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On n’y voit rien – Descriptions (Daniel Arasse)

Publié le Mardi 3 Mai 2011 - 23:50
Catégorie: Boukinage

C’est après avoir discuté “art” avec mon ex boss qu’elle m’a offert ce bouquin. Je disais que j’aimais beaucoup les descriptions et explications de peintures, et notamment cette émission d’ARTE “Palettes” qui se prend grave la tête à coup de dissections géométriques et fouilles de l’histoire de l’Art. Donc j’ai dévoré ce bouquin en quelques heures, et j’ai vraiment adorer me plonger dans ces tableaux classiques tout en profitant de ces “descriptions” éclairées.

Ce qui est original, c’est qu’on a plus l’impression que l’auteur, un vrai critique d’art Daniel Arasse, est en train de deviser dans un rade avec une bière et un bol de cacahuètes. Il met tout de suite son lecteur à l’aise, on ne va pas se prendre la tête, on va ouvrir nos chakras, et essayer d’être simple et imaginatif. Les chapitres sont autant de descriptions d’oeuvres mythiques (que je ne connaissais pas toute, ignare que je suis) de Tintoret, Titien ou Bruegel. Daniel Arasse décrit d’abord le tableau, le situe parfois dans son contexte artistique et historique, parle du peintre, et puis il commence à regarder avec une fausse candeur et peu à peu il dévoile symboles après symboles et hypothèses après interprétations, des plus crédibles aux plus loufoques, et parfois même il reconnaît qu’il faut en arrêter là avec la masturbation intellectuelle.

Le premier texte est celui qui m’a le plus plu, car il est extrêmement drôle et enlevé, mais en plus il se focalise sur un élément minuscule de la scène : un escargot au bas de l’Annonciation (1470) de Francesco del Cossa. La page wikipédia du peintre évoque d’ailleurs ce premier chapitre du bouquin. Et c’est vrai que je n’avais pas vu ce putain d’escargot complètement incongru qui a des proportions surréalistes, et dont la représentation est assez unique dans l’histoire picturale (des Annonciations). Et là, les possibles significations fusent et c’est jouissif. Si vous voulez en savoir plus sur l’escargot et Daniel Arasse, voilà un site qui en dévoile la teneur.

Ce bouquin est très agréable à lire, et on a la sensation découvrir beaucoup de choses tout en apprenant un peu à aiguiser son regard, et à libérer son imagination quand on regarde une toile au musée. En plus de cela, le ton de l’auteur, à la fois drôle, ironique et grinçant, et aussi un brin provocateur et supérieur, apporte beaucoup de distance et de détachement à une activité plutôt élitiste et dont on se sent souvent trop béotien pour même songer avoir une opinion propre.

On n'y voit rien - Descriptions (Daniel Arasse)

  • Boukinage
Mémoires d'Hadrien (Marguerite Yourcenar)

Publié le Lundi 1 Septembre 2008 - 23:37
Catégorie: Boukinage

Difficile d’évoquer un tel monument de la littérature… Merde c’est Marguerite Yourcenar dont on parle, et de son bouquin le plus célèbre. Heureusement, je suis complètement tombé sous le charme et j’ai adoré ce roman historique.

Il s’agit donc des mémoires d’Hadrien tels que l’empereur romain aurait pu les écrire, et que l’auteure invente sur des bases tout à fait réelles et avérées. On suit donc chronologiquement les épisodes de la vie de ce grand homme de l’antiquité, ses conquêtes, ses turpitudes avec la politique romaine ou bien sa propre famille, ses complots, ses amours et ses passions. Et dans les amours d’Hadrien, il est évidemment le jeune et beau Antinoüs, dont tous les homos connaissent la référence.

Inutile de le préciser, mais je le souligne tout de même, ce bouquin est incroyablement bien écrit. Sa mère, sa race, comme il est bien écrit !!!!! J’ai juste eu un peu peur pendant les cents premières pages, alors qu’il ne s’agissait que de repères philosophiques et d’errances intellectuelles qui m’ont un peu perdu. Mais dès que le récit prend corps, et que l’on découvre le parcours d’Hadrien, tout en continuant à partager ses pensées intimes, alors on est littéralement happé par la lecture.

Je ne peux pas m’empêcher de le comparer avec Julien de Gore Vidal, que j’ai lu il n’y a pas si longtemps. Et c’est drôle car j’ai eu deux réactions ambigües en les comparant inconsciemment. D’un côté, je trouve que Marguerite Yourcenar met un peu trop d’elle-même dans les personnages et dans les jugements de valeur qu’elle peut émettre sur l’époque. On la voit un peu trop transparaître dans les pensées de l’empereur, et c’est parfois surprenant. D’un autre côté, Gore Vidal est très américain dans son écriture, et il fait de Julien un héros Hollywoodien sans aucun remords. Lui se détache au contraire un peu trop des aspects philosophiques de son empereur, et se concentre vraiment sur la trame historique. Yourcenar s’empare de son personnage, et ne fait qu’un avec lui, elle donne certainement par là plus d’ampleur et de pérennité à son oeuvre.

On m’a offert « l’Œuvre au noir » depuis un temps infini, il faut que je m’y mette aussi !

Mémoires d'Hadrien