C’est étonnant comme j’ai assisté aujourd’hui à un télescopage des plus hétéroclites de nouvelles du (merveilleux) monde pédé. Il y en a pour tous les goûts, à boire et à manger, à gerber et à pleurer de bonheur, à se révolter et à se congratuler…
D’abord je tombe sur le discours de Chris Colfer aka Kurt dans “Glee”, et je le trouve adorable. Il obtient un Golden Globe, et il évoque la situation difficile des minorités dans le milieu scolaire… Il y a aussi cette news du co-fondateur de Facebook qui est pédé !! Un truc que j’ignorais, d’ailleurs je ne connaissais pas ce Chris Hughes en fait. Il annonce carrément ses futures épousailles !! Et comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, voilà que c’est Jim Parsons aka Sheldon Cooper de “The Big Bang Theory” qui est gay !!!! Il va lui aussi épouser son keum.
C’est bien gentil de nous balancer toutes ces jolies unions officielles, mais nous avons aussi eu aujourd’hui le reflet de la société française actuelle… Oh évidemment, il y a beaucoup de gens qui sont pour le mariage gay, ou que ça indiffère gentiment. Mais on a surtout vu les kyrielles de commentaires terribles sur tous les journaux (surtout ceux de droite bien sûr) qui évoquaient cette possibilité. Eh bien, j’ai hâte de voir ce que va donner cette réflexion du conseil constitutionnel sur le mariage gay en France. Je suis de plus en plus déçu par les attitudes de tout bord politique concernant le mariage et l’adoption, cela me paraît tellement inepte de refuser cela et d’être tellement en retard et presque rétrograde aujourd’hui.
Et on lit encore des articles où des propos parfois candides sont stupéfiants. Comment peut-on encore parler de religion liée au mariage ou de procréation, ou encore d’égalité fiscale ou de bons conseils hétéros qui préconisent de ne surtout pas mettre le doigt dedans ? Non mais ça n’a rien à voir avec la choucroute hein ?! Le mariage n’est pour moi qu’une volonté d’égalité de citoyens devant la loi et devant les Valeurs de la République. Je veux que mon couple soit reconnu comme aussi valable, aussi beau, aussi respectable que celui formé par mes parents et mes grands-parents, simplement parce que c’est le cas. Cela serait une avancée extraordinaire pour la société française, et bien plus efficace que des campagnes ou même un arsenal juridique pour nous protéger de l’homophobie. Ce serait une manière officielle et implacable d’affirmer que l’homosexualité n’est pas un problème, mais bel et bien une des différentes manières d’être et de vivre sa citoyenneté.
Et je serai alors le premier à me réjouir de cette avancée, et certainement aussi ensuite le premier à m’y soustraire pour ne pas céder à l’hétéronormalité et aux rites normatifs passés obsolètes, à ces séquelles religieuses moisies et délétères. (Nan en fait, je ne pense qu’à ça, passer devant le maire avec mon chérichou d’amour, hihihi.) Mais je veux avoir le droit de refuser de me marier, un droit que je trouve aussi important que celui d’en jouir.
L’homophobie est aussi de sortie aujourd’hui avec le procès de Bruno Wiel, ce garçon qui avait été laissé pour mort par ses agresseurs en 2006. Et on en voit dans ce triste cas la facette la plus violente et sournoise, une homophobie faite de barbarie sanguinaire, sans discernement ni pitié.
Elle est décidément bien compliquée cette période, et on est tellement dedans que j’ai du mal à prendre du recul, j’ai du mal à voir si vraiment les choses vont en s’améliorant ou de Charybde en Scylla, ou simplement dans une énième fracture sociale. On dirait que d’un côté on assiste à de véritables mutations, des expressions gay-friendly généralisées, mais de l’autre une stigmatisation et un recul moral qui fout grave les jetons. Les gamins d’aujourd’hui apparaissent à la fois comme intégrant l’homosexualité comme un de ces détails de la vie, et on voit au même moment des montées homophobes en milieu scolaire particulièrement préoccupantes, et des lycéens qui se suicident… et des mouvements magnifiques tels ce “It gets better“. A en perdre son latin…
Enfin, l’écrivain Gilles Leroy qui est un des rares auteurs ouvertement gay et qui signe là une “lettre ouverte aux jeunes homosexuels qui jouent avec la mort“. Il dit lui-même qu’il joue les “pères” mais j’aime son discours car il est authentique et sans ambages. Il explique qu’il faut éviter les backrooms ou alors être très prudent et mettre des capotes. Alors que les conséquences d’années de relapse sont particulièrement saillantes et dramatiques en Île de France, il est bon qu’une telle personne parle ainsi sans détour, avec simplicité, et donne son opinion sur les backrooms, dont il faut avouer que ce n’est pas le sujet habituel de ce genre d’auteur.
On disait dans les années 90 que le Gay était à la mode, que nous vivions les dernières années de galère et que l’émancipation allait s’imposer. Mais une quinzaine d’années plus tard, je m’inquiète de constater que c’est plus compliqué que ça n’y paraît. Nous ne sommes plus dans ce combat linéaire et monolithique, mais dans une zone beaucoup plus floue et dangereuse. Cela va mieux pour certains, beaucoup moins pour d’autre, et plus que jamais je ressens une bipolarité effrayante dans ce domaine. Ragaillardi par les combats gagnés, effrayé par les reculs et les atteintes aux libertés et au progrès, si nous perdons d’un côté pour mieux perdre de l’autre, alors ce n’est pas un bon signe.
Nous sommes par essence transversaux à la société, tous les milieux, toutes les religions, toutes les familles, et toutes les homophobies aussi (étrangement celles du bourgeois et du prolo sont très proches, celles des religieux de tout poil aussi, comme on s’accorde facilement dans la haine…). Nous avons ce point commun qui nous lie et nous relie, qui nous oblige à nous reconnaître pour simplement nous permettre d’être heureux ensemble. Cette communauté qui se désagrège pourrait être le signe positif qu’on en a plus besoin, parce que le combat est terminé. Mais j’ai l’impression que ce qui se joue est bien plus pernicieux, et que la Fortune pourrait bien se jouer de nous… dans un funeste dessein.











