2 articles tagués avec “Grégoire Leprince-Ringuet”

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Les neiges du Kilimandjaro

Publié le Samedi 18 Février 2012 - 22:06
Catégorie: Cinéphage

Cela faisait longtemps que je n’avais pas vu un bon film français, et ça fait du bien !! Pourtant j’ai eu très peur en allant le voir, je redoutais le film cégétiste sans nuance, mais j’ai bien fait de faire confiance à Robert Guédiguian qui a plus d’un tour dans son sac. Tout est surtout dans l’écriture pour ce film, et elle est particulièrement ciselée et sagace. L’oeuvre en fin de compte est tout en finesse, à la fois intelligente et sensible, politique et donnant à réfléchir.

On retrouve bien évidemment le contexte cher à Guediguian avec Marseille et ses docks, mais aussi la merveilleuse Ariane Ascaride. C’est une comédienne que j’aime vraiment beaucoup, et il se trouve qu’elle est radieuse et incroyable dans ce film. Son mari, Jean-Pierre Darroussin, est syndicaliste et transige avec la direction pour éviter que la boite coule. En gros, on tire au sort les ouvriers qui seront licenciés. Finalement Jean-Pierre Darroussin et quelques autres, dont Grégoire Leprince-Ringuet, sont virés. Un soir que le couple Darroussin-Ascaride jouent aux cartes avec leurs amis, Gérard Meylan et Marilyne Canto, ils se font sauvagement agresser par des jeunes cagoulés qui volent l’argent du cadeau d’anniversaire de mariage. Le plus choquant c’est quand Darroussin réalise que le vol a été orchestré par un des jeunes licenciés avec lui : Grégoire Leprince-Ringuet. Du coup ce dernier se retrouve en taule, mais Darroussin et Ascaride voulant comprendre pourquoi il a fait cela vont découvrir des choses qui vont bouleverser leurs repères.

Le film est passionnant et je comprends (et accepte) qu’on le rapproche d’un Ken Loach à la française, car c’est exactement cela. Non seulement Guédiguian dépeint une veine syndicale au plus juste dans ses combats mais aussi dans ses faiblesses et mesquineries, mais en plus il nous montre ce couple qui apparaît honnête et droits dans leurs bottes. Et ils découvrent et réalisent qu’ils sont devenus quelque part aussi de petits bourgeois. Là où le film est particulièrement brillant, émouvant et cinglant c’est dans sa justesse et sa perspicacité, et au final on parvient à comprendre les motivations de chacun. Tout n’est pas tout blanc, tout n’est pas tout noir, et chacun ressort avec son honneur, sa droiture morale mais aussi ses torts et son individuelle cruauté. Pour la petite touche romanesque et optimiste, le couple continue dans leur altruisme et véritable amour de leur prochain, ce qui est salutaire après un film qui est bien assez socialement remuant.

C’est fou d’avoir réussi à écrire un scénario et des dialogues, et de donner à voir une oeuvre aussi riche et composée, aussi intelligente et éclairante sur notre société. Si j’y ai été autant sensible c’est évidemment lié à mon histoire personnelle, et j’ai été rassuré de constater que ma vision des choses est au moins là clairement et explicitement représentée. Je pense que je devrais m’en procurer le DVD et faire le tour de ma famille (surtout) et amis avec !! J’imagine que cela ne parlera pas autant à des gens qui sont loin de ces milieux ouvriers, syndicaux et plus globalement modestes, mais pour moi c’est pile ce qui m’a parlé et touché (et ce que je connais).

Les neiges du Kilimandjaro

  • Cinéphage
Les Chansons d’amour

Publié le Dimanche 27 Mai 2007 - 23:40
Catégorie: Cinéphage

Christophe Honoré est un putain de bon réalisateur, et il le prouve encore dans ce film. Car non seulement il sert une très fine et remarquable comédie musicale, mais en plus il affirme encore ses talents de cinéaste, avec une photo superbe, des plans (des visages, des corps, des « liens » entres gens) et des mouvements de caméras très expressifs.

Autre chose aussi, comme dans « Dans Paris » il choisit de montrer le « vrai » Paris, pas celui des cartes postales et des grands monuments, pas celui des rues proprettes et ensoleillées. Non là, il n’est plus dans le 15ème arrondissement, mais dans le 10ème et le 11ème (Et comme certains l’ont remarqué, MA grisette est même au générique, yeaaaah !), donc j’ai été encore plus sensible à sa manière de saisir ces quartiers qui me sont si familiers, et c’est une sacrée réussite.

Par contre, il faut se rendre à l’évidence, et je n’attendais pas vraiment autre chose de sa part, c’est un film de bobo avec un scénario bobo et des personnages bobos, dans des quartiers bobos. Si à la base, c’est un truc qu’on ne peut pas supporter, autant ne pas se forcer à le regarder. Mais en se distanciant un peu de cela, on peut pleinement profiter d’une belle histoire, servie par une poignée de chansons de très bonne qualité, et surtout des interprètes, comédiens, comédiennes qui relèvent le défi avec brio.

Il y a trois partie dans cette comédie musicale, qui sent bon l’hommage à Jacques Demy, et c’est l’histoire (d’amour) d’un couple un peu atypique : Ismaël (Louis Garrel) et Julie (Ludivine Sagnier). On comprend rapidement dans la première partie que les deux héros pimentent leur relation amoureuse, en y incluant Alice, qui travaille avec Ismaël. Julie aime beaucoup Alice, mais Ismaël comment sérieusement à prendre ombrage de ce trio. Et là, arrive un drame : Julie décède d’une crise cardiaque brutale et inattendue. Ismaël gère alors son deuil, entre la famille de Julie qui tente de le soutenir, et une confusion des sentiments et d’orientation sexuelle qui prennent la forme d’un croquignolet lycéen breton (Grégoire Leprince-Ringuet, dont je me demande s’il est de la famille du scientifique).

Et au milieu de tout cela, des chansons, à la manière d’« On connait la chanson » qui illustrent certaines parties du film, et sont plus comme des dialogues chantés (vraiment à la manière de Demy). L’histoire prend justement un tour un peu moins niais que dans une comédie musicale (bobo), ou bien dans un « film français », par ce décès de Ludivine Sagnier, qui représente une rupture d’une brutalité assez inattendue dans la narration. Et on peut apprécier encore plus le jeu et l’aura de Louis Garrel, que j’aime décidément beaucoup.

Christophe Honoré en tout cas ne rechigne pas sur l’expression d’une liberté sexuelle tout à fait assumée, que ce soit les couples libres, les relations homos et la valse des choix qui s’offre à des gens ouverts d’esprit. En cela, le film est très rafraîchissant, et il ose avec beaucoup de candeur et d’espièglerie, et pas d’artifices ou de symbolique surpondérée comme chez Ozon. Il nous rajoute même deux petits marins, avec pompons règlementaires, véritable vision de « Pierre & Gilles » qui tombe comme ça en plein milieu d’un plan de rue banal.

C’est un film vraiment agréable à voir, et qui a le mérite de montrer Paris, tel qu’elle est vraiment. Il s’agit surtout d’une comédie musicale réussie tant pour son histoire (d’amour pour midinettes romanticôôônnes que nous sommes), que ses chansons, et avec en plus un souffle moderne indéniable dans son propos.

L’avis des copines : Niklas, Lieux Communs, Patrick, Demonz (avec quelques morceaux), Sébastien.

Les Chansons d