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« Soirée Vengeance ! » au théâtre Pixel

Publié le Dimanche 18 Mai 2008 - 19:59
Catégorie: ThéâtrOpérage

Connaissant fort bien un des membres de la compagnie de l’Incartade, il me donne régulièrement des nouvelles sur les spectacles auxquels il participe. J’avais donc déjà vu au théâtre du Nord-Ouest « Les Visionnaires » et « Périclès », deux pièces qui m’avaient beaucoup plues. Et surtout j’avais été bluffé par le talent manifeste de certains comédiens et comédiennes. Jean-Patrick Vieu (celui que je connais) et Jonathan Hume (avec des faux-airs de Brad Pitt, et un côté fou assez incroyablement similaire à celui de Brad Pitt, justement, dans l’Armée des 12 singes !) notamment m’avaient carrément convaincu.

Cette « Soirée Vengeance ! » revêt un caractère bien moins classique et dans la ligne de ce que j’avais déjà vu d’eux. En effet, il s’agit d’un véritable spectacle qui vous met dans une ambiance morbide et angoissante, avec un enchaînement de deux pièces, l’une de 1912 et l’autre de 1957, qui ont pour point commun : la vengeance ! Ce n’est vraiment pas un spectacle théâtral banal ou déjà vu !

La première, « Le Baiser dans la Nuit » (mise en scène par Jonathan Hume), se passe dans une sorte de manoir, où un homme est dans un fauteuil, et est dos à la scène. On peut juste deviner son visage bandé, et on comprend rapidement qu’il a été vitriolé par son amante. Cette dernière est en procès au même moment, mais comme l’homme refuse de l’incriminer, elle s’en sort. Il souhaite alors la voir une dernière fois. Elle se présente à lui, et il se « révèle » alors à elle.

L’homme se montre de plus en plus au public, et on voit son visage qui a été complètement détruit par le vitriol. Arrrrggghh !! Ahhh mein gott, ce maquillage donne à JP Vieu une face absolument immonde. C’est la pièce qui m’a le plus plu, avec cette ambiance glauque et un texte extrêmement bien écrit. J’avoue que j’étais complètement dans le trip, et que le jeu extraordinaire de JP contribue beaucoup à la qualité de l’ensemble. Les moments où il décrit son visage et la texture de ses chairs, ses doigts qui vont dans ses orbites, qui touchent les os qui affleurent du visage… Bref, j’étais complètement dedans, et je compatissais avec la pauvre amante qui faisait face à cela.

J’ai regretté un début de pièce, par contre, un peu brouillon et qui a eu du mal à se « chauffer ». Les premiers échanges paraissaient criards et maladroits, certaines répliques poussées comme des gueulantes, alors qu’on pouvait attendre du texte des dialogues un peu plus posés. Mais une fois que la machine était lancée, alors le dialogue principal entre l’homme et son amante est devenu une belle démonstration de théâtre. De plus, c’est toujours agréable et surprenant de découvrir ainsi un texte de 1912, qui utilise donc un langage plus soutenu et construit qu’aujourd’hui, dont l’objectif est bien de faire peur et de provoquer angoisse et terreur.

« Soirée Vengeance ! » au théâtre Pixel - Le Baiser dans la Nuit

Entre les deux pièces, la troupe concocte un intermède qui vaut son pesant de cacahouètes… On ne sait plus à quelle sauce on va être mangé, mais on sait une chose : « Attention… ». Voilà un moyen original et très efficace pour mettre toute l’attention sur deux comédiennes inquiétantes qui parcourent la salle en remettant des couvertures de protections aux spectateurs. Et quelques minutes après, le décor a été entièrement changé sans même qu’on le réalise.

Le théâtre est alors prêt pour la seconde oeuvre : « La loterie de la Mort ». Nous sommes là dans un salon de coiffure de Senlis ! Eh bah voyons ! Le salon vient d’être repris par un coiffeur bien chelou, et son aide encore plus bizarre et taré. On réalise rapidement que les deux sortent justement de l’asile, et qu’ils ont une étrange connexion avec l’ancienne coiffeuse. Ils ont organisé une tombola, et les gagnants sont venus cherchés leur cadeau toute la journée. Ils attendent le dernier avec beaucoup d’impatience, tandis que certaines femmes sont à la recherche de leurs maris disparus…

Cette pièce était mise en scène par Jean-Patrick Vieu, et cette fois c’est Jonathan Hume que j’ai trouvé génial dans son rôle de fou. Encore une fois, on aurait dit Brad Pitt dans l’Armée des 12 singes !!! Le texte et l’intrigue sont moins originaux que pour « le Baiser », mais il y a là un côté plus cocasse et une bonne dose d’humour noir dans cette vengeance « saignante ».

On retrouve la même originalité dans la minutieuse construction d’une atmosphère glauque et morne, avec des personnages louches, et un garçon coiffeur qui ne quitte pas son coupe-choux. La tension monte peu à peu, à mesure surtout que l’intrigue se dévoile, et qu’on comprend l’inéluctable conclusion de ce drame. Les comédiens ont l’air de s’en donner à coeur joie, et la sauce prend très bien chez les spectateurs aussi. Ca va saigner à Senlis !!

« Soirée Vengeance ! » au théâtre Pixel - La loterie de la Mort

Les affiches originales des spectacles sont vraiment très belles, et très conformes à l’ambiance et aux scènes que vous pouvez vivre au théâtre du Pixel. C’était une très belle soirée et expérience que cette vengeance en deux parties, et surtout ça sort tellement de l’ordinaire. Allez donc voir Jean-Patrick Vieu jouer, il vaut le déplacement.

« Soirée Vengeance ! » au théâtre Pixel

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« Périclès » au théâtre du Nord-Ouest

Publié le Samedi 17 Novembre 2007 - 18:53
Catégorie: ThéâtrOpérage

Je ne suis pas un grand connaisseur des pièces de Shakespeare, et celle-ci est apparemment une des moins connues ! Mais le théâtre du Nord-Ouest organise justement depuis quelques temps une rétrospective de toute l’oeuvre de ce bon William, il est donc possible de faire connaissance avec absolument toutes ses créations.

La salle était déjà celle des « Visionnaires », cette immense scène toute noire, et qui a la curiosité de faire arriver le spectateur par la scène justement, avant de rejoindre les sièges. Le décor était quasiment inexistant à part quelques objets et trois bouts de ficelles. Mais la pièce ne manquait pas de bons comédiens et d’une mise en scène qui a su à la fois occuper l’espace, et donner au spectateur les clefs pour libérer son imagination.

Il n’y avait pas énormément de moyens, mais tout cela à largement été compensé en se servant du texte, car l’auteur lui-même introduit un narrateur qui a pour rôle de raconter l’histoire au spectateur. Ainsi on est accompagné tout au long du récit par Gower qui nous explique qui est qui, où se passe l’intrigue, et quelles péripéties arrivent à Périclès. Et c’est par quelques cordages et poulies, des bouts de bois ou un grand tapis, que sont figurés les bateaux, palais, tempêtes en mer ou autres lieux mythiques que le héros grec traverse.

En effet, nous suivons les aventures du prince Périclès qui désire dans un premier temps épouser la fille du roi Antiochus, mais qui est incestueux. Il visite ensuite le royaume de Simonide qui lui donne sa fille pour épouse, mais cette dernière meurt en donnant naissance à leur fille Marina. Il confie Marina à Cléon, dont il sauve la cité ravagée par la famine. Marina est à l’adolescence enlevée par des pirates…

Bref, il arrive à Périclès tout un tas d’aventures et un véritable voyage initiatique et odysséen pour retrouver ses proches, et mériter les lauriers de ses actes de bravoure et de loyauté.

Le point fort de la pièce réside dans le grand talent des comédiens pour s’emparer du texte, et le faire vivre avec une touchante modernité. Mais cette faculté n’est pas vraiment égale, certains déclamaient encore un peu trop à mon goût, alors que d’autres étaient totalement habités par le texte de Shakespeare. Il est parfois un peu difficile de passer outre les décors inexistants, et on peut avoir du mal à rentrer dans certaines scènes. De même que j’ai eu du mal avec des marins à l’accent marseillais prononcés dans ce cadre là, mais pourquoi pas…

Il y a toujours un élément qui me trouble dans les pièces de Shakespeare mais qui dénote vraiment de la réalité théâtrale de l’époque, c’est le mélange des genres. Nous sommes dans une « tragi-comédie romanesque et fabuleuse », et l’auteur ménage à la fois des scènes dramatiques et à l’intense émotion, mais aussi des bouffonneries pour alléger le tout, et des personnages caricaturaux qui ne sont là que pour faire rire d’eux-mêmes. Je sais que c’est dans la pièce, mais je ne peux m’empêcher de trouver cela diablement désuet, et finalement de « trop » (ça me fait la même chose pour « Roméo et Juliette » ou même pour « Le songe d’une nuit d’été »).

En tout cas, la pièce a duré un peu plus de deux heures, et on ne s’ennuie pas une seconde durant ce spectacle. Entre les combats, voyages, enlèvements, accouchement, morts violentes et réanimations miraculeuses, on ne peut pas dire qu’on trouve le temps long. Et le texte a cette troublante beauté que même les années (la pièce date de 1608) ou la traduction en gaulois ne vient entamer. Vraiment ces comédiens sont doués, et un tel altruisme sur scène ne peut que porter ses fruits.

« Périclès » au théâtre du Nord-Ouest

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« Les visionnaires » au théâtre du Nord-Ouest

Publié le Lundi 5 Mars 2007 - 10:18
Catégorie: ThéâtrOpérage

De retour au théâtre du Nord-Ouest, hé hé hé, mais dans la grande salle cette fois, et pour aller voir une curieuse pièce, peu connue, et en vers de 1637. Il s’agit d’une comédie de Jean Desmarets de Saint-Sorlin qui était conseiller de Louis XIII, et chouchou de Richelieu. « Curieuse » car on ne s’attend pas forcément à un texte aussi fluide et moderne alors qu’il est en vers et qu’il a 370 ans, mais force est de constater que cela passe incroyablement bien, dans le fond comme dans la forme.

L’histoire fait irrémédiablement penser à du Molière, et apparemment cette comédie a servi d’inspiration pour les « Femmes savantes ». On suit en 5 actes les péripéties d’un père qui veut marier ses trois filles. Or il finit par rencontrer quatre prétendants, et réalise avec effroi qu’il a dit aux quatre qu’il leur refourguait une des filles. Seulement ils sont tous plus fous les uns que les autres, et chez les filles et chez les garçons. Une des filles, Hespérie, est persuadée que tous les hommes tombent en pamoison pour ses exceptionnels yeux. Une autre, Mélisse, est amoureuse d’Alexandre de Grand après en avoir lu les hauts faits, et ne veut épouser que son équivalent. Et la troisième, Sestiane, ne jure que par le théâtre et la création littéraire. Du côté des prétendants, on a Artabaze, un capitaine qui a une curieuse phobie des rimes et des figures de style. Il y a aussi Amidor, un poète talentueux et très précieux. Phalante est un homme (sensé être) riche et le montre bien. Filidan est un jeune garçon complètement illuminé, à qui l’on décrit une beauté et qui y succombe par la simple poésie de l’évocation.

Tous ces personnages, avec en plus le père, Alcidon, et un parent de ce dernier, Lysandre (Rhaa Lovely !), se croisent et circulent avec beaucoup d’énergie et de mouvements sur une scène presque nue. On n’a pas vraiment de lieu pour l’intrigue, et il faut quelques temps pour bien comprendre comment l’intrigue se met en place, et de quel genre de pièce il s’agit. Les personnages évoluent sur la scène, se rencontrent, échangent des répliques, puis vont et viennent. Du coup les décors ou les situations ne sont pas vraiment formelles, mais l’histoire prend rapidement et intelligiblement forme.

C’est une comédie, et en effet, on rit de bon coeur à des personnages caricaturaux extrêmement drôles, et surtout à des saynètes cocasses et vraiment dans la veine de Molière. J’ai beaucoup aimé le texte et les vers de l’auteur, que je trouve très bien dosé entre des moments « faciles » et fluides, avec des rimes qui font facilement passer le dialogue, et d’autres moments plus élaborés, avec des passages au niveau de langage fleuri et joliment écrit. Encore une fois, il est assez dingue de constater à quel point ces comédies du 17ème passent très bien aujourd’hui. Il suffirait de peu pour adapter ces textes à notre époque, et la mise en scène enlevé donne un rythme très agréable à l’ensemble.

Il faut saluer les comédiens qui sont globalement vraiment bons, qui ont à la fois une excellente diction, et qui endossent bien leurs rôles. On sent qu’ils ont une maîtrise de leur texte quand on les écoute, et que les vers coulent naturellement. Il n’y a alors pas plus agréable musique pour l’oreille, avec une compréhension immédiate de la situation et des dialogues, qui sont alors très réalistes malgré une construction littéraire des moins spontanées. Ils rendent vivante, drolatique et actuelle cette ancienne comédie, et nous ont fait passer un très bon moment.

« Les visionnaires » au théâtre du Nord-Ouest