre cheuri de Rofolfo. Cela met ce dernier dans une colère noire quand il l’apprend…

Bon c’est raconté grosso modo évidemment, mais vous voyez à quel point les passions se déchaînent, et dans les relations père-fille, les amants éconduits, les amoureux transis, la jeune et belle fille de soldat retraité, la duchesse amoureuse etc. Et pour expliquer tout cela, ça chante et ça tchatche, et ça se plaint, se lamente, complote, pleure et s’extasie ! Mais bizarrement cette débauche de sentiments ne se matérialisent pas par des airs marquants, en tout cas rien qui ne m’ait bien convaincu. Dans l’ensemble, j’ai plutôt aimé l’opéra, j’ai passé un bon moment. J’ai trouvé que les musiciens étaient ok, et les chanteurs et chanteuses à la hauteur, mais tout cela manquait de peps et de « tension ».

C’est vrai que cela en plus d’un décor en couvercle de boite à bretzels, ça n’a pas contribué à rendre le spectacle plus saisissant. Donc c’était bien, mais sans plus. Pourtant je dois tout de même ajouter que j’ai été très sensible au père. Le personnage, comme Kozlika aussi le souligne, est éminemment sympathique et presque étonnant de modernité, et j’ai trouvé que son interprète, Paolo Gavanelli, était vraiment au-dessus du lot.

« Luisa Miller » à l