Eh ouai 6 ans, et à peu de choses près trois millions de visiteurs sur ce blog. Putain, 6 ans tout de même… Cela me donne déjà un certain vertige en imaginant la somme de texte absolument inutile, et donc indispensable, que j’ai accumulée sur ce blog. A présent j’ai du mal à définir ce qui me pousse à continuer, ou alors à ne pas arrêter ? Un peu des deux en fait…
De toute façon, écrire est ma gymnastique quotidienne depuis 1991 (mes 15 ans donc). C’était le 19 février 1991 en colonie de vacances au ski, j’ai commencé à écrire la chronique de nos aventures adolescentes à la montagne. Je ne me suis jamais arrêté de gratter le papier depuis lors, et c’est certainement un des éléments qui m’a le plus aidé dans la vie. Aider autant à me renfermer sur moi-même qu’à m’en distancier, autant à m’intéresser aux autres qu’à les réduire à des personnages de fiction, des pantins de romans.
Aujourd’hui j’ai aussi un certain recul sur le blog, et au final sur ma propre identité de blogueur. Il faut dire que tout le monde blogue aujourd’hui, que ce soit en utilisant le moindre réseau social ou les merveilleux outils dont tout un chacun dispose. Facebook est même récemment arrivé jusque Cergy-Pontoise, nous discutions l’autre jour avec Toli de la manière dont nous avions ainsi vu déferler des demandes « d’amis » valdoisiens. Et hier au Paris-Carnet, malheureusement bien déserté depuis le départ de Laurent, Bladsurb me disait fort justement qu’il ne suffisait plus aujourd’hui d’être blogueur pour appartenir à une quelconque communauté. En effet, tout le monde est blogueur aujourd’hui, et on se retrouve plutôt autour de sous-communautés et centres d’intérêt. C’est donc compréhensible de voir l’essor des réseaux sociaux, et de se dire que les blogs vont bien aller en disparaissant, ou plutôt en s’assimilant doucement aux moeurs internétiques de tout un chacun.
Du coup, c’est vachement plus amusant de se dire qu’on fait partie des dinosaures, qu’on est déjà complètement has-been et en voie s’extinction, alors que depuis 6 ans la plupart des blogs ont une durée de vie moyenne de 6 mois.
J’ai commencé discrètement, sans faire de bruit, j’ai eu mon heure de gloire, qui allait avec la jeunesse [sic] et surtout le récit de mes frasques, et puis les visiteurs devenant de plus en plus proches (amis, famille, boulot), et prenant la fâcheuse habitude de copuler avec des blogueurs (sans regret, ah non vraiment pas du tout), j’ai naturellement dépéri. J’ai cru que j’arrêterais même, mais je suis arrivé à un rythme qui me plait bien. J’ai arrêté de m’astreindre à la publication quotidienne, ma chronophagie laborieuse ne me laisse pas vraiment le choix, et j’arrive encore à sortir de temps à autres quelques billets qui me plaisent. Evidemment le comble toujours les vides avec des bouquins, du ciné, du théâtre et consort, mais comme beaucoup ce sont mes posts personnels et intimes que je préfère. Malheureusement, je ne peux plus, depuis longtemps, partager des écrits qui restent donc dans ma tête ou bien sagement cryptés dans d’autres phrases plus banales en apparence.
Je vais avoir 33 ans aussi, j’en avais 26 quand j’ai commencé, et il n’est pas difficile de dénoter une évolution qui n’est pas sans rapport avec l’âge. J’ai parfois l’impression d’avoir vécu, subrepticement dans les deux trois dernières années, une sorte de seconde adolescence. Elle en possède en tout cas tout ce dont je m’en rappelle. Il y a le boulot qui devient un vrai boulot, avec son lot de responsabilité, de choix cornéliens, de plan de carrière… ou pas. Et aussi le visage et le corps que l’on voit et sent vieillir, se dessiner plus profondément.
Mon rapport aux générations est marrant. Dernièrement, je voyais dans le métro des jeunes avec les cheveux longs, de grosses tignasses informes et mal lavées, des fringues amples et grungy, ou bien des slims, bref des jeunes gens d’aujourd’hui. Et je regardais alors facilement dix ans en arrière en me disant que nous étions tous rasés à trois millimètres, avec des ticheurtes Levis tight et des pantalons à carreaux. Ah ah ah. Je ne suis plus « jeune », c’est clair. Et ce n’est pas si grave, chacun son tour après tout, et mon tour à moi a été assez extraordinaire et marquant pour que j’en sois satisfait. C’est juste qu’on ne s’imagine jamais, lorsqu’on a vingt balais, que d’autres vont prendre la relève. Les modèles sont toujours plus âges, ceux qui ont un super job, les comédiens, les chanteurs, les artistes, les heureux en amour. Et vient le moment où tous ont votre âge, puis un peu moins, puis quinze ans de moins.
Je suis assez épaté aussi, et je vois encore plus depuis que ma grande-tante est morte, de constater que mes parents ont vieilli, qu’ils sont les prochains à voguer vers la sénilité et la mort. Je réalise aussi que la seconde guerre mondiale s’efface dans notre imaginaire commun, que la guerre froide n’est déjà plus qu’un vague souvenir et quelques épisodes de séries américaines. Nous sommes donc prêts à refaire les mêmes erreurs, et les générations au pouvoir seront bientôt les miennes. Oh merde alors !!
Heureusement, et soyez rassurés, je profite aussi de tous les plaisirs et d’un certain épanouissement que je sens grandir en moi. Dans mes relations amicales ou amoureuses, j’ai changé, j’ai stabilisé les choses, et je me nourris plus que jamais de cela. La famille qu’on se constitue, celle de l’amitié, devient de plus en plus importante et prédominante. Même si l’amour est un pilier essentiel, l’amitié reste l’axiome de base. Et le rire est toujours là, l’apprentissage aussi, puisqu’il ne s’arrêtera jamais (ça c’est cool), donc la conscience des erreurs, et l’humilité en tout (enfin j’essaie huhu), la découverte des gens, des sciences, des arts me confirment l’intérêt de vivre (mais c’est le rire avant tout qui me motorise et me mécanise).
Pourquoi je blogue ? Eh bien, comme dit et répété maintes fois :
- par narcissisme éhonté
- par passion de l’écriture, et ce moyen d’être lu tout en restant à sa place et sans jouer ni les écrivains, ni les journalistes, juste les scribes du quotidien
- par adhésion à une communauté de plus (élitisme de bas étage)
Et puis, il y a justement ces gens rencontrés via ce merveilleux machin, les lecteurs, les lectrices, les curieux, les voyeurs, les intéressés, bref tout ce qui forme notre curieuse sphère d’influences réciproques. Je n’ai pas envie de me passer de tout cela, pas encore. Et j’ai envie de continuer à partager, comme ça gratos, sans vendre de bouquins ou de publicités. Je veux continuer à payer pour donner, c’est mon utopie à moi. Le blog.