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L’Archipel du Rêve (Christopher Priest)

Publié le Dimanche 19 Février 2012 - 2:06
Catégorie: Boukinage

Je commence à bien me familiariser avec l’oeuvre de Christopher Priest, et même si Le monde inverti reste un bouquin vraiment marquant par rapport aux autres, je comprends qu’il soit autant considéré comme une pointure de la SF d’aujourd’hui.

“L’Archipel du Rêve” est un bouquin extrêmement étrange et plutôt difficile à appréhender dans son ensemble, mais indéniablement attachant et bourré de charmes. Il s’agit d’un recueil de nouvelles, mais on dispose à la fois d’une grande unité dans l’écriture, la thématique, les lieux et les “règles”, tout en lisant des histoires sans aucun rapport les unes aux autres. J’ai énormément accroché aux prémices du bouquin qui correspondent à un passionnant prémisse auquel les fans de SF ne peuvent qu’être sensible. On nous explique ainsi en quelques pages le contexte des nouvelles. Nous sommes dans un monde assez bipolaire avec une guerre qui sévit entre le nord et le sud. Entre ces deux grands continents, on trouve un archipel d’îles paradisiaques sur l’équateur qui reste totalement neutre. Ces îles sont pendant tout le livre un lieu où tout le monde voudrait aller pour échapper à la guerre et à ses affres. On apprend surtout une drôle de singularité temporelle sur ce monde. En effet, il n’existe pas de décalage horaire dû à une sorte de translation temporelle graduelle qui met tout le monde au diapason. Donc quel que soit l’endroit, le soleil se lève et se couche en même temps sur toute la planète. Lorsque les transports modernes ont été inventés, les hommes ont donc été confrontés à de drôles de phénomènes avec des voyages très courts leur permettant d’aller beaucoup trop loin, et réciproquement. Un vortex temporel se trouve à l’équateur, et en l’utilisant judicieusement les avions peuvent en 20 minutes de vol parcourir la moitié de la planète.

Aaaaah j’ai adoré ce truc de phénomène temporel, et je m’attendais à ce qu’il soit clef dans des histoires avec une veine très SF. Mais là j’ai été très déçu parce que Christopher Priest n’utilise simplement jamais ce phénomène… Huhuhu. Et d’ailleurs, la SF n’est presque pas présente, sinon pour présenter des peuplades avec des moeurs particulières ou quelques inventions futuristes (notamment des “scintilles” sorte de microparticules espionnes). Sinon les nouvelles se succèdent avec plus ou moins de bonheur sur des sujets assez divers. Elles se rejoignent sur de fortes tensions sexuelles, et sur un questionnement concernant l’individu dans la société, la guerre ou l’autoritarisme.

Difficile de dire que j’ai adoré ce bouquin, mais je ne peux pas dire que ça m’a déplu non plus. Principalement parce que c’est merveilleusement bien écrit, fort intrigant et parfois plutôt bien troussé. Mais au final, il y a un sentiment d’inachevé, de brouillon, ou peut-être plus simplement de volontairement mystérieux et obtus. Je crois que c’est le genre de textes sur lesquels on pourrait voir des thésards plancher quelques années…

L'Archipel du Rêve (Christopher Priest)

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Les Extrêmes (Christopher Priest)

Publié le Mercredi 17 Mars 2010 - 0:20
Catégorie: Boukinage

Christopher Priest m’avait scotché avec « Le monde inverti », mais globalement je suis à chaque fois interdit par la qualité de son écriture. Là encore pour « Les Extrêmes » c’est ce que je retiens du roman, en plus d’un vrai talent pour rendre schizophrène son lecteur le plus terre-à-terre.

Teresa a perdu son mari Andy, alors que ce dernier tentait d’appréhender un serial killer. Le couple faisait partie du FBI, et en tant que tel ils ont été formés aux « Expériences Extrèmes », ou ExEx dans le jargon du FBI. Ces logiciels de simulation permettent, grâce à une interface homme-machine à base d’injection de nanopuces, de vivre des situations dans la peau d’un protagoniste de la manière la plus réaliste qui soit. Ainsi Teresa se met dans la peau de serial killer, de victimes ou de flics pour mieux prévoir les situations à venir. Il se trouve que le même jour où Andy a été tué, il y a eu un autre drame mais en Angleterre, à Bulverton, où un homme a réalisé un vrai carnage. Teresa se rend là-bas pour enquêter et se faire sa propre idée des événements, en complément des insupportables séances d’ExEx qu’elle s’impose, elle pense qu’il y a une véritable connexion entre ces deux événements.

Vraiment je suis entré dans ce roman avec une facilité déconcertante, et j’ai rapidement eu du mal à ne pas continuer à lire en marchant tant l’histoire m’a accroché. On retrouve en revanche énormément de résonances avec des sujets connus, donc ce n’est pas non plus d’une folle originalité. Il y a résolument du « ExistenZ » dans cette imbrication des mondes virtuels, et aussi du « Total Recall » avec ces thématiques de perte de réalité, et de dualité de vision et de vécu. Christopher Priest décrit finalement un univers dans lequel Philip K. Dick se serait senti plutôt à l’aise à mon avis. On pense aussi à « Hypérion » et Fedmahn Kassad qui rencontre l’amour de sa vie dans une simulation des plus belliqueuses.

Ce mélange entre enquête policière et implication émotionnelle de Teresa à Bulverton fonctionne vraiment bien. En revanche, j’ai plutôt été déçu par le dénouement du roman, et par l’impression finale de rester sur ma faim. J’attendais certainement un retournement de situation plus tonitruant, ou encore une conclusion vraiment originale et qui balayerait tout ce que j’aurais pu connaître du même genre. Mais non, au trois quarts du roman, ça pédale un peu dans la choucroute, et la fin arrive plutôt comme un soulagement.

Bref, une opinion en demi-teinte donc, malgré une sacrée belle plume, pour ce Christopher Priest qui mérite bien d’être aussi célébré dans le monde de la SF.

Les Extrêmes (Christopher Priest)

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La séparation

Publié le Mercredi 3 Septembre 2008 - 23:36
Catégorie: Boukinage

J’avais découvert Christopher Priest dans ce qui est devenu un de mes bouquins favoris de SF : « le monde inverti ». Son écriture et son imaginaire, assez proche de celui de K. Dick selon moi, m’avaient littéralement conquis. Je crois qu’on m’a offert celui-ci, mais je n’en suis plus trop sûr. Bref, il se retrouve entre mes mains, et c’est pour le mieux !!

Ce livre-ci est totalement différent de l’autre, ce n’est d’ailleurs presque pas un bouquin de SF. Du coup c’est drôle qu’il ait reçu autant de prix dans ce petit milieu littéraire (tout de même : British Science Fiction Award, Arthur C. Clarke Award, Grand Prix de l’Imaginaire 2006). Car il s’agit bien d’une sorte de récit uchronique, mais on pourrait facilement le mettre dans le domaine de la littérature générale. En effet, il possède une fibre fantastique très peu développée. Ou alors disons que l’auteur a habilement dissimulé et saupoudré ça et là des éléments qui “diffractent” plus ou moins notre notion du temps. C’est assez difficile à expliquer, et en vérité ce n’est pas évident à comprendre du premier coup !!

Christopher Priest nous plonge dans l’Angleterre de la seconde guerre mondiale, et dans un triple récit d’un couple de vrais jumeaux, qui partagent en plus les mêmes initiales ! (J.L. Sawyer et J.L. Sawyer !). Le récit est triple car il s’articule autour de trois points de vue, d’abord celui d’un historien-chercheur qui étudie la manière dont Rudolf Hess a voulu organiser la paix avec la Grande-Bretagne, en s’y rendant de sa propre initiative. Ensuite on trouve les narrations alternées des deux frères, et les étranges implications qu’ils ont eu avec Rudolf Hess (ils ont gagné la médaille de bronze d’aviron en 1936, médaille remise par Rudolf Hess ) et la politique britannique, ainsi qu’un problème psychiatrique d’un des frères suite à un accident d’avion. Car l’un des frères est pilote intrépide de bombardier de la RAF, tandis que l’autre est objecteur de conscience et aide à la Croix-Rouge.

Les intrigues multiples, les différents points de vue, et les subtiles différences entre les récits avec ces “voies historiques” font que le bouquin n’est vraiment pas évident à saisir. Et pourtant, l’histoire qu’il raconte est en définitive celle de l’Angleterre de la seconde guerre mondiale, et c’est passionnant. En effet, on découvre surtout les combats que les anglais ont mené, alors qu’ils étaient le seul pays européen à résister contre Hitler. Christopher Priest se fait là un peu le chantre de son pays, mais il se trouve que je suis un grand admirateur de cette Angleterre là, et donc j’ai trouvé cela très juste et justifié. L’écrivain nous fait vivre les bombardements, la résistance sans faille de la perfide Albion, la dureté des combats, mais aussi la stupidité de la guerre, tout en nous montrant un Churchill tout en verve et en charisme. Cela m’a même appris pas mal de choses sur la politique intérieure britannique de l’époque qui n’était pas si monolithique que cela.

Entre l’uchronie doucement schizophrénique et le choix de la période, c’est encore à K. Dick que je pense et son célèbre « Maître du Haut-Château », dans lequel la seconde guerre mondiale a été gagnée par les nazis en 1947…

Tout le bouquin se concentre sur les évènements du 10 mai 1941, cette nuit là Rudolf Hess a quitté, apparemment de sa propre initiative, l’Allemagne pour se rendre en Ecosse à bord d’un avion. Apparemment encore, il venait négocier la paix avec le Royaume-Uni avant que l’Allemagne n’entame la guerre avec l’URSS à l’Est. Rudolf Hess a été emprisonné jusqu’à la fin de ses jours (1987), et Hitler avait dit qu’il était atteint de folie et avait agi de son propre chef. Ce fait historique est encore un des mystères de la seconde guerre mondiale, et l’auteur joue sur ce trouble pour en donner sa propre version, enfin ses propres versions plutôt…

Le bouquin est très bien écrit et documenté, et encore une fois propose une vision très instructive de la Grande-Bretagne pendant la seconde guerre mondiale. Je l’ai juste trouvé un peu trop complexe et cryptique à certains égards, mais d’un point de vue SF c’est un ovni qui est très plaisant à découvrir. C’est quelque-chose de vraiment nouveau et rafraîchissant. Malheureusement, il n’aura certainement pas le lectorat mérité du fait de son estampillage “SF”…

La séparation - Christopher Priest

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Le monde inverti

Publié le Lundi 5 Novembre 2007 - 22:25
Catégorie: Boukinage

Cela faisait longtemps que je n’avais pas mis le nez dans un roman de SF, et de temps en temps, c’est comme un besoin vital, il me faut ma dose de littérature fantastique ou de bonne Science-fiction comme j’aime (normalement : américaine des années 50-75 maximum). Et là, le hasard a terriblement bien fait les choses, ce roman de Christopher Priest est apparemment un monument du genre, alors qu’il entre à peine dans ma période de prédilection, vu qu’il date de 1974. Mais il faut reconnaître que ce bouquin est absolument génial !

Le héros du bouquin c’est Helward Mann, c’est un habitant d’une « cité » un peu particulière. Cette ville est un immeuble gigantesque qui se déplace sur des rails sur le sol d’une planète dont on ne sait pas grand-chose. Helward lui-même est âgé de mille kilomètres, et en tant que tel va devenir apprenti d’une des guildes qui régissent cette société. On comprend rapidement que le déplacement de la ville est indispensable à sa survie et à son haut-degré de technologie. D’ailleurs, pour réaliser ce déplacement titanesque les gens de la ville louent les services de manoeuvres de villages locaux contre de la nourriture et des outils.

Helward entre en apprentissage et en tant que tel, il va passer un moment dans chacune des guildes avant de rejoindre la sienne : les « futurs ». Il y a aussi les poseurs de voies, les bâtisseurs de ponts, la milice, ou encore les « topographes du futur » comme Helward qui partent en reconnaissance pour guider la ville. Car non seulement, il faut que la ville se déplace, mais elle doit se focaliser dans la direction d’une position idéale qu’on appelle « optimum », plus elle s’en écarte et plus elle se met en danger. Donc il s’agit de trouver le chemin le moins tortueux pour la ville tout en suivant le plus possible l’optimum. Des ouvriers des villages du coin sont temporairement salariés pour poser les voies métalliques vers l’avant, tandis qu’ils récupèrent et recyclent celles sur lesquelles la ville est déjà passée.

Cette société, aux rouages parfaitement huilées, se gangrène peu à peu, parce que les autochtones des régions traversées se révoltent contre eux, mais aussi parce que des dissidents veulent que la ville s’arrête. Mais Helward qui est allé dans le passé (en arrière géographiquement donc) comprend que ce serait sonner le glas de leur existence. Le soleil n’est plus une sphère… il est une hyperbole aux mystérieuses propriétés.

Bon on peut penser que j’en ai dit beaucoup comme ça, mais même pas. Il y a encore tellement de choses à découvrir sur cette invention de Christopher Priest, et tous ces détails intrigants qui ne trouveront réponse que dans les derniers paragraphes du bouquin (qui ne fait pourtant que 385 pages). Et cette fin, la solution de toutes ces interrogations et suspicions, est tellement bien ficelée et surprenante et intelligente qu’elle donne envie de tout relire dès le début.

En outre, les qualités littéraires du bouquin sont manifestes, et vous entraînent avec une facilité déconcertante à la fois dans des aventures picaresques, mais aussi les dédales d’une ville aux comportements sociaux passionnants, et de la bonne SF qui mêlent informatique, physique, ambiance post-nucléaire et autres joyeusetés du genre ! Il s’agit du genre de livre qui vous offre un voyage extraordinaire et permet de s’évader à chaque fois qu’on l’ouvre. Cette quête vers l’inconnu m’a pas mal fait penser à « la Horde du Contrevent », à la (grande) différence qu’on n’est pas du tout dans un registre « fantasy ». « Le monde inverti » se place en bonne position dans ma liste de bouquins de SF qui m’ont marqué…

Le monde inverti - Christopher Priest