Bon, je dois donc avouer que je suis abonné à Fluide Glacial depuis de nombreuses années. En effet, je suis un gros fan de ces auteurs et de leur humour potache. Edika, Gotlib, Binet, Maëster, j’adore !!! Les Bidochons ou surtout Soeur Marie-Thérèse des Batignoles sont mes super-héros ! Je sais que les lecteurs de Fluide sont couramment considérés comme des beaufs, mais je revendique sans honte mon assuétude à ces gags à deux balles qui me font souvent remarquer dans les rames de métro par de monumentaux éclats de rire (oui je lis Têtu ET Fluide Glacial dans les transports arf arf).
Mais pour moi Fluide Glacial revêt en effet ce côté un peu beauf, ou en tout cas anar et soixante-huitard même. Les auteurs n’évoquent jamais l’homosexualité ou alors avec une douce homophobie sous forme de poncifs plus qu’éculés, mais dont l’humour « cage aux folles » fonctionne toujours. Ainsi on retrouve souvent des personnages homos « cuirs » ou alors des folles tordues etc. Ce n’est pas choquant outre mesure puisque je considère que ces clichés font aussi partie du PPF (Paysage Pédésexuel Français), mais cela reste en effet bien réducteur et plutôt beauf dans le traitement.
Dans le fond, je pense que Fluide est à 180° de l’homophobie, mais disons que l’homosexualité n’est pas non plus leur tasse de thé. J’ai donc été bien surpris par un numéro de cette teneur. Ces numéros spéciaux sont thématiques et sont à peu près tous composés de la même manière. On y trouve des extraits d’album qui traite du sujet et aussi des dessins dédiés, et surtout des pages de gags souvent hilarantes où on sent les auteurs qui jouent les journalistes et tentent de comprendre, mais toujours de travers, le thème du numéro.
Les extraits de bédé sont assez conformes à ce que je disais précédemment, je n’ai pas forcément trouvé cela très fin ou très drôle. Mais il faut dire que c’est toujours un peu délicat quand on fait partie de la population visée, et qu’on est ainsi démonté par des humoristes. Enfin, normalement j’ai pas mal de recul sur le sujet, et je me bidonne bien assez souvent de mes travers et de ceux de mes congénères. On a un peu de tout : de l’image d’Epinal la plus nulle et rabâchée à certaines autres évocations un peu plus distanciées. Malgré tout, et je reconnais bien là leur finesse et esprit, ils ont invité Ralf König (un auteur allemand qui fait de la bédé queer extrêmement réputée pour ceux qui ne savent pas) et là évidemment c’est hyper juste et très marrant.
Là où ils ont fait très drôle c’est dans les articles dédiés au thème. Et là il faut dire qu’ils font souvent mouche, je me souviens m’être bidonné pendant des heures sur le numéro dédié à la Santé ou celui sur l’Amour. Il y a encore quelques trucs qui ne m’ont pas fait rire ou bien vraiment beauf, mais il faut avouer que certains gags sont hilarants, et que les auteurs se sont lâchés avec bonheur sur quelques dessins bien sentis. Les blagues écrites ou par exemple le glossaire sont un régal d’humour et de dérision qu’on est obligé de saluer. Et là étrangement, on sent qu’ils se sont bien renseignés sur leur sujet les bougres, car les définitions sont subtilement et délicieusement subversives (extraits largement incomplets).
Anus : Ne pas confondre avec annus. Ainsi quand la reine Elizabeth dit qu’elle a vécu une annus horribilis, ça ne veut pas dire qu’elle a des hémorroïdes.
Bear : Type d’homme à qu’il est fortement déconseillé de se promener torse nu dans les Pyrénées pendant la période de la chasse.
Hétérofolle : Hétérosexuel lisant trop souvent les pages de mode de Marie-Claire.
Mec mec : Homme homme.
Ex. : « – Cet homme homme est un vrai mec mec, mec.
- Faut vraiment que tu ailles chez l’orthophoniste, toi. »
Passif : Fainéant.
Rien contre : Expression favorite des homophobes honteux.
Ex. : « Je n’ai rien contre les homos. La preuve, je vais souvent au resto dans le Marais avec un ami noir. »
Safe-sex : Sexe dans risque, si ce n’est celui de l’excommunication.
Sodomie : Partique longtemps réprouvée par l’Eglise avant qu’elle ne s’aperçoive que c’était la même chose qu’un coït anal.
Zorro : Travesti honteux qui dissimule son visage.
(Une note précise d’ailleurs qu’ils ont utilisé le guide des jeunes homos pour leurs définitions de certains termes.)
On sent aussi par moment, et là c’est aussi conforme à ce dont je me doutais, quelques frustrations et ce discours qu’on entend de plus en plus avec des hétéros qui en ont marre d’entendre parler des homos. Vous savez ce truc des hétéros qui disent « maintenant c’est accepté alors mettez là un peu en veilleuse » ou bien « avant on en entendait pas du tout parler, mais alors maintenant c’est trop » ou « ouai on sait, vous les homos, vous êtes les meilleurs, et nous les hétéros, on est forcément des vieux cons ». Mais ces petites poussées d’urticaire donnent parfois des pointes d’humour qui sont assez plaisantes je trouve, et relativement sensées.
Et sinon, parmi le très bon de ce numéro ce sont, pour moi, les dessins pastichés de Tom of Finland, enfin de son fils selon Fluide…

Bref, un numéro hors-série bien ficelé qui m’a fait rire et parfois fait grincer, mais au global un chouette panorama humoristique sur le sujet. Un numéro qu’on peut en effet qualifier de « gay friendly » et pas seulement gay.