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Clara Sheller – Saison 2

Publié le Mardi 4 Novembre 2008 - 22:06
Catégorie: Télévisage

La saison 1 de Clara Sheller, c’était en 2005, avec un étrange format : 6 épisodes de 52 minutes. Mais surtout, c’était un nouvelle génération de série à la française… à l’américaine. Et avec ce que les séries américaines nous donnent de mieux : des intrigues solides et prenantes, des personnages attachants, de l’humour et de l’émotion, des décors naturels, des comédiens qui tiennent la route. Tout ça pour nous ! Et en cerise sur le gâteau : un personnage principal homo (brillamment) incarné par Frédéric Diefenthal !! Seul souci : aucune autre série gauloise n’a surfé sur la vague, et la saison 2 était repoussée aux calendes grecques malgré l’énorme succès de la série.

Mais la voici, la saison 2, et on reprend ce même format qui prend son temps pour raconter ses histoires, même si 6 épisodes c’est bien trop court ! Le gros changement, et sacrément casse-gueule, concerne les comédiens et comédiennes : presque plus un seul en commun avec la précédente saison. Je pense que quitte à changer un peu le casting, il valait mieux en effet tout remettre en question, et ne pas se la jouer « Santa Barbara » (Je me souviendrais toujours de ce cher Channing Capwell sur son lit d’hôpital… Avec sa fille qui vient le voir au début de la nouvelle saison, et je me demandais pourquoi cette conne allait voir un inconnu, jusqu’à ce qu’elle l’appelle papa, et que je comprenne le subtil changement de comédien.).

Donc nous voilà avec une nouvelle Clara Sheller (Zoé Félix), un nouveau JP (Patrick Mille) et un nouveau Gilles (François Vincentelli). Ajoutons à celà une pléiade de personnages secondaires connus et plutôt bons : Annie Duperey, Charlotte de Turckheim, Patrick Bouchitey, Marie-France Pisier ou encore le rhaa lovely!! Edouard Collin.

Zoé Félix est vraiment très bien, voire mieux que Mélanie Doutey, et Frédéric Diefenthal avait l’avantage d’avoir une telle image hétéro qu’il avait bien prouvé son talent en JP. Thierry Neuvic était aussi un Gilles d’une beauté assez incroyable mais plutôt originale, et dont l’ambivalence passait comme une lettre à la poste. Là au premier regard, on peut avoir quelques doutes, le nouveau Gilles, par exemple, qui est un peu trop canon, et ne fait pas très sensible. J’ai tout de suite beaucoup accroché avec Patrick Mille qui est manifestement un excellent comédien, et qui incarne le rôle à la perfection. J’ai d’abord regretté l’absence de la merveilleuse et incroyable Hélène Vincent, qui incarnait la mère de JP. Mais un joli coup du scénariste a donné à Charlotte de Turckheim (dont je ne suis habituellement pas fan) ce rôle maternel qui lui va comme un gant, et a évité la comparaison en faisant virer complètement de cap ce personnage. Et on se rend compte que ça fonctionne terriblement bien, quand dès le second épisode, on est attaché à ces nouveaux comédiens, et qu’on en oublie facilement les protagonistes de la première saison.

Pour cette seconde saison, il faut encore saluer le talent du scénariste : Nicolas Mercier. Bravo, bravo, et merci pour avoir encore réalisé une superbe oeuvre. Car la saison 2 est aussi pétulante, truculente et percutante que la première !! Pourtant, comme lors de la saison 1, j’ai eu peur lors du premier épisode… Nicolas Mercier doit avoir un problème avec les premiers épisodes, et à la fin de celui-ci, j’ai pensé à la catastrophe nucléaire. A chier, pas d’alchimie, pas d’histoire, pas de personnages. Eurk.

Et dès le second, bam ! Le pied. Les intrigues se dévoilent, des personnages secondaires viennent pimenter le tout, et on retrouve notre trio bien embourbé dans les mensonges deClara, les vicissitudes (péd)existentialistes de JP, et l’insupportable perfection de Gilles. Il faut dire aussi que les seconds rôles apportent aussi énormément. J’ai été d’ailleurs très agréablement surpris par Edouard Collin (Brad) et ce rôle assez irrésistible qu’on lui a collé ! Il y a aussi Cécile Cassel (demi-soeur de Vincent Cassel) qui m’a beaucoup plu dans le rôle de Victoire. Je me souvenais très bien d’elle en Chloé, la fille d’Alexander Petrovski dans les derniers épisodes parisiens de « Sex and the City ». Je me suis surtout rappelé de sa voix et de son élocution, dont je suis particulièrement fan.

C’est assez cocasse car la chronologie est bien respectée, cette saison 2 débute ainsi trois ans après que Clara se soit mise en couple avec Gilles, et que JP habite le même immeuble mais seul du coup. Ce dernier est clairement beaucoup plus au centre des préoccupations de la saison, et grâce au charisme du comédien (que je trouve graaaave rhaa lovely!!), ainsi qu’à ses répliques,JP devient certainement le personnage le plus attachant du trio. Il est toujours aussi loser de la life avec les mecs, et cela le met encore de sales draps et donne lieu à des saynètes assez tordantes. Clara est égale à elle-même, toujours aussi mythoneuse et fabulatrice, elle finit toujours par regretter ses mensonges. Elle s’emmêle surtout les pinceaux dans sa relation avec Gilles. Les deux sont carrément en phase de passer d’une relation amoureuse adolescente à quelque-chose de plus établi, et c’est un peu le “ça passe ou ça casse”. Clara est totalement flippée, résultat elle ment de plus belle.

Je ne veux pas vous déflorer cette saison, ce serait criminel (gnark gnark gnark), mais Clara va connaître bien des turpitudes, et cela donne à son personnage bien plus d’épaisseur et d’intérêt qu’à la précédente saison. Globalement, il y a une ambiance un brin plus sombre et nuancée dans ces épisodes. Même si l’on retrouve certains gimmicks de réalisation (les vues de Paris, les musiques, les scènes en extérieurs etc.) et beaucoup d’humour, de bons mots et de répliques très drôles, le drame n’est jamais loin, ce qui donne une correcte crédibilité (et équilibre) à l’ensemble.

Le trio de base est tout de même celui qu’on retrouve de la première saison, et on n’y a pas trop touché non plus (malgré les changements de comédiens). Mais là, tout l’intérêt dramatique et burlesque se trouvent dans les personnages secondaires. Victoire (Cécile Cassel) en est un excellent exemple alors qu’elle endosse le rôle de la collègue parfaite de Clara. Belle, intelligente et raffinée, Clara va être jalouse à en mourir, et Cécile Cassel joue à merveille la bitch sure d’elle et manipulatrice, tout en montrant ses failles de femme “forte mais vulnérable au-dedans”.

Un des rôles qui m’a le plus fait rigoler, c’est Edouard Collin en Brad. Ah ah, excellent ! Brad c’est un mec qui se douche au Raidd, et qui porte son dévolu sur JP un soir, en lui expliquant clairement qu’ils ne sont pas du même monde “gay” (Brad est A, comme Apollon, voir la vidéo huhuhu). Ils ont une “relation” qui est juste pétante de rire quand on connaît un peu le milieu et ses codes. Alors qu’on pouvait s’attendre à une utilisation basique d’un Edouard Collin, c’est plutôt le contre-emploi qui a été de mise, et pour le meilleur ! Vraiment c’est très fort d’avoir inséré un truc pareil dans une série estampillée France 2 !! Dans la même veine, la mère de JP (ce n’est plus Hélène Vincent qui m’avait tant fait rire) jouée par Charlotte de Turckheim n’est plus en dépression. Au contraire même, elle refait sa vie et pète le feu, ce qui donne lieu à des scènes hilarantes, et une Charlotte de Turckheim qui m’a très agréablement surpris.

Je suis un grand fan de Marie-France Pisier, et cette dernière en vamp et femme fatale qui s’attaque à Gilles, est juste géniale. Ah quelle femme ! Inutile d’expliquer que la confrontation avec Clara vaut son pesant de cacahouètes… J’ai beaucoup aimé Annie Duperey en maman de Clara, elle est très juste et donne une belle intensité à son rôle. Patrick Bouchitey joue Joseph, un vieux pédé qui fricote avec la mère de JP , et devient le confident de celui-ci. Oui, oui. Hé hé. Le personnage n’est pas très facile, et je trouve qu’il s’en sort très bien. C’est encore là une vision de l’homosexualité, et plus largement d’une vie amoureuse “senior” qui n’est absolument pas caricaturale, même si très peu évoquée dans ce genre de créations.

Forcément, en tant que pédé, j’ai été très sensible à la manière dont les gays étaient mis en scène. On n’est jamais content de ça évidemment, on y trouve toujours trop de caricature ou trop de consensus ou bien d’hypocrisie ou encore de souci de bon image. Mais à travers ces épisodes, on trouve quelques personas gays qui sont tout à fait crédibles. Or avec JP, le couple de pédés de l’immeuble, Edouard Collin et Patrick Bouchitey, on a un éventail assez intéressant et plutôt représentatif de la gaytitude actuelle, ce qui est une véritable prouesse à saluer. Aucun n’est encensé ou fustigé, érigé comme modèle ou rejeté comme vilain petit canard, mais simplement là pour ce qu’ils sont, des hommes comme les autres (enfin presque). Il faut encore reconnaître la plume deNicolas Mercier dans ces personnages, et la manière dont l’humour a le dont de montrer les petits défauts et d’en jouer allègrement.

Mais surtout ce qui va faire couler de l’encre si la série passe en prime-time ce sont les scènes de sexe homo !!! Ah ce n’est pas simulé ou montré en ombres chinoises, ou même joyeusement éludé, non, non, y’a de la sodomie madame !!! Et autant j’imagine que cela va faire gloups dans certaine famille, autant ces moments sont filmés en faisant montre de beaucoup d’amour, et simplement comme cela l’est pour les passages hétéros du même acabit. Juste la même chose.

Pourtant, j’ai vraiment eu peur après ce premier épisode un peu naze, mais force est de constater que j’ai été enchanté du reste. L’histoire, le déroulement, les dialogues, les musiques (c’est tout de même la seule série, et même par rapport au séries US, qui investit autant dans des morceaux connus pour bande sonore) et les personnages secondaires, il y a énormément de bonnes choses dans cette saison 2 de Clara Sheller !

Clara Sheller Saison 2

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Clara Sheller

Publié le Mercredi 16 Février 2005 - 0:42
Catégorie: Télévisage

Il y a quelques mois, un blogueur avec qui j’avais échangé une poignée de mails m’avait proposé de lire le scripte de la série pour laquelle il avait écrit le scénario et les dialogues. Cette série « Clara Sheller » a été tournée l’été dernier et est co-produite par France 2 et une boite de production appelée « Scarlett ». Tant dans la forme que dans le fond, on voit là une oeuvre ambitieuse. En effet, il s’agit d’un format long pour ce genre de série, 6 épisodes de 52 minutes d’un feuilleton qui s’occupe uniquement des problèmes sentimentaux de bobos parisiens métrosexuels (on imaginerait plus aisément un 26 minutes pour le sujet).

Hier c’était la soirée où l’on a eu la chance de visionner les 6 épisodes d’un coup au Forum des Images.

Et dans le fond, on voit difficilement un truc pareil sur l’ORTF… Une jeune femme interprété par Mélanie Doutey, chroniqueuse dans un magazine de société de la capitale, matinée entre Bridget Jones et Carrie Bradshaw, habite en coloc avec son meilleur pote JP. JP, joué contre toute attente par Frédéric Diefenthal, est un pédé plutôt hors-milieu et pas tendance qui a du mal à s’assumer, et du coup à trouver l’âme soeur. Les deux amis font plus que cohabiter puisqu’ils bossent tous les deux au même magazine où JP est comptable (il a fait embaucher Clara lors de sa dernière rupture dévastatrice), et qu’ils entretiennent une relation aussi fusionnelle qu’ambiguë. D’ailleurs, JP les fait passer pour un couple chez ses parents et au magazine.

Pour citer les personnages principaux, on trouve aussi la meilleure amie de Clara et son copain (Bruno Salomone), le voisin (Thierry Neuvic) qui vient d’emménager et qui est du genre terriblement sexy et finalement plutôt « ouvert », du genre à plaire à la fois à Clara et son coloc, le patron du journal (Christophe Malavoy), les parents des deux protagonistes principaux et quelques autres figures un peu plus présentes sur des épisodes clefs.

Nous suivons donc les pérégrinations de ces personnes qui sont du coup vraiment proches des parisiens de trente ans, et dont les préoccupations sont étonnamment bien mises en boite. On sent aussi la touche « gay ». Plus qu’une simple documentation, il est évident qu’il fallait une tapiole digne de ce nom pour signer des dialogues si enlevés, drôles, des répliques acérées qui font mouche et qui font rire, mais aussi des moments plus tendres ou d’autres aux accents plus dramatiques. Tant au niveau de l’intrigue qui est déroulée sur les 6 épisodes que des dialogues, on ne peut qu’applaudir un tel résultat.

Bien sûr cela reste une production française et on n’a pas la fureur sexuelle de « Queer As Folk » (mais c’est loin d’être sage et asexué) ni l’extravagance et la truculence de « Sex and The City ». Toutefois, la spécificité lutétienne a bien été mise en exergue avec des plans de Paris genre carte postale qui émaillent toute la série, et à certains égards certaines péripéties sont incroyables pour une production de ce genre. Quelques gauloiseries qui choqueront bien les dames patronnesses et raviront bien plus de gens, et surtout redorent un peu notre blason en terme de production télévisuelle (‘tain je viens de découvrir que ce même scénariste a aussi signé des épisodes de « Sous le soleil », LA HONTE !!!).

Les épisodes en eux-mêmes… on ne peut pas dire que la réalisation soit extraordinaire mais ça reste tout à fait correct. On sent que les budgets ne sont pas extensibles et qu’un peu plus de temps pour tourner serait nécessaire. Mais avec les épisodes, l’amélioration va crescendo tant dans le jeu des acteurs, qu’on sent beaucoup plus s’amuser et s’impliquer que dans la mise en scène qui prend un peu d’ampleur. Cela explique peut-être que le premier épisode soit une CATASTROPHE. Sans déconner, j’ai halluciné que ce soit si lent à démarrer, que les répliques me fassent moins rire que quand je les ai lues, que les comédiens soient parfois aussi… faux, et qu’au final on se dise : « nan mais bon, ça rime à quoi ? ».

Et puis le second épisode commence et la magie gagne immédiatement le spectateur, c’est immense et ça ne descend plus du tout. Les comédiens et comédiennes jouent beaucoup mieux, les répliques fusent, les rires jaillissent et l’on s’attache immédiatement aux personnages qui avaient pu un peu agacer au premier abord (Mélanie Doutey est un peu à claquer dans le premier épisode). Evidemment, ayant lu le scripte en entier, j’ai un peu loupé l’effet de surprise et les retournements de situation, mais cela ne m’a pas empêché de prendre un plaisir fou à redécouvrir l’histoire sous ce jour nouveau.

La surprise vient évidemment de cette intrigue totalement novatrice, mais aussi de Frédéric Diefenthal qui joue vraiment bien le pédé. Il m’a bluffé sur ce coup. Car son personnage s’assume de plus en plus avec les épisodes, et vraiment il ne surjoue pas, il ne cabotine pas non plus. Et les quelques semonces « queer » qu’il lance sont curieusement crédibles. Christophe Malavoy tire aussi son épingle dans la série, je l’ai trouvé particulièrement efficace.

Mais la palme, et cela n’étonnera qu’à moitié de ma part, revient à Hélène Vincent. Cette dernière est très connue pour son rôle de Mme Le Quesnoy dans « la vie est un long fleuve tranquille » et ma fameuse citation avec « Ne jurez pas Marie-Thérèse ! ». Elle endosse le rôle de la mère de JP qui est dépressive et suicidaire. Quand j’avais lu le scripte, j’avais douté en lisant certaines répliques, me disant que ce serait extrêmement délicat de trouver la personne qui ne tomberait pas dans la caricature, et saurait à la fois être drôle et touchante. On doit à Hélène Vincent la première crise de rire du film, où elle fait une crise d’angoisse en donnant une assiette à dessert à Clara en tremblant (et faisant trembloter le flanc) et en ajoutant accablée qu’elle est très mauvaise cuisinière. Son personnage évolue par la suite, et il n’y avait qu’elle pour en faire quelque chose d’aussi bon.

Bon, le seul hic, c’est que l’on ne sait pas encore quand ce sera programmé. Moi je dis que le « Château des Oliviers » c’est bon on a compris, on pourrait peut-être passer à autre chose. « Clara Sheller » est sûrement cette série !

Clara Sheller