MatooBlog
Pectus est quod disertos facit

Mercredi 09 Novembre 2005

Ecoutage Matooyage Neuf-cinq

Classé dans: Ecoutage, Matooyage — Tags: , , , @ 01:24:24

J’ai souvent évoqué mon 95 natal avec ces noms de villes qui résonnent pour moi comme des sons, images, impressions de jeunesse, de famille, de beaucoup de moments de bonheur, et aussi de désillusions, de difficile apprentissage de l’existence. Pontoise, Eragny, Courdimanche, Montgeroult, Boissy, Franconville, Eaubonne, Ermont, Herblay, Magny etc. Et puis Osny évidemment qui est la ville natale de ma maman, et mon havre de paix. Même quand j’évoque ma banlieue avec ses beaufferies ou ses traits les plus agaçants, je conserve en moi un incroyable attachement à Cergy et son agglomération.

Cergy, j’en connais tous les quartiers, des étangs où j’allais me baigner, au centre commercial où j’allais traîner mes guêtres, des bancs de la fac où j’allais user mes jeans au jardin de la Préfécture où nous allions refaire le monde en bons adolescents. Je n’ai pas peur à Cergy, même à la gare RER de Cergy Préfecture qui, on le dirait, a été designée en forme de coupe-gorge. Parce que Cergy, j’en ai arpenté les recoins depuis que je suis en culottes courtes avec pôpa et môman, et toute la smala. Je suis aujourd’hui, le type de ma famille qui s’est exilé de plus loin de cette ville, c’est dire !

Je disais que c’était le seul endroit où je voudrais vivre en dehors de Paris, car j’y suis tellement habitué que j’aime ce coin. Et pourtant je reconnais que c’est assez moche, mais pour moi c’est un environnement si familier que je ne peux pas le juger ainsi, et que même les offenses architecturales qui émaillent cette banlieue sont des repères que j’aime retrouver. La préf en pyramide inversée, la tour EDF, le théâtre des Arts avec son revêtement vert et violet (non ça j’avoue, c’est vraiment terrible !) ou bien même l’Axe Majeur que j’avais aussi évoqué.

Souvent, quand je rencontre des gens qui connaissent le coin, je peux être certain que c’est lié à l’ESSEC, l’ESCOM, l’ENSEA, ou alors SAGEM et 3M. Et assurément, une personne un peu bourge qui me dit de haut qu’elle connaît Cergy avec un air un peu pincé : c’est un ancien de l’ESSEC !! :mrgreen: Il y a aussi les gens franciliens de mon âge qui ont connu le merveilleux Mirapolis avec son Gargantua, un parc d’attractions rabelaisien qui a fait faillite très rapidement et dont le site est aujourd’hui à l’abandon à Cergy-le-Haut.

Avec les années, cette banlieue est elle aussi devenu racailleland. Mes parents comme beaucoup de personnes de la « classe moyenne » en étaient partis, et avaient quitté leurs HLM, pour avoir enfin une maison à eux avec un jardin, un figuier et tout et tout, souvent dans le Vexin (plus loin, plus accessible). Nous sommes restés scolarisés sur Osny avec mon frère, et moi ensuite sur Pontoise et Cergy, puis Paris. J’ai fait le maximum pour rester chez moi, je n’aimais pas Paris, cette ville me faisait terriblement peur.

Les racailles sont devenues une hantise, et aujourd’hui je ne pourrais pas retourner dans l’immeuble où je suis né. Trop dangereux. On était pourtant tous ensemble à l’école, nos chemins ont divergé à un moment, et déjà certains endossaient la personnalité du futur loser de base de cité. Menus larcins et vandalisme, cités en dégradation économique, sociale et physique.

Et même si moi aussi je ne comprends pas comment des parents peuvent laisser leurs enfants agir ainsi, je revois ma mère et mon père complètement désemparés avec mon frère qui tournait très mal. Malgré une éducation similaire et des parents à la fois chouettes mais pas laxistes ou permissifs, mon frangin à fréquenter des cailleras a voulu en devenir une. C’est comme s’il avait perdu le sens commun et qu’il adhérait à de nouvelles valeurs vénéneuses. Heureusement, malgré quelques conneries, il n’est pas allé bien loin dans la bêtise, et s’est rapidement ravisé, aussi grâce à la vigilance de notre môman.

Malgré tout cela, j’adore mon neuf-cinq, et j’ai encore beaucoup d’espoir pour le futur. Je revois la cité où j’ai vécu avec beaucoup de nostalgie et de souvenirs heureux. Surtout Osny, Pontoise, Cergy, car c’est grand le 95, et les coins de Magny, d’Argenteuil ou de Franconville me sont beaucoup moins familiers (un peu comme je connais la rive droite de Paname et si peu la gauche).

Pendant que nous bossions vers 3 heures du matin, je communiquais avec mon boss par la messagerie instantanée de la boite et il m’a envoyé un lien. « Tiens Mat, j’ai un truc pour toi, un super chanteur que j’ai entendu sur Inter et qui vient de Cergy ! Ecoute ça ! »

Curieux, je suis allé voir ce site… Ô merveille. L’illustration de tout mon baratin, de tout ce que je m’escrime à expliquer, mais aussi des gens d’ici, des coins dont j’ai parlés et de l’espoir qu’on peut placer dans les artistes. Anis est un mec d’un an plus jeune que moi, né à Pontoise comme moi, certainement un type que j’ai croisé aux Trois Fontaines (le centre commercial). Il ne fait pas de rap, il n’est pas dans les clichés, et il parle de sa ville dans une chanson qui s’appelle justement « Cergy ». Très « Triplettes de Belleville » avec sa clarinette et une voix au timbre qui me fait penser à Charlelie Couture. Oh là là, fantastique et tellement inattendu ! C’est exactement ça… (et Osny… pour sa maison d’arrêt mouaaaarf !)

Ecoutez moi ça :


Anis

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