Salvador Dalí (rétrospective) au Centre Georges Pompidou

Dalí est mort en 1989, mais il est encore aujourd’hui une de ces superstars de l’Art. Ses oeuvres traversent le siècle dernier et font un pont assez extraordinaire entre la découverte même de l’Art Moderne et une conception tout à fait contemporaine de l’Art d’aujourd’hui. Salvador Dalí est connu par à peu près tout le monde, quel que soit la culture générale ou le milieu social, et il est présent par ses innombrables reproductions sur bien des murs… Il est l’incarnation même du Surréalisme, et cette exposition est une occasion parfaite pour se rendre compte de l’immensité du bonhomme.

On bénéficie là encore d’une scénographie et d’un parcours pédagogique assez exceptionnel, et c’est sans compter un nombre et une variété d’oeuvres qui permettent d’appréhender avec un grand plaisir l’étendu des talents de l’artiste catalan. J’ai juste regretté de ne pas avoir vu assez de sculptures de Dalí. Je me souvenais en avoir apprécié un certain nombre à son musée de Montmartre, mais là quasiment pas. En revanche en termes de peintures, c’est le nec plus ultra. Et le parcours nous fait circuler dans toutes ses thématiques plus ou moins loufoques, décalées, provocatrices, mais aussi merveilleuses, fantasmagoriques, sexuelles ou psychanalitiquement signifiantes.

Nul besoin de vanter une exposition qui fait le (trop-)plein depuis ses premières heures d’ouverture, mais j’ai été surpris de voir autant de familles accompagnées d’enfants assez jeunes. On les voit ensuite un peu gênés devant les représentations explicites ou métaphoriques de sexe, de viol, de parricide, matricide, masturbation et autres joyeusetés. D’autant plus que les explications sont assez honnêtes et claires et parfois un peu embarrassantes. Je voyais cette gamine de douze ans qui scotchait devant cette sculpture de 1938 représentant un téléphone dont le combiné est un homard. Et la mère de sourire et de dire « Alors ça te plait ? C’est joli hein ? ». Et de lire tout haut « Téléphone aphrodisiaque… Ah oui mais pourquoi… ? Ah oui d’accord, oui le homard… Ah oui… Bon on y va ? Allez viens, VIENS JE TE DIS !!!!! » Arf.

J’ai surtout aimé découvrir quelques éléments que je connaissais moins comme sa participation aux films de Buñuel (dont on voit quelques extraits, notamment Un chien andalou) ou aux oeuvres de Federico García Lorca que j’aime tout particulièrement. Et il y avait aussi pas mal d’extraits de vidéo de performances diverses et variées qui représentaient bien le personnage public que j’ai connu gamin. Entre mise en scène de soi, de ses oeuvres, sa provocation légendaire et son rapport à l’argent bien particulier, on ressent bien vers la fin de l’expo la complexité de l’artiste et une personnalité qui s’assombrit quelque peu avec l’âge.

C’est toujours un bonheur de voir en vrai quelques tableaux célébrissimes du maître, avec ses illusions, faux-semblants et double-perspective, et d’en découvrir d’autres de petits formats qui fourmillent de détails et racontent des histoires fascinantes (et souvent terribles). L’exposition est sans conteste magnifique et vraiment réussie !!

Salvador Dalí (rétrospective) au Centre Georges Pompidou

Gerhard Richter, Panorama : Une Rétrospective au centre Pompidou

Je n’avais jamais entendu parler de Gerhard Richter, mais l’expo avait bonne presse, et j’aime bien les rétrospectives qui permettent comme cela de faire connaissance de manière didactique avec l’oeuvre d’un artiste. J’en suis sorti mi-figue mi-raisin, à la fois intéressé par certaines démarches et plutôt enjoué d’une poignée d’oeuvres, mais aussi assez insensible à pas mal d’autres.

Au moins, j’apprécie que le bonhomme ne se la joue pas grand artiste contemporain qui théorise pour théoriser et conceptualise tout ce qu’il crée. Là Gerhard Richter est assez clair, certaines oeuvres ne sont dictées que par l’envie et l’instinct (son travail remonte aux années 60). Et je crois que c’est ce que j’ai le plus aimé, ces séries de peintures complètement abstraites et très colorées qui racontent presque « trop » de choses. Les toiles sont immenses et pleines de vie, de rythme et de pulsations. Il y aussi ses portraits comme des photographies floutées dont le procédé et la qualité sont bluffants. On dirait vraiment de la photo et dans la mise en scène, le cadrage ou le sujet. Du coup cela représente pour moi en peinture le summum du figuratif.

La mise côte à côte de ces deux tendances : figuratif photographique (mais flou) et abstrait aléatoire fonctionne vraiment bien dans ce « Panorama ». Mais en dehors de ça, il y a aussi pas mal d’oeuvres plus plastiques ou conceptuelles qui ne me parlent pas, des trucs à la Bertrand Lavier (que j’exècre) qui ne m’intéressent pas du tout, ni dans la démarche ni dans l’esthétique. Donc voilà je suis un peu partagé sur l’exposition, qui bénéficiait pourtant de l’habituelle qualité scénographique de Pompidou, avec un artiste dont le travail ne m’a pas vraiment enflammé au final.

Gerhard Richter, Panorama : Une Rétrospective au centre Pompidou

Mondrian / De Stijl au Centre Georges Pompidou

Voilà une exposition tout à fait dans la lignée des grandes expos du Centre Georges Pompidou, didactique, pédagogique et richement dotée !

Le titre est à la fois très explicite et pourtant porteur d’une certaine confusion. En effet, on pourrait croire que le mouvement « De Stjil » (aaaah ces néerlandais) est le mouvement créé par Mondrian ou bien auquel il est complètement assimilé, mais ce n’est pas tout à fait ça. Disons que les deux sont clairement en résonance, et relativement indissociables lorsqu’on doit évoquer l’un ou l’autre. En revanche, Mondrian était peintre avant, et a gardé sa propre autonomie créative et théorique, tandis qu’il a été un des grands contributeurs du mouvement néoplasticien, et qu’il s’est ensuite clairement détaché de « De Stijl ».

L’exposition traite des deux sujets de manière relativement distincte, à tel point qu’il y a même deux commissaires d’expo, chacun sur un des deux thèmes. On commence par l’explication très pédagogique de ce qu’est le mouvement « De Stjil », et puis on passe à Mondrian (ses débuts, ses expérimentations cubistes, abstraites, ses vitraux, et son apothéose bien connue avec ses quadrillages). On conclut par des applications du style « De Stijl » (gros pléonasme puisque « De Stijl » veut dire « Le Style » en néerlandais) avec des incroyables pièces d’architecture, des projets décoiffants et des visions concrètes de ces théories qui sont bien bluffantes.

Le parcours est vraiment bien pensé et fluide, il est ponctué d’explications par salle, mais aussi sur certaines œuvres emblématiques ou majeures. Exactement ce qu’il faut pour apprécier la scénographie et bien comprendre la mécanique en jeu, de quoi se passer d’un audioguide tout en se disant que ce serait le complément idéal pour « aller plus loin ». La scénographie est assez « facile » mais plutôt réussie avec une chouette mise en abîme, puisque les cloisons font penser à ces célèbres quadrillages de Mondrian avec des grands pans blancs et des lignes noires épaisses qui délimitent des espaces d’expression ou de vide. Sympa, sans être trop prise de tête, encore une fois j’ai bien aimé.

Il y a aussi cette gentille reconstitution de l’atelier de Mondrian qui permet de se mettre dans la peau de l’artiste, et d’imaginer aussi l’application de ses théories jusque dans l’agencement de son lieu de travail. Mais la grande découverte, et j’ai honte de n’avoir pas su cela avant, est celle du véritable instigateur et fondateur de « De Stijl » en la personne de Theo van Doesburg. La très grande partie des œuvres hors Mondrian sont de cet autre artiste néoplasticien, et il est fascinant de constater son anonymat relatif (à mon incurie) alors qu’il était doté d’une créativité tout aussi féconde et intéressante. Ses vitraux sont notamment des pièces magnifiques et des motifs qui sont aujourd’hui des bien manufacturés qu’on peut couramment voir chez des particuliers.

La focalisation sur Mondrian présente une passionnante rétrospective de l’artiste qui permet de facilement comprendre et appréhender son cheminement artistique. A la manière d’un Malevitch dont on comprend très bien l’ultime « Carré Noir » lorsqu’on a suivi toute l’approche suprématiste, Mondrian et son néoplasticisme deviennent limpides dès qu’on voit concrètement la succession de tableaux qui le mène de la figuration à l’abstraction. Le plus évident est la transformation de la forêt en lignes puis quadrillage, et l’effacement des couleurs composées jusque la quintessence des aplats monochromes. Evidemment, j’ai pensé à la merveilleuse Aurélie Nemours, ou au fascinant Jean Hélion.

La fin de l’exposition démontre l’apport très pragmatique des artistes « De Stijl » à l’architecture et l’urbanisme, intérieur, extérieur, tout est pensé, repensé et traduit en concepts cohérents. On peut y voir des plans ambitieux de maisons, d’immeubles ou de quartiers entiers, qui sont entièrement conçus dans cet état d’esprit d’avant-garde. C’est étonnant d’ailleurs de constater comme ces projets ont gardé leur facette futuriste et moderniste, alors même qu’ils sont complètement désuets à bien des égards, comme une vision uchronique, un de ces avenirs alternatifs que nous ne connaîtrons jamais.

J’ai aussi eu une pensée pour le 124 rue Saint Maur que j’ai évoqué l’année dernière, ce qui prouve que l’œuvre de Mondrian n’a pas cessé d’inspirer même les architectes d’aujourd’hui.

(Ah ouai donc j’ai bien aimé hein, en fait, c’était ça que je voulais dire… en gros.)

Mondrian / De Stijl au Centre Georges Pompidou

Kandinsky (1866-1944) au Centre Georges Pompidou

Ahhhh, Kandinsky !! Ma référence ultime en terme d’Art ! Je dois à une prof d’histoire de première de m’avoir fait découvrir cet artiste. Depuis lors, je le révère et suis super ému dès que je tombe sur une de ses toiles. Donc là, c’est une extase permanente, un bouleversement de tous les instants, puisque cette rétrospective nous montre à peu près tout ce qu’il y a de majeur dans l’oeuvre de ce peintre d’exception.

La scénographie est très linéaire puisqu’il s’agit le plus simplement du monde d’un accrochage chronologique. J’ai été plutôt déçu par les explications disponibles et encore une fois il fallait se procurer l’audio-guide pour vraiment en profiter. Heureusement, j’ai assez lu et me suis assez documenté depuis quinze ans pour largement prendre mon pied. Car j’aime tout chez cet homme, de ses peintures classiques et d’inspiration russe des débuts, à ses découvertes et tâtonnement dans l’abstraction (ma période préférée, alors que les « ponts » et « cavaliers bleus » commencent à s’estomper dans des formes symboliques et géométriques), jusque ses oeuvres très formelles et géométriques à la Malévitch, et enfin à ses drôles de créatures biomorphiques qui auraient leur place dans « Spore » (le jeu vidéo).

Mais contrairement à Malévitch (qui est l’inventeur du Suprématisme, donc une abstraction très froide et détachée du réel), Kandinsky, même dans ses phases les plus géométriques et abstraites, ne se détache jamais de ses émotions. Elles sont même l’incroyable moteur de cette foisonnante création. Et n’importe qui peut s’en rendre compte, car il fait parler les formes et les couleurs. C’est un délire de sentiments qui s’imprime en nous, de la colère, de la tristesse, de la joie et de l’amour qui se retrouvent ainsi jetés sur la toile.

Kandinsky est à mon avis le seul peintre qui a réussi ainsi à transposer des émotions sur la toile. Il est, en mon opinion, la preuve tangible de la synesthésie, cette faculté de mixer les sens. Car avec Kandinsky les couleurs ont un son, et les sons ont une forme, les émotions des couleurs, et les odeurs des formes etc. L’expérience sensorielle et émotionnelle proposée par ses peintures dépasse alors l’entendement, et même s’il ne parle pas à tout le monde de la même manière, je ne pense pas qu’il puisse laisser insensible.

C’est alors que je me suis trouvé à me plaindre même de l’opulence de l’exposition. En effet, je crois qu’il y a trop d’oeuvres exposés, et que chacune à son tour tend à émousser les capacités des visiteurs. C’est comme si vous étiez dans une parfumerie, que vous arrivez à sentir les premières fragrances, mais que rapidement vous êtes perdus dans les odeurs, et vous ne sentez plus rien. Il me semble que le même drame se produit lors de cette expo. Il y a tellement de choses qui passent dans cette peinture, que l’on se retrouve au bout d’un moment insensible aux oeuvres, et qu’on passe sans plus trop comprendre. Il reste bien évidemment toujours cette beauté formelle, mais ce n’est pas cela qui est remarquable, selon moi, chez ce peintre. Il faut s’approprier ses « impressions » (titres de nombres de ses toiles) et les décoder pour soi. On est parfois aidé par des titres comme cette « voix au téléphone » (qui n’était pas présenté à Beaubourg pour le coup) ou bien ces « petites joies ». Les « improvisations » laissent libre cours à notre interprétation, comme elles ont laissé libre court à son imagination.

Le peintre est mort, mais ses oeuvres conservent une extraordinaire actualité, et en effet qu’y a-t-il de plus intemporel que les émotions ? Les points, lignes, plans qui sont l’alphabet de l’expressionniste composent un langage universel par excellence. Ces oeuvres parlent à tout le monde, à son niveau, à ses références, à sa sensibilité, et il fait découvrir de nouveaux mondes de sensations, de plaisirs, de lecture et de compréhension intime de l’autre et de soi-même.

Vous comprendrez à me lire à quel point cette exposition est fantastique, mais encore une fois mon seul reproche, qui n’en est pas un, est ce foisonnement de tableaux. Kandinsky se déguste avec parcimonie, et doit se savourer lentement, petit à petit, avec ouverture d’esprit et acuité aux aguets.

Kandinsky au Centre Georges Pompidou

Louise Bourgeois au « Centre Pompidou »

Ah enfin une rétrospective Louise Bourgeois !! Cela faisait des années que j’attendais cela, depuis cette première visite à la Tate Modern en 2000 où son extraordinaire et gigantesque oeuvre, dans le cadre des « Unilever series », qui prenait tout le hall du musée (qui est l’endroit où se trouvait la turbine de cette ancienne usine de production électrique) m’avait vraiment marqué. Dans le même genre, j’avais aussi été épaté par l’oeuvre monumentale et météorologique d’Olafur Eliasson qui occupait tout ce merveilleux espace d’exposition.

Louise Bourgeois, une artiste américaine, née française, c’est même une meuf de Choisy-le-Roi, qui a tout de même 97 ans et qui continue à exercer son art. Et la rétrospective montre bien que son pouvoir créatif est toujours intact, il est d’ailleurs aussi extraordinaire de constater qu’elle a toute sa vie exploité quelques thèmes qui n’ont toujours pas l’air de la lasser, ou de la laisser coite.

L’exposition fait partie de ces événements incontournables qu’il ne faut pas manquer, et en effet, je vous le recommande ardemment. Non seulement la sélection d’oeuvres et exhaustive et riche, couvre toute la carrière de l’artiste, mais en plus le travail d’explication des oeuvres est sérieux, précis et passionnant. Ensuite, on peut toujours rigoler de certaines prises de tête ou explications qui paraissent un peu fumeuses, mais comme Louise Bourgeois est vivante et peut parler de ses oeuvres, au moins on sait qu’on est pas complètement dans l’imagination d’un commissaire inspiré. Et nous étions plusieurs à franchement apprécier et la scénographie, et la manière dont l’oeuvre de Louise Bourgeois nous a été présentée et « mise en lumière ».

Une des choses qui m’a énormément surprise c’est de constater que son art ne ressemble à rien de facilement identifiable, et surtout pas à tous les courants artistiques qu’elle a traversés. Un peu d’expressionnisme certes, mais pas non plus une marque très claire, et puis elle peint, dessine, sculpte, assemble, coud… Et en plus d’une forme d’expression originale, le fond est si personnel, si intime, si sensible qu’il porte une force inouïe et quelque-chose de vraiment unique.

Par contre, je vais reprocher une chose à l’exposition, c’est d’avoir complètement omis l’aspect biographique de l’artiste. Il s’agit certainement d’un parti-pris et je le conçois, mais à part le couloir à la sortie qui expose en quelques photos sa vie, on n’a pendant l’expo aucune mention des épisodes de vie de l’artiste. Or c’est souvent ce qui permet d’éclairer certains choix, certains thèmes et rupture dans une carrière. Et à maintes reprises, je voulais savoir si pour telle ou telle oeuvre, elle était mariée ou pas, mère ou pas, si elle bossait pour des galeries ou était en galère, reconnue ou anonyme, si elle s’entendait avec sa famille, si son travail était scandaleux ou porté aux nues etc. On n’a vraiment aucune notion de cela, à part les dates des oeuvres qui nous permet plus ou moins de les replacer dans un contexte politique, économique ou culturel global. Est-ce que c’est une volonté affirmé de se saisir des oeuvres pour leur qualité intrinsèque, et de se débarrasser du côté « people » qui parfois parasite une émotion ? Peut-être bien… Mais moi j’aime aussi comprendre l’auteur dans l’oeuvre…

L’expo présente près de 200 oeuvres, de 1938 à 2007, et des techniques incroyablement variées, et surtout des tailles qui vont aux extrêmes. En effet, Louise Bourgeois utilise ses souvenirs d’enfance, et pas les plus joyeux, pour nous représenter ses frayeurs, névroses et autres joyeusetés de ses rémanences de gamine. Ainsi cela va des tableaux avec des femmes-immeubles aux stupéfiants totems métaphoriques, à ses sculptures ultra-sexuées, à des gigantesques araignées qui figurent sa mère, à des pièces entièrement reconstituées qui symbolisent des chambres et des univers singuliers.

Epatant, intrigant, beau, rugueux, coloré, sombre, coupant, doux, maternel, violent, métallique, obtus, filandreux, brillant, globuleux etc. Tous les adjectifs me sont venus, et certaines oeuvres vous plongent forcément dans un état second, tant on ressent ce qu’elle exprime en terme d’identité, de souffrance de l’enfance, de sexualité… Une drôle d’expérience !

Après, j’ai plus ou moins aimé certaines pièces… Les goûts et les couleurs… Et j’ai beaucoup ri des sculptures en forme de bites ou de seins qui ont des titres plutôt trompeur, telle « fillette » pour représenter un immanquable phallus. Mais Louise Bourgeois les appelle « cumuls » en référence à des cumulus, donc plus comme des nuages, et pas du tout des machins sexuels. Sigmund aurait certainement une autre opinion, arf.

J’ai vraiment aimé les grandes oeuvres comme ces chambres de son enfance, ou bien les araignées énormes qui ne sont en effet pas du tout menaçantes. Il y a aussi l’impressionnante chambre qui prend toute une pièce et qui délimitent plusieurs « pièces » que les visiteurs peuvent voir de l’extérieur grillagé. Des miroirs changent certaines perspectives, et toute une « histoire » familiale est racontée ainsi avec des fauteuils, des lits, et même une petite araignée dans un coin de la chambre de la fillette… Cela m’a un peu fait pensé aux énormes tableaux de David Lynch quelque part.

On pourrait croire qu’elle perd la main avec les années, mais c’est tout le contraire. En tout cas, j’ai adoré la manière dont elle utilise les tissus pour concevoir ses dernières oeuvres. Dans les années 2000, on trouve tout un tas de figures, personnages, mises en scène, avec des textiles qui sont cousus ou rembourrés, pour former des visages avec des expressions incroyablement réalistes. Les tissus ont ce côté « humain » en faisant penser à de la peau, et des pliures qui imitent remarquablement bien les expressions du visage.

Pour finir, cette jolie photo de Louise Bourgeois avec sa « fillette » sous le bras !!

Louise Bourgeois au « Centre Pompidou »

Los Angeles 1955-1985

Ou « la naissance d’une capitale artistique » qu’il disait !

Putain de chiotte de merde, c’est la première que je suis autant déçu par une exposition à Beaubourg. Je n’ai rien à reprocher au Centre Pompidou, ni la richesse manifeste et le nombre impressionnant d’oeuvres, ni leurs choix artistiques (que je peux difficilement juger, pauvre néophyte que je suis), ni la scénographie plutôt efficace et convaincante. Non il s’agit plutôt de ce truc là… ces mecs de Los Angeles qui font l’Art de 1955 à 1985.

Bah rien… rien de rien. Je n’ai pas du tout été sensible à ce que j’ai vu, je n’ai pas appréhendé les thèmes, pas découvert un élément accrocheur, pas été épaté par des théories à couper les cheveux en quatre, ou des concepts décoiffant qui habituellement me scotchent (même les plus fumeux). Non c’est juste chiant et inintéressant (en mon opinion à moi que j’ai et que j’assume, oui, oui).

Du minimalisme à l’assemblage pur, en passant par des films gores, des sketchs ou des délires potaches, je n’ai pas du tout aimé ce que j’ai vu ou entendu. Je n’ai simplement pas été sensible, ou alors pas assez formé pour apprécier ce que j’avais sous les yeux. J’aurais peut-être du potasser deux trois bouquins dans le domaine, car les explications fournies par Beaubourg m’ont soit fait mourir de rire par leur élitisme puant ou métaphores insolites, soit presque énervé par leur caractère délibérément allusif, elliptique ou carrément abscons (ou « dantesque » comme ils disent…).

Il me reste donc des morceaux de plastique de couleur… des assemblages de choses (non c’est tout !), des innovations minimalistes qui sont censés révolutionner ma vision de l’art (ah ? il a juste changé une lettre à un mot ?), des vidéos bouleversantes comme une véritable bite au cirage (bah oui le gars se masse les couilles avec un truc noir… « Black Balls » ça s’appelle !) ou bien le must : un gars qui chie sur une table, puis pisse dessus, puis crache dessus, avant de tout remanger (miam miam !), il y a aussi l’ancêtre de Jackass qui se fait tirer dessus par un pote, se fait crucifier sur une bagnole, enfermer cinq jours dans un placard etc. Je crois que les quelques oeuvres qui m’ont plu ont du coup été polluées par tout ce qui m’a franchement « déconcerté ».

Et puis toutes ces oeuvres « sans titre » balancée comme ça, sans explication (ou alors des trucs, ils auraient du s’en abstenir)… Bof. D’ailleurs quelle est la subtile différence entre un « untitled » et un « no title » ?? Oui, oui, on est allé jusqu’à se poser la question !!!

Un thumbs-up pour « Blinky le Gentil Poulet » (The Friendly Hen – 1978) tout de même. Jeffrey Vallance a acheté un poulet surgelé dans un supermarché, il lui a organisé des funérailles avec un enterrement première classe au cimetière des animaux de L.A., un cercueil tout confort, etc. Il reste même le « saint suaire » de la bête qui transpirait (forcément il était surgelé) sur son sopalin (pour pas abîmer le satin).

Conceptuel oui… c’est peut-être une question d’époque, je pense être plus sensible aux approches conceptuelles contemporaines artistiques d’aujourd’hui en fait.

Los Angeles 1955-1985 Centre Georges Pompidou

L’avis des copines : Olichou, Niklas.

Sophie Calle : M’as-tu vue

La première fois que j’ai entendu parler de Sophie Calle c’était il y a quelques années, concernant son expérience artistique avec Paul Auster. A l’époque, cela m’avait interpellé car je suis fan de Paul Auster et se des personnages si étranges et charismatiques. Or, Jeff avait eu la bonne idée de m’offrir pour mon anniversaire, cette expérience hors du commun entre l’artiste et l’écrivain new-yorkais, narrée avec textes et photos dans un recueil dédié. Dans cette série de livres (aux éditions Actes Sud) intitulée « Double-Jeux », Sophie Calle se sert de l’un des personnages de Paul Auster, dont il avait fondé certains traits en narrant quelques épisodes de la vie de Sophie et en s’inspirant de l’artiste, pour, à son tour, endosser la personnalité du personnage de fiction de la manière exacte dont Auster l’avait dépeinte. Ainsi, Sophie a joué ce double jeux de la fiction et de la réalité avec Paul Auster, en effectuant des tâches (conserver ses cadeaux d’anniversaire, inviter un nombre de convives égal à son âge etc.) ou en s’astreignant à des rituels étranges (manger des aliments d’une couleur donnée chaque jour par exemple) qui scandaient la vie de ce personnage de fiction partiellement inspiré de Sophie, qui s’en est emparé alors en totalité.

Cette exposition au Centre Georges Pompidou reflète bien le sens artistique de Sophie Calle et la difficulté d’appréhender un tel énergumène au sein d’un musée. En effet, comme dans le cas d’Auster, on perçoit aisément l’adéquation du livre pour raconter son expérience et bien « montrer » l’objet artistique. Or, de manière similaire à Cocteau, cette exposition doit présenter un artiste qui fait de son existence même son art, et qui donc, par définition, est très difficile à dévoiler accrochée à un mur. Aussi il s’agit plus de plonger dans un univers, dans un ensemble de codes qui régissent une certaine notion du monde, et dans un univers sensible, affectif et poétique, ou bien dans le cas de Sophie Calle : dans une volonté de mettre en scène sa vie, plutôt que d’exhiber des oeuvres plastiques sur un piédestal.

Car la vie de Sophie est son oeuvre entière, une oeuvre drôle, émouvante, étrange, folle, obsessionnelle, démesurée, jubilatoire, triste ou décalée. Elle met en scène son existence, soit pour se trouver une raison d’être, ou bien pour exorciser ses peurs et ses trop-pleins d’affect, ou peut-être parfois par lubie et par jeu, tout simplement ? Elle présente dans cette exposition plusieurs de ses « expériences » et travaux artistiques, centrés autour de cinq de ses thèmes habituels. En général, elle vit quelque chose qui lui procure une intense émotion qu’elle tente de comprendre et de circonscrire en la ritualisant à l’extrême, puis en la reproduisant plus ou moins chez autrui, comme pour mieux l’appréhender et la maîtriser, jusqu’à en produire un ensemble de travaux qui trouvent une homogénéité dans l’origine biographique même de leur création.

Ainsi, pour « Douleur Exquise », elle part d’une douloureuse rupture sentimentale qu’elle lie à un voyage dont elle raconte l’histoire jour après jour jusqu’à ce qu’elle se fasse larguer. C’est la première étape de son travail. Ensuite, elle interviewe des gens sur leurs moments de plus extrêmes souffrances pendant des semaines (un par jour), et elle retranscrit leur discours en plus d’une photographie. Le récit est extrêmement bien mis en scène dans l’exposition, puisqu’on a d’abord la narration du voyage avec les lettres échangées avec son amoureux et des photos de voyages tamponnés en rouge d’une sorte de compte à rebours. Nous sommes alors « avant la douleur ». Et puis, la douleur se manifeste dans une chambre d’hôtel de New Delhi, reconstituée pour l’occasion et passage obligé des visiteurs entre les deux salles. Alors on passe à « après la douleur », et on lit la manière dont quotidiennement elle inscrit la douleur et remet en perspective sa propre expérience.

Les visiteurs peuvent ensuite passer dans des salles qui évoquent « Lits et Nuits Blanches » où elle a notamment photographié des gens qu’elle a invités dans son lit (Fabrice Lucchini fut de la partie d’ailleurs). Dans « Absence et Manques », on peut voir une incroyable série de textes et de photographies où Sophie Calle a demandé à des personnes aveugles de naissance leurs concepts et représentations de beauté ou de couleur. Elle relate aussi avec beaucoup de sincérité et de cocasserie la relation à l’argent dans « Images Muettes ».

Au final, j’ai le réflexe de penser qu’au fond c’est une fille de bourge un peu barrée, et qui n’avait rien à faire de ses journées, ou alors une fille vraiment ouf, et dont les relations et potes galeristes ont profité pour se faire de la thune. En effet, on peut se dire que si elle n’en avait pas fait des travaux artistiques, elle serait une folle comme beaucoup de quidams dans la rue, et qui n’a pu vivre son déséquilibre et l’avoir transformé en art que grâce à un milieu social privilégié. Mais la vidéo « Unfinished » m’a montré Sophie Calle comme quelqu’un de plutôt authentique, une personne qui a une vraie quête de sens, et qui désire s’exprimer par cette voie artistique salvatrice. En conséquence, je me dis qu’elle ne cherche pas tant à se la jouer, mais qu’on s’intéresse vraiment à elle, et qu’elle livre là les résultats de ses pérégrinations les plus décalées et dans le fond vraiment captivantes.

Par rapport à l’exposition, on peut juste se poser la question de savoir si lire le bouquin avec tous les textes et les photos n’est pas plus approprié à ce genre d’expression. J’ai aimé la manière dont la première partie était mise en scène avec la chambre, et c’est toujours bien d’avoir les photos en grand et exposés dans un musée. Néanmoins, la lecture in extenso des ouvrages doit apporter une connaissance beaucoup plus intime des expériences de Sophie Calle et certainement encore plus jubilatoire.

Comme Olivier, la réaction instinctive que nous avons eu avec Jeff et M. fut de dire qu’elle serait une remarquable blogueuse.

Sophie Calle