La saison 1 de Clara Sheller, c’était en 2005, avec un étrange format : 6 épisodes de 52 minutes. Mais surtout, c’était un nouvelle génération de série à la française… à l’américaine. Et avec ce que les séries américaines nous donnent de mieux : des intrigues solides et prenantes, des personnages attachants, de l’humour et de l’émotion, des décors naturels, des comédiens qui tiennent la route. Tout ça pour nous ! Et en cerise sur le gâteau : un personnage principal homo (brillamment) incarné par Frédéric Diefenthal !! Seul souci : aucune autre série gauloise n’a surfé sur la vague, et la saison 2 était repoussée aux calendes grecques malgré l’énorme succès de la série.
Mais la voici, la saison 2, et on reprend ce même format qui prend son temps pour raconter ses histoires, même si 6 épisodes c’est bien trop court ! Le gros changement, et sacrément casse-gueule, concerne les comédiens et comédiennes : presque plus un seul en commun avec la précédente saison. Je pense que quitte à changer un peu le casting, il valait mieux en effet tout remettre en question, et ne pas se la jouer « Santa Barbara » (Je me souviendrais toujours de ce cher Channing Capwell sur son lit d’hôpital… Avec sa fille qui vient le voir au début de la nouvelle saison, et je me demandais pourquoi cette conne allait voir un inconnu, jusqu’à ce qu’elle l’appelle papa, et que je comprenne le subtil changement de comédien.).
Donc nous voilà avec une nouvelle Clara Sheller (Zoé Félix), un nouveau JP (Patrick Mille) et un nouveau Gilles (François Vincentelli). Ajoutons à celà une pléiade de personnages secondaires connus et plutôt bons : Annie Duperey, Charlotte de Turckheim, Patrick Bouchitey, Marie-France Pisier ou encore le rhaa lovely!! Edouard Collin.
Zoé Félix est vraiment très bien, voire mieux que Mélanie Doutey, et Frédéric Diefenthal avait l’avantage d’avoir une telle image hétéro qu’il avait bien prouvé son talent en JP. Thierry Neuvic était aussi un Gilles d’une beauté assez incroyable mais plutôt originale, et dont l’ambivalence passait comme une lettre à la poste. Là au premier regard, on peut avoir quelques doutes, le nouveau Gilles, par exemple, qui est un peu trop canon, et ne fait pas très sensible. J’ai tout de suite beaucoup accroché avec Patrick Mille qui est manifestement un excellent comédien, et qui incarne le rôle à la perfection. J’ai d’abord regretté l’absence de la merveilleuse et incroyable Hélène Vincent, qui incarnait la mère de JP. Mais un joli coup du scénariste a donné à Charlotte de Turckheim (dont je ne suis habituellement pas fan) ce rôle maternel qui lui va comme un gant, et a évité la comparaison en faisant virer complètement de cap ce personnage. Et on se rend compte que ça fonctionne terriblement bien, quand dès le second épisode, on est attaché à ces nouveaux comédiens, et qu’on en oublie facilement les protagonistes de la première saison.
Pour cette seconde saison, il faut encore saluer le talent du scénariste : Nicolas Mercier. Bravo, bravo, et merci pour avoir encore réalisé une superbe oeuvre. Car la saison 2 est aussi pétulante, truculente et percutante que la première !! Pourtant, comme lors de la saison 1, j’ai eu peur lors du premier épisode… Nicolas Mercier doit avoir un problème avec les premiers épisodes, et à la fin de celui-ci, j’ai pensé à la catastrophe nucléaire. A chier, pas d’alchimie, pas d’histoire, pas de personnages. Eurk.
Et dès le second, bam ! Le pied. Les intrigues se dévoilent, des personnages secondaires viennent pimenter le tout, et on retrouve notre trio bien embourbé dans les mensonges deClara, les vicissitudes (péd)existentialistes de JP, et l’insupportable perfection de Gilles. Il faut dire aussi que les seconds rôles apportent aussi énormément. J’ai été d’ailleurs très agréablement surpris par Edouard Collin (Brad) et ce rôle assez irrésistible qu’on lui a collé ! Il y a aussi Cécile Cassel (demi-soeur de Vincent Cassel) qui m’a beaucoup plu dans le rôle de Victoire. Je me souvenais très bien d’elle en Chloé, la fille d’Alexander Petrovski dans les derniers épisodes parisiens de « Sex and the City ». Je me suis surtout rappelé de sa voix et de son élocution, dont je suis particulièrement fan.
C’est assez cocasse car la chronologie est bien respectée, cette saison 2 débute ainsi trois ans après que Clara se soit mise en couple avec Gilles, et que JP habite le même immeuble mais seul du coup. Ce dernier est clairement beaucoup plus au centre des préoccupations de la saison, et grâce au charisme du comédien (que je trouve graaaave rhaa lovely!!), ainsi qu’à ses répliques,JP devient certainement le personnage le plus attachant du trio. Il est toujours aussi loser de la life avec les mecs, et cela le met encore de sales draps et donne lieu à des saynètes assez tordantes. Clara est égale à elle-même, toujours aussi mythoneuse et fabulatrice, elle finit toujours par regretter ses mensonges. Elle s’emmêle surtout les pinceaux dans sa relation avec Gilles. Les deux sont carrément en phase de passer d’une relation amoureuse adolescente à quelque-chose de plus établi, et c’est un peu le “ça passe ou ça casse”. Clara est totalement flippée, résultat elle ment de plus belle.
Je ne veux pas vous déflorer cette saison, ce serait criminel (gnark gnark gnark), mais Clara va connaître bien des turpitudes, et cela donne à son personnage bien plus d’épaisseur et d’intérêt qu’à la précédente saison. Globalement, il y a une ambiance un brin plus sombre et nuancée dans ces épisodes. Même si l’on retrouve certains gimmicks de réalisation (les vues de Paris, les musiques, les scènes en extérieurs etc.) et beaucoup d’humour, de bons mots et de répliques très drôles, le drame n’est jamais loin, ce qui donne une correcte crédibilité (et équilibre) à l’ensemble.
Le trio de base est tout de même celui qu’on retrouve de la première saison, et on n’y a pas trop touché non plus (malgré les changements de comédiens). Mais là, tout l’intérêt dramatique et burlesque se trouvent dans les personnages secondaires. Victoire (Cécile Cassel) en est un excellent exemple alors qu’elle endosse le rôle de la collègue parfaite de Clara. Belle, intelligente et raffinée, Clara va être jalouse à en mourir, et Cécile Cassel joue à merveille la bitch sure d’elle et manipulatrice, tout en montrant ses failles de femme “forte mais vulnérable au-dedans”.
Un des rôles qui m’a le plus fait rigoler, c’est Edouard Collin en Brad. Ah ah, excellent ! Brad c’est un mec qui se douche au Raidd, et qui porte son dévolu sur JP un soir, en lui expliquant clairement qu’ils ne sont pas du même monde “gay” (Brad est A, comme Apollon, voir la vidéo huhuhu). Ils ont une “relation” qui est juste pétante de rire quand on connaît un peu le milieu et ses codes. Alors qu’on pouvait s’attendre à une utilisation basique d’un Edouard Collin, c’est plutôt le contre-emploi qui a été de mise, et pour le meilleur ! Vraiment c’est très fort d’avoir inséré un truc pareil dans une série estampillée France 2 !! Dans la même veine, la mère de JP (ce n’est plus Hélène Vincent qui m’avait tant fait rire) jouée par Charlotte de Turckheim n’est plus en dépression. Au contraire même, elle refait sa vie et pète le feu, ce qui donne lieu à des scènes hilarantes, et une Charlotte de Turckheim qui m’a très agréablement surpris.
Je suis un grand fan de Marie-France Pisier, et cette dernière en vamp et femme fatale qui s’attaque à Gilles, est juste géniale. Ah quelle femme ! Inutile d’expliquer que la confrontation avec Clara vaut son pesant de cacahouètes… J’ai beaucoup aimé Annie Duperey en maman de Clara, elle est très juste et donne une belle intensité à son rôle. Patrick Bouchitey joue Joseph, un vieux pédé qui fricote avec la mère de JP , et devient le confident de celui-ci. Oui, oui. Hé hé. Le personnage n’est pas très facile, et je trouve qu’il s’en sort très bien. C’est encore là une vision de l’homosexualité, et plus largement d’une vie amoureuse “senior” qui n’est absolument pas caricaturale, même si très peu évoquée dans ce genre de créations.
Forcément, en tant que pédé, j’ai été très sensible à la manière dont les gays étaient mis en scène. On n’est jamais content de ça évidemment, on y trouve toujours trop de caricature ou trop de consensus ou bien d’hypocrisie ou encore de souci de bon image. Mais à travers ces épisodes, on trouve quelques personas gays qui sont tout à fait crédibles. Or avec JP, le couple de pédés de l’immeuble, Edouard Collin et Patrick Bouchitey, on a un éventail assez intéressant et plutôt représentatif de la gaytitude actuelle, ce qui est une véritable prouesse à saluer. Aucun n’est encensé ou fustigé, érigé comme modèle ou rejeté comme vilain petit canard, mais simplement là pour ce qu’ils sont, des hommes comme les autres (enfin presque). Il faut encore reconnaître la plume deNicolas Mercier dans ces personnages, et la manière dont l’humour a le dont de montrer les petits défauts et d’en jouer allègrement.
Mais surtout ce qui va faire couler de l’encre si la série passe en prime-time ce sont les scènes de sexe homo !!! Ah ce n’est pas simulé ou montré en ombres chinoises, ou même joyeusement éludé, non, non, y’a de la sodomie madame !!! Et autant j’imagine que cela va faire gloups dans certaine famille, autant ces moments sont filmés en faisant montre de beaucoup d’amour, et simplement comme cela l’est pour les passages hétéros du même acabit. Juste la même chose.
Pourtant, j’ai vraiment eu peur après ce premier épisode un peu naze, mais force est de constater que j’ai été enchanté du reste. L’histoire, le déroulement, les dialogues, les musiques (c’est tout de même la seule série, et même par rapport au séries US, qui investit autant dans des morceaux connus pour bande sonore) et les personnages secondaires, il y a énormément de bonnes choses dans cette saison 2 de Clara Sheller !











