4 articles tagués avec “Augusten Burroughs”

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Un loup à ma table (Augusten Burroughs)

Publié le Mercredi 2 Février 2011 - 23:07
Catégorie: Boukinage

Depuis le début, je redoute et me rends compte que les romans d’Augusten Burroughs se suivent et sont un peu moins bons. Là j’ai au moins aimé le fait que ce soit un véritable roman, avec une intrigue et une narration posée, tandis que j’avais eu du mal avec son dernier bouquin qui prenait plus la forme d’un recueil. Le premier, Courir avec des ciseaux, est une merveille qui reste dans mes bouquins fétiches forever (mes BFF à moi).

Augusten Burroughs est un auteur qui use de l’autofiction pour (s’)écrire, on peut ainsi suivre divers épisodes de son existence, et c’est vrai qu’il a bien de la matière. On avait suivi son enfance extraordinaire chez le psy de sa mère, puis son émancipation dans la pub et l’alcool, dernièrement plutôt ses déboires (homo)sexuels et sentimentaux. Il manquait un des personnages importants et étrangement absents des romans : son père. C’est ce bouquin qui comble cette lacune, et l’auteur raconte ainsi son enfance alors qu’ils habitaient encore ensemble avec son père. Ce dernier est un prof de fac qui n’est pas très net, notamment dépressif et qu’on devine rapidement schizophrène, bipolaire ou borderline

Le petit Augusten adore son père, mais a du mal à comprendre son fonctionnement, a peur de ses réactions, et reste pendant toute son enfance marqué par cette relation haine-amour étrange. Le père change parfois du tout au tout et révèle des facettes carrément flippantes. Même plus âgé l’écrivain souffre encore des jeux sadiques que son père est encore capable de lui faire endurer. Avec une mère conforme aux autres bouquins, on comprend bien encore une fois comment le petit Augusten a pu autant péter des boulons dans sa vie.

J’ai bien aimé le fait de découvrir ce nouveau personnage de la vie de l’auteur. Mais ça s’arrête à peu près là… En effet, même si j’aime toujours autant l’écriture de Burroughs, et son opiniâtreté face à son passé, ce roman-ci tourne un peu à vide. Il ne se passe pas grand chose, et quand on a compris les tenants et aboutissants de la relation père-fils, on n’assiste qu’à une répétition assez monotone de saynètes semblables. Le bouquin n’est pas gros, mais cela a suffi à entamer ma bonne volonté et mon admiration du procédé comme de l’auteur.

Donc un peu de “bon” pour les connaisseurs d’Augusten Burroughs, et beaucoup de bémols pour les autres…

Un loup à ma table (Augusten Burroughs)

  • Boukinage
Pensée magique

Publié le Jeudi 29 Mai 2008 - 22:48
Catégorie: Boukinage

A la fin du dernier épisode, heu non je veux dire roman, d’Augusten Burroughs je me demandais « si l’on n’atteint pas là les limites de cette fiction biographique » (ouai je me cite moi-même). En effet, toutes ses oeuvres sont autant de démonstrations d’une brillante autofiction, mais même si j’avais adoré le premier bouquin, le second m’avait paru un peu moins génial. Et celui-ci baisse encore d’un cran dans mon estime… Zut, zut.

Augusten Burroughs a un destin de ouf : une enfance totalement atypique, élevé par le psy de sa mère, et amant du fils aîné de cette famille de dingues, et une suite vertigineuse en tant que créa pub alcoolique et totalement gay !! Rien que ça. Le premier bouquin racontait son enfance et adolescence, tandis que le second se focalisait sur sa carrière (éthylique) dans la publicité. Ce bouquin là, « pensée magique », apparaît un peu comme un fourre-tout qui contient toutes les anecdotes qu’il avait du consigner dans sa mémoire.

Le côté positif c’est que c’est toujours aussi bien écrit, aussi intéressant et foncièrement décalé. Mais le pendant moins rutilant c’est qu’il s’agit d’une sorte de recueil de nouvelles qui finissent par lasser. Un peu comme si on lisait le florilège d’un blog d’un gay de New York dans un roman… Je me suis demandé si ce n’était vraiment pas les fonds de tiroirs, et s’il n’avait pas tiré là sa toute dernière cartouche. Ce n’est pas que c’est chiant, mais disons un peu répétitif dans la forme, même s’il ne se répète pas.

On y lit des passages cocasses et des histoires qui émeuvent, et peuvent nous faire passer par tous les sentiments. Augusten Burroughs est toujours aussi bon pour raconter sa vie, avec une auto-dérision plus que fabuleuse, et un humour queer déjanté qui est une première pour ce bouquin. Du coup, cela en fait un roman vraiment très « gay », ce qui n’était avant qu’une facette finalement assez mineure du personnage.

Bref, c’est sympa, mais moins bien, et dans l’absolu j’ai beaucoup de mal à savoir ce que j’en aurais pensé si je n’avais pas lu les autres… Mais bon, tout de même, c’est une putain de chouette écriture et un écrivain qui mérite qu’on lui laisse encore des chances. En outre ses talents de conteur sont indiscutables, maintenant il va falloir qu’il cherche ailleurs ce qu’il va raconter. Challenge, challenge…

Pensée magique - Augusten Burroughs

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Déboires

Publié le Jeudi 18 Mai 2006 - 18:54
Catégorie: Boukinage

J’avais déjà évoqué le sublime roman d’Augusten Burroughs : « Courir avec des ciseaux », un incroyable roman autobiographique. L’auteur y racontait une singulière existence, entre un père alcoolique, une mère sous l’emprise d’un charismatique (et un peu fou) psychiatre à qui elle confie l’éducation de son fils. On suivait donc l’enfance et l’adolescence d’Augusten, sa vie dans la famille du psy, ses relations sexuelles plus ou moins consenties avec le frère aîné de cette famille (d’une trentaine d’années), jusqu’à ce qu’il quitte tout cela à 18 ans, pour aller faire sa vie à New York.

Donc on lisait déjà un bout de vie plutôt extraordinaire, au sens propre comme au figuré. Voilà donc la suite avec « Déboires », qui raconte comment Augusten est devenu un créatif publicitaire à succès mais aussi un alcoolique invétéré. Son assuétude lui posant des problèmes professionnels, il est contraint par son employeur, à 20 ans donc, à entrer en cure, avant de fréquenter les AA.

Encore quelques morceaux d’anthologie donc pour ce garçon qui a l’air d’avoir vécu trente vies en un balbutiement, et dont on s’étonne même parfois qu’il soit carrément en vie (il doit avoir un putain d’ange gardien). Mais j’avoue que le phénomène JT Leroy me fait maintenant douter de ces écrivains qui mettent en scène leurs vies hors norme. Je serais plus enclin à faire confiance à Augusten Burroughs, car le personnage a manifestement l’air moins fabriqué et extrême que JT Leroy ne l’était, et son histoire est aussi, malgré tout, moins « écorchée ».

Le roman est aussi bien écrit que le premier, donc une écriture efficace et un style enlevé, un humour noir et parfois sarcastique, une introspection d’une terrifiante acuité, et surtout une mise en scène de sa vie fascinante. Augusten raconte cette première cure de sevrage d’un mois dans un centre « gay » (il n’y a qu’aux US qu’on trouve ça !) où il rencontre donc des lesbiennes et pédales alcoolos comme lui, et une galerie de personnages évidemment croustillante. Et puis, il y a son univers new-yorkais, les amis abandonnés par l’alcoolique qu’il est devenu, sa collègue hystérique, son appartement truffé de bouteilles vides, et ce passé (qu’on connaît en lecteur du premier opus, et qui est évoqué de temps en temps) qui revient forcément expliquer une partie de sa situation.

Auguste revient sevré, et reprend difficilement son travail ainsi que les séances de AA qui semblent être des piliers du bon alcoolique repenti. Il s’amourache d’un ténébreux alcoolique et accroc au crack aux bras poilus (rencontré à une séance), et essaie de ne pas replonger…

L’auteur décrit avec beaucoup de talent et d’authenticité son calvaire de tous les jours, et avec des premières cuites à 8 ans, en plus d’anti-histaminiques à hautes doses (parce qu’il est allergique à l’alcool en fait), et d’autres drogues fréquemment consommées, on visualise très bien le cauchemar du héros/narrateur. Le bouquin est dans la droite lignée de ces auteurs américains que j’aime beaucoup. Ainsi le récit n’est jamais lénifiant, et même les discours les plus assertifs, ou introspectifs, de l’écrivain sont aussi inspirés que des dialogues. Malgré toutes ces qualités, je ne trouve pas cela aussi bon que « Courir avec des ciseaux », et du coup je me demande si l’on n’atteint pas là les limites de cette fiction biographique. A voir dans le prochain bouquin, et de toute façon, il y a des chances que le film tiré du premier bouquin fonctionne bien (beau casting en tout cas…).

Déboires - Augusten Burroughs

  • Boukinage
Courir avec des ciseaux

Publié le Vendredi 18 Novembre 2005 - 20:01
Catégorie: Boukinage

Augusten Burroughs, ce mec va se faire un nom comme il s’en est déjà fait un aux USA avec ses quatre romans largement autobiographiques. Merci à Coco de m’avoir conseillé cette saine lecture. Et puis, le « Passage du Marais » produit de véritables petits bijoux de livres (notamment les Chroniques de SF) dont la forme est toujours aussi agréable (couverture, papier, typo…).

A la manière de J.T. Leroy ou de Jonathan Caouette, Augusten, Burroughs n’a pas eu une enfance et adolescence banales, et il l’évoque sous diverses formes dans tous ses romans. Apparemment il a vécu tellement de choses qu’il a largement de la matière pour continuer. J’ai vraiment pensé au deux auteurs que j’ai cités car ils sont tous homos (queers même) et tous déjantés, et que les romans de Burroughs sont d’ores et déjà candidats pour devenir des films*.

On retrouve dans « Courir avec des ciseaux » exactement ce à quoi je suis sensible dans ce type de littérature américaine (il faut aussi dire que le bouquin favori d’Augusten est « la Conjuration des imbéciles ») : une chronique familiale délirante avec un personnage central aussi déboussolé qu’attachant (et pédé), une galerie de personnages secondaires désopilants et déroutants, une critique sociale et psychologique qui plonge le lecteur entre hilarité et émois selon les passages.

Comme J.T. Leroy et Jonathan Caouette, Augusten Burroughs a pour personnage central de son histoire : sa maman. Cette dernière est une artiste qui écrit des poèmes, dont certains sont publiés, doublée d’une grande névrosée dont la bipolarité aura des effets aussi néfastes que variés sur son jeune fils Augusten. C’est lui le narrateur, nous sommes en 1977 (la bonne ambiance seventies règne subtilement pendant tout le récit), il a 12 ans (il n’a que 17 ans à la fin du roman) et ses parents sont en pleine séparation. Son père noie dans l’alcool ses problèmes de dépression, et sa mère rencontre un étrange psychiatre, le Dr Finch, dont l’importance dans l’existence de l’enfant va être décisive.

De pétages de plombs en thérapies douteuses, Augusten se retrouve abandonné par sa mère chez le Dr Finch. Ce dernier et toute sa famille, tous complètement oufs, accueillent le gamin dans cette maison du bonheur, qui est un taudis décrépit. Il trouve alors une liberté absolue au sein de cette famille chtarbée mais adorable (à certains égards) qui prône l’expression de la colère et des ressentiments pour éviter le malaise psychologique. Il y a Hope, une des filles du docteur, qui est l’assistante de son père et qui est une de ses ferventes adeptes. On trouve aussi Natalie qui devient une amie intime du garçon, avec qui il fait les 400 coups, et Neil, un ancien patient de 33 ans, adopté par le médecin, qui sera l’amant passionné d’Augusten.

J’ai suivi cette chronique biographique avec beaucoup de plaisir, et j’ai aussi beaucoup rit en lisant ce bouquin. Personnellement, l’identification avec le personnage était très forte, surtout dans la manière dont il est pédé (depuis l’enfance, et les trips et fantasmes très queers comme j’avais). Le style de l’auteur n’est pas extraordinaire, mais il manie une plume alerte et spirituelle (so witty !) qui fait souvent mouche.

Et comme le dit la couverture : « la réalité dépasse la fiction ». On est donc dans un récit qu’on pourrait croire tout droit sorti de l’imagination d’un Douglas Coupland, or il s’agit vraiment d’une bio ce qui parait encore plus dingue. Dévoré en quelques jours, ce livre a été une excitante bouffée d’air frais et une poignante découverte.

*Courant 2006 devrait sortir le film « Running with cissors » avec Brian Cox dans le rôle du psy, Annette Benning pour la mère (alors qu’on annonçait d’abord Julian Moore), Jospeh Fiennes pour l’amant d’Augusten et Gwyneth Paltrow pour Hope.

Courir avec des ciseaux - Augusten Burroughs