L’honneur de Sartine (Jean-François Parot)

C’est le 9ème de la série, et je la suis depuis le début avec beaucoup de plaisir, c’est aussi le 6ème que j’ai l’opportunité de chroniquer ici. Il s’agit d’un rendez-vous annuel romanesque qui donne l’occasion de retrouver ce cher Commissaire au Châtelet, Nicolas Le Floch. Mais comme je le disais précédemment, tout cela a tendance à bien s’user…

En effet, mêmes personnages, mêmes intrigues, mêmes ressorts et gimmicks littéraires qui ne m’enthousiasment plus trop. Même si à chaque fois, je trouve que la qualité globale s’améliore, et que ce livre-ci m’apparaît comme le mieux écrit et de loin le plus sagace pour sa gestion des intrigues. Parfois je reprochais à Jean-François Parot d’avoir un peu bâclé les enquêtes, et de m’avoir perdu dans des explications obscures. Mais là le dosage entre la partie policière, la trame historique, les approfondissements des personnages et les petites anecdotes parisiennes habituelles est remarquable. Du coup le roman est particulièrement fluide et agréable à lire.

On se rapproche un peu plus de la révolution française dans ce roman puisqu’on est en 1780, on sent que le peuple commence sérieusement à s’échauffer. Il y a de plus en plus de mauvaises choses qui se disent sur la reine tandis que la France aide les américains à lutter contre nos ennemis héréditaires, les anglais évidemment. L’histoire est principalement celle du crime d’un ancien contrôleur général de marine qui posséderait des papiers secrets qui pourraient discréditer complètement Sartine, Ministre de la Marine de Louis XVI, l’ancien protecteur et mentor de Nicolas Le Floch. On retrouve évidemment le petit Louis de Ranreuil (le fils de Nicolas), l’ancien chirurgien de marine Semacgus, le notaire Noblecourt, l’inspecteur Bourdeau mais aussi le bestiaire classique avec le chien Pluton, la chatte Mouchette, le cheval etc. Bon moi je connais tout cela par coeur, et c’est toujours sympa d’avoir des nouvelles de ces personnages si familiers. En revanche, il est comme d’habitude impensable pour l’auteur d’en faire autre chose que des héros intouchables, et parfois vraiment à l’humanisme anachronique.

On a aussi les habituelles descriptions culinaires de l’époque avec recette à l’appui, mais là ce qui m’a énormément intéressé c’est le démarrage de l’histoire avec le commissaire aux prises avec une foule énervée à cause du cimetière des Innocents. J’avoue que je ne connaissais rien sur ce cimetière, ignorant que je suis, et du coup j’ai appris des choses ! Le cimetière des Innocents en plein centre de Paris, juste à côté des Halles (d’où la Fontaine des Innocents d’aujourd’hui), était en service depuis les Mérovingiens, et dans ce Paris insalubre du 18ème siècle Nicolas Le Floch découvre des habitations dont les caves craquent sous l’amoncellement des cadavres en putréfaction. C’est tout le quartier qui est touché par ces infections et les maladies associées à tous ces corps enterrés en décomposition. On a à la même époque enfin décidé de réhabiliter le quartier et d’arrêter d’utiliser le cimetière. Les os et squelettes ainsi récupérés ont été mis dans d’anciennes carrières souterraines de Paris d’où les catacombes !!!

L'honneur de Sartine (Jean-François Parot)

Oscar Wilde et le cadavre souriant (Gyles Brandeth)

Ce bouquin avait relativement tout pour me plaire, d’abord avec cette collection « Grands Détectives » de 10/18 dont je me délecte souvent des enquêtes dans des époques passées. Et puis là le héros c’est Oscar Wilde, avec comme toile de fond le Paris des années 1880. Ce dernier donne à lire un petit texte à son pote Conan Doyle et le challenge afin qu’il trouve le fin mot de l’étrange histoire que nous lisons aussi.

Cette narration, véritable roman dans le roman, est une enquête que mènent Oscar Wilde et son fidèle compagnon, Robert Sherard, qu’il vient de rencontrer à Paris. Mais tout commence aux USA où le dandy anglais fait la connaissance d’une troupe de théâtre parisienne avec en figure de proue l’impressionnant Edmond La Grange. Toute la famille de ce dernier fait aussi partie de la troupe dont un couple de jumeaux, garçon et fille, qui sont de talentueux comédiens. Premier mystère : on retrouve le chien de la mère d’Edmond La Grange mort étouffé dans une malle pleine de terre en pleine traversée transatlantique. Mais ce n’est que le début des cadavres qui s’alignent et d’intrigues très alambiquées et étranges. Le roman figure un Oscar Wilde très parisien, et c’est l’occasion de rencontrer les sommités de l’époque, telles le poète Maurice Rollinat ou le peintre portraitiste Jacques-Émile Blanche mais surtout l’immense comédienne Sarah Bernhardt.

J’ai beaucoup aimé la peinture d’époque de Gyles Brandeth dont on sent qu’il maîtrise parfaitement son sujet, autant Wilde que le Paris de cette époque. De plus, l’écriture est à la fois très enlevée, agréable et d’un bon niveau pour coller aux lèvres d’un auteur aussi mythique qu’Oscar Wilde. On ne peut pas lui faire dire n’importe quoi, et de ce point de vue là c’est assez réussi. En revanche, je n’ai pas compris comment il faisait pour passer les 400 pages du roman sans même effleurer l’homosexualité de son personnage principal… Mais bon pourquoi pas, ce n’était certes pas le sujet du bouquin (et c’est le 3ème tome, apparemment dans les autres c’est beaucoup plus explicite).

Ce qui m’a plus dérangé, et qui a fait que le bouquin ne m’a vraiment pas plu, c’est que c’est terriblement long et qu’il ne se passe pas grand chose. En outre, les intrigues sont totalement fumeuses et la conclusion ne vient pas éclairer grand chose, sinon en se disant qu’il a un peu abusé d’avoir construit une histoire aussi abracadabrante (à peu près aussi crédible qu’un épisode des « Mystères de l’Ouest »). C’est dommage car les quelques incursions historiques m’ont vraiment intéressées, mais l’auteur noie cela dans beaucoup trop de blablas, rodomontades et pérégrinations narratives bien superfétatoires ! Le bouquin a donc fini par me tomber des mains, et j’ai souffert pour le terminer. Je ne pense pas que je tenterais du coup la lecture des autres tomes. Tant pis !

Oscar Wilde et le cadavre souriant (Gyles Brandeth)

Les voix de l’asphalte (Philip K. Dick)

Il est toujours extrêmement tentant de se jeter sur un bouquin d’un de ses auteurs favoris, alors qu’il est mort en 1982, et que le livre en question est inédit !! Même si c’était un roman refusé par l’éditeur à l’époque, même si ce n’est pas de la SF alors que c’est aussi ce qu’on attend (et aime) chez cet écrivain, on est forcément curieux. Et Philip K. Dick est un putain d’auteur pour moi, un de ces auteurs qui comptent dans ma « vie » littéraire.

Mais là je dois avouer une relative déception à la lecture de ce gros roman. J’en comprends pourtant bien le contexte, Philip K. Dick a envie d’écrire un texte plus long et abouti que d’habitude, un texte sans SF ou du moins pas dans les formes qu’il a exploité jusque là. Moi qui ai toujours regretté qu’il ait écrit tant de nouvelles, et qu’il nous laissait parfois trop vite dans des univers qu’on aurait voulu explorer plus avant, eh bien là ce n’est pas le cas. Mais pas de pot (pour moi), le manque de fibre SF a été fatal, et surtout mon désintérêt bien prosaïque pour ses protagonistes et l’intrigue…

Petit problème donc, malgré de vraies qualités littéraires et une écriture toute dickienne très plaisante, ainsi que la récurrence de thèmes fétiches tels la religion, l’intolérance et ce mal-aise existentiel qui vire à la paranoïa du gars qui « a tout pour plaire » en apparence. Mais le souci, c’est qu’après avoir compris l’intrigue de base, j’ai trouvé que l’auteur nous enlisait dans des considérations un peu fumeuses et surtout répétitives.

C’est l’histoire d’un gars, Stuart, qui a une vie tout à fait banale et sympathique avec une gentille femme, un gentil job en tant que vendeur de télé, une gentille ambition etc. Mais il sait que tout cela n’est pas pour lui tout en ne sachant pas quelle décision prendre, et puis il y a l’incursion dans sa vie de ce prophète d’un nouveau mouvement religieux, Theodore Beckheim, qui change la donne. Stuart est intrigué par la société des Gardiens de Jésus et ses préceptes. Mais tout cela est plutôt l’occasion d’une descente en flammes de l’American Way Of Life à coups de crédits pour entrer avec ses deux sabots dans la sacrosainte société de consommation. (Mais merde, ça fait pas 478 pages !!)

Donc j’étais content d’avoir un K. Dick qui se pose pour fouiller ses personnages, mais je n’arrive pas à le suivre sur le coup, je le trouve aussi confus que son protagoniste principal, et cette curieuse symétrie entre l’écriture et le héros hésitant et parano, m’a rapidement fait lâcher le bouquin. Je me suis fais violence pour terminer mais sans plaisir aucun (à part ce petit truc grisant quand on termine n’importe quel roman, mais j’essaie de m’en distancier là).

Les voix de l'asphalte (Philip K. Dick)

Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates (Mary Ann Shaffer, Annie Barrows)

Cela faisait longtemps que je n’avais pas goûté à un 10/18 Domaine Etranger, une collection qui me tient particulièrement à coeur. Celui-ci c’est ma maman qui me l’a prêté parce qu’elle l’avait apprécié. Je ne peux pas dire que je n’ai pas pris de plaisir à lire ce bouquin, non c’était plutôt agréable à bouquiner, mais il a un gros problème pour moi : il est dans la droite lignée de l’Elégance du hérisson… Il y a de l’idée, des bons mots, beaucoup de bonne volonté, mais aussi une histoire qui finit par devenir franchement peu crédible et un épanchement de bons sentiments qui confinent à l’écoeurement.

Mais vraiment il y a de chouettes choses, à commencer par la forme du roman qui est une somme d’échanges épistolaires entre l’héroïne, Juliet Ashton, qui est une écrivain en mal d’inspiration au sortir de la seconde guerre mondiale, et des habitants d’une île Anglo-Normande . En effet, tout commence par un de ses anciens bouquins (un livre de Charles Lamb) qui se retrouve entre les mains d’un insulaire de Guernesey, Dawsey Adams, et ce dernier décide d’écrire une lettre à Juliet pour lui demander si elle pouvait lui procurer d’autres ouvrages de l’auteur. C’est ainsi qu’une correspondance débute entre les deux protagonistes, et que Juliet apprend la manière dont la guerre s’est déroulée sur les seules possessions anglaises occupées par les allemands. C’est pendant cette période trouble qu’a vu le jour un curieux cercle littéraire au nom farfelu : « Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates ». Petit à petit, tous les gens du cercle écrivent à Juliet, et elle décide d’écrire un roman sur leurs aventures pendant la guerre. Lettres après lettres, elle apprend à connaître ces gens attachants et noue des liens intimes avec certains. Il y a beaucoup de mésaventures drolatiques, mais aussi des drames qui sont un peu passés sous couvert, mais que Juliet finit par débusquer.

Vraiment ça se lit très bien et facilement, c’est une jolie écriture enlevée, avec énormément d’humour anglais, un brin nawak et excentrique. Les personnages sont tous très drôles et souvent émouvants, avec une peinture de l’île pittoresque et pleine d’affect. Mais le souci c’est que cette manière de faire dans les bons caractères et les histoires qui finissent bien devient rapidement chiant et un peu niais. Et puis, on a du mal à croire que les habitants de l’île soit tous de cet acabit, avec comme par magie des péquenauds plus fins et lettrés que des thésards en philosophie, et tolérants, libéraux, ouverts, sympathiques, accueillants etc. Oh il y a bien un personnage négatif pour contraster, mais tout le monde se fout de sa gueule dès le début. Bref, c’est vraiment ce que j’appelle le syndrome l’Elégance du hérisson. Le bouquin est trop consensuel, trop lisse, et finalement on passe un bon moment mais rien de plus.

Le roman est très couramment comparé à l’Elégance du hérisson, donc je n’ai pas été le seul à y voir une filiation. Et comme ce dernier, il a eu un énorme succès en librairie et auprès du public. On y voit aussi assez facilement de la matière pour un film, et cela pourrait en effet donner un truc à la Saving Grace, dans le genre indie gentiment farfelu et peu crédible. Je ne le conseille pas comme un grand roman, mais ça doit pouvoir carrément se lire en vacances ou pour se détendre…

Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates (Mary Ann Shaffer, Annie Barrows)

Un loup à ma table (Augusten Burroughs)

Depuis le début, je redoute et me rends compte que les romans d’Augusten Burroughs se suivent et sont un peu moins bons. Là j’ai au moins aimé le fait que ce soit un véritable roman, avec une intrigue et une narration posée, tandis que j’avais eu du mal avec son dernier bouquin qui prenait plus la forme d’un recueil. Le premier, Courir avec des ciseaux, est une merveille qui reste dans mes bouquins fétiches forever (mes BFF à moi).

Augusten Burroughs est un auteur qui use de l’autofiction pour (s’)écrire, on peut ainsi suivre divers épisodes de son existence, et c’est vrai qu’il a bien de la matière. On avait suivi son enfance extraordinaire chez le psy de sa mère, puis son émancipation dans la pub et l’alcool, dernièrement plutôt ses déboires (homo)sexuels et sentimentaux. Il manquait un des personnages importants et étrangement absents des romans : son père. C’est ce bouquin qui comble cette lacune, et l’auteur raconte ainsi son enfance alors qu’ils habitaient encore ensemble avec son père. Ce dernier est un prof de fac qui n’est pas très net, notamment dépressif et qu’on devine rapidement schizophrène, bipolaire ou borderline

Le petit Augusten adore son père, mais a du mal à comprendre son fonctionnement, a peur de ses réactions, et reste pendant toute son enfance marqué par cette relation haine-amour étrange. Le père change parfois du tout au tout et révèle des facettes carrément flippantes. Même plus âgé l’écrivain souffre encore des jeux sadiques que son père est encore capable de lui faire endurer. Avec une mère conforme aux autres bouquins, on comprend bien encore une fois comment le petit Augusten a pu autant péter des boulons dans sa vie.

J’ai bien aimé le fait de découvrir ce nouveau personnage de la vie de l’auteur. Mais ça s’arrête à peu près là… En effet, même si j’aime toujours autant l’écriture de Burroughs, et son opiniâtreté face à son passé, ce roman-ci tourne un peu à vide. Il ne se passe pas grand chose, et quand on a compris les tenants et aboutissants de la relation père-fils, on n’assiste qu’à une répétition assez monotone de saynètes semblables. Le bouquin n’est pas gros, mais cela a suffi à entamer ma bonne volonté et mon admiration du procédé comme de l’auteur.

Donc un peu de « bon » pour les connaisseurs d’Augusten Burroughs, et beaucoup de bémols pour les autres…

Un loup à ma table (Augusten Burroughs)

Le noyé du Grand Canal (Jean-François Parot)

Cahin-caha nous voici arrivés au 8ème bouquin de la série Nicolas Le Floch. Au final, c’est assez frustrant car je pourrais écrire exactement la même chose que pour l’opus précédent, « Le cadavre anglais« . En effet, je pourrais continuer à en lire comme cela des dizaines, et le niveau global de ces bouquins est exceptionnel dans la documentation, l’écriture 18ème siècle et sa verve historique, mais tout de même les intrigues sont de moins en moins passionnantes.

En effet, il ne se passe plus grand-chose dans la vie de notre Marquis de Ranreuil. Comme je le disais déjà dans mes précédents articles, on souffre là du phénomène « tout le monde il est gentil », et donc le bouquin dans son fil conducteur transverse n’est qu’une succession de gentilles petites figures bien en avance sur leur temps (ça c’est le phénomène Rahan, fils des âges farouches…). Le vieux notaire, les servantes, la cuisinière, même les animaux de compagnie, le chirurgien, l’amante, le fiston et j’en passe, ils sont tous gentils tout plein, et le roman en perd autant en saveur. Comme si ce n’était pas suffisant, voilà que le Nicolas s’amourache d’animaux en plus, un cheval et un chien qu’il adopte dans toute sa mansuétude…

Les intrigues depuis quelques bouquins ont aussi tendance à se standardiser, et à manquer de sel. Bref, même avec une qualité constante, je subis un effet d’étiolement, peut-être dû à l’accoutumance, et je pense qu’il va être temps pour moi de renoncer à la suite. Mais il est fortiche tout de même ce Jean-François Parot, car je meurs d’envie malgré tout de retrouver mon petit commissaire du Châtelet ! A chaque sortie des bouquins en poche, je les achète et je m’en délecte pendant ces quelques jours de voyage dans le temps. Et même si c’est répétitif, et si je trouve la galerie de personnages un peu niais, il n’en reste pas moins que la reconstitution est toujours aussi minutieuse et efficace.

C’est bien là où je ne me lasse pas, et où l’auteur continue à briller, car le fond historique est toujours aussi bien ficelé et tramé dans la fiction. On n’y voit que du feu, et il arrive à rendre tout cela diablement crédible. D’abord par la connaissance impeccable des faits historiques, autant les grandes dates que les faits divers, mais aussi l’actualité culturelle ou culinaire, la géographie urbaine parisienne, les découvertes scientifiques du moment etc. Et Jean-François Parot compose avec bonheur une narration fluide, et au langage si docte et fleuri, où on accepte sans ciller les malversations liées à Marie-Antoinette, sur fond de guerre avec les Anglais, où rodent d’étranges castrats qui sont passés de mode, ou bien un peintre (Gabriel de Saint-Aubin) qui n’a pas son pareil pour croquer Paris.

Rhaaaaa, je vais encore me faire avoir pour le prochain…

Le noyé du Grand Canal (Jean-François Parot)

Le passage de la nuit (Haruki Murakami)

Cet auteur, Haruki Murakami, est très connu au Japon et dans le monde, et malgré un nom identique il ne faut pas le confondre avec Ryû Murakami, autre écrivain nippon très célèbre. Je n’avais jamais rien lu de ce Murakami, et en somme cette lecture ne m’a pas spécialement emballé.

Il s’agit d’un récit assez énigmatique, plutôt prenant au départ, mais qui n’a pas livré tout ce que j’avais cru y déceler dans les premières pages. Le narrateur est une sorte de caméra qui se focalise sur deux soeurs. Avec la première Mari, nous assistons à quelques saynètes dans un Tokyo underground et nocturne, où il est question d’une rencontre dans un bar de nuit avec un musicien, et d’une sombre histoire de prostituée battue par un client. Avec sa soeur, Eri, ce sont des plans successifs qui la montrent en train de dormir… Toute la narration se fait sur un mode très cinématographique, dans la description mais aussi dans les termes techniques, et on a ce contraste très fort entre les deux histoires parallèles, l’une très active et l’autre passive (même si Eri se sent épiée).

Concrètement, j’ai beaucoup aimé la trame romanesque du côté de Mari, et aussi l’ambiance, cette atmosphère tokyoïte très urbaine et déshumanisée, loin des standards et clichés japonais. Cette idée du travelling de l’auteur et de cette étrange aura nocturne m’ont aussi bien parlé. En revanche, je suis resté sur ma faim, car il ne se passe pas grand-chose, et que je n’ai pas bien compris ce qui clochait avec la soeur. Et comme l’écriture m’a paru très propre et chirurgicale, mais sans plus, je n’ai pas non plus été complètement accroché par le style.

Je reste donc un peu dubitatif, et j’ai fini le bouquin par un « Ah ouai c’est tout ? » qui me fait penser que j’ai sans doute raté le coche. Il doit me manquer certaines références en termes de littérature ou culture japonaises pour mieux appréhender cela.

Le passage de la nuit (Haruki Murakami)

Juliet, Naked (Nick Hornby)

Jusqu’à « Vous descendez ?« , j’avais pas mal suivi les bouquins de Hornby avec notamment « Haute Fidélité » (1995) (génial !!), « A propos d’un gamin » (1998) ou « La bonté, mode d’emploi » (2001). Mais j’avais été un peu déçu par « Vous descendez ? » (2005), et donc j’avais perdu l’auteur de vue. « Juliet, Naked » est un heureux retour en force de l’auteur. J’y décelé avec bonheur l’essence même du talent de Hornby : dépeindre des couples improbables et dépressifs sur fond de musique encore plus dépressive. Car lire un roman de Nick Hornby, c’est bien souvent écouter les disques qu’on passe dans le bouquin, et il a une incroyable capacité à faire entendre de la musique par l’écrit.

Le roman démarre par un couple boiteux, c’est un type, Duncan, dont la passion ultime dans la vie est d’être fanatique d’un chanteur has-been des années 80 : Tucker Crowe, et sa petite amie, Annie, qui supporte un voyage aux USA consacré à suivre à la trace le parcours (minable) de cette idole oubliée. Ils rentrent dans leur petite ville balnéaire de Gooleness, dans le nord-est de l’Angleterre, et Annie retourne à son organisation d’exposition au musée local. Duncan est hyper assidu à un site internet de fans du chanteur, et ses contributions font de lui un personnage remarqué de cette communauté. Il reçoit un jour un CD d’une maison de disque qui lui demande son avis de fan, c’est une compilation de démos jamais sorties de l’album mythique de Tucker Crowe : Juliet. L’album va s’appeler « Juliet, Naked ». Duncan est tellement content d’avoir en main avant tout le monde cet album qu’il s’emballe un peu et en pond un billet dithyrambique sur son forum. Annie qui en pense le contraire se fend d’une critique un peu plus franche et acerbe, ce qui agace fortement son petit ami… Ce dernier finit par coucher avec une femme, et le couple se délite rapidement. Entre temps, Annie reçoit un email en réponse à sa critique sur le forum, et c’est Tucker Crowe lui-même qui lui écrit pour la féliciter de la justesse de son texte. Ce dernier vit en ermite avec son fils et la mère de celui-ci, qui vient de le larguer. Annie et Tucker commencent une relation épistolaire intense, tandis qu’ils mènent des existences assez déprimantes.

Le roman fait un peu plus de 300 pages, ce qui n’est pas énorme, mais j’ai à peine brossé le début du commencement de l’intrigue, et c’est aussi une des qualités de Nick Hornby : il raconte plein de choses. Sa narration est dense et riche, pleine de rebondissements, de flash-backs, de descriptions aussi visuelles qu’auditives, et on a l’impression d’avoir lu des milliers de pages alors que pas du tout. Ce qui est marrant c’est que le récit est en effet très riche, mais dans le fond il s’agit tout de même de gens dépressifs avec des vies de merde, qui écoutent des chansons tristes. Du coup ce contraste est frappant mais il en fait tout l’intérêt et l’originalité du bouquin. Il faut préciser aussi que Nick Hornby a aussi un humour et une ironie bien britanniques qui rendent certains passages plus légers et parfois franchement drôles.

Tout cela n’est vraiment pas sans rappeler « Haute Fidélité » et c’est vrai que les échos ne sont vraiment pas anodins, même avec 15 ans d’écart. On y retrouve en tout cas le même humour et dérision, tout en continuant à s’interroger sur la vie de couple, et sur l’après-jeunesse. Les personnages sont très touchants, et j’ai été facilement embarqué dans leur vies un peu mornes, et tellement ordinaires. J’ai, en revanche, été un peu plus décontenancé sur la fin, et sur une mécanique narrative qui s’épuise assez rapidement. En effet, on se demande un peu si l’auteur n’a pas eu du mal à trouver même une fin à son ouvrage. Elle arrive un peu rapidement, parce qu’on tournait autour bien sûr, mais sans que les intrigues soient clairement terminées, en tout cas sans un fil très clair et un chemin bien balisé pour le lecteur. D’où un arrière-goût d’inachevé qui ne me plaît pas trop, mais qui est souvent l’apanage des bouquins dans lesquels on se sent bien !

Juliet, Naked - Nick Hornby

La fille qui marchait sur l'eau (Siddharth Dhanvant Shanghvi)

Ce bouquin qu’on vendait comme un pur concentré de bollywood en roman possède en effet cette veine des films indiens un peu kitsch et aux histoires emberlificotées. On y retrouve les intrigues longues, très longues, et complexes, les thématiques familiales, de mariage, de raisons et de sentiments, et puis de la musique et des chants, etc. Mais au global, j’ai compris que je préfère largement le bollywood à l’écran que sur le papier.

J’ai beaucoup aimé le début du roman, avec cette Inde des années 20 assez libérée et avec des poussées aussi « folles » qu’en occident à la même époque. L’écriture de Siddharth Dhanvant Shanghvi est en effet assez enlevée et fleurie pour bien retranscrire à la fois l’époque, le pays et ses coutumes. J’ai ainsi suivi les pérégrinations d’Anuradha Gandharva et Vardhmaan et leur émouvant mariage d’amour, suivi par la naissance du petit Mohan qui est un don du ciel pour ses parents. Il y a aussi une méchante belle-mère, une nièce un peu bizarre et une drôle de mythologie concernant la maison (elle aurait été le lieu des amours d’un garçon anglais avec un prince indien…). Bref, la sauce prenait bien pour moi, et puis il arrive tout un tas de tuiles à ce couple adorable, et tout part à vau-l’eau avec la mort accidentelle de l’enfant.

Ensuite le roman se concentre sur la nièce qui est « la fille qui marchait sur l’eau », Nandini. Et là j’ai commencé à décrocher, car l’histoire continue avec cette gamine un peu folle qui couche avec un peintre connu, et sa copine lesbienne, et qui a des pouvoirs un peu étranges. S’ajoutent intrigues sur intrigues, et personnages secondaires assez bigarrés, mais je n’ai pas trouvé un grand discernement à cela. Et je me suis lassé… En fait, j’aurais préféré rester en compagnie d’Anuradha et Vardhmaan !!

La fin du roman m’a encore convaincu, car je n’ai trouvé cela très transcendant… Il reste une belle plume, et une narration qui tient bien en haleine, sauf que ces histoires qui ne s’arrêtent jamais m’ont saoulé, et m’ont fait me demandé pourquoi même l’auteur nous racontait tout cela. Quelle finalité à cette peinture familiale et sociale ? Mouai… j’en ressors donc un chouïa déçu, alors que je pensais vraiment que j’allais adorer et dévorer l’ouvrage.

La fille qui marchait sur l'eau (Siddharth Dhanvant Shanghvi)

La momie de la Butte-aux-Cailles (Claude Izner)

On ne dirait pas comme ça mais je suis avec une réelle assiduité l’oeuvre de ces frangines-auteures depuis le premier opus des aventures de Victor Legris, et tout est blogué depuis 2003 !! Apparemment j’ai fait l’impasse sur celui de 2006 (Le lalisman de La Villette), sinon tout est là.

Néanmoins ce dernier bouquin sera, je pense, mon ultime lecture de cette série à succès. En effet, je ne peux pas dire que l’écriture s’est usée ou est moins bonne, ni que les personnages ne me plaisent plus, mais c’est juste que l’effet de surprise a plus que disparu. Je connais par coeur les différents protagonistes et on a l’impression, comme souvent dans les séries télé, qu’elles ne peuvent pas les malmener tant elles sont, elles aussi, attachées à leurs créations. Outre cela, même si les ficelles historiques sont toujours délicieusement précises et plein d’érudition, cela ne compense pas, à mon goût, une intrigue policière qui ne décolle pas.

Victor Legris doit se mettre de plus en plus en retrait de ces affaires criminelles, car sa femme ou son associé ne veulent vraiment plus de cela. Mais c’est une de ses connaissances qui se suicide dans des conditions très étranges. Victor comprend rapidement que c’est un crime, et ses investigations reprennent de plus belle, avec l’aide de son employé (et beau-frère) Joseph. Dans ce livre, nous découvrons le quartier de la Butte-aux-Cailles de cette toute fin de 19ème siècle, et ce n’est rien de dire à quel point c’est un endroit malfamé, en proie à la misère et un repaire idéal des pires malfrats de la capitale. Cette époque est aussi marquée par une forte égyptomanie, et en particuliers par le commerce de ces momies antiques qui peuvent rapporter beaucoup à ses négociants. D’où le titre du bouquin, vous vous en doutez…

Le bouquin est très intéressant (autant que les autres) concernant les repères historiques et la peinture d’un Paris très proche dans le temps (une centaine d’années), mais si loin dans l’urbanisme, les moeurs et les comportements. Il démarre comme souvent par un meurtre, mais jusqu’au bout j’ai trouvé l’intrigue poussive et confuse. Victor Legris ne s’implique jamais tout à fait, et lorsqu’il le fait j’ai l’impression que c’est déjà trop tard, le roman se termine, et la fin doit arriver dare-dare. Entre temps, même les personnages habituels n’arrivent pas à m’émouvoir ou m’interpeler plus que ça… Bref, j’ai pas accroché.

La momie de la Butte-aux-Cailles (Claude Izner)