Salammbô
Derrière ce nom si beau et exotique se cache un roman de Flaubert que je viens de terminer. Eh oui, j’ai continué à quelque peu rattraper mes lacunes de lycée (je n’ai jamais rien lu de Gustave à l’école moi… Zola, Balzac, Stendhal oui). Et je continue donc tout logiquement à saluer l’écriture d’une beauté extraordinaire, et là en plus un récit d’une force inouïe. Alors parfois, il faut certes s’accrocher, et je me suis clairement emmerdé pendant des scènes de bataille un peu trop décrites et finalement brouillonnes (en tout cas, impossible à suivre…). Mais l’imaginaire de l’écrivain pour nous raconter les dessous de ces faits historiques (dont on ne connaît véritablement pas grand-chose) est stupéfiante de « réalisme » (du moins par rapport aux clichés que nous entretenons sur le sujet) et de crudité. D’ailleurs, je lisais que le bouquin a drôlement choqué lorsqu’il est sorti, ce qui ne m’étonne guère.
Salammbô c’est en fait la fille d’Hamilcar, et donc la soeur du futur Hannibal (c’est bien celui qui a traversé les Alpes avec des éléphants). Nous nous trouvons vers 241 avant JC, et le roman décrit toute la « guerre des mercenaires » qui a conclu la fin de la première guerre punique, donc entre Rome et Carthage. Les carthaginois utilisaient les services de guerriers venant de toute les continents pour faire leurs guerres, et les payaient donc une solde en conséquence. La première guerre punique les ayant laissé sur la paille, les notables de Carthage n’ont pas payé les mercenaires (lybiens, grecs, gaulois, ibères, numides etc.), et ces derniers se sont vengés en pillant la ville, puis en organisant la conquête des territoires voisins. Ils s’organisent autour d’un chef Mathô, d’un ancien esclave Spendius, et Autarite.
Tout commence donc à Carthage, et par la colère des mercenaires. Mathô rencontre alors Salammbô, et il pète un gros boulon en tombant tout de suite sous le charme de la chaste demoiselle. Cette dernière est complètement illuminée, et ne pense qu’à ses dévotions envers la déesse Tanit, et son voile sacré : le zaïmph. Les mercenaires s’organisent à l’extérieur de Carthage, et tandis qu’Hamilcar rentre chez lui pour démarrer son combat contre ses anciens soldats (car Hamilcar a combattu avec eux en tant que général pendant la guerre), Mathô qui veut conquérir Salammbô, s’introduit dans Carthage avec Spendius et vole le zaïmph.
Salammbô ira jusque le camp des mercenaires pour récupérer le voile sacré, et se confronter à Mathô. Mais entre temps, c’est un jeu de batailles et revanches entre les carthaginois et les mercenaires. Avec des trahisons, des sacrifices, des alliances et des complots, des ruses et des plans, les carthaginois sont au bord de la défaite, et Hamilcar reprend le dessus, avant de reperdre l’avantage. Bref, ce n’est pas une sinécure cette affaire !
Bon je ne vais pas faire non plus l’apologie du style ou de l’écriture de Flaubert, je ne crois pas qu’on m’ait attendu pour cela. Huhuhu. Mais je dois reconnaître que je suis surpris de reconnaître dans cet écrivain à la fois une qualité de langage absolument délectable, mais aussi un souffle résolument moderne et universel. En outre, comme je le disais plus haut, je comprends qu’il ait pu avoir des problèmes à l’époque, car c’est d’un trash parfois !!!! Mazette le mec, il n’y est pas allé avec le dos de la cuillère ! Y’a du sexe, du sang, des morts, des tortures, du cannibalisme, des sodomites (Siiiiiiiiiiii je vous jure, madame !!! Ah ne jurez pas, Marie-Thérèse !) etc.
Evidemment, il y a cette vision de Carthage qui est très barbare et cruelle, très « avant Jésus-Christ », et au final une vision moins exotique et romantique que celle des orientalistes de l’époque (alors là je dis peut-être une connerie, je ne suis même pas certain que ce soit vraiment la même période…), et certainement plus réaliste. En tout cas, je suis resté scotché par certaines scènes, autant dans les descriptions des ressentis de Mathô pour Salammbô… « Waaaah le mec ! » (En plus, je ne sais pas pourquoi, mais je le voyais particulièrement bien gaulé le Mathô !) Et puis, les attaques des uns contre les autres, les scènes de bataille ou de tuerie sont assez incroyables, et celles de cannibalisme insoutenables.
Voilà un bouquin qui même en tant que classique n’a vraiment rien perdu de sa superbe ou de son actualité. Malgré sa langue extrêmement soutenue, on peut le lire comme un bouquin d’aujourd’hui ce qui est parfois très troublant. Il est très facile de tester l’effet d’un tel bouquin pour moi. Dans le métro, je plongeais dans le livre, et je n’étais plus là, mon trajet d’une heure n’en durait que quelques minutes, et je n’avais dans la tête que les images, les odeurs et les sensations décrites dans le roman.
Bref, Flaubert c’est de la balle pour le moment. J’en lirais peut-être un autre un de ces quatre. Et si j’ai dit plein de bêtises, vous pouvez me corriger en commentaires. Et si vous êtes choqués parce que je parle de ce bouquin comme d’un autre (car j’ai reçu des mails d’insulte pour la manière dont je parle de Flaubert ou Zola, arf arf), bah c’est comme ça.












