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Exposage Passage du temps : la collection François Pinault au « Tri postal » de Lille

Publié le Samedi 3 Novembre 2007 - 21:07
Catégorie: Exposage

Si vous êtes à Lille ou de passage, je vous conseille ardemment de ne pas manquer cette exposition. C’est la première fois en France qu’une partie de la collection de François Pinault, qui est parmi les meilleures au monde dans son genre, est exposée. Et c’est une tuerie !!! Non seulement pour la qualité des pièces présentées, mais surtout pour la scénographie et l’approche pédagogique du « Tri postal ».

Je ne m’attendais pas à une telle excellence dans cette exposition, et la surprise n’en fut donc que plus agréable. En effet, à la base je ne suis pas un gros fan d’installations vidéos, et les pièces très contemporaines, surtout dans cette « matière », ne me convainquent que rarement. Mais là, je dois avouer que c’est une réussite de A à Z.

Il y a déjà cet endroit qui est un parallélépipède géant très « usine » et qui est particulièrement adapté à de grandes oeuvres. Il y a les volumes et espaces idéaux pour de gigantesques projections ou des installations qui prennent là toute leur ampleur. Cela permet une scénographie qui met correctement en valeur les oeuvres, et permet au public de « respirer », comme de s’amuser et de se perdre dans ce dédale de création contemporaine. Ensuite, la sélection même des oeuvres de François Pinault m’impressionne par sa qualité et sa richesse. Mais surtout, la commissaire d’exposition, Caroline Bourgeois, propose un voyage thématique qui est à la portée de tous les visiteurs. Non seulement les repères proposés sont simples et accessibles, et les explications ne sont pas non plus complètement hautaines et fumeuses, mais en outre, on a droit à une vulgarisation de l’art contemporain qui explicite et instruit, sans galvauder ou rabaisser.

Et cerise sur le gâteau, un truc absolument génial et unique, un truc que tous les musées devraient proposer : on trouve dans chaque salle des « médiateurs culturels ». Ces derniers sont des étudiants en art (je suppose…) qui proposent d’expliquer les oeuvres aux gens. Et là, on est dans la véritable pédagogie autour de l’art, d’une vraie initiation à des explications complémentaires ou des éclaircissements qui rendent l’exposition simplement passionnante. Il y avait à la fois des familles ou des curieux, des enfants et des intellos, des béotiens qui ont pu ainsi percevoir « l’intérêt » de ces oeuvres après leur propre examen.

C’était très marrant aussi d’écouter les questions et les réactions des gens, et ces médiateurs qui étaient surtout là pour donner quelques pistes de réflexion sans inciter à autre chose qu’à aiguiser son propre ressenti. Je me suis surpris à arriver dans une salle (avec des peintures et des oeuvres sur le thème de la religion et de la Cène) et à trouver ça naze, uniquement parce que je ne comprenais pas. Et prenant mon courage à deux mains, j’ai demandé à une demoiselle qui m’a fait comprendre à quel point je n’avais rien « vu ». J’ai pris un plaisir énorme à visiter ce complexe, et à découvrir des vidéastes dont les oeuvres étaient terriblement troublantes, choquantes, belles, intrigantes etc. Et c’était marrant de retrouver les photos de Pierre & Gilles dans ce contexte, ou bien les extraordinaires autoportraits de Cindy Sherman.

Il y avait aussi des oeuvres plus « formelles » et des installations qui n’étaient pas des vidéos, mais c’est principalement ce média qui est mis en valeur. J’ai beaucoup rigolé en écoutant un des médiateurs qui expliquait une salle avec des oeuvres monumentales de « Gilbert & George » à une famille qui paraissait un peu sceptique et curieuse. Le type essayait de garder son sérieux en racontant l’histoire du couple d’artistes homosexuels qui allaient là assez loin dans la transgression et la métaphore sexuelle à peine imagée.

Gilbert & George - Blood Tears Spunk Piss

« Donc nous sommes dans une représentation des différents fluides du corps humain : blood pour le sang, tears pour les larmes, piss pour l’urine. Oui alors là vous voyez, il y a écrit spunk, qui peut se traduire par sperme en anglais argotique, mais ce serait plutôt jute ou foutre si on veut être proche de la signification. Spunk peut aussi vouloir dire bravoure ou courage dans un autre registre, et les artistes ont certainement aussi là démontré leur militantisme homosexuel… »

Les gens ont commencé à se décomposer, et ont vite quitté la salle en remerciant le médiateur de ses explications. Huhuhu.

L’entrée et la sortie se font en passant par un très grand « couloir » qui est agencé d’une oeuvre de Dan Flavin, dont j’avais vu la rétrospective au musée d’Art Moderne de la ville de Paris. L’installation, « éblouissement » est particulièrement impressionnante à cet endroit et en tant qu’introduction et conclusion de l’exposition. Autant les utilisations minimalistes de l’artiste me laissent un peu froid, autant là, elle dispensait toute sa force et son pouvoir hypnotique. Nous n’avons pas pu résister à un petit cliché souvenir (chuuuuut les photos sont interdites… hé hé hé).

Pose devant Eblouissement de Dan Flavin

Bref, vous aurez compris, j’ai été conquis par l’exposition. Elle est parfaitement réussie, et en tout point correspond à l’idéal que je me fais de la culture pour tous (6 euros l’entrée en plein tarif).

Passage du temps : la collection François Pinault au « Tri postal » de Lille

Matooyage « Expodrome » par Dominique Gonzalez-Foerster & Cie

Publié le Mardi 20 Février 2007 - 18:17
Catégorie: Matooyage

J’avais redécouvert le superbe Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris lorsque j’ai visité l’exposition Dan Flavin, que j’avais trouvée pas mal, mais sans plus. Là, il s’agit d’une exposition assez originale de Dominique Gonzalez-Foerster puisqu’elle investit ces lieux immaculés avec des oeuvres créées en collaboration avec d’autres artistes. Voilà une démarche que je trouve plutôt sympathique, et puis qui faisait présager pas mal de bonnes choses. En effet, l’artiste a créé une sorte de parcours dans des univers graphiques ou sensoriels très forts, et elle profite complètement de l’espace génial que représente ce musée.

Eh bien, le résultat je ne l’ai pas trouvée terrible du tout… Merde alors, quel foutage de gueule parfois ! Et dieu sait que je suis ouvert et sensible, que j’aime le minimalisme et que je suis prêt à m’esbaudir aux propos pédants et précieux du commissaire d’expo le plus onaniste, mais là ça dépasse mes « limites ». Donc je me remets aussi en question, les limites dont je parle sont aussi peut-être mes oeillères et mon étroitesse d’esprit, ainsi mises en exergue…

Il y a donc 6 espaces mis en scène et en « arts » par les artistes d’« Expodrome » : Solarium, La Jetée, Promenade, Panorama, Cosmodrome et Cinéma. Je ne résiste pas à vous recopier des extraits de la brochure, eux-mêmes tirés du catalogue d’expo.

Elle l’appelle Expodrome parce que c’est une plateforme pour envahir le temps, trouver d’autres types « d’expositions » : au soleil, à la lumière, à la pluie violente, à la diaphanéité des espaces célestes.

Bon ok, pourquoi pas… En effet la scénographie de l’ensemble est réussie, et véhicule beaucoup d’émotions et de « sensations » : lumières, contrastes colorés, formes, messages sonores, fusion de supports etc. La citation ci-dessus est un peu verbeuse, mais ça me parle, et surtout cela se justifie par la nature des oeuvres présentées.

Solarium se trouve sur les escaliers qui mènent à la salle Raoul Dufy où se trouve une gigantesque fresque (60 sur 10 mètres) : « La Fée Electricité », une allégorie commandée pour une Exposition Universelle. Solarium de Nicolas Ghesquière est un ensemble de blocs qui ressemblent un peu à des éléments d’une digue en plein milieu des escaliers, avec une loupiote dessus. Ouai ok c’est sympa, mais quand on lit ça :

[...] on voit le soleil au-dessus de l’horizon, non pas le soleil, l’apparence du soleil, une surface unie, une immobilité traversée de flairs et d’expositions. [...] Les lueurs dessinent des ombres instables sur les marches. On pense à une apparition subite, au reflet de l’éclipse (Paris 1999) sur les promeneurs.

Mein gott, bienvenue dans l’ère du Nawak ! C’est Madame Lucifer qui a écrit l’article, aidée par Jeff au moins !

Ensuite, on arrive donc à cette fresque de Raoul Dufy qui est pas mal du tout, sans me rendre non plus extatique. Et il y a une musique de Bashung dans la pièce. Ah d’accord… Mais voilà ce que j’aurais du ressentir et conclure :

Sonorisée, l’oeuvre prend, sous sa charge historique, l’air d’une fiction féérique.

J’ai trouvé ça légèrement abusé…

Entre deux espaces ensuite, on retrouve les blocs de Nicolas Ghesquière qui empêchent presque de passer… La Jetée Le procédé est intéressant, et le texte de la brochure est uniquement descriptif et concis. Je préfère ! En effet, l’incursion d’un élément d’apparence naturelle mais « surnaturel » et dans le contexte muséologique, crée une singulière rencontre. On se demande vraiment ce que ça fait là, et c’est une entrave qui fait s’interroger.

Après, on trouve un très grand espace du musée qui est simplement vide, complètement vide… et qui s’appelle Promenade. Cette oeuvre de Christophe Van Huffel est donc un parcours, une balade dans une curieuse vacuité. Mais si l’oeuvre est intangible, elle se manifeste très clairement car il s’agit d’une bande sonore qui figure une pluie ou un environnement tropical. Et c’est vrai que c’est assez marrant et fascinant comme expérience, pas à se taper le cul par terre, mais cool. Encore une fois la brochure m’a beaucoup fait rire :

[...] tropicalisation radicale de l’espace d’inspiration cinématographique. [...] les spectateurs eux-mêmes, qui se retrouvent à errer dans le présent d’une ville, soumis aux aléas du climat, coincés comme Dominique sous un pavillon dans un parc de Taipei en attendant qu’il cesse de pleuvoir, alors qu’ils pensaient visiter le parc.

Panorama est un grand panneau dans une courbe qui présente des diodes de couleurs qui s’allument et s’éteignent en forme de trucs et de machins.

Traduction :

[...] une vision lumineuse et nocturne des grands ensembles urbains de la planète, version contemporaine des panoramas du XIXe siècle.

Mouaif…

Le Tapis de Lecture est un carré de moquette, avec des bouquins disposés dessus.

[...] il faut y lire d’emblée un certain déplacement de la littérature : sortie de sa réserve, échappé de la librairie, retraduite en espace, en couleurs, déplacée sur le sol d’un musée dont elle n’est pas séparée, renversée enfin dans le champs des arts plastiques. La littérature : un art plastique.

Cosmodrome est très intéressant dans la complexité de la mise en scène pour une oeuvre muséologique, plus que pour l’effet final. A vrai dire, la musique de Jay-Jay Johanson n’a là rien d’exceptionnel, et les effets windows media player fournissent de très belles animations… (peut-être meilleures que celles présentées là) On rentre dans une pièce qui est dans le noir complet (on ne voit même pas son corps) et dont le sol est couvert de sable noir. Il s’agit ensuite d’un gentillet spectacle lumineux et sonore, mais il n’a pas dégagé pour moi l’émotion transcendante décrite là :

Véritable son et lumière, il fonctionne comme certaines expositions de la fin du XIXe sicèle, environnements complets, générateurs de sensations, crées pour simuler des naufrages, des orages. Ces simulations précèdent à la fois le cinéma et et une certaine idée de l’exposition.

Et enfin la partie Cinéma qui est tout bêtement une rétrospective des films de Dominique Gonzalez- Foerster. Mais là, je ne peux pas… Les plans en super 8 des vacanciers sur la plage… nan, nan, je n’y arrive pas.

Chez DGF, c’est aussi le choix d’une technique, le 35mm, le super 8 ou la dv, qui génère un temps, un espace et qui prend littéralement en otage la réalité au présent [...] Elle montre des présents exacerbés, littéralement déployés, fabriqués dans la réalité des supports techniques employés. Le spectateur erre, attends, glisse dans la durée de la projection, soumis aux aléas du direct et du climat qui fabriquent, image après image, le film.

En conclusion, à part quelques éléments sympathiques, je n’ai pas du tout été sensible à tout ce qui est censé se dégager de cette exposition. Et c’est dommage, car l’endroit se prête à merveille à des belles mises-en-scène et appropriations de l’espace. Encore une fois, je n’affirme pas que l’artiste ne vaut rien, ni que j’ai spécialement bon ou mauvais goût, mais je n’ai pas « compris » ses démarches, ou alors leurs portées effectives.

NB: Par contre 5 euros l’expo temporaire, et gratos pour la collection permanente ! J’aime les musées de la Ville de Paris !!! :pompom:

« Expodrome » par Dominique Gonzalez-Foerster & Cie

Exposage Rétrospective Dan Flavin

Publié le Jeudi 21 Septembre 2006 - 12:12
Catégorie: Exposage

Je n’avais pas mis les pieds au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris depuis qu’il a été refait, et c’est un vrai plaisir d’y retourner. J’ai pu apprécier les beaux, grands et immaculés espaces de présentation des oeuvres (avec des copines hyperliées : Henri, Oli, Florian et Nicolas).

Et dans le cadre de Dan Flavin, je pense que l’espace est aussi important que l’objet lui-même. En effet cet artiste minimaliste utilise le tube néon pour composer ses oeuvres. En couleurs ou blancs, circulaires ou droits, orientés, mis en quadrillage, déposés contre des murs ou des coins de murs, l’artiste assemble ainsi les couleurs, les luminosités, les principes géométriques et joue des illusions optiques et autres distorsions visuelles. Le résultat est parfois assez saisissant, et Flavin arrive à s’exprimer avec ce simple assemblage d’illuminations, couleurs et formes. Si simple que le message en devient véritablement universel, et qu’on se plait à évoluer dans ces espaces conquis par ces sculptures de lumières.

Le pendant de cela est dans l’utilisation propre des tubes néons. Fatalement on se pense dans le département luminaires de l’Ikea du coin, et parfois la frontière est délicate entre arts et arts décoratifs. En gros, j’ai apprécié les oeuvres les plus élaborées et « massives » ou bien celles qui jouent vraiment avec la perception des couleurs, tandis que les néons simplement posés dans leur plus minimaliste appareil m’ont plutôt laissé de marbre. Excepté celui-ci que je trouve absolument génial (ça ne s’explique pas), et qui m’avait déjà conquis sur l’affiche de l’expo.

Rétrospective Dan Flavin

En gros, dans une démarche similaire en recherche de rythme dans les couleurs et les structures, je dois dire que je reste grand fan d’Aurélie Nemours. Dan Flavin m’a un peu décontenancé à la manière des artistes que j’avais vus pour « Los Angeles » à Beaubourg. Même si quelques oeuvres m’ont vraiment plu et touché, je ne suis pas plus sensible que cela à l’ensemble de son travail.

Par contre, y aller en nocturne avec quelques potes alors qu’il n’y a personne, à part les surveillants déguisés en Ray Charles, y’a pas à dire, c’est vraiment le pied ! :mrgreen:
L’avis des copines : Buzenval (qui m’a aussi donné l’idée d’y aller), Niklas.

Rétrospective Dan Flavin

Rétrospective Dan Flavin