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  • Cinéphage
Inception

Publié le Mardi 14 Décembre 2010 - 1:40
Catégorie: Cinéphage

Christopher Nolan est une valeur sure depuis quelques années, un de ces cinéastes américains qui savent faire du blockbuster intelligent (bel oxymoron certes). Eh bien oui, ses deux Batman et ce film le prouvent vraiment, ce sont des films d’action en effet, mais qui ont un scénario qui tient la route, et en plus de cela il s’entoure de bons comédiens, et sait particulièrement bien tenir une caméra !! Je l’avais découvert via le cultissime “Memento”, et on retrouve dans ses films un univers et une manière de tourner bien caractéristiques.

Dans ce film, nous découvrons Leonardo DiCaprio qui est un professionnel de l’Extraction. Il s’agit d’une méthode qui permet de voler des secrets industriels en pénétrant dans les rêves des gens et en les manipulant dans leurs songes. A l’aide d’un anesthésiant et d’une sorte de machine qui relie les rêveurs, tandis que l’un est l’architecte du rêve, les autres peuvent ainsi déverser leur subconscient dans des rêves d’un réalisme troublant. On devine rapidement que Mr Cobb (Leonardo) a un problème avec son ex-femme décédée, Mall (Marion Cotillard), qui intervient dans une mission (onirique) et manque de la faire échouer. Cobb ne peut pas rentrer aux USA car il est recherché pour le meurtre de sa femme justement, et on lui propose de le blanchir en échange d’une Inception. L’inception est la faculté d’implanter une idée dans l’esprit d’un individu, idée qui devra germer et orienter durablement un choix décidé par autrui. La victime est Robert Fischer (Cillian Murphy), et pour lui implanter une idée nouvelle, il faudra mettre en place 3 niveaux d’imbrication de rêve. Cobb monte une équipe pour mener à bien cette mission, mais il est lui-même une crainte pour jouer dans des souterrains pareils du subconscient avec Mall qui cherche toujours à le ramener avec elle dans les limbes…

Une fois qu’on a saisi le principe, le film n’est pas très compliqué à comprendre, et Nolan prend une bonne heure pour simplement nous mettre dans l’ambiance, et nous enseigner les principes de ses rêves emboîtés. Ce qui est fou c’est que le film dure deux heures et demi, que l’intrigue met des plombes à s’installer, mais que le film n’est jamais chiant, ni même long. Je ne me suis jamais fait chier, et je trouve qu’un des grand talent de ce gars est aussi dans la gestion très fine du rythme de ses films, en plus de son habile mélange de genres. En revanche, j’avais lu des articles disant que c’était entre “Matrix” et “James Bond”, et je ne suis pas d’accord du tout. Si le film me fait penser à une chose c’est au culte “EXistenZ” de Cronenberg, on y retrouve les pods qui permettent de se connecter, et les imbrications d’univers virtuels, ainsi que la tentation de devenir accroc à ces vies “rêvées”.

Une fois la partie apprentissage terminée, le film nous entraîne dans ses divers niveaux de rêve, et là on reconnaît le génial scénario qui permet trois court-métrages dans le grand, avec une liberté incroyable pour l’auteur de passer d’un univers distinct à l’autre. Le film d’action peut alors commencer avec son lot d’adrénaline, de cascades, d’effets spéciaux et de rebondissements. Rien à dire, tout cela est propre et bien ficelé, tout à fait plaisant au demeurant. Outre cela, il faut aussi saluer la pléiade de comédiens et comédiennes avec de très bons DiCaprio et Cillian Murphy (comme d’habitude), une très efficace Ellen Page (vue dans Juno) et un génial Joseph Gordon-Levitt (vu dans Mysterious Skin ou Brick). La découverte du film, en tout cas concernant le volet physique et purement “rhaaaa lovely”, revient à Tom Hardy et sa bouche à tomber par terre. Huhu.

J’ai été sincèrement épaté par la performance de Marion Cotillard qui a le rôle le plus casse-gueule qui soit, elle est tout de même une rémanence subconsciente d’un gars, une sorte d’allégorie vengeresse de l’amour et doit ainsi jongler entre épouse éplorée et Érinye en rage. Eh bien chacune de ses interventions est juste et crédible, elle est émouvante, d’une beauté hallucinante et ne fait jamais bécasse ou figurante inutile, ce qui était franchement un risque.

Le film n’est pas un chef d’oeuvre du 7ème Art, mais il tient la dragée haute à tous les blockbusters débiles que l’on voit à longueur d’année. Le film est un excellent divertissement, tout en proposant une bonne histoire, des effets spéciaux à couper le souffle, et de bons acteurs. Eh bien, on ne va pas non plus en demander beaucoup plus…

Inception

  • Cinéphage
Juno

Publié le Dimanche 17 Février 2008 - 21:33
Catégorie: Cinéphage

Syndrome « Little Miss Sunshine » pour moi, c’est-à-dire que j’ai aimé le film, j’y trouve plein de qualités formelles et plus subtiles, mais il y a un truc qui cloche. Nous sommes encore pour moi en pleine production américaine faussement indépendante, un film au scénario bobo à mort, et qui arrive à se positionner en anticonformiste tout en ne froissant personne. Encore une fois, j’ai plutôt passé un bon moment en regardant ce film. J’ai été ému, j’ai ri et souri, et l’originalité de l’histoire m’a tout-à-fait ragaillardi. Mais il n’empêche pas moins qu’il s’agit d’un dosage extrêmement classique et sirupeux de bons sentiments et de « morale bobo ».

Juno est une jeune fille de 16 ans, magnifiquement interprétée par Ellen Page (qui a tout juste 21 ans), très à la page et plutôt dégourdie. C’est une jeune ado décomplexée et libérée qui n’hésite pas à coucher avec un type de l’école, juste parce qu’elle en avait envie. Seulement quelques semaines plus tard, elle découvre qu’elle est enceinte. Mais qu’à cela ne tienne, elle décide de garder l’enfant et de le faire adopter. Elle trouve dans le journal la petite annonce d’un couple qui a l’air parfait…

Le sujet de base est donc assez hallucinant et frappant. Elle est enceinte mais elle ne se démonte pas, ne dramatise pas non plus, et toute pragmatique entreprend de faire adopter son enfant à venir. Juno est à la fois une ado de son temps, une jeune femme sympathiquement prolo et plutôt populaire au lycée, à la langue bien pendue et au caractère bien trempé. A la fois fragile et rentre-dedans, Ellen Page réussit avec un talent incroyable à figurer tous les contrastes de son personnages.

Ensuite, c’est assez « facile ». En effet, on retrouve une galerie de personnages cocasses dans une amérique « classe moyenne » classique, une rencontre en forme de fracture sociale, des problèmes de ménage, en opposition à une famille recomposée qui fonctionne très bien, des nerds plutôt charmants, des gros durs du lycée devenus transparents, des dialogues hyper écrits, des répliques et des bons mots qui fusent, des plans esthétiques et arty, et enfin une bande-son recherchée et hype. Tout cela s’inscrit dans une sauce des plus classiques et formatées, mais en effet tout en cultivant le petit côté indépendant à la « Miramax ». J’ai trouvé ça bien fait et sympathique, mais je me désolidarise totalement des critiques qui en font un film symbole et « à message ».

Il y a déjà ce personnage de Juno qui me paraît bien attachant, mais pas crédible du tout. Nous sommes dans un milieu un peu prolo, et on lui fait dire des répliques dignes de « Sex and the City » ou d’autres sitcom. C’est pour cela notamment que je parle de comédie « bobo », car dans une situation comme celle-ci et avec un éclairage plus réaliste, une ado ne s’exprimerait pas comme cela, c’est beaucoup trop écrit et décalé. En outre, on nous présente un personnage très fort et déterminé, une fille qui assume le fait de coucher comme ça, qui se voit bien faire adopter son enfant et choisit même les parents, elle nous montre vraiment du début à la fin une personnalité moderne et originale. Mais elle refuse d’avorter, et sous un prétexte assez vague et qui passe rapidement. Cela m’a étonné, car avec un caractère pareil on imaginait au contraire qu’elle allait avorter avec le même entêtement et maturité. Du coup, ça m’a paru une facette très « pro-life » qui m’a bien décontenancé (alors que je n’y aurais peut-être pas pensé s’il n’y avait eu ce refus marqué de l’avortement).

Ensuite, les parents de Juno et personne dans son entourage ne réagit vraiment à cette annonce. Et là c’est quand même dingue, le père prolo et ancien militaire, lorsqu’elle lui annonce tout de go qu’elle est enceinte et va faire adopter son enfant par un couple qu’elle a sélectionné dans le ParisBoumBoum local, lui dit : « Ok c’est cool, je viens avec toi pour les rencontrer. ». Les toutes premières minutes figurent aussi la découverte de la grossesse par Juno avec une scène surréaliste, où le droguiste du coin la charrie sur le fait qu’elle soit en cloque. Nan mais nous sommes aux USA là ?? Le film évacue totalement tout ce qui pourrait nous ramener à la réalité. Alors je sais bien que l’on peut prendre ça pour un conte de Noël, mais comme à d’autres égards il n’est pas présenté comme cela, la magie ne s’est pas installée chez moi. Et puis la bande-son qui prend le pas sur le film, avec cette sélection musicale bien étudiée, les passages un peu abstraits pour rendre le film plus « arty », ou bien les saynètes drolatiques et décalées, ainsi que les tirades en forme de victoire sociale (notamment avec l’échographe qui se fait tancer par la belle-mère), tout cela m’a doucement et sûrement convaincu de l’aspect bien trop policé et cadré de cette comédie.

Et pourtant ce n’est pas mauvais, bien au contraire, et le film a le mérite de traiter ce sujet avec un éclairage nouveau, et sans aller dans le drame chiant et triste. Je lui ai donc vraiment aussi trouvé toutes les qualités que j’ai évoquées. Mais quand on compare avec un petit film comme « Echo Park, L.A. » (pourtant très « Sundance »), je trouve que « Juno » apparaît encore plus facile et palote. Là où « Little Miss Sunshine » avait tout de même un peu rué dans les brancards, on est ici sur un chemin balisé du début à la fin, et on ne traverse jamais, Ô grands dieux jamais, en dehors des clous.

L’avis des copines : Psykokwak (avec qui je suis entièrement d’accord, jusqu’aux références…), Evrat, Eric, Brice, Kinoo.

Juno