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L’O10ssée (Folio SF en 10 nouvelles)

Publié le Jeudi 6 Janvier 2011 - 0:42
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Folio SF c’est Asimov, K. Dick, Silverberg, Priest ou encore Doctorow, autrement dit je suis plutôt client. En tant que tel, j’ai reçu ce gentil recueil de dix nouvelles d’auteurs très connus, et d’autres moins (par moi en tout cas), agrémentées de quelques intéressantes introductions d’auteurs sur ces oeuvres et leurs acceptions de la SF.

Je suis assez d’accord avec l’excellente Cachou et mon ultime référence chérie en SF, le Cafard Cosmique, il s’agit d’un petit bouquin sympathique mais qui ne casse pas vraiment trois pattes à un canard. D’abord on sent que les fonds de tiroirs ont été faits de temps en temps pour retrouver certaines nouvelles inédites, et parfois je n’ai pas vraiment saisi l’intérêt de certains textes. Je mets aussi de côté les histoires de pure Fantasy qui ne sont pas du tout ma tasse de thé.

Il reste quelques nouvelles que j’ai trouvé plaisantes à découvrir ainsi, et une seule vraie surprise avec le texte jubilatoire de Maïa Mazaurette (que je suis assidûment sur ce site). En effet, qui n’a jamais imaginé Madonna comme une succube attendant de se repaître de sa fille Lourdes… Huhuhu. Voilà une nouvelle qui en ferait huuuuuurler certaines.

L'O10ssée (Folio SF en 10 nouvelles)

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Chrono-minet (Isaac Asimov)

Publié le Jeudi 16 Décembre 2010 - 0:37
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Dieu sait que je suis fan d’Isaac Asimov, et c’est bien en fan que j’ai apprécié ce recueil. Si ce n’est pas votre cas, vous pouvez sincèrement vous en passer… Hé hé hé. En effet, il s’agit de nouvelles de jeunesse du Maître, et elles sont surtout intéressantes pour qui connaît bien son oeuvre, et pourra ainsi y repérer les leitmotivs de l’auteur. Cela vaut aussi pour les textes introductifs d’Asimov lui-même. Il met ainsi en perspective et en contexte ses écrits qui forment un tout plutôt hétéroclite, mais pas dénué de charmes.

Les nouvelles ne sont pas toutes du pur genre SF de l’écrivain, mais font preuve de toute sa versatilité, et surtout son grand humour. On y trouve donc des farces, des satires fantaisistes, avec un ton léger et souvent très drolatique. On ne peut pas dire que ce sont les monuments inoubliables de sa gigantesque oeuvre littéraire, mais ça me fait toujours du bien de lire des textes que je ne connaissais pas de mon cher Isaac.

Chrono-minet (Isaac Asimov)

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L’oreille interne (Robert Silverberg)

Publié le Dimanche 25 Juillet 2010 - 3:41
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Je disais que Robert Silverberg usait parfois de la veine fantastique à dose homéopathique dans ses romans, mais là c’est encore plus discret. C’est pourtant un de ses meilleurs bouquins selon la critique, et en effet c’est certainement le mieux écrit et le plus “fin”.

David Selig est doté d’un pouvoir qui aurait pu lui apporter gloire et fortune : il peut lire les pensées d’autrui. Au contraire, il a un peu une vie de merde, sans amour, sans vie sociale, et un job qui consiste à écrire les devoirs d’étudiants new-yorkais flemmards moyennant quelques dollars. Pour couronner le tout, David sent son pouvoir exponentiellement décliner, et il comprend que dans quelques mois il en sera totalement dépourvu.

Voilà donc un roman de SF des plus surprenants, puisque ce David Selig a beau être télépathe, on a plutôt l’impression de suivre les péripéties d’un bon Woody Allen. Robert Silverberg a clairement écrit là une quasi biographie, en mettant en tout cas beaucoup de lui dans ce liseur de pensées à l’existence bien morne et tourmentée. David Selig raconte comment il a découvert son don, et tous les épisodes de sa vie, enfance, adolescence, rencontres importantes… Et les femmes évidemment, et surtout Toni qu’il perd un peu bêtement, en lui révélant notamment son pouvoir.

Le roman est puissant dans sa faculté à nous faire rentrer dans l’esprit de cet homme qui lit les esprits des autres. Mais surtout, Robert Silverberg donne là un récit assez inhabituel avec beaucoup de mélancolie, d’introspection, de doute et de remise en question, de questionnements philosophiques que le héros formule pour mieux se situer face à son destin et son “habileté”. De la SF sans faire de la SF mais qui finalement donne un sacré roman de SF, voilà c’est un peu ça… Hé hé.

L'oreille interne (Robert Silverberg)

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Les Extrêmes (Christopher Priest)

Publié le Mercredi 17 Mars 2010 - 0:20
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Christopher Priest m’avait scotché avec « Le monde inverti », mais globalement je suis à chaque fois interdit par la qualité de son écriture. Là encore pour « Les Extrêmes » c’est ce que je retiens du roman, en plus d’un vrai talent pour rendre schizophrène son lecteur le plus terre-à-terre.

Teresa a perdu son mari Andy, alors que ce dernier tentait d’appréhender un serial killer. Le couple faisait partie du FBI, et en tant que tel ils ont été formés aux « Expériences Extrèmes », ou ExEx dans le jargon du FBI. Ces logiciels de simulation permettent, grâce à une interface homme-machine à base d’injection de nanopuces, de vivre des situations dans la peau d’un protagoniste de la manière la plus réaliste qui soit. Ainsi Teresa se met dans la peau de serial killer, de victimes ou de flics pour mieux prévoir les situations à venir. Il se trouve que le même jour où Andy a été tué, il y a eu un autre drame mais en Angleterre, à Bulverton, où un homme a réalisé un vrai carnage. Teresa se rend là-bas pour enquêter et se faire sa propre idée des événements, en complément des insupportables séances d’ExEx qu’elle s’impose, elle pense qu’il y a une véritable connexion entre ces deux événements.

Vraiment je suis entré dans ce roman avec une facilité déconcertante, et j’ai rapidement eu du mal à ne pas continuer à lire en marchant tant l’histoire m’a accroché. On retrouve en revanche énormément de résonances avec des sujets connus, donc ce n’est pas non plus d’une folle originalité. Il y a résolument du « ExistenZ » dans cette imbrication des mondes virtuels, et aussi du « Total Recall » avec ces thématiques de perte de réalité, et de dualité de vision et de vécu. Christopher Priest décrit finalement un univers dans lequel Philip K. Dick se serait senti plutôt à l’aise à mon avis. On pense aussi à « Hypérion » et Fedmahn Kassad qui rencontre l’amour de sa vie dans une simulation des plus belliqueuses.

Ce mélange entre enquête policière et implication émotionnelle de Teresa à Bulverton fonctionne vraiment bien. En revanche, j’ai plutôt été déçu par le dénouement du roman, et par l’impression finale de rester sur ma faim. J’attendais certainement un retournement de situation plus tonitruant, ou encore une conclusion vraiment originale et qui balayerait tout ce que j’aurais pu connaître du même genre. Mais non, au trois quarts du roman, ça pédale un peu dans la choucroute, et la fin arrive plutôt comme un soulagement.

Bref, une opinion en demi-teinte donc, malgré une sacrée belle plume, pour ce Christopher Priest qui mérite bien d’être aussi célébré dans le monde de la SF.

Les Extrêmes (Christopher Priest)

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Dans la dèche au Royaume Enchanté (Cory Doctorow)

Publié le Dimanche 13 Décembre 2009 - 1:28
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Cory Doctorow est un des créateurs de Boing-Boing, donc un blogueur des premières heures s’il en est, et il a écrit ce premier bouquin sous licence Creative Commons. On peut donc le lire gratuitement sur le net, et l’exploration des alternatives aux droits d’auteur actuels est une des préoccupations majeures de cet écrivain canadien. Ce livre surfe sur des thèmes assez inhabituels en comparaison de mes lectures deSF habituelles, mais je l’ai malgré tout beaucoup aimé. C’est surtout le fait qu’il ait écrit cela en 2003 qui m’a épaté…

Le bouquin tire son titre d’un roman de Georges Orwell : « Dans la dèche à Paris et à Londres ». Ce dernier y racontait son errance (réelle) dans ces deux villes où il a vécu dans la misère la plus terrible. « Dans la dèche du Royaume Enchanté » raconte aussi le parcours initiatique d’un homme dans une société dont le modèle est particulier, la Société Bitchun. Nous sommes dans un futur très proche et l’avènement des réseaux de communication (du web quoi !) mais aussi les progrès en médecine et biotechnologie a affranchi notre monde de la mort telle que nous la connaissons aujourd’hui. Ainsi un nouveau principe de société a vu le jour, avec de nouvelles valeurs et des paradigmes assez géniaux. Géniaux car à la fois étranges et bien science-fictionesque mais pourtant familiers, comme si je comprenais bien où l’auteur voulait en venir, mais à demi-mot, comme en filigrane de son intrigue romanesque.

Le héros de l’histoire, Julius, a 150 ans et c’est un jeune. En effet, les gens ont la possibilité de scanner et d’enregistrer leur mémoire afin de l’implanter dans un clone lorsqu’ils ont un problème de santé. Aussi les âges ne veulent plus dire grand chose, et il s’agit plus de différence de générations et de mentalités. Les gens meurent quand ils en ont assez de vivre en somme. En outre, à cette époque tout le monde est équipé d’un implant qui connecte directement au réseau. Cela permet de communiquer, mais aussi d’obtenir des informations diverses et variées, et notamment concernant le whuffie. Cette dernière notion est capitale dans le bouquin et super intéressante. Le whuffie est une sorte de monnaie moderne, mais comme les valeurs ont changé, il ne s’agit pas vraiment d’argent. Le whuffie serait plutôt une côte de popularité. Lorsque vous agissez “bien” envers des gens, votre whuffie augmente, et réciproquement il diminue si on pense du mal de vous. Tout cela fait diablement penser à une mesure de l’influence desblogueurs d’aujourd’hui par exemple…

Julius est en couple avec une jeune femme, Lil, qui travaille dans un des endroits les plus importants de la Société Bitchun. En effet, dans un monde sans mort et où le travail n’a pas de valeur de notre point de vue capitaliste, les gens cherchent à se divertir et à gagner en whuffie. Les parents de Lil avaient donc investi Disney World, et Julius et Lil à leur suite, avec d’autre personnels ad-hoc, passent leur temps à fignoler, améliorer et rendre plus distrayant l’attraction « Haunted Mansion ». Mais voilà, les choses ne sont pas aussi simples et on n’est loin d’être dans le monde des bisounours. Le manque de whuffie peut gâcher une existence, et il y a un tas de gens qui voudraient alpaguer cette populaire attraction. C’est ainsi qu’un groupe dissident et opportuniste réussit à récupérer le « Hallof presidents », et il réforme les vieux automates par des visions synthétiques suggérées par les implants des visiteurs. Ce groupe a des vues sur la «Haunted Mansion », mais Julius tient au respect des traditions Disney, et ne l’entend pas de cette oreille.

Il y a aussi Dan qui revient de loin, et d’un niveau de whuffie catastrophique qui va aider Julius dans sa lutte. Mais ce dernier va passer de difficiles épreuves et mettre en péril sa vie, son whuffie et au final son appartenance même à la Société Bitchun.

Le bouquin est vraiment passionnant pour sa peinture d’une société cyberpunk qui aujourd’hui apparaît comme un débouché tout à fait envisageable de notre propre société. Et ce qui m’a étonné c’est bien queCory Doctorow ait écrit cela en 2003, alors que les blogs étaient balbutiants et qu’on commençait tout juste à présager des évolutions sociales etsociétales qui allaient être engendrées par le web (que nous ne mesurons pas encore aujourd’hui d’ailleurs). Il y ajoute cette dimension Walt Disney et l’importance du divertissement, mais surtout cette note de popularité dont le calcul se fait en prenant en compte l’avis de chaque connecté au réseau (vraiment de manière analogue à la manière dont les blogs sont “classés” en prenant en compte les liens vers eux par exemple). Du coup, aujourd’hui, alors que je vois à quelle point ma génération tient aux attractions Disney (c’est con mais c’est incroyablement vrai) ou bien les prémices très clairs et concrets de la notion de whuffie sur le web, je me dis que ce bouquin est d’une clairvoyance assez troublante, voire légèrement flippante.

En revanche, l’histoire en elle-même, l’intrigue amoureuse ou la narration autour de Julius, ne m’a pas tout à fait convaincu d’un point de vue littéraire. Ce personnage de Dan notamment m’a laissé perplexe, et je n’en saisi toujours pas nettement l’importance (mais peut-être le sens m’en a-t-il échappé). Malgré tout je ne boude pas mon plaisir, et pour un premier roman c’est une sacrée entrée en matière !!

Dans la dèche au Royaume Enchanté (Cory Doctorow)

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Histoires mystérieuses (Isaac Asimov)

Publié le Dimanche 16 Août 2009 - 1:24
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Je continue ma lente mais régulière découverte de l’oeuvre du maître de la SF, et c’est en lisant sa bio que j’ai voulu jeter un coup d’oeil à ses nouvelles SF mâtinées d’intrigues policières. On en retrouve une bonne partie dans ce recueil « d’histoires mystérieuses ».

Asimov présente donc dans une poignée de nouvelles son Hercule Poirot. Il s’agit du Docteur Urth, un grand scientifique spécialiste des moeurs extraterrestres et, ironie du sort, un agoraphobe qui n’est jamais parti à plus de quelques kilomètres de sa maison. Ce dernier résout donc tous ses problèmes de son bureau, avec l’aide de son seul intellect et beaucoup d’espièglerie. On reconnaît bien là la patte de l’écrivain qui s’en donne à coeur joie dans le calembour et l’ironie, avec ce personnage qui lui ressemble finalement beaucoup, présomption et manque de modestie inclus !!

En revanche, même si le héros est plaisant (entre Poirot et Jessica Fletcher), les nouvelles ne sont pas ce qu’Asimov a pondu de mieux en terme de style ou littérature. Cela reste un bon divertissement pour le féru de SF en général, et d’Asimov en particulier. Chacun de ces épisodes est l’occasion de la résolution d’un crime qui démontre à quelle point l’imagination de l’auteur est galopante, intelligente et sans fin.

Histoires mystérieuses (Isaac Asimov)

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Moi, Asimov (Isaac Asimov)

Publié le Jeudi 9 Juillet 2009 - 0:04
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Isaac Asimov est un de mes écrivains de SF favoris, et je ne suis pas le seul vu qu’il est un des plus prolifiques et célèbres auteurs du monde entier. Cette autobiographie est une compilation de 166 chapitres (écrits à partir de 1977) qui parcourent toute la vie de l’auteur jusque quelques mois avant sa mort. Les thèmes sont déroulés les uns après les autres, de manière plus ou moins chronologique, et il pioche à droite et à gauche pour évoquer sa famille, sa vie amoureuse, universitaire ou professionnelle. Ses textes sont courts, faciles à lire, et terriblement drôles et intelligents. Je suis ressorti du bouquin encore plus admiratif et fan absolu de cet écrivain hors pair.

J’ai cité quatre passages du bouquin qui m’ont particulièrement marqué et parlé, notamment à propos de son rapport à la lecture, à l’écriture, à la religion, et à sa propre judéité. Mais le livre est une mine de réflexions et de pensées tout aussi passionnantes et pleines d’humour, d’ironie, de recul et d’une démonstration de sa philosophie de vie qui est une véritable inspiration pour moi. Il évoque donc tout autant son enfance en tant qu’émigré juif et la manière dont il a été élevé, ses rapports familiaux, et la manière dont il a peu à peu versé dans la littérature fantastique puis la Science-Fiction.

J’adore chez Isaac Asimov son incroyable auto-analyse, grande lucidité et clairvoyance sur ses actes, et son humour irrésistible qui lui permet de fréquemment s’en sortir par une pirouette ou une saillie acidulée. En outre, il est sincère dans ses écrits, et souvent très touchant, tout en s’affirmant régulièrement de manière tranchée et assumée, rarement en demi-teintes. Mais en plus de tout cela, il est le contraire de l’humilité, il est même d’une arrogance sans nom et se trouve manifestement intelligent et très doué. Ah ah. J’adore cela chez lui, car je le trouve tellement doué justement, que je lui pardonne aisément ce manque de modestie, et parce que c’est une attitude qui est surtout cocasse.

Grâce à mon père, je connais surtout les écrivains de SF de cette époque, et je n’aime quasiment que ces romans des années 50 à 70, avant l’ordinateur ou les réseaux, qui mettent la science en figure de proue et qui propose des univers qui parlent autant de sociétés extraterrestres que des nôtres. Du coup mes repères ce sont Clifford D. Simak, Robert Silverberg ou Arthur C. Clarke, et j’ai découvert avec grand intérêt la naissance de ce style SF, et la montée en puissance de ces stars de ce genre « mineur » (qui est bien « majeur » à mon avis). Ces passages me font penser un peu au bouquin « Les extraordinaires aventures de Kavalier & Clay » qui témoigne de l’émergence des comics à New York. Or Asimov est totalement contemporain de cela (et fervent new-yorkais), et toute la littérature SF est née de ces kyrielles de nouvelles (de plus ou moins bonne qualité) qui ont abreuvé les magazines de fans de l’époque.

Isaac Asimov raconte donc à la fois ses aventures dans la littérature, mais aussi en parallèle sa vie professionnelle qui est loin d’être calme, et qui fut essentielle pendant longtemps vu que les publications ne lui suffisaient pas pour subsister. Il explique aussi la genèse de certains des thèmes qu’il développe dans ses bouquins, et qui sont devenus des standards de la SF tels : la psychohistoire de la saga « Fondation » ou encore les célébrissimes règles de la robotique qui sont inscrites dans tout cerveau positronique qui se respecte. On découvre aussi une oeuvre prolifique à bien des égards, puisqu’il a non seulement pondu des myriades de nouvelles, de romans et d’anthologies, mais aussi des romans policiers, des limericks (petits poèmes humoristiques souvent graveleux ou anticléricaux) et surtout une considérable somme de vulgarisation scientifique pour enfants comme pour adultes.

Bref, ce type est un génie et je le révère complètement. D’ailleurs à tel point que je viens de réaliser que je n’ai pas écrit cet article au passé… C’est fou ça. Isaac Asimov est mort en 1992, mais je n’arrive pas à le mettre aux oubliettes. Je lis et relis depuis une quinzaine d’années ses livres, je complète peu à peu mes lectures d’ailleurs, et il est tellement actuel, tellement sagace et passionnant, qu’il est pour moi plus vivant que jamais. J’espère d’ailleurs que son oeuvre le laissera vivant dans l’esprit de ses lecteurs pendant encore des années !

Moi, Asimov (Isaac Asimov)

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La séparation

Publié le Mercredi 3 Septembre 2008 - 23:36
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J’avais découvert Christopher Priest dans ce qui est devenu un de mes bouquins favoris de SF : « le monde inverti ». Son écriture et son imaginaire, assez proche de celui de K. Dick selon moi, m’avaient littéralement conquis. Je crois qu’on m’a offert celui-ci, mais je n’en suis plus trop sûr. Bref, il se retrouve entre mes mains, et c’est pour le mieux !!

Ce livre-ci est totalement différent de l’autre, ce n’est d’ailleurs presque pas un bouquin de SF. Du coup c’est drôle qu’il ait reçu autant de prix dans ce petit milieu littéraire (tout de même : British Science Fiction Award, Arthur C. Clarke Award, Grand Prix de l’Imaginaire 2006). Car il s’agit bien d’une sorte de récit uchronique, mais on pourrait facilement le mettre dans le domaine de la littérature générale. En effet, il possède une fibre fantastique très peu développée. Ou alors disons que l’auteur a habilement dissimulé et saupoudré ça et là des éléments qui “diffractent” plus ou moins notre notion du temps. C’est assez difficile à expliquer, et en vérité ce n’est pas évident à comprendre du premier coup !!

Christopher Priest nous plonge dans l’Angleterre de la seconde guerre mondiale, et dans un triple récit d’un couple de vrais jumeaux, qui partagent en plus les mêmes initiales ! (J.L. Sawyer et J.L. Sawyer !). Le récit est triple car il s’articule autour de trois points de vue, d’abord celui d’un historien-chercheur qui étudie la manière dont Rudolf Hess a voulu organiser la paix avec la Grande-Bretagne, en s’y rendant de sa propre initiative. Ensuite on trouve les narrations alternées des deux frères, et les étranges implications qu’ils ont eu avec Rudolf Hess (ils ont gagné la médaille de bronze d’aviron en 1936, médaille remise par Rudolf Hess ) et la politique britannique, ainsi qu’un problème psychiatrique d’un des frères suite à un accident d’avion. Car l’un des frères est pilote intrépide de bombardier de la RAF, tandis que l’autre est objecteur de conscience et aide à la Croix-Rouge.

Les intrigues multiples, les différents points de vue, et les subtiles différences entre les récits avec ces “voies historiques” font que le bouquin n’est vraiment pas évident à saisir. Et pourtant, l’histoire qu’il raconte est en définitive celle de l’Angleterre de la seconde guerre mondiale, et c’est passionnant. En effet, on découvre surtout les combats que les anglais ont mené, alors qu’ils étaient le seul pays européen à résister contre Hitler. Christopher Priest se fait là un peu le chantre de son pays, mais il se trouve que je suis un grand admirateur de cette Angleterre là, et donc j’ai trouvé cela très juste et justifié. L’écrivain nous fait vivre les bombardements, la résistance sans faille de la perfide Albion, la dureté des combats, mais aussi la stupidité de la guerre, tout en nous montrant un Churchill tout en verve et en charisme. Cela m’a même appris pas mal de choses sur la politique intérieure britannique de l’époque qui n’était pas si monolithique que cela.

Entre l’uchronie doucement schizophrénique et le choix de la période, c’est encore à K. Dick que je pense et son célèbre « Maître du Haut-Château », dans lequel la seconde guerre mondiale a été gagnée par les nazis en 1947…

Tout le bouquin se concentre sur les évènements du 10 mai 1941, cette nuit là Rudolf Hess a quitté, apparemment de sa propre initiative, l’Allemagne pour se rendre en Ecosse à bord d’un avion. Apparemment encore, il venait négocier la paix avec le Royaume-Uni avant que l’Allemagne n’entame la guerre avec l’URSS à l’Est. Rudolf Hess a été emprisonné jusqu’à la fin de ses jours (1987), et Hitler avait dit qu’il était atteint de folie et avait agi de son propre chef. Ce fait historique est encore un des mystères de la seconde guerre mondiale, et l’auteur joue sur ce trouble pour en donner sa propre version, enfin ses propres versions plutôt…

Le bouquin est très bien écrit et documenté, et encore une fois propose une vision très instructive de la Grande-Bretagne pendant la seconde guerre mondiale. Je l’ai juste trouvé un peu trop complexe et cryptique à certains égards, mais d’un point de vue SF c’est un ovni qui est très plaisant à découvrir. C’est quelque-chose de vraiment nouveau et rafraîchissant. Malheureusement, il n’aura certainement pas le lectorat mérité du fait de son estampillage “SF”…

La séparation - Christopher Priest

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Le monde inverti

Publié le Lundi 5 Novembre 2007 - 22:25
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Cela faisait longtemps que je n’avais pas mis le nez dans un roman de SF, et de temps en temps, c’est comme un besoin vital, il me faut ma dose de littérature fantastique ou de bonne Science-fiction comme j’aime (normalement : américaine des années 50-75 maximum). Et là, le hasard a terriblement bien fait les choses, ce roman de Christopher Priest est apparemment un monument du genre, alors qu’il entre à peine dans ma période de prédilection, vu qu’il date de 1974. Mais il faut reconnaître que ce bouquin est absolument génial !

Le héros du bouquin c’est Helward Mann, c’est un habitant d’une « cité » un peu particulière. Cette ville est un immeuble gigantesque qui se déplace sur des rails sur le sol d’une planète dont on ne sait pas grand-chose. Helward lui-même est âgé de mille kilomètres, et en tant que tel va devenir apprenti d’une des guildes qui régissent cette société. On comprend rapidement que le déplacement de la ville est indispensable à sa survie et à son haut-degré de technologie. D’ailleurs, pour réaliser ce déplacement titanesque les gens de la ville louent les services de manoeuvres de villages locaux contre de la nourriture et des outils.

Helward entre en apprentissage et en tant que tel, il va passer un moment dans chacune des guildes avant de rejoindre la sienne : les « futurs ». Il y a aussi les poseurs de voies, les bâtisseurs de ponts, la milice, ou encore les « topographes du futur » comme Helward qui partent en reconnaissance pour guider la ville. Car non seulement, il faut que la ville se déplace, mais elle doit se focaliser dans la direction d’une position idéale qu’on appelle « optimum », plus elle s’en écarte et plus elle se met en danger. Donc il s’agit de trouver le chemin le moins tortueux pour la ville tout en suivant le plus possible l’optimum. Des ouvriers des villages du coin sont temporairement salariés pour poser les voies métalliques vers l’avant, tandis qu’ils récupèrent et recyclent celles sur lesquelles la ville est déjà passée.

Cette société, aux rouages parfaitement huilées, se gangrène peu à peu, parce que les autochtones des régions traversées se révoltent contre eux, mais aussi parce que des dissidents veulent que la ville s’arrête. Mais Helward qui est allé dans le passé (en arrière géographiquement donc) comprend que ce serait sonner le glas de leur existence. Le soleil n’est plus une sphère… il est une hyperbole aux mystérieuses propriétés.

Bon on peut penser que j’en ai dit beaucoup comme ça, mais même pas. Il y a encore tellement de choses à découvrir sur cette invention de Christopher Priest, et tous ces détails intrigants qui ne trouveront réponse que dans les derniers paragraphes du bouquin (qui ne fait pourtant que 385 pages). Et cette fin, la solution de toutes ces interrogations et suspicions, est tellement bien ficelée et surprenante et intelligente qu’elle donne envie de tout relire dès le début.

En outre, les qualités littéraires du bouquin sont manifestes, et vous entraînent avec une facilité déconcertante à la fois dans des aventures picaresques, mais aussi les dédales d’une ville aux comportements sociaux passionnants, et de la bonne SF qui mêlent informatique, physique, ambiance post-nucléaire et autres joyeusetés du genre ! Il s’agit du genre de livre qui vous offre un voyage extraordinaire et permet de s’évader à chaque fois qu’on l’ouvre. Cette quête vers l’inconnu m’a pas mal fait penser à « la Horde du Contrevent », à la (grande) différence qu’on n’est pas du tout dans un registre « fantasy ». « Le monde inverti » se place en bonne position dans ma liste de bouquins de SF qui m’ont marqué…

Le monde inverti - Christopher Priest

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Substance Mort

Publié le Samedi 4 Décembre 2004 - 14:03
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Je savais que ce livre était un des grands bouquins de Philip K. Dick que je devais lire un jour. Et comme Tigger me l’avait suggéré en un quinze mille unième commentaire (merci le spam ;-) ), je l’ai acheté et lu rapidement. Et il avait raison, ça m’a incroyablement plu. Et je pense aussi comprendre la résonance toute particulière que cela a pu avoir chez ce blogueur. J’ai aussi pensé à mon ex Sébastien, mon toulousain qui devait faire des check-up réguliers assez contraignants parce qu’il avait bousillé pas mal de choses dans son corps après avoir abusé des buvards entre 17 et 22 ans.

Substance Mort est un roman sublime et effrayant, aussi aliénant que le type en couverture dans son cri de Munch version nineties. Philip K. Dick ne l’a jamais caché, c’était un gros toxico, il aimait raconter ses expériences dans ses bouquins, et il est connu comme l’auteur qui a réussi avec le plus d’acuité à décrire ce que pouvait être un trip sous acide par exemple. Il a expérimenté les années soixante et à peu près toutes les drogues de la Terre, mais il n’en fait pas l’apologie dans ses livres, et dans celui-ci c’est tout le contraire, on y retrouve plus l’esprit « Trainspotting » qui transcrit bien l’horreur de la drogue, tout en assumant son caractère récréatif, échappatoire et jouissif.

Cela m’épate de lire que les délires moléculaires psychédéliques des années 60 se soient si aisément retrouvés dans la consommation d’ecstasy dans les raves des années 90 (que j’ai pas mal fréquentées entre 94 et 96). K. Dick a un talent manifeste pour décrire ces univers, et ce bouquin est particulièrement dédié à tous les gens qu’il a connus et des amis qui sont restés scotchés, y ont laissé leur peau ou une bonne partie de leur santé.

Nous sommes dans un monde post-sixties où la drogue la plus puissante et dangereuse et à l’addiction la plus intense, la Substance Mort, ravage les populations modestes et pauvres. Tout le monde est consommateur et dealer à un certain niveau. Les flics essaient de remonter les filières avec peu de succès. Fred est un agent des stups qui agit sous couverture dans un groupe de junkies/dealers en tant que Bob Arctor. Personne, même les flics ou ses supérieurs, ne savent quelle identité il a endossé. Fred est devenu accroc à la Substance M, comme tous les agents de terrain, et il doit gérer entre sa mission et ce qu’il vit au quotidien. On retrouve bien là la passion de K. Dick pour les situations schizophréniques. Mais pour corser le tout voilà que son boss lui demande d’enquêter sur Bob Arctor, c’est-à-dire lui-même, sur lequel se portent pas mal de soupçons. Donc Fred doit gérer cette situation ubuesque, en plus de la drogue qui commence à lui bousiller sérieusement les synapses, et se méfier à la fois des flics, des junkies, des dealers… d’une vie qui lui échappe totalement.

Il ne se passe pas énormément de choses en terme de récit et la narration n’est pas très complexe ou élaborée, mais l’univers décrit est flippant. Ce n’est pas non plus du « Requiem for a dream », l’auteur est beaucoup plus sobre et posé que cela, mais la manière dont il décrit le manque, l’assuétude et la relation à la substance est troublante de réalisme. J’ai ressenti la frayeur, la perte d’identité ou les troubles cognitifs du héros comme jamais auparavant dans un roman. Et tout cela pour découvrir en conclusion que la source de la drogue n’est pas ce que l’on pense, et là encore la métaphore est aussi superbe que flippante.

Philip K. Dick - Substance Mort