2 articles tagués avec “Catherine Deneuve”

  • Cinéphage
Potiche

Publié le Dimanche 9 Janvier 2011 - 19:26
Catégorie: Cinéphage

Un film de François Ozon, ça fait forcément du bruit, et tout le monde s’y précipite. Ayant plutôt raté le coche avec ses derniers opus, il a misé là sur ce qui lui réussit normalement : la comédie de mœurs avec de jolis noms sur l’affiche. Et quels noms : Deneuve, Depardieu, Luchini, Godrèche, Renier, Viard et même Elodie Frégé dans un petit rôle !! Le film est tiré d’une pièce de 1980 avec Jacqueline Mailland dans le rôle titre, rôle repris là par Catherine Deneuve.

Suzanne Pujol (Catherine Deneuve) est l’héritière de l’usine de parapluie de son père, usine qui est dirigée par Robert (Fabrice Luchini) son mari dominateur et autocratique. Suite à une manifestation ouvrière et le concours d’un député-maire communiste (Gérard Depardieu), Suzanne reprend temporairement la tête de l’entreprise avec son fils (Jérémie Renier) en directeur artistique (très sensible le garçon). Mais Robert ne tient pas à ce que cette situation perdure, alors que Suzanne, considérée par tous comme l’habituelle “potiche”, se révèle plutôt douée, ambitieuse et finalement peu encline à lâcher les rênes.

Le film assume et joue sur les décors et à fond sur la carte “fin des années 70″ pour rendre l’ambiance kitschouille à mort de l’époque. Nous sommes aussi dans un registre clairement affirmé de comédie, et il ne faut pas, je pense, chercher de message profond sous-jacent. Et dans ce registre, je n’ai pas eu à me plaindre, les couleurs, les lumières, les décors et les fringues forment une reconstitution d’une impressionnante fidélité. Les comédiens aussi sont très bien, avec surtout une géniale (comme très souvent) Karine Viard, et un Luchini plus subtil que d’habitude. En revanche, Depardieu ne ressemble vraiment à rien, et j’ai trouvé que c’était comme une erreur de casting… A vrai dire, je n’ai pas non plus été conquis par Deneuve, dont j’ai de plus en plus de mal à saisir le jeu avec les années. Elle me paraît se figer dans un rôle et ne plus en sortir, du coup là l’aspect “potiche” n’était pas selon moi des plus drôle ou conforme à ce que j’en attendais.

Bref, la comédie se tient bien, elle fait souvent sourire, mais c’est tout. Et de la part d’Ozon, et d’une production aussi belle et ambitieuse, je reste relativement déçu et sur ma faim. Ce n’est pas “waouh”, ce n’est que “ouai bien sympa cool, on oublie et on passe à la suite”, et j’attends plus de ce cinéaste de génie (en tout cas, il sait et a su en montrer précédemment).

Potiche

  • Cinéphage
Un conte de Noël

Publié le Samedi 14 Juin 2008 - 20:03
Catégorie: Cinéphage

Voilà le genre de film bien franchouillard mais qui m’a bien convaincu de son efficacité. Certainement un des meilleurs films de Desplechin (à mon avis), tant il fait montre d’une belle réalisation et direction d’acteur, et une histoire qui tient bien en haleine même s’il ne se passe pas grand-chose.

Attention, on vogue dans les histoires de famille, et le prologue en lui-même, qui tente de mettre en place la situation, est assez complexe. Abel (Jean-Paul Roussillon) et Junon (Catherine Deneuve) ont eu un enfant qui est mort jeune d’une maladie génétique. Il ont finalement une fille, Elizabeth (Anne Consigny), un autre fils Henri (Mathieu Almaric) et un dernier enfant, Ivan (Melvil Poupaud). Anne Consigny est auteure de théâtre qui a un beau succès, mais a des soucis avec son fils ado un brin schizophrène, tandis qu’Henri est un petit escroc paumé qui fini par être totalement rejeté de sa soeur, et le dernier frère Ivan est un original qui est marié (à Chiara Mastroianni) et avec qui il a deux enfants. Il y a aussi Simon qui est leur cousin, et qui est très attaché à cette partie de la famille.

Avec cela, Catherine Deneuve apprend qu’elle-même souffre de la même maladie qui a tué son premier enfant, et seule une greffe d’un donneur compatible pourrait la sauver. Tous les membres de la famille sont testés, et seuls le neveu strange et le fils maudits semblent compatibles. C’est Noël, et toute la famille est rassemblée… La fête peut commencer !!

Je parlais d’un film « classique » français aussi pour ce portrait de famille bien taré, mais si commun lorsqu’on se penche un peu sur son propre cas. Le film pourrait être chiant ou grave, mais l’auteur a choisi de tourner en dérision certains aspects dramatiques, ce qui allège le tout et donne lieu à certaines scènes assez cocasses. Le personnage de Deneuve notamment, qui méprise totalement ses enfants est assez irrésistible, et en face d’un Mathieu Almaric en grande forme, cela produit des échanges géniaux et plutôt drolatiques. J’ai aussi beaucoup aimé le rôle de l’ado tourmenté, qui aurait pu faire une de frenchy Donnie Darko de bonne tenue, mais il n’est qu’un personnage très secondaire, et ne perce pas dans cette pléiade de comédiens et comédiennes.

Jean-Paul Roussillon est égal à lui-même et toujours aussi bon (je me souviens de lui dans « Mishka », que j’avais beaucoup aimé), et j’ai été épaté de trouver Deneuve très convaincante. Rien à dire pour Melvil Poupaud (ou si : quand tu veux) ou Mathieu Almaric qui déploie là tout son talent. C’est plutôt Anne Consigny qui est un peu chiante, mais c’est son personnage… Le film fait un peu penser à « Ceux qui m’aiment prendront le train », ou ce genre de film « familiaux » qui titre le portrait d’une série de protagonistes perclus de névroses. Du coup tout le long du film, on se focalise sur un personnage ou un autre, avec des relations mises en exergue qui expliquent la situation.

Ce n’est pas un extraordinaire chef d’oeuvre, mais un bon petit film français de bonne facture, bien joué, bien réalisé. Avec un rien de paraboles cryptiques pour exciter les critiques cinéphiles et donner ce côté « french underground » qui devrait bien fonctionner dans les milieux intellos.

Un conte de Noël