Yossi

J’aime beaucoup le cinéma israélien, mais j’aime aussi beaucoup Eytan Fox et j’avais aussi beaucoup aimé ce film de 2005 « Yossi et Jagger« . Cela faisait beaucoup trop d’affect en jeu pour me faire moins aimer ce film-ci non ?

Je comprends les critiques mitigées que j’ai pu lire, car objectivement le film est très court, plutôt aride et concis en apparence, et peut laisser sur sa faim. Mais il ne faut pas le voir sans « Yossi et Jagger » dont c’est la suite. En effet, il faut avoir en tête tout le drame et la charge émotionnelle de ce film de 2005 pour comprendre et lire entre les lignes de celui-ci. Nous sommes donc à Tel Aviv et on découvre ce qu’est devenu Yossi. Yossi qui était un soldat gradé, et avait perdu un soldat qui était son amant et son amour dans une opération militaire. Il ne s’en est manifestement pas encore remis, et on le retrouve médecin dans un hôpital, qui noie sa dépression dans son travail.

Un jour il croise en tant que patiente la mère de Jagger, et cela le pousse à aller parler aux parents de son ancien amant. Il croise aussi la route d’une bande de soldats en goguette, l’un d’eux semble s’intéresser à lui mais c’est surréaliste car c’est une véritable gravure de mode, et Yossi est vieilli (et grossi) avant l’âge de fatigue, de lassitude et d’une homosexualité qu’on devine pas si facile que cela à assumer.

Le film dure 1h23, et développe les deux idées précédentes fournissant une trame d’une simplicité enfantine. On règle rapidement l’histoire des parents, et par la même c’est l’histoire d’amour avec Jagger qui voit enfin sa conclusion. Et cette histoire avec ce jeune soldat au charme orphique (encore un beau gosse d’israélien comme c’est pas permis ce Oz Zehavi !!) nous propose une éventuelle porte de sortie. Donc c’est rapide, c’est limpide et ça paraît bizarrement mutique et trivial. Mais non car la caméra d’Eytan Fox et le jeu d’Ohad Knoller font des merveilles. Evidemment cela tient aussi énormément à l’attachement qu’on avait pu nourrir au personnage de Yossi du premier film, et il révèle là une telle fragilité, une telle perte de soi et déséquilibre, qu’on est forcément touché. J’ai été bouleversé par ces scènes où pas grand chose ne se passe en apparence, mais des kyrielles de sentiments sont exprimés par des gestes, des regards, des attitudes, des plans.

Ce langage cinématographique se passe de paroles, et c’est tant mieux, il en est d’autant plus éloquent ainsi.

J’ai aussi été énormément marqué et impressionné par une scène annexe qui voit Yossi essayer de se faire un plan cul type « GrindR ». Il va chez un gars qui manifestement est super gaulé et plutôt pas mal, et qui est un véritable cliché conforme aux « International Gay Standards ». Le mec se comporte normalement, offre un verre (il sortait évidemment de la douche à oilpé avec juste une serviette) et sort de but en blanc que la photo envoyée via le réseau n’est absolument pas ressemblante, et qu’il abuse de lui faire perdre son temps comme cela. En deux phrases Yossi est abaissé et mortifié, et se voit congédié (plus ou moins… faut voir le film). Misère sexuelle, dénuement, humiliation suprême, tout y est, et c’est une réalité bien tangible ici aussi.

Je reconnais aussi les mêmes limites et défauts à ce film qu’à celui de 2005, donc on aurait pu attendre une oeuvre un peu plus construite et élaborée. Quelque chose d’un peu plus « facile » et à la portée plus universelle ou actuelle, mais Eytan Fox a eu le mérite de conserver cette même ligne directrice, et à l’aide d’un comédien, Ohad Knoller, qui porte réellement tout le film sur ses épaules.

Yossi

Valse avec Bachir

(Que de retard dans mes critiques ciné…)

Ce film d’animation n’est rien de moins qu’une petite merveille. Et je pèse mes mots. Dans la lignée d’un « Persépolis » mais encore plus indépendant, prenant et bouleversant, il vous emmène au plus profond de l’âme humaine, dans ce que nous avons de plus beau et affreux. L’israélien Ari Folman a réalisé là un document (germano-franco-israélien) qui fonctionne terriblement bien, et qui use de l’animation avec brio. En effet, on aurait tout aussi bien pu en faire un film ou bien un documentaire, mais le dessin lui donne encore plus d’onirisme et de poésie, et étrangement de consistance.

Le film est autobiographique, et Ari Folman en est le narrateur. Tout commence par une rencontre avec un ami, et ce dernier qui raconte qu’il fait un cauchemar lié à leur intervention pendant la guerre du Liban. Il rêve des chiens qu’il avait du abbattre à l’époque. Ari ne réagit pas immédiatement, mais lui revient une séquence très étrange, comme un souvenir effacé ou sublimé : il flotte dans la mer devant Beyrouth avec des amis, soldats aussi, et ensuite sort de l’eau. Hanté par ces images dont il ne comprend la signification, il va tenter d’y trouver une explication en interviewant des protagonistes de l’époque. Peu à peu, les morceaux du puzzle s’assemblent, ses souvenirs lui reviennent. Il réalise ce qui s’est vraiment passé, et ce à quoi il a assisté.

J’avoue mon incurie complète lorsque j’ai vu ce film. En effet, j’ignore à peu près tout des détails de la guerre du Liban (pas si lointaine pourtant…), et encore moins du massacre de « Sabra et Chatila ». J’ai donc appris avec stupéfaction qu’au début des années 80, le Liban était la proie de plusieurs groupes qui se disputent le pouvoir. En gros, les chrétiens sont soutenus par Israël, et les chiites par l’OLP. On trouve alors au Liban des réfugiés palestiniens dans des camps, notamment ceux de Sabra et Chatila. Les soldats israéliens arrivent dans Beyrouth et sont en faction devant ces camps. L’assassinat du président libanais chrétien provoque la colère et un sentiment de revanche chez les chrétiens maronites. Ils se rendent alors à Sabra et Chatila et tuent aveuglément hommes, femmes et enfants démunis (de 500 à 5000 apparemment). L’armée israélienne laisse faire le massacre, et n’intervient absolument pas.

Alors forcément, le film n’est pas très gai, et il n’est pas un divertissement léger. Mais il est d’une beauté formelle assez stupéfiante (notamment les parties « rêvées »), et il suscite des émotions incroyables. Il est d’une sensibilité et d’une intelligence qui ne peuvent laisser de marbre.

L’avis des copines : Arthur, Kinoo, 42Fbg, Zvezdo, Vincen-t, Julien.

Valse avec Bachir

My Father, My Lord

Un film bien singulier… vraiment pas mal, un OVNI qui ne manque pas d’interroger et de fasciner en tout cas. Il dure seulement 1h15, et son intrigue est relativement simple, de même que la narration est dépouillée, mais le scénario est vraiment original. Décidément, le cinéma israélien, c’est vraiment quelque-chose !

Je pense que cela se passe à Méa Shéarim même si ce n’est jamais explicite, en tout cas dans un quartier ultra-orthodoxe de Jérusalem, et tout le film gravite autour d’une famille : le père un religieux inflexible, Abraham, sa femme et leur fils, Menahem. Ce dernier est un gamin qui comme tous les enfants a beaucoup d’imagination et aime jouer, et son père le remet sans cesse dans le droit chemin, et fait montre d’une rectitude assez implacable dans ses relations. Et puis, un jour, alors qu’ils sont de sortie à la Mer Morte, il arrive un événement dramatique qui remet en question tout ce en quoi ils croient.

Le film a une réalisation assez aride et qui pourra en dérouter certain, mais je pense qu’il faut aller au-delà pour apprécier la mise en scène et le jeu des acteurs. Et il y a aussi cette parabole autour d’Abraham, sa foi et son aveuglément religieux, et cela prend encore une autre orientation quand on pense au sacrifice d’Abraham justement. C’est étrange car le film serait d’abord presque un documentaire, et à un moment même je me suis demandé si ce n’était pas une apologie de ce mode de vie. Et peu à peu, on voit poindre des traits psychologiques, des gestes et des regards, tout en restant très suggéré, profond et pourtant quasi mutique.

Le film est trop indépendant et trop peu attractif pour plaire au grand public, mais sa grande qualité est aussi là à mon avis. C’est-à-dire qu’il serait ridicule ou même offensant de tourner un film « d’actions » avec un sujet pareil, et que c’est cette manière subtile et intelligente de raconter cette histoire qui lui donne autant de relief et de valeur. Et puis c’est drôle de se voir raconter une histoire « humaine » dans cet univers religieux omniprésent, et finalement de retrouver la métaphore religieuse dans cet épisode familial terrible. En fin de compte, le film n’est pas tendre du tout avec ces orthodoxes.

Un petit film qui remue les méninges…

My Father, My Lord

Les citronniers

Vous avez peut-être remarqué que je m’émerveille souvent des pépites du cinéma israélien, et là encore, il y a de quoi !! Dire qu’on dépense du temps et de l’argent à se taper des blockbusters, alors que ce film est une réussite qui mériterait tous les projecteurs. Un petit film certes, mais qui est bourré de charmes, et qui arrive à dessiner avec beaucoup d’acuité l’inextricable situation, et là la plus ubuesque qui soit, dans cette région du Moyen-Orient.

Le film figure deux excellents comédiens, et surtout l’extraordinaire Hiam Abbass que vous avez pu voir dans « Free Zone » ou entendre dans « Azur et Asmar ». Elle est Selma, une modeste cultivatrice de citrons palestinienne, veuve, qui vit juste sur la frontière entre Israël et la Cisjordanie. Cette terre et ces arbres sont son seul revenu, et le seul héritage de ce mari qu’on voit en photo dans la maison, avec son air sombre et mutique. Voilà que débarquent de l’autre côté de ses cultures, le ministre de la Défense israélienne en personne et sa femme, Mira. Ils s’installent dans une maison cossue et immédiatement barricadée par les militaires, avec miradors et tout le tintouin. Très vite, les services secrets estiment que les citronniers sont une menace pour la sécurité, et ils informent Selma qu’ils vont les détruire. Elle refuse énergiquement, et va demander l’aide d’un avocat palestinien. Elle ira jusqu’à la cour suprême…

Ce n’est pas un film tonitruant et qui a des ambitions hollywoodiennes, et cela ne le rend que plus attachant. Il est impossible de rester insensible aux déboires de cette femme, et encore moins à l’histoire d’amour qui arrive à naître dans cette allégorie du désespoir. Le scénario est simple et superbe, et pourtant il est largement improbable, et s’apparente plus à une fable. Mais ça marche, oh oui ça fonctionne même terriblement bien. On retrouve bien les absurdités des relations israélo-palestiniennes, et de toute façon les deux camps en prennent pour leur grade. Que ce soit l’hypocrisie des israéliens et leur politique antipalestinienne inhumaine à certains égards, ou bien la grande difficulté pour une femme de s’affirmer du côté arabe, ainsi qu’une certaine compromission, on se demande bien comment cela va finir (mal certainement).

Je vous le conseille, c’est finement joué et assez palpitant, en plus d’être touchant et parfois à fleur de peau. Il s’agit là d’une très belle oeuvre, qui je l’espère trouvera son public.

Les citronniers

Les Méduses

Je parlais de bonnes surprises du moment, de films qui changent de la routine, eh bien je ne pensais pas que « Les Méduses » me procureraient autant de plaisir. Il a certes reçu la « Caméra d’Or » à Cannes et il est en effet très bien tourné, mais surtout il bénéficie d’un scénario fascinant, de comédiens attachants, et il baigne dans une atmosphère tout à fait unique et féérique.

Le couple de réalisateurs, Etgar Keret et Shira Geffen, a créé un OVNI cinématographique qui a le potentiel pour ravir absolument tous les publics, et dispose de maints niveaux de lecture et d’appréciation. Il s’agit d’une sorte de « Short Cuts » à Tel Aviv, avec le récit de trois femmes qui sont plus ou moins en détresse. Ces trois histoires se déroulent en parallèle, et tous les protagonistes se croisent, se bousculent, se frôlent ou agissent dans les intrigues des autres, discrètement ou pas. C’est une fable, c’est une farce, c’est un drame, c’est une comédie. On y voit du théâtre et la simple réalité à la fois, allégorie ou récit factuel, on alterne entre toutes ces possibilités sans jamais vraiment pouvoir se fixer. Et c’est génial !

Nous avons d’abord un couple de jeunes mariés, dont la femme se casse la jambe alors qu’ils doivent partir en lune de miel. Ils doivent alors se résoudre à passer leur temps dans un hôtel miteux à Tel Aviv, ce qui n’arrange pas leurs relations. L’homme fait connaissance d’une femme écrivain taciturne qui habite la suite au dernier étage. On suit aussi les déboires d’une jeune femme qui se fait larguer par son mec, et trouve par hasard une petite fille muette au bord de la plage, avant de se faire virer de son job. Enfin, on assiste au sort d’une philippine immigrée en Israël qui doit s’occuper d’une vieille femme acariâtre, dont la fille ne peut s’occuper parce qu’elle répète une pièce de théâtre contemporaine.

C’est avant tout un film de femmes, les hommes ne sont vraiment que de pâles figurants, et les actrices figurent ici une palette incroyable d’héroïnes de tout poil. Ces « méduses » sont les trois personnages principaux qui se laissent porter par le courant, et qui ne luttent pas vraiment contre leur sort, et pourtant elles agissent à leur manière.

Au bout de quinze minutes, on se rend compte à quel point le film est casse gueule, et j’ai eu peur que ça tourne mal, mais il s’agit d’un jeu d’équilibriste assez extraordinaire. Dès que l’intrigue devient trop fantastique ou fantasmagorique, il y a une rupture dramatique qui revient ancrer la scène dans la réalité. De même lorsque l’on commence à se faire chier dans des contemplations un peu gratuites, on est cruellement ramené à des tournants majeurs de l’intrigue. En outre, on pourrait se dire que ça ne tient pas sur la longueur, mais le film ne dure qu’1h18, et est donc parfaitement digeste. A peine pourrait-on commencer à regarder l’heure, que la fin pointe son nez. Parfait ! La limite vers le « trop » ou le « mauvais » ou le « pas assez » n’est jamais franchie, et cela donne au film une légèreté, une fragilité et en même temps la finesse d’un travail d’orfèvre.

Au final, ce sont des personnages très attachants et proches de nous qui se détachent de ces histoires universelles et intemporelles, et ces chassés-croisés dans Tel Aviv. Cette ville que je retrouve encore avec un plaisir renouvelé, et qui donne un parfait décor à cette oeuvre. Il faut absolument ne pas rater ce film. On en ressort tout léger, tout vaporeux et « médusé ».

Les Méduses

The Bubble

J’attendais, comme beaucoup de gens, le prochain film d’Eytan fox qui nous avait déjà fait vibrer avec « Yossi et Jagger », et bien plus encore avec « Tu marcheras sur l’eau ». Le défi était donc de réussir à faire aussi bien, ou sinon de continuer à évoluer. Eh bien, j’ai été à la fois charmé par ce film, et en même temps un petit peu décontenancé par certains choix de l’auteur.

Cette fois c’est une histoire d’amour (homo) impossible qui se joue entre un israélien Noam (Ohad Knoller, qui était déjà dans « Yossi et Jagger »), et un palestinien de Naplouse Ashraf (Yousef Sweid, lui était dans « Tu marcheras sur l’eau »). Impossible pour des raisons sociales et familiales, mais surtout politiques, dans un pays où les tensions sont telles qu’on les connaît. Noam revient tout juste de sa conscription, et il retrouve ses deux colocs : son pote homo Yali et leur amie (bien FAP) Lulu. Ces deux derniers font de leur mieux pour que l’histoire d’amour entre les deux garçons se concrétise, malgré les vicissitudes. Ils sont contre la guerre et les occupations de territoires, et ils vivent dans un Tel Aviv où les jeunes essaient de se soustraire à cette politique qui les empoisonne.

Il s’agit d’un film très fort, et qui va jusqu’au paroxysme de la passion amoureuse. Plus encore que Capulet et Montaigu, les deux héros sont opposés dans leurs destinées. Entre un Noam israélien qui revient de l’armée où il a vu ce qui se passait aux postes-frontières, et Ashraf dont la soeur se marrie avec un activiste palestinien, et qui doit lui-même épouser la cousine de ce dernier. Eytan fox a vraiment choisi de mettre en scène une histoire à l’intrigue tellement allégorique qu’il vaut mieux considérer le film comme une « fable » ou un « conte ». Sinon on peut rapidement craindre un manque de crédibilité qui gâche le plaisir. La fin qui est très « particulière » ne m’a pas tant dérangé (mais bouleversé oui !), dès lors que c’est d’une fable qu’il s’agit.

Cette histoire d’amour pleine de passion, de sincérité et qui plaira à toutes les midinettes du monde, est rondement menée, et c’est une des grandes réussites du film. Une putain de superbe histoire d’amour ! Avec en plus beaucoup d’humour, de fantaisies (Lorsque Lulu et Noam se rendent à Naplouse déguisés en journalistes français, c’est l’apothéose !), de tendresse, il délivre aussi un propos politique toujours très balancé. Il s’agit de constater les problèmes qui rendent la situation explosive des deux côtés de la frontière, avec des exactions qui se répondent, et des communautés qui se radicalisent.

J’ai beaucoup aimé la manière dont Tel Aviv était filmée, et même personnifiée. La ville a une vraie importance, et joue un rôle à part dans ce film. Cela m’a particulièrement plu et touché, car j’y étais il y a quelques mois, et que j’ai retrouvé une ambiance, des rues, des couleurs et des sons. Et c’est vrai que Tel Aviv est un endroit unique en Israël, et Yali qui n’en sort jamais symbolise bien cet univers clos si particulier. Tel Aviv apparaît comme le lieu de tous les possibles, de la jeunesse et de la fête, mais régulièrement la simple réalité est un cruel rappel à l’ordre.

Le film se regarde bien et a beaucoup de qualités, mais ce qui est par contre troublant c’est lorsqu’on le resitue dans la filmographie d’Eytan Fox. En effet, il devrait se placer entre les deux que j’ai cités, plutôt qu’être son dernier opus. Il a l’air d’être moins abouti et moins mature que « Tu marcheras sur l’eau », tant au niveau de la réalisation que du scénario ou des dialogues. Et pourtant je devine bien que politiquement justement, c’est un film qui est encore plus marqué et marquant que le précédent.

Malgré quelques défauts (le moment où Ashraf « s’offre » à Noam me paraît vraiment ridicule… c’est dommage car ça a pas mal gâché mon impression de base), il s’agit d’un film qui a bien des mérites, et qui parle et montre l’homosexualité sans métaphore ou pincette. Quant à la fin, il vaut mieux en parler en « live », il y a trop à en dire (tout, son contraire, et n’importe quoi) donc j’en disserterais avec des potes.

L’avis des copines : Cyril, Hub, Bertrandjik, Toli, Patrick, LeGuépard, Zvezdo, Mathieu, Les Tamaris, KassNoizett, Widow Creek.

The Bubble

Yossi et Jagger

J’avais vraiment beaucoup aimé « Tu marcheras sur l’eau » du même réalisateur israélien, Eytan Fox, et le sujet m’a tout de suite donné envie de voir ce film-là, pourtant antérieur. Il ne passe qu’au cinéma le « Quartier Latin », mais je crois qu’il a même été diffusé sur Arte. Ce film très court (un peu plus d’une heure) et à la réalisation un peu artisanale, raconte l’histoire d’amour entre deux soldats. L’un, Yossi, est un militaire de carrière et commandant de ce qu’on peut prendre pour un poste-frontière. L’autre, Jagger, est un appelé qui aura bientôt terminé son service.

On découvre rapidement l’accointance particulière entre les deux héros, et le réalisateur ne se penche pas du tout sur la genèse de leur idylle. Les deux personnages représentent deux types très différents d’homme et d’homosexuels. On sent Yossi particulièrement « straight-acting » et opportuniste, alors que Jagger est manifestement un homo qui s’assume.

Le film se déroule dans un endroit reculé en pleine montagne et dans la neige. Il n’y a qu’un groupe de soldats (dont Yossi est le chef) pour garder la place, et partir de temps en temps en manoeuvres. La relation entre les deux protagonistes principaux est discrètes mais leur intimité et complicité se remarquent, jusqu’à susciter quelques réactions. Jagger est un très beau mec, et son indifférence aux jolies filles du groupe le rend quelque peu suspect. On suit la vie au quotidien de ces soldats, appelés pour la plupart, et dont le service militaire est à la fois long et dangereux, puisqu’ils peuvent être mis en péril dans des combats réels.

J’ai été sous le charme de ce film car, comme une midinette, l’histoire m’a vraiment plu. Et du coup les maladresses, et de réalisation et de scénario, ont plus été perçues comme les charmantes hésitations et gaucheries d’un premier film que comme des bévues impardonnables. La manière dont il a figuré la relation entre les deux hommes, et les ébauches de personnalités, m’ont énormément touché. L’amour, le désir et la complicité sont véhiculés avec une force et une simplicité remarquables.

Cela reste un film court et qui aurait mérité qu’on s’attarde un peu plus sur les personnages (principaux et secondaires) et qu’on étoffe un peu les diverses intrigues. Mais il possède un charme et des atouts indéniables. Il faut que j’ajoute que le charme des deux héros n’est pas non plus étranger à mes émois…

Pour l’anecdote, l’armée israélienne n’a pas soutenu le film, mais pas parce qu’il s’agissait d’une relation homosexuelle entre deux militaires. Non, simplement car une relation entre deux soldats de grades différents est inconcevable. Mouaaaarf !

A noter aussi que le coup de la « Playstation hongroise » est assez irrésistible.

L’avis des copines : Alex.

Yossi et Jagger

Free Zone

Là où « Terre Promise », le précédent film d’Amos Gitaï m’avait déçu, Free Zone m’a conquis. En effet, à mon avis, le premier manquait d’une narration construite, d’une histoire qui tenait debout, alors même que son sujet était solide et captivant, tandis que le second m’a rapidement embarqué dans son intrigue en proposant un cinéma un peu plus épique et moins prosaïque.

Une très belle chanson vient débuter ce film : « Had Gadia », c’est comme une comptine qui de sa morale toute enfantine donne le ton. Il s’agit d’une succession d’agresseurs qui se retrouvent agressés à leur tour (un agneau est attaqué par un chat, qui est mordu par un chien, le chien est frappé par un bâton et le bâton consumé par le feu etc.), sans fin, comme les attentats se suivent d’un côté ou de l’autre de la frontière. Et au bout d’un moment, on ne sait plus qui est l’opprimé de l’oppresseur, chacun répond oeil pour oeil, dent pour dent, il n’y a plus alors que des coupables, et paradoxalement des innocents des deux côtés.

Natalie Portman (Rebecca) est une américaine (d’un père israélien) qui vient de se séparer de son fiancé. Elle est conduite par Hanah Laszlo (Hannah) qui remplace son mari en tant que chauffeur de taxi (ce dernier a été victime d’un attentat). Hannah doit aller chercher l’argent d’une transaction de son mari avec des palestiniens dans la Free Zone, un endroit particulier entre la Jordanie, l’Irak, l’Arabie Saoudite et la Syrie qui est en paix et sans douane. Hannah emmène Rebecca qui ne veut pas la quitter, et qui a du mal à gérer, sa rupture et ses origines. Elles passent en Jordanie pour rejoindre la Free Zone et rencontre la femme de leur débiteur Leila (Hiam Abbass).

Une forme inattendue qui m’a beaucoup plu : il s’agit d’un road-movie féminin et multiracial et trilingue (arabe, hébreu et anglais), qui affirme haut et fort le rôle des femmes au moyen-orient. On est loin de l’approche documentaire de « Terre Promise », et ce n’est pas non plus « Thelma et Louise », mais la rencontre inopinée de trois femmes d’horizons complètement différents (une israélienne, une américaine, une palestinienne) donnent lieu à des scènes d’une rare intensité. Malgré quelques moments un peu trop verbeux et explicatifs, les dialogues sont percutants et cinglants. Et surtout les trois comédiennes sont excellentes, elles s’amusent à certains moments dans des saynètes d’une grande cocasserie (Hannah Laszlo avec un humour feuje assez irrésistible), pour s’engueuler avec plus ou moins de sérieux dans des palabres sans fin ou échanger des sarcasmes sur fond de dissension politique. J’ai adoré la manière dont il a tourné ces femmes, en plans rapprochés dans des bagnoles qui cahotent sur des routes défoncées. Et des effets qui soulignent les propos sans jamais les trahir, une histoire qui est scandée par une caméra alerte et pénétrante.

La fin du film se termine par cette même chanson « Had Gadia », on comprend alors que le réalisateur n’est pas spécialement optimiste. Mais si les choses doivent changer, on sent aussi qu’il est persuadé que les femmes ont un grand rôle à jouer dans ce processus.

Free Zone

PS :
L’avis des copines : J’adore Flu, on est rarement d’accord, mais je suis fan de leurs critiques (ce qui est possible !). Ils ont adoré Terre Promise et enfoncé Free Zone. ;-)

Cadeau du ciel

Si vous aimez les films d’Emir Kusturica, il y a de fortes chances que ce film fasse mouche pour vous aussi. En effet, je me suis cru à un moment en plein « Chat noir, chat blanc » version géorgienne en Israël ! Il s’agit d’une bande de bagagistes de l’aéroport de Tel-Aviv qui décide de monter un coup pour subtiliser des diamants. Pour cela, les deux instigateurs, deux frangins avec un père-patriarche à la vraie « gueule », cherchent des complices et deux pigeons pour porter le chapeau. Pas mal d’intrigues se croisent entre les femmes et familles des bagagistes, les tromperies à droite et à gauche, les mariages arrangés, les couples séparés, beaucoup d’alcool, de musique, de coups dans la tronche et de filoutages en tout genre.

On retrouve le beau Lior Ashkenazi, que j’avais déjà remarqué dans « Tu marcheras sur l’eau » qui se retrouve à faire un des pigeons pour récupérer sa femme qu’il a battu (et qui est la fille du père-parrain du coin), et Yuval Segal que j’ai découvert avec un certain bonheur : il est un canon de chez canon. On peut avoir un peu de mal à rentrer dans le film car les histoires se mettent en place en même temps avec beaucoup de personnages qui se croisent, et les liens entre eux qui se révèlent peu à peu… dans toute leur complexité ! Néanmoins, il y a un humour omniprésent, vraiment à la manière assez tendre et désopilante de Kusturica, qui se fonde sur les caractères trempés des personnages. Le père est une espèce de tyran sanguinaire qui traite tout le monde d’imbéciles, et qui doit faire face aux caractères encore plus affirmés de ses filles, et les fantasques idées de ses fils. De drôles de tribus donc qui se côtoient dans des rapports de force qui alternent passionnément entre violence et affection.

Petit à petit, le canevas des intrigues devient plus clair, et le projet de cambriolage se dessine plus précisément ainsi que les rôles des différents protagonistes. Le film gagne alors rapidement en forces et en émotions, tandis que le début pouvait un peu troubler par son approche brouillonne et confuse.

Il ne s’agit pas d’un film grandiose, mais d’une comédie assez savoureuse dont la galerie de personnages est un atout majeur. Décidément, le cinéma israélien est prometteur !

Cadeau du ciel

Terre Promise

Quelle déception ! Je devine que je vais lire des critiques dithyrambiques de ce film chez mes collègues cinéphiles, mais je ne vais pas mentir. ;-) J’avais beaucoup aimé « Kadosh » du même Amos Gitaï, et habituellement j’aime les films à la forme non traditionnelle, même assez contemplative ou elliptique.

Le film évoque la traite des blanches en Israël. Il s’agit de femmes estoniennes qui passent d’Egypte en Israël et qui sont alors vendues à des bordels. La « Terre Promise » prend alors une toute autre signification, c’est d’ailleurs le nom du bordel où l’on suit ces filles.

Le sujet en lui-même est extrêmement bien traité dans toute son horreur. On y voit avec une crudité insoutenable la manière dont ces filles sont prises pour de simples objets qu’on marchande comme de la viande. On assiste à des enchères pour acheter celle avec la grosse poitrine, ou avec l’air vicieux ou bien la petite vierge. Et ensuite, de la même manière, elles sont enfermées dans des bordels où elles perdent tout espoir.

Ce qui m’a posé problème c’est vraiment le choix délibéré d’une forme et d’une esthétique très singulières. En effet, tout est tourné caméra à l’épaule en numérique, on se croirait donc dans un documentaire, avec cette captation de voix qui s’apparente aussi aux émissions télévisuelles. Et puis aussi le scénario, en effet, il ne se passe rien. Le film se résume en une progression factuelle et linéaire, avec une bribe d’intrigue qu’on perçoit à peine. Anne Parillaud en souteneuse sadique et Rosamund Pike (la petite blonde, protégée de Madonna dans James Bond) en je ne sais pas quoi, impossible de cerner le personnage en victime ou bourreau, sont plutôt crédibles mais tellement peu à l’écran et dans la narration qu’on ne peut pas en dire grand-chose. Il ne se passe presque rien en fait, quelques scènes démonstratives, et hop, c’est fini.

Du coup, quel intérêt ? Est-ce un docu filmé ? Cela a l’avantage de faire très authentique et réaliste, et de faire percevoir l’horreur de la situation, mais en tant que film je n’en vois pas bien l’intérêt. Les dialogues, les personnages et l’intrigue sont vraiment de l’ordre du documentaire tant dans le fond que dans la forme. Bof bof.

Terre Promise