5 articles tagués avec “Fondation Cartier”

  • Exposage
Moebius Transe Forme à la Fondation Cartier

Publié le Mardi 18 Janvier 2011 - 0:10
Catégorie: Exposage

Cela faisait longtemps que je n’avais pas fait un truc de blogueur, et là c’était pour une fois carrément dans mon créneau. Je ne connais pas très bien Moebius, même si j’avais bien aimé l’expo Miyazaki-Moebius de la Monnaie de Paris en 2004. Et la Fondation Cartier c’est vraiment un endroit que j’apprécie particulièrement. En revanche, ils ne sont vraiment pas doués pour correctement présenter et expliquer leurs expositions, et là encore sans le recours et l’éclairage d’un guide, je pense qu’on est complètement largué.

Là évidemment, c’était une visite organisée, et donc tout était pour le mieux. Nous avons eu une guide qui non seulement a bien remis le dessinateur dans son contexte culturel et biographique, mais nous a patiemment fait évoluer dans son univers et dans ses codes. Ainsi armé de ces quelques connaissances, il était beaucoup plus simple et agréable de profiter des multiples œuvres qui peuplent cette exposition.

La scénographie est assez classique mais de bonne facture, avec un rez-de-chaussée qui expose les différentes bédés de Moebius sur une longue table formant le ruban éponyme, et qui chronologiquement nous emmène dans les œuvres et les inventions de l’artiste. Là on peut lentement et surement se plonger dans des bandes-dessinées diverses et variées tout en profitant de commentaires de l’auteur comme autant d’échos aux livres présentés. On comprend alors l’imaginaire, le bestiaire, les styles, et concrètement les expérimentations artistiques, les gimmicks et autres codes chers au dessinateur. Au sous-sol, il s’agit plus d’installations qui rendent hommage au talent plasticien et à cette fameuse “transformation”. Il y a des dessins reproduits sur plusieurs mètres de haut, des peintures, des œuvres qui sont en échos aux préoccupations de Moebius ou à sa mythologie personnelle.

Cette seconde salle est très belle et tout autant mystérieuse, même si le décodage de l’étage au-dessus permet de mieux appréhender cette plongée dans un monde parfois inquiétant. Tout cela me faisait penser à l’étonnant écosystème du film d’animation “Gandahar” qui date de 1988 et que j’avais vu gamin (et qui m’a énormément marqué). Je vois que le réalisateur de ce film, René Laloux, a aussi collaboré avec Moebius, ce qui ne m’étonne pas du coup.

Le mélange des genres est total chez Moebius, qui signe de différents noms des œuvres de styles, matières, techniques et formes variées, du cowboy viril à l’humanoïde futuriste polymorphe et érotisée à mort… Et c’est bien ce qui m’interpelle dans tout ce que l’on peut voir là, avec toujours formellement une qualité de dessin et un trait qui confirme son énorme talent.

L’exposition est d’une réelle qualité et a bien été pensée et organisée, mais encore une fois sans guide je n’aurais rien capté…

Moebius Transe Forme à la Fondation Cartier

  • Concertage
  • Ecoutage
Chris Garneau à la « Fondation Cartier »

Publié le Lundi 21 Janvier 2008 - 23:54
Catégorie: Concertage, Ecoutage

C’est d’abord Toli qui en avait parlé et qui m’avait intrigué avec les quelques morceaux du jeune homme new-yorkais (impossible de trouver son âge sur le net… mais il a quoi 22, 23 ans maximum non ?). Une voix à la fois posée et délicate, un petit accent indescriptible (pas vraiment américain mais pas non plus anglais ou quoi que ce soit d’autre…), des mélodies envoûtantes et harmonieuses, et en contre-point de tout cela des textes personnels, à fleur de peau, qu’on pourrait parfois penser en dissonance avec tout le reste. Mais non, au contraire, c’est un tout qui réussit à nous faire scotcher et à encore plus rentrer dans ses histoires, son univers, et une sensibilité qui égale celle d’Antony and the Johnsons (il faut le faire…).

Donc quand Toli propose un concert de ce petit chou trognon new-yorkais, et à la Fondation Cartier, mais on y va les yeux fermés, ou bien les oreilles bouchées. Parce qu’il est mignonnet en plus le Chris, et c’est même une copine à ce qu’il paraît (oooooh comme c’est surprenant !). Nous avons donc débarqué en petit groupe à la Fondation pour un concert qui s’apparentait plus à une réunion privée… Alors là, on peut dire qu’ils ne surbookent pas leurs soirées (désolé Vince !), on devait être une soixantaine je pense devant le grand piano de Chris.

Ce dernier a joué pendant une petite heure, mais au bout de quelques chansons il s’est retourné au bout du rouleau et nous a avoué dans un souffle : « Je ne sais pas si je joue depuis dix minutes, ou trois heures… Il fait chaud. ». Et hop, il reprend une gorgée de bière, nous fait sourire (et nous charme contre son gré) avec ses petites phrases en français, toujours accompagnées de son énigmatique accent. Il est comme ses chansons, et c’est dingue de constater qu’il est aussi fragile que son univers musical est cristallin et pulvérulent. Vous auriez du voir comme il était dans ses chansons, comme il les vivait en les interprétant, et comme ses émotions modulaient sa voix et ce magnifique timbre. Car ce n’était pas tant un interprète qui récitait ses textes, non il prononçait ses paroles et elles « faisaient sens » lorsqu’elles sortaient de sa bouche. On avait l’impression qu’il revivait en live ses histoires d’amour foirées, et toutes ses joyeuses anecdotes qu’il met en musique (Roger Gicquel effect !).

Je ne suis pas un immense fan de Chris Garneau, mais je dois avouer qu’il a fait ma conquête ce soir là. C’était un privilège de l’avoir si proche de nous (quelques mètres), et de profiter du personnage dans ce qu’il a de plus beau et intense à offrir. Un véritable artiste en somme…


Black & Blue – Chris Garneau

L’avis des copines : Artypopchou, Tolichou, Incipiochou (si, si, cherchez bien, il en parle !), Vincen-tchou (ça fait “tchou” j’adore), Bricechou.
Les copines présentes mais feignasses (elles n’ont rien écrit) : Kangel, Jonathan D.

Chris Garneau à la « Fondation Cartier »

Crédits photo : LeHiBoo.

  • Exposage
David Lynch, « The Air is on Fire » à la Fondation Cartier

Publié le Mardi 24 Avril 2007 - 23:51
Catégorie: Exposage

On avait découvert David Lynch en famille avec « Dune », puis avec son premier long-métrage « Eraserhead » (1977), et ensuite la série « Twin Peaks ». Mon père décida alors que Lynch était un très très grand réalisateur et artiste de cinéma. Bon, il faut dire que mon père est un peu ouf, mais comme je le suis aussi, il se trouve que j’ai une fascination certaine pour David Lynch. Et pourtant si vous avez vu « Eraserhead », vous comprenez à quel point il faut être barré pour rentrer dans l’univers du monsieur.

J’ignorais complètement que Lynch était un artiste si complet et si accompli, je pensais que l’exposition serait focalisée sur l’oeuvre cinématographique, mais il n’en est rien. Et cette expo est simplement géniale ! La Fondation Cartier innove souvent dans son domaine, mais là il faut avouer que la scénographie, les oeuvres et l’atmosphère globale sont extraordinaires. Cela en déroutera certainement plus d’un, mais moi j’ai complètement été sous le « charme ». Il faut dire que David Lynch a été plus que l’artiste invité, mais aussi le maître de cérémonie et l’instigateur de cet ensemble artistique : musique, tableaux, croquis, photographies, images retouchées, salles complètes ou courts-métrages. Bref, vous entrez dans l’univers Lynchien, et vous n’en ressortez pas indemne.

Le rez-de-chaussée est consacré pour moitié à la peinture et à des oeuvres « composites » de l’artiste, tandis que l’autre partie contient une kyrielle de croquis de tout genre (griffonnages de coin de cahier, illustration de scénario ou véritables « petites oeuvres ») ainsi que des peintures d’un autre genre, très sombres et inquiétantes. Il faut dire que tout est à peu près inquiétant dans son oeuvre, et que l’ambiance musicale, créée pour l’occasion, concourt à ce malaise, à cette atmosphère étrange, déroutante et singulière.

Dans la première partie, on trouve les oeuvres plus récentes à priori, même si la chronologie n’est pas du tout respectée dans l’exposition, et elles sont un peu plus colorées même si les thèmes et les représentations restent étranges ou horrifiques. Mais il y a un véritable talent de plasticien dans ces oeuvres, et surtout ce qui est immédiatement frappant c’est l’oeil du cinéaste. David Lynch compose ses tableaux comme des scènes d’un film. Il y dispose des personnages, des costumes, un décor, et même des dialogues qui s’inscrivent sur la toile. La matière est en relief, elle semble parfois vivante ou en putréfaction, il capture alors le mouvement ou l’angoisse avec une impressionnante virtuosité. On y retrouve aussi ses visions un peu déformées et monstrueuses, des corps difformes, des montages et retouches numériques qui amputent de membres ou imaginent des engeances biologiques.

J’ai beaucoup pensé à Francis Bacon pour sa manière de peindre, ses thématiques, sa palette de couleurs et ses personnages monstrueux. La seconde partie est encore plus frappante dans la noirceur employée, et le détachement sensible à la représentation formelle. Les croquis rassemblés montrent le foisonnement créatif incroyable de cet homme, et pose pour moi les limites de notion de folie et d’art. On se demande vraiment si ce type est sain d’esprit pour avoir de telles visions en lui. Et en même temps, son génie créatif est absolument indéniable. On trouve dans ces crobars et autres graffitis quelques oeuvres qui surprennent par leur beauté et leur potentiel.

Au sous-sol, il y a une projection de courts-métrages de l’auteur. On n’a pas bien eu le temps de s’y consacrer, mais ça paraissait bien conforme au nawak Lynchien. Il y avait aussi une série de photographies très belles et fascinantes, notamment celles consacrées au corps ou bien à des parties d’industries ou d’usines désaffectées. J’ai adoré celles, banales au premier abord, qui ont pour sujet de simples façades de maisons de banlieue. Car il choisit de prendre des clichés en hiver, et se focalise sur des bonhommes de neige. La série devient alors plutôt inquiétante, car qu’y a-t-il de plus effrayant que des photos en noir et blanc de bonhommes de neige devant des maisons (sans présence humaine) ? Encore plus glauque, il y a aussi ses montages qui figurent des anomalies anatomiques, réalisés à partir de photos érotiques de la fin du 19e et début du 20e siècle.

Et puis, cerise sur le gâteau, on découvre à la dérobée, une petite salle dans le fond. Et là c’est l’hallu complète ! A partir de ce dessin de David Lynch, les équipes de la Fondation Cartier ont reconstitué le décor correspondant en matériaux réels, et on peut circuler à l’intérieur de ce mobilier bizarre, et ces motifs inusités.

David Lynch, « The Air is on Fire » à la Fondation Cartier

L’impression est fabuleuse, et j’ai particulièrement été accroché par les formes, les couleurs et les objets créés pour l’occasion. En effet, cela m’a irrémédiablement fait penser à l’univers de Tim Burton, et particulièrement aux animations de Beetle Juice. Que ce soient les éléments de décors lorsque Beetle Juice est là, ou sinon plutôt les sculptures hideuses de la belle-mère…

Il y a donc au final beaucoup de choses à voir, et à découvrir dans cette exposition. C’est tout bonnement passionnant !

L’avis des copines : Deedee, La Page Française, Fulgineuse.

David Lynch, « The Air is on Fire » à la Fondation Cartier

  • Exposage
J’en rêve

Publié le Lundi 5 Septembre 2005 - 11:07
Catégorie: Exposage

La Fondation Cartier est un endroit que j’apprécie particulièrement à la fois dans l’architecture de l’endroit et ses possibilités scénographiques, mais aussi dans leurs choix en termes d’expositions et d’artistes. Ils ont là fait très fort en organisant cette exposition où 58 artistes des cinq continents, filles et garçons de 19 à 29 ans, qui ont été parrainés par des artistes « établis », nous présentent leurs oeuvres. Ainsi on peut avoir une idée de ce qui motive de très jeunes artistes, à la fois dans les thèmes, les supports, les techniques, les délires et les inspirations les plus novatrices et décalées.

L’expo se parcourt ainsi un peu au hasard des pays ou des techniques employées, et l’on découvre avec beaucoup de surprise et de bonheur des oeuvres aussi diverses que riches dans le fond et dans la forme. J’ai personnellement beaucoup aimé certains travaux photographiques ainsi que des peintures, et aussi quelques installations vidéo (notamment une artiste qui filme des plans fixes presque « picturaux » et qui les accroche quasiment sous forme de tableaux… fixes mais mouvants, immobiles mais vivants).

Seulement, avec Oli, nous avons été terriblement frustrés et déçus (surtout moi) de ne pas avoir plus d’explication sur les oeuvres, les artistes et leurs parrains. Tout l’intérêt de l’expo pour moi était de découvrir ces bourgeons d’artistes, et pour cela, je pensais que quelques lignes situant la personne, son travail et l’oeuvre présentée étaient assez essentielles à la pédagogie de l’expo. Ce n’est pas comme si on allait dans une galerie, mais bien dans une exposition ouverte au public, et dans le but d’ouvrir l’esprit des gens à l’art contemporain ( ?). Le second intérêt, complètement lié à la Fondation Cartier, était le lien avec les parrains qui sont des « amis » de la Fondation, et donc quelques mots sur la relation artistique entre les deux protagonistes aurait aussi été d’un intérêt certain.

Eh bien : que dalle ! Les oeuvres étaient posées, nous avions seulement les noms des artistes et leurs parrains, ainsi que leurs dates de naissance et pays d’origine. Alors pour certains, les oeuvres parlaient d’elles-mêmes, et pour d’autres je suppose même que les artistes n’auraient pas voulu de « sous-titre », mais j’aurais préféré qu’on le précise plutôt que de se retrouver comme un idiot devant une oeuvre dont on ne saisit pas le sens, ni l’essence. Quel dommage ! Je ne suis pas un professionnel de l’art contemporain, et j’aurais adoré qu’on m’en dise juste quelques mots pour m’éclairer, ou me confirmer que c’est bien avec mon seul arbitre que je devais voir cela. Car, je suis bien persuadé d’être passé à côté de certains travaux qui auraient retenu beaucoup plus mon attention et mon admiration si j’avais été un peu plus au fait des intentions de l’artiste. Pour moi l’art contemporain est parfois indissociable d’un message clairement formulé de la part de son auteur, sinon certaines oeuvres me paraissent bidon et perdent parfois toute crédibilité artistique (pour moi).

On aurait pu se dire qu’en effet, les oeuvres ne devaient requérir que mon jugement instinctif et personnel, mais nous avons feuilleté le catalogue à la fin de l’expo. Ce catalogue est justement la réponse à toutes nos interrogations, en quelques lignes sont résumés les objectifs et motivations des jeunes artistes, les rencontres avec les parrains, et les différentes voies d’investigation artistique qui les ont mené à l’exposition. Exactement ce qui aurait du être inscrit à côté de chaque oeuvre, afin qu’on puisse après s’être fait une première idée, une première impression, lire et comprendre un peu mieux ce qui était présenté. Si c’était écrit dans le catalogue, c’est bien que ça a une certaine utilité et validité, donc je ne comprends pas pourquoi les visiteurs en sont ainsi privés, et je trouve que cela grève énormément l’intérêt global de l’exposition.

Malgré ces désagréments, il s’agit d’une très belle exposition, et qui donne une bonne idée du foisonnement d’idées et d’innovations qui animent la jeune création artistique contemporaine. J’ai vraiment bien accroché sur quelques artistes qui auront j’espère leurs propres expositions prochainement.

J\'en rêve - Fondation Cartier

  • Outside
Tare Panda

Publié le Lundi 16 Août 2004 - 15:42
Catégorie: Outside

Je ne suis pas un grand fan d’animé ou de manga, ou du moins pas comme beaucoup de gars que je connais qui dépensent des sommes folles en vidéos importées, en figurines en tout genre, ou simplement se passionnent pour cette culture artistique nipponne si particulière. Malgré tout, j’aime beaucoup regarder ces dessins animés de mon enfance ou adolescence, et j’adore carrément pour certaines séries que je trouve universelles et intemporelles comme les Merveilleuses Cités d’Or (mais je dis ça peut-être parce que j’ai connu cela enfant). Ensuite, des oeuvres comme Ghost in the Shell, Akira ou le Voyage de Chihiro sont de telles réussites à la fois graphiques et scénaristiques, qu’on ne peut pas nier leur richesse culturelle et artistique.

Il y a deux ans, j’avais vu une expo absolument géniale à la Fondation Cartier (dans le 14e à Paris) : « Coloriage ». Et j’avais été sensible à cette manière de distinguer le Japon en terme d’art ou de culture : « un pays qui ne fait pas de distinction entre culture et subculture ». L’exposition reprenait donc tous les éléments de cette culture manga : dessins animés, personnages, avec des peintures saisissantes de beauté ou de follitude totale, des décors tout droit sortis d’un trip sous acide, des personnages (de Hello Kitty au Chevalier du Zodiaque) en peluche, métal, plastique, et des présentations des grandes figures de ce monde parallèle (Takeshi Kitano notamment).

Tare Panda en action !!Mais un truc nous avait incroyablement accroché avec M., il s’agissait d’un personnage apparemment hyprapopulaire là-bas, mais que nous ne connaissons pas du tout ici : le Tare Panda. C’est donc l’animal, le panda, le plus mignon et cool de la terre. Ce personnage est complètement peace et placide, il ne fait que dormir et rouler sur lui-même jusqu’à revenir à sa place initiale.

Il était présenté à l’expo en peluche bien sûr, mais aussi dans toutes les déclinaisons imaginables en fournitures scolaires, vêtements et aussi DVD avec des films qui durent des heures, et ne font que faire évoluer des Tare Panda. Ils sont plusieurs, les uns sur les autres, dans un monde qui se morphe et évolue, avec d’autres pandas qui débarquent tous aussi flegmatiques, inébranlables et tranquilles. On était resté bloqué devant ces films complètement hypnotiques, mais diablement déstressants. D’ailleurs, il était écrit que ces films et ce personnage servaient à des programmes nippons de relaxation de cadres surmenés.

J’y ai récemment repensé en tombant par hasard sur une de ses représentations sur un site nippon.

Voilà histoire de ne pas non plus focaliser sur ces oufs de japonais, qui pètent aussi souvent les plombs dans d’autres domaines [Via Laurent]. Quoique pour avoir créé le Tare Panda (qui porte bien son nom), il faut être un peu ouf aussi ! :mrgreen:

Tare Panda