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Pectus est quod disertos facit

Dimanche 27 Mai 2007

Cinéphage Les Chansons d’amour

Christophe Honoré est un putain de bon réalisateur, et il le prouve encore dans ce film. Car non seulement il sert une très fine et remarquable comédie musicale, mais en plus il affirme encore ses talents de cinéaste, avec une photo superbe, des plans (des visages, des corps, des « liens » entres gens) et des mouvements de caméras très expressifs.

Autre chose aussi, comme dans « Dans Paris » il choisit de montrer le « vrai » Paris, pas celui des cartes postales et des grands monuments, pas celui des rues proprettes et ensoleillées. Non là, il n’est plus dans le 15ème arrondissement, mais dans le 10ème et le 11ème (Et comme certains l’ont remarqué, MA grisette est même au générique, yeaaaah !), donc j’ai été encore plus sensible à sa manière de saisir ces quartiers qui me sont si familiers, et c’est une sacrée réussite.

Par contre, il faut se rendre à l’évidence, et je n’attendais pas vraiment autre chose de sa part, c’est un film de bobo avec un scénario bobo et des personnages bobos, dans des quartiers bobos. Si à la base, c’est un truc qu’on ne peut pas supporter, autant ne pas se forcer à le regarder. Mais en se distanciant un peu de cela, on peut pleinement profiter d’une belle histoire, servie par une poignée de chansons de très bonne qualité, et surtout des interprètes, comédiens, comédiennes qui relèvent le défi avec brio.

Il y a trois partie dans cette comédie musicale, qui sent bon l’hommage à Jacques Demy, et c’est l’histoire (d’amour) d’un couple un peu atypique : Ismaël (Louis Garrel) et Julie (Ludivine Sagnier). On comprend rapidement dans la première partie que les deux héros pimentent leur relation amoureuse, en y incluant Alice, qui travaille avec Ismaël. Julie aime beaucoup Alice, mais Ismaël comment sérieusement à prendre ombrage de ce trio. Et là, arrive un drame : Julie décède d’une crise cardiaque brutale et inattendue. Ismaël gère alors son deuil, entre la famille de Julie qui tente de le soutenir, et une confusion des sentiments et d’orientation sexuelle qui prennent la forme d’un croquignolet lycéen breton (Grégoire Leprince-Ringuet, dont je me demande s’il est de la famille du scientifique).

Et au milieu de tout cela, des chansons, à la manière d’« On connait la chanson » qui illustrent certaines parties du film, et sont plus comme des dialogues chantés (vraiment à la manière de Demy). L’histoire prend justement un tour un peu moins niais que dans une comédie musicale (bobo), ou bien dans un « film français », par ce décès de Ludivine Sagnier, qui représente une rupture d’une brutalité assez inattendue dans la narration. Et on peut apprécier encore plus le jeu et l’aura de Louis Garrel, que j’aime décidément beaucoup.

Christophe Honoré en tout cas ne rechigne pas sur l’expression d’une liberté sexuelle tout à fait assumée, que ce soit les couples libres, les relations homos et la valse des choix qui s’offre à des gens ouverts d’esprit. En cela, le film est très rafraîchissant, et il ose avec beaucoup de candeur et d’espièglerie, et pas d’artifices ou de symbolique surpondérée comme chez Ozon. Il nous rajoute même deux petits marins, avec pompons règlementaires, véritable vision de « Pierre & Gilles » qui tombe comme ça en plein milieu d’un plan de rue banal.

C’est un film vraiment agréable à voir, et qui a le mérite de montrer Paris, tel qu’elle est vraiment. Il s’agit surtout d’une comédie musicale réussie tant pour son histoire (d’amour pour midinettes romanticôôônnes que nous sommes), que ses chansons, et avec en plus un souffle moderne indéniable dans son propos.

L’avis des copines : Niklas, Lieux Communs, Patrick, Demonz (avec quelques morceaux), Sébastien.

Les Chansons d’amour

Dimanche 08 Octobre 2006

Cinéphage Dans Paris

On aurait pu croire que c’était le grand film de Christophe Honoré, avec un casting alléchant et une presse déjà conquise. Eh bien je ne serais pas aussi dithyrambique, mais tout de même j’ai beaucoup aimé ce moment passé « Dans Paris ». Car c’est un film qui a bien pour fond et pour essence cette Ville, en plus d’un clin d’œil continu à la Nouvelle Vague. L’auteur redouble d’habileté pour utiliser tous les codes des maîtres des années 60, et cela donne un film intemporel vraiment charmant.

Romain Duris s’est séparé de son amie, et il tombe dans une grave dépression. On le retrouve un 23 décembre 2005 chez son père (Guy Marchand), avec son frangin (Louis Rhaa Lovely ! Garrel) qui tente par tous les moyens de le faire sortir de sa torpeur. Un peu comme mes coreligionnaires (de l’avis des copines plus bas), j’ai été un peu décontenancé par un début brouillon et saccadé, une succession de scènes qui ne riment pas à grand-chose. On comprend bien sûr la rupture et quelques éléments se posent, mais à renforts d’effets qui rendent l’image plutôt indigeste. Malgré tout j’ai bien aimé la comédienne qui joue de rôle de la nana de Duris : Joana Preiss.

Ensuite les choses se précisent et le film, en flirtant de plus en plus avec le langage cinématographique de la Nouvelle Vague, nous offre une excellente comédie dramatique en clair-obscur et doux-amer, un vrai oxymoron ! On y trouve un cabotinage charmant, drolatique et pimpant de l’excellent Louis Garrel, qui a l’air de se trouver dans ce film comme un poisson dans l’eau, et dont la bonne humeur est communicative. Clin d’œil des clin d’œil, la présence de deux acteurs de la Nouvelle Vague que sont Marie-France Pisier (dont je suis assez fan, et qui a le mérite de s’être faite lifter sans devenir une gorgone) et Guy Marchand est particulièrement bienvenue. En effet, ils sont excellents et il y a aussi un contraste drôle, et qui fonctionne étonnamment bien, entre eux deux et leurs fils : Garrel et Duris, les étoiles montantes de la génération actuelle.

Ensuite j’ai apprécié le fond même de l’histoire, et la peinture de cette famille à la fois soudée et qui ignore complètement les sentiments d’autrui. La sœur déprimée et suicidée, le fils qui en prend le chemin, l’autre qui fanfaronne et butine à 180° de son aîné, le père acariâtre et inquiet, et la mère fantasque et si parisienne. Mais on se surprend à rapidement s’attacher aux personnages et à cette singulière famille. Il y a vraiment quelque chose dans la manière de filmer et de raconter ce récit qui découvre beaucoup d’affection entre les personnages, tout en nous les montrant individualistes au possible.

Ce n’est pas le superbe chef-d’œuvre de l’année, mais un film à ne pas manquer, car il est beau et singulier. Christophe Honoré montre très bien des parties de Paris qu’on connaît finalement peu dans les films. Mais surtout, il en fait l’écrin d’une histoire attachante, et qui alterne avec bonheur entre cocasseries et noires humeurs. Etrange et fort plaisant.

L’avis des copines : Niklas, Cyril, Chori.

Dans Paris

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