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Pectus est quod disertos facit

Lundi 24 Mars 2008

Boukinage La route

Classé dans: Boukinage — Tags: , @ 23:08:18

Les choix d’un bouquin à l’aéroport, c’est toujours assez casse-gueule, donc je me dirige souvent sur les manchettes familières genre « Prix Médicis » ou bien « Pulitzer », histoire d’éviter les Marc Lévy et consorts… Et là je suis assez ravi de mon choix, « la route » de Cormac McCarthy a obtenu le Pulitzer 2007, et l’auteur, qui n’en est pas à son coup d’essai, a selon moi bien mérité ce couronnement.

Je ne m’attendais pas vraiment à un tel récit d’anticipation, qui décrit la quête et la survie d’un homme et de son jeune fils (8-10 ans je pense) dans un monde qui a subi l’apocalypse. On ne sait pas vraiment où on est, ni quand, mais il est arrivé un grand malheur… un gigantesque incendie qui a réduit à néant la quasi-intégralité de la faune, la flore et le monde tel qu’on le connaît. Ce dénuement complet laisse les survivants se débattre sur une terre stérile et couverte de cendres, et chercher une nourriture presque inexistante, se défendre contre des bandes dangereuses et parfois anthropophages.

C’est dans cet univers de fin du monde, menant un caddie contenant quelques biens et denrées, que l’homme et son fils (dont on ne connaîtra pas les patronymes, de toute façon ça ne sert pas à grand-chose) tentent de rejoindre l’océan. Il faut éviter les « méchants », trouver à tout prix de quoi manger, et essayer de ne pas perdre la raison.

Imaginez donc un décor et une ambiance à la « Mad Max », mais dont l’histoire et la quête ont pu me faire penser à « Ravage » de Barjavel, et les personnages, les réflexions, les « accents » avaient plutôt une résonance avec « Le voyage d’Anna Blume » de Paul Auster. Néanmoins Cormac McCarthy y apporte sa plume efficace et même parfois redoutable. Car il est à la fois excellent pour la manière dont il tient en haleine son lecteur avec des péripéties et une aventure constamment en ébullition, mais il élabore aussi l’univers intérieur des deux personnages avec beaucoup de talent et d’émotion.

J’ai été très très sensible au ton du roman et à son sujet, car il est très rare d’avoir une situation pareille. En effet, il s’agit avant-tout d’un père qui survit et se bat pour que son fils vive, pour que son fils survive dans cette vision apocalyptique d’une authenticité qui fait froid dans le dos à maintes reprises. Et le bouquin est le cri d’amour désespéré et sans limite de ce père pour son fils. Ce n’est pas si courant de voir traiter ainsi l’amour paternel, et surtout avec une telle force, et au final une telle évidence. On n’a pas trop l’habitude d’être ému pour le dévouement et le sacrifice d’un père pour son fils, et réciproquement de ressentir l’amour filial en retour. Mais le livre est assez bien écrit et originalement fagoté pour que cela tombe sous le sens. Du coup l’émotion est d’autant plus palpable, et est naturellement véhiculée au lecteur (enfin moi, en tout cas !).

On voit aussi le gamin évoluer à mesure que le récit se poursuit. Le père tente d’inculquer à son fils le minimum pour qu’il puisse se débrouiller, mais aussi certaines valeurs. Et réciproquement, le fils maintient le père dans une certaine humanité, et fait tout pour qu’ils restent « les gentils ». J’ai beaucoup aimé cette image de l’enfant qui n’est pas qu’une réplique miniature de l’adulte, mais un être à part entière, qui même s’il se « construit » possède une personnalité et des crédos.

Concernant l’écriture, on n’est dans une littérature américaine comme j’aime… Tranchante, efficace, agréable à lire et plutôt « simple », qui sans user d’artifice et de chichis ne verse pas non plus dans l’aridité ou « l’emporte-pièce ». Cormac McCarthy a le mot juste et l’expression qui fait mouche. Son style reflète incroyablement bien l’univers qu’il décrit, gris et violent, inhumain et imprégné des dernières notes d’espoir portées par les deux protagonistes.

La route - Cormac McCarthy

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