Dans la maison

Enfin, enfin, un Ozon qui me procure autant de plaisir que ses premières oeuvres !!! Je suis tellement content de retrouver le merveilleux réalisateur, mais surtout ce raconteur hors-pair, qui excelle à la direction d’acteur, et qui arrive avec un talent dingue à distiller le scénario le plus pervers qui soit comme si de rien n’était. On profite en plus d’un couple Luchini-Scott Thomas absolument parfait et jouissif, et une vraie découverte avec l’extraordinaire (et jeune) Ernst Umhauer.

J’ai beaucoup aimé l’histoire avec ce charismatique et jeune héros et narrateur, Ernst Umhauer, dont le professeur de français, Fabrice Luchini, est un peu désespéré par la vacuité de ses élèves. Mais voilà que Ernst/Claude rend une première rédaction (la fameuse « racontez vos vacances ») qui trouble complètement le prof puisqu’elle raconte comment le lycéen a décidé de se rapprocher d’un de ses camarades, Raphaël dit « Rapha », dans l’unique but de pénétrer dans sa maison et « d’étudier » sa famille. Il a l’effronterie de terminer sa rédaction, excellemment rédigée, par un « à suivre ». En effet, le prof reçoit régulièrement des copies de Claude qui continue à lui raconter ses expéditions dans la maison des « Rapha », et qui développe une étrange relation avec les membres de cette famille. Les choses se compliquent car le garçon et le prof se rapprochent, on se demande (et Luchini avec) la part de réalité et de fiction, et on sent bien que tous développent une certaine dépendance pour « connaître » la suite (des copies, et donc des investigations) de l’histoire.

L’histoire rappelle énormément pour l’ambiance et certains personnages « Sitcom », on y retrouve aussi des relations bien perverses et cette même manière de filmer les banlieues pavillonnaires. J’ai trouvé aussi que le personnage central du gamin était particulièrement représentatif du héros à la Ozon, et on peut même subodorer une certaine identification au vu de la ressemblance entre l’adolescent et Ozon au même âge (je me souviens des courts-métrages d’Ozon pour la Femis, justement dans le DVD de « Sitcom », et ils m’ont fait ressentir cela). Ozon filme aussi ce gamin en lui donnant cet air aussi angélique que diabolique, avec une gamme d’émotion et d’expression assez incroyable, et un regard d’une perversité qui dépasse l’entendement. Une sorte de beauté du diable qui ensorcelle tous les protagonistes de l’histoire. Le prof, sa femme, Rapha et sa famille, tous sont rapidement sous son joug.

J’ai adoré la réalisation d’Ozon, et c’est à la fois dans ses plans qui sont toujours géniaux, mais aussi dans la manière dont il influence la narration et mène ses spectateurs par le bout du nez. Le film est particulièrement bon dans la perte de repère qu’il induit avec ce mélange entre réalité et fiction. Les personnages sont paumés, mais habituellement le spectateur tient la route, sauf que là on est tout autant dans le doute et la suspicion. On n’est jamais complètement certain d’être dans une vision très prosaïque et factuelle, ou un rêve, un fantasme, ou un savant mélange des deux.

Emmanuelle Seigner fait une étonnante (et à peu près aussi crédible que Deneuve en ouvrière d’usine) femme au foyer de classe très moyenne, et tient bien son rôle jusqu’au bout. J’ai été content de voir un Luchini qui ne cabotine pas trop, alors que le sujet est sans aucun doute SON sujet (la littérature), mais j’ai surtout été épaté par Kristin Scott Thomas que j’ai trouvé juste, belle, impressionnante et rayonnante à l’écran. Ozon a toujours eu le chic pour faire de magnifiques plans de visages, souvent rapprochés, et pour véhiculer le/son désir avec une puissance surprenante (pour les hommes comme pour les femmes).

C’est à la fois un thriller et une comédie de moeurs, la rencontre entre un film de Chabrol et d’Hitchcock, mais la petite déception est peut-être dans sa conclusion qui n’est pas vraiment à la hauteur de ce qui précède. Là j’ai ressenti comme un manque dans l’écriture, comme s’il avait tout donné avant et que conclure l’emmerdait. Il n’en reste pas moins que les personnages et le déroulé de l’histoire sont menés de main de maître, et que c’est un bonheur de se laisser prendre au jeu.

Dans la maison

Les invités de mon père

J’ai été agréablement surpris quand j’ai vu que le film avait été réalisé par Anne Le Ny, c’est une comédienne qu’on aperçoit dans pas mal de film, et je me souviens toujours d’elle pour son rôle de costumière dans mon cultissime « Le goût des autres ». Elle livre là une petite comédie dont j’espère vraiment que le bouche à oreille a fait son effet, mais je ne l’ai trouvé chroniqué dans aucun de mes blogs (ou juste évoqué une fois au détour d’un post) donc j’ai peu d’espoir. Pourtant cela faisait longtemps que je n’avais pas autant ri de bon humeur, avec un petit film bien de chez nous, mais léger, drôle, sensible et intelligent.

Il faut dire que l’histoire vaut la peine et que les trois comédiens principaux sont simplement brillants. Il y a Michel Aumont qui est un médecin à la retraite qui a toujours été de toutes les associations et batailles humanitaires. Sa fille et son fils sont installés dans la vie, et eux-mêmes ont des familles, avec une Karin Viard qui est aussi médecin et tente de correspondre à l’image que son père voudrait, et puis Fabrice Luchini qui est l’avocat, symbole capitaliste et véritable offense aux idées du père. Mais il y a beaucoup d’amour et de connivence entre les trois, jusqu’à ce que le père accueille chez lui une réfugiée moldave et sa petite fille. La jeune femme est plus que séduisante, et on se met à avoir des doutes sur les objectifs du père, qui paraît de plus en plus amoureux de son invitée. Et puis, il parle de mariage blanc, et il va même jusqu’à proposer de déshériter ses enfants en faveur de cette femme. Bref, la cellule familiale se réinvente et c’est l’occasion d’échanges et de remises en question assez extraordinaires.

Il faut avouer que le film tient surtout sur les deux comédiens absolument géniaux, Karin Viard et Fabrice Luchini en frère et sœur complices et désemparés. Psychologiquement c’est aussi un petit bonheur de mise en avant et en action de névroses familiales si classiques et répandues… Le film est par moment d’une drôlerie irrésistible avec des répliques qui fusent, et une ironie vraiment mordante. Mais il y a aussi toutes ces souffrances sous-jacentes qui interpellent et donnent une dimension plus profonde à cette comédie.

Il reste quelques maladresses de « petit film », et une fin qui ne m’a pas franchement emballé, mais globalement j’ai passé un moment délicieux, et cela faisait trop longtemps qu’un film français ne m’avait pas fait cet effet.

Les invités de mon père