Aaaah le dernier Tim Burton !! Je me suis empressé d’aller apprécier ce nouvel opus de ce réalisateur de génie. En outre, ce côté « comédie musicale macabre » seyait parfaitement à l’univers et à la narration cinématographique de l’auteur… Mais au final, c’est bien ce côté-là qui ne m’a pas convaincu, et qui au contraire m’a empêché de correctement rentrer dans le film. Dommage.
L’histoire est donc tirée d’une comédie musicale (1979) et d’une pièce, elles-mêmes issues d’un récit encore plus ancien (de Thomas Peckett, 1846). Johnny Depp incarne donc Benjamin Barker, un talentueux barbier londonien, qui a été envoyé au bagne pendant 15 ans par un juge cruel (qui avait des vues sur sa femme). Plus en colère et assoiffé de revanche que jamais, il revient et prend le nom de Sweeney Todd. Il fait la rencontre d’une boulangère, Madame Lovett, merveilleuse Helena Bonham-Carter, qui prépare des tourtes à la viande immondes, faute de denrées correctes. Elle lui apprend que sa femme est morte, et que sa fille est devenue pupille du juge Turpin (Alan Rickman). Madame Lovett décide d’aider Sweeney, mais ils ont d’abord tout deux l’idée de relancer le commerce des tourtes d’une assez curieuse façon.
Evidemment, c’est du Burton, et du bon Burton, donc nous avons la chance d’avoir un film de qualité hollywoodienne sans Hollywood derrière. Bonheur !! Esthétiquement c’est parfait et superbe, il est impossible de se lasser de cette vision à la Tim Burton. Par contre, autant on y retrouve certains codes de l’auteur, autant on peut aussi constater des similitudes avec d’autres films pouvant paraître un peu redondantes. Ainsi on retrouve une atmosphère londonienne et gothique à la « Sleepy Hollow », ou bien un Johnny Depp qui manie les rasoirs comme un « Edward aux mains d’argent ». Mais dans l’ensemble, j’ai plutôt été positivement influencé par ces gimmicks.
En outre, on trouve là un élément génial et un degré supplémentaire dans l’oeuvre de Burton : le film est barré, sanguinaire au possible et sans aucun espoir. C’est donc un prolongement de certains films du maître, tout en étant conforté par une histoire originale qui colle parfaitement à son ironie macabre et sa poésie tout en noirceur gothique. Car il y a du « Delicatessen » dans cette alliance entre la boulangère et le barbier… Il égorge ses clients au premier étage, au lieu de les raser, et elle prépare alors des tourtes, avec la viande des cadavres, qui font le bonheur culinaire des gens qui viennent s’y restaurer. Tout le film est extrêmement sanguinolent, et le raisiné coule à flot lorsque Sweeney Todd use de ses magnifiques rasoirs.
Jusqu’à la fin, le film est terrible. Il n’y a pour ainsi dire pas de « gentils » dans cette histoire, et même le happy-ending est coupé, Burton préfère s’arrêter sur les véritables héros de l’histoire. Ceux qui s’en sortent n’ont même pas l’air d’y croire, et encore moins d’avoir confiance en cette précaire existence.
La spécificité du film résidait aussi dans le fait que les comédiens interprétaient les chansons originales de la comédie musicale. Et autant j’ai aimé la musique (tout en regrettant amèrement Danny Elfman, qui fait pour moi immanquablement parti des films de Burton), autant je n’ai pas accroché aux chansons. Je ne sais pas si j’étais mal luné ou quoi, mais j’ai trouvé ça d’un chiant, mais d’un chiant !! Ca casse le rythme, ça décrédibilise l’action, et je n’ai pas trouvé que ça servait si bien que cela le récit ou l’émotion. A part les chansons de Madame Lovett qui avaient le mérite de mettre en valeur l’ironie grinçante du personnage, je sortais de l’ambiance du film dès qu’ils se mettaient à pousser la chansonnette.
Une petite déception donc, malgré un film qui dans l’ensemble m’a beaucoup plu. Johnny Depp et Helena Bonham-Carter sont pour beaucoup dans cette impression finale, tant ils sont excellents dans ces rôles. Attention, il faut avoir l’estomac bien accroché… (Mylène a du adorer ce film !!)










