Chrono-minet (Isaac Asimov)

Dieu sait que je suis fan d’Isaac Asimov, et c’est bien en fan que j’ai apprécié ce recueil. Si ce n’est pas votre cas, vous pouvez sincèrement vous en passer… Hé hé hé. En effet, il s’agit de nouvelles de jeunesse du Maître, et elles sont surtout intéressantes pour qui connaît bien son oeuvre, et pourra ainsi y repérer les leitmotivs de l’auteur. Cela vaut aussi pour les textes introductifs d’Asimov lui-même. Il met ainsi en perspective et en contexte ses écrits qui forment un tout plutôt hétéroclite, mais pas dénué de charmes.

Les nouvelles ne sont pas toutes du pur genre SF de l’écrivain, mais font preuve de toute sa versatilité, et surtout son grand humour. On y trouve donc des farces, des satires fantaisistes, avec un ton léger et souvent très drolatique. On ne peut pas dire que ce sont les monuments inoubliables de sa gigantesque oeuvre littéraire, mais ça me fait toujours du bien de lire des textes que je ne connaissais pas de mon cher Isaac.

Chrono-minet (Isaac Asimov)

Histoires mystérieuses (Isaac Asimov)

Je continue ma lente mais régulière découverte de l’oeuvre du maître de la SF, et c’est en lisant sa bio que j’ai voulu jeter un coup d’oeil à ses nouvelles SF mâtinées d’intrigues policières. On en retrouve une bonne partie dans ce recueil « d’histoires mystérieuses ».

Asimov présente donc dans une poignée de nouvelles son Hercule Poirot. Il s’agit du Docteur Urth, un grand scientifique spécialiste des moeurs extraterrestres et, ironie du sort, un agoraphobe qui n’est jamais parti à plus de quelques kilomètres de sa maison. Ce dernier résout donc tous ses problèmes de son bureau, avec l’aide de son seul intellect et beaucoup d’espièglerie. On reconnaît bien là la patte de l’écrivain qui s’en donne à coeur joie dans le calembour et l’ironie, avec ce personnage qui lui ressemble finalement beaucoup, présomption et manque de modestie inclus !!

En revanche, même si le héros est plaisant (entre Poirot et Jessica Fletcher), les nouvelles ne sont pas ce qu’Asimov a pondu de mieux en terme de style ou littérature. Cela reste un bon divertissement pour le féru de SF en général, et d’Asimov en particulier. Chacun de ces épisodes est l’occasion de la résolution d’un crime qui démontre à quelle point l’imagination de l’auteur est galopante, intelligente et sans fin.

Histoires mystérieuses (Isaac Asimov)

Moi, Asimov (Isaac Asimov)

Isaac Asimov est un de mes écrivains de SF favoris, et je ne suis pas le seul vu qu’il est un des plus prolifiques et célèbres auteurs du monde entier. Cette autobiographie est une compilation de 166 chapitres (écrits à partir de 1977) qui parcourent toute la vie de l’auteur jusque quelques mois avant sa mort. Les thèmes sont déroulés les uns après les autres, de manière plus ou moins chronologique, et il pioche à droite et à gauche pour évoquer sa famille, sa vie amoureuse, universitaire ou professionnelle. Ses textes sont courts, faciles à lire, et terriblement drôles et intelligents. Je suis ressorti du bouquin encore plus admiratif et fan absolu de cet écrivain hors pair.

J’ai cité quatre passages du bouquin qui m’ont particulièrement marqué et parlé, notamment à propos de son rapport à la lecture, à l’écriture, à la religion, et à sa propre judéité. Mais le livre est une mine de réflexions et de pensées tout aussi passionnantes et pleines d’humour, d’ironie, de recul et d’une démonstration de sa philosophie de vie qui est une véritable inspiration pour moi. Il évoque donc tout autant son enfance en tant qu’émigré juif et la manière dont il a été élevé, ses rapports familiaux, et la manière dont il a peu à peu versé dans la littérature fantastique puis la Science-Fiction.

J’adore chez Isaac Asimov son incroyable auto-analyse, grande lucidité et clairvoyance sur ses actes, et son humour irrésistible qui lui permet de fréquemment s’en sortir par une pirouette ou une saillie acidulée. En outre, il est sincère dans ses écrits, et souvent très touchant, tout en s’affirmant régulièrement de manière tranchée et assumée, rarement en demi-teintes. Mais en plus de tout cela, il est le contraire de l’humilité, il est même d’une arrogance sans nom et se trouve manifestement intelligent et très doué. Ah ah. J’adore cela chez lui, car je le trouve tellement doué justement, que je lui pardonne aisément ce manque de modestie, et parce que c’est une attitude qui est surtout cocasse.

Grâce à mon père, je connais surtout les écrivains de SF de cette époque, et je n’aime quasiment que ces romans des années 50 à 70, avant l’ordinateur ou les réseaux, qui mettent la science en figure de proue et qui propose des univers qui parlent autant de sociétés extraterrestres que des nôtres. Du coup mes repères ce sont Clifford D. Simak, Robert Silverberg ou Arthur C. Clarke, et j’ai découvert avec grand intérêt la naissance de ce style SF, et la montée en puissance de ces stars de ce genre « mineur » (qui est bien « majeur » à mon avis). Ces passages me font penser un peu au bouquin « Les extraordinaires aventures de Kavalier & Clay » qui témoigne de l’émergence des comics à New York. Or Asimov est totalement contemporain de cela (et fervent new-yorkais), et toute la littérature SF est née de ces kyrielles de nouvelles (de plus ou moins bonne qualité) qui ont abreuvé les magazines de fans de l’époque.

Isaac Asimov raconte donc à la fois ses aventures dans la littérature, mais aussi en parallèle sa vie professionnelle qui est loin d’être calme, et qui fut essentielle pendant longtemps vu que les publications ne lui suffisaient pas pour subsister. Il explique aussi la genèse de certains des thèmes qu’il développe dans ses bouquins, et qui sont devenus des standards de la SF tels : la psychohistoire de la saga « Fondation » ou encore les célébrissimes règles de la robotique qui sont inscrites dans tout cerveau positronique qui se respecte. On découvre aussi une oeuvre prolifique à bien des égards, puisqu’il a non seulement pondu des myriades de nouvelles, de romans et d’anthologies, mais aussi des romans policiers, des limericks (petits poèmes humoristiques souvent graveleux ou anticléricaux) et surtout une considérable somme de vulgarisation scientifique pour enfants comme pour adultes.

Bref, ce type est un génie et je le révère complètement. D’ailleurs à tel point que je viens de réaliser que je n’ai pas écrit cet article au passé… C’est fou ça. Isaac Asimov est mort en 1992, mais je n’arrive pas à le mettre aux oubliettes. Je lis et relis depuis une quinzaine d’années ses livres, je complète peu à peu mes lectures d’ailleurs, et il est tellement actuel, tellement sagace et passionnant, qu’il est pour moi plus vivant que jamais. J’espère d’ailleurs que son oeuvre le laissera vivant dans l’esprit de ses lecteurs pendant encore des années !

Moi, Asimov (Isaac Asimov)

Les robots

De temps en temps, je n’ai plus rien à lire. Si si, dingue ! Et donc, je cherche un bouquin… Et ce sont toujours les mêmes qui reviennent à la charge, souvent ceux de la sélection déjà présentée, ou alors quelques bouquins fétiches qui représentent « plein de trucs » pour moi. « Les robots » fait donc parti de cette catégorie.

J’ai découvert Isaac Asimov par ce bouquin, c’est d’ailleurs un livre qui appartenait à mon père, et que je lui ai piqué alors qu’il jetait au détritus toute une partie de ses livres (l’autodafé est un phénomène que je ne supporte pas). La couverture m’avait attiré, et mon père m’avait déjà parlé avec beaucoup d’admiration dans la voix de cet auteur, l’auteur du fameux cycle « Fondation » (que je n’avais donc pas lu à l’époque). J’ai dévoré « les robots » en une soirée, et j’ai été marqué une bonne fois pour toute par cet auteur de génie. Les lois de la robotique, les cerveaux positroniques et la célèbrissime Susan Calvin ont depuis été mes fidèles compagnons. J’ai lu toute la série des robots, bien d’autres romans d’Asimov, et bien d’autres de SF (principalement américaine des années 50, ma préférée).

Ce roman est un recueil de nouvelles qui est en fait une compilation de souvenirs de Susan Calvin, qui a mené une longue carrière de Robopsychologue à l’US Robots. Nouvelles par nouvelles, ce sont des confidences qui sont relatées à un journaliste qui s’intéresse à l’histoire des robots, et comment tout a commencé. Des robots sans voix et massifs, aux super-cerveaux qui contrôlent l’économie ou bien même au très célèbre robot à l’apparence humaine qui devint président du monde, le docteur Calvin narre des anecdotes de sa longue expérience robotique. On y trouve avec plaisir les deux baroudeurs Mike Donovan et Greg Powel, qui se retrouvent toujours à essuyer les plâtres avec les nouvelles inventions de l’US Robots.

J’adore relire ce bouquin, parce qu’il me procure toujours les mêmes grisantes impressions. Un petit côté désuet très cocasse dans une description du futur et de la robotique qui est très décalée avec la réalité, mais qui reste bluffant pour le stupéfiant imaginaire cybernétique de l’auteur. Le film « I, Robot » (c’est le titre original du livre) a repris quelques traits de ce roman, mais surtout des autres livres du cycle des « Robots ». On y retrouve cependant le thème fondateur de ce cycle, un élément tellement important et sagace qu’il a même été récupéré par les scientifiques. En effet, Asimov a inventé les trois règles qui devraient régir un cerveau de machine, trois lois immuables qui imprègnent les cerveaux positroniques (là-encore une invention farfelue mais drôlement créative et inventive), des lois qui sont censées nous protéger d’un « complexe de Frankenstein ».

Première Loi : Un robot ne doit pas causer de tort à un humain ou, restant passif, laisser un humain subir un dommage.
Deuxième Loi : Un robot doit obéir aux ordres d’un humain, sauf si l’ordre donné peut conduire à enfreindre la Première Loi.
Troisième Loi : Un robot doit protéger sa propre existence aussi longtemps qu’une telle protection n’est pas en contradiction avec la Première Loi et/ou la Deuxième Loi.

Toutes les nouvelles sont alors construites sur la manière dont des robots plus ou moins perfectionnés assimilent et interprètent ces lois. Cela donne l’occasion d’histoires passionnantes de robots qui se prennent pour des prophètes, d’autres qui deviennent fous de ne plus savoir comment concilier les lois de la robotique, ou certains qui arrivent à les contourner à force d’interprétations détournées. En outre, l’écriture d’Asimov est à mon avis d’une très grande qualité, et il nous parle autant de notre société et civilisation, de nos moeurs et de nos ambiguïtés, qu’il nous projette dans ce futur anticipé.

J’aime beaucoup cette couverture (j’ai scanné mon bouquin) qui n’est plus vraiment d’actualité, mais qui sied parfaitement à mon édition « J’ai lu » imprimée en 1973 (l’édition originale date de 1950, et 1967 pour la traduction française). On imagine bien Susan Calvin, la froide et rigique robopsychologue, qui discute avec une machine et tente de percer son intellect positronique. C’est d’autant plus fascinant qu’Isaac Asimov (1920-1992) avait imaginé que cette dernière était née en 1982. Elle aurait donc déjà 26 ans cette année ! Cette interview se situe alors qu’elle a 75 ans, donc en 2057. Elle raconte comment en « 2008, elle obtint le diplôme de docteur en philosophie et fut engagée à l’United States Robots… ». Le premier robot qu’elle évoque est « Robbie », c’était une bonne d’enfant, en 1996…

Les robots, Isaac Asimov

Les courants de l’espace

Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu de SF, et ça commençait à me manquer. Mon problème dans ce domaine c’est que j’en suis féru, mais d’une frange bien particulière. En effet, je n’aime pas les récits modernes avec de l’informatique ou des histoires de web, et je n’aime pas non plus la « Fantasy », non ce qui me correspond le plus, ce sont les auteurs américains des années 50 à 70. Donc en figure de proue : Asimov, K. Dick, D. Simak, Silverberg, Herbert etc. J’aime les récits de voyages dans l’espace mais surtout d’histoires dans des mondes extraterrestres qui ne sont que des prétextes à des critiques sociales « actuelles ». « Actuelles » car souvent il s’agit d’une actualité des années où le livre a été écrit (évidemment), et il est extraordinaire de lire entre les lignes la peur de la bombe atomique des années 50 dans des récits qui sont censés se passer dans des milliers d’années ou sur d’autres planètes.

Asimov est mon chouchou car j’ai dévoré toutes ses histoires de Robots, et j’ai un penchant particulier pour la Psychohistoire (et le cycle Fondation, même si ça devient trop chiant à la fin à mon goût). Donc je fouillais la keufna à la recherche d’un p’tit roman que je n’avais pas encore lu, et je suis tombé sur celui-ci : Les courants de l’espace. Quelle heureuse surprise, je l’ai lu en quelques heures, et comme d’habitude Asimov a pondu là une petite merveille.

La planète Florina est un des joyaux de la galaxie. En effet c’est l’unique planète sur laquelle on peut cultiver le Kyrt. Cette cellulose a de remarquables propriétés quand elle est correctement travaillée, et peut autant servir pour le textile, que pour remplacer des métaux ou du verre dans d’autres usages. Le Kyrt est une ressource qui est rare et donc très chère et courue, essentielle à l’économie galactique. Du coup Florina est tombée il y a des centaines d’années sous le joug de la planète Sark. Les Sarkites exploitent donc le Kyrt et ont réduit les floriniens à l’état de travailleurs soumis et respectueux, en les élevant dans la peur et la servilité, comme des citoyens de basses castes. Il y a beaucoup de manoeuvres politiques pour tenter de s’emparer de cette planète, et Trantor notamment qui possède un empire qui fait la moitié de la galaxie est très intéressé…

Un jour un spatio-analyste découvre que Florina risque un grand danger, mais ce dernier se fait mystérieusement psychosonder et perd la mémoire. Il est abandonné sur Florina et ère comme un demeuré. Il est appelé Rik, et est recueilli par une jeune paysanne, Lona, et le Prud’homme du village (le chef). Mais au bout d’un an, tandis que l’univers est toujours à sa recherche, il recouvre peu à peu la mémoire.

Ce roman ferait un remarquable film, de par ses personnages, sa construction et sa puissance narrative. Asimov est reconnaissable tant dans la structure de son récit que dans ce qu’il raconte. L’intrigue est passionnante et il est difficile de refermer le bouquin (pour aller au boulot, trop dur !) comme ça. Surtout, on lit clairement entre les lignes sa dénonciation du racisme (la complexion des indigènes est en question) mais aussi plus largement de la colonisation et de l’exploitation des ressources d’autrui… En plus des tractations politiques et machinations diplomatiques à l’échelle galactique qui ressemblent à s’y méprendre à nos propres défenses d’intérêt et machiavélismes économiques internationaux. (Putain, j’ai fait une sacrée phrase là !) Quand on réalise que c’est un bouquin de 1952…

Mais surtout ce qui m’a frappé c’est la ressemblance entre l’univers décrit par Asimov, avec notamment la dépendance économique de Florina, et celui de Dune et de l’Epice dans le roman de Frank Herbert. Même si l’usage n’est pas le même, et que le roman d’Herbert a une portée bien plus importante (une drogue qui ouvre à la prescience, et au final permet à ses junkies de voyager sans se déplacer… ça de la trouvaille !), on retrouve de frappantes similitudes. Et rajoutez à cela un petit côté « Total Recall » avec cette histoire de psychosonde qui efface la mémoire, mémoire qui revient peu à peu.

J’ai pensé que je n’étais pas le seul à avoir pensé à cela, et en cherchant un peu (kyrt+spice) je n’ai finalement trouvé qu’une occurrence à ce passionnant sujet ! (Honteuuuuuux ! Et par contre, je suis le premier français !) Mais c’est assez drôle, car on en dit finalement la même chose.

Kyrt, seemingly a very special kind of cotton, is important because it can replace anything, glass, metal plastic, given proper processing. Sounds much like Frank Herbert’s « Dune », the difference being that « Kyrt » is not needed for space travel, unlike the « Spice ». Still, everyone wants to have it for its versatility.

Et un type lui répond :

Sounds like a cross between Dune and Total Recall.

Et le premier précise, ce qui m’intéresse aussi, que :

Yeah, it does. Let’s see which one’s older.
« The Currents of Space » (Isaac Asimov) – 1952
« Dune » (Frank Herbert) – 1963
« Total Recall » (Philipp K. Dick) – 1966
(the original story is « We can remember it for you wholesale »)

Conclusion : Isaac t’as trop déchiré ta mère sur ce coup là encore.

En tout cas, plonger dans ce roman, et la tête dans les étoiles, m’a donné envie de relire de la SF. Il ne s’agit vraiment pas d’une littérature mineure pour moi, mais alors vraiment pas.

Isaac Asimov - Les courants de l'espace

I, Robot

C’est marrant car le film porte le nom du premier recueil d’Isaac Asimov consacré aux robots et à l’histoire de la robotique. Il s’agit une grande saga qui est sensée raconter l’évolution des androïdes dans notre société anticipée de quelques dizaines voire centaines d’années. Or, pour moi ce film est plutôt un assemblage assez bien ficelé de plusieurs scénarii de nouvelles ou romans du maître de la SF, ainsi on retrouve le robot Elvex de la nouvelle du recueil « Le robot qui rêvait » qui se retrouve là le protagoniste cybernétique vedette. L’histoire, elle, me fait pas mal penser à deux romans avec les mêmes héros. Il s’agit de : « Les cavernes d’acier » où un policier robophobe doit s’associer avec un androïde pour enquêter, et « Face aux feux du soleil » où nos deux héros partenaires (et à présent amis) enquêtent sur un assassinat sur une planète aux moeurs particulières. Un crime étrange car le principal suspect est un robot !

Voilà donc ce qui m’est venu en terme de rapprochement avec Asimov quand j’ai vu « I, Robot ». Et j’ai trouvé que l’intrigue en terme de « robotique asimovienne » était plutôt bien menée et habilement alambiquée. Oui, c’est plutôt réussi de ce côté-là. Nous sommes donc en 2035, et les robots de la USR (US Robotics) sont omniprésents, et en phase de prendre encore plus d’importance dans la société avec le lancement des nouveaux NS-5 hyper perfectionnés. Un professeur de la firme (fondateur d’USR) se suicide mystérieusement en semant quelques preuves pour un flic qu’il connaissait pour lui avoir sauvé la vie, Will Smith évidemment ! Ce dernier enquête car il trouve cette mort suspecte, et avec l’aide de la Robopsychologue Susan Calvin (personnage d’Asimov omniprésente dans la saga littéraire), il débusque un robot qui parait être le suspect idéal. On découvre vite que ce robot n’est pas comme les autres, il a l’air d’avoir des émotions qui lui permettent d’échapper aux règles de la robotique qui doivent régir chaque robot.

Mais l’histoire n’est pas aussi simple que cela, et d’autres rebondissements viennent rendre le tout plus intéressant. Car j’ai vraiment été outré pendant la première heure du film, tant j’ai trouvé que le scénario était basique, mais surtout que la réalisation et le jeu des acteurs étaient plutôt merdiques.

Evidemment les effets spéciaux sont incroyables, il n’y a rien à dire à ce sujet, sinon : « Waow ». Mais alors Will Smith est encore engoncé dans un rôle à la « Independance Day ». A se demander si ce n’est pas lui qui décrédibilise complètement la narration (?). Il joue le personnage du flic indépendant et sur la sellette qui hait les robots, et surtout le black qui se la joue avec des blagues à deux balles, dragouillent les minettes et est trooooop cool. Bref, ils nous l’ont quasiment joué film ethnique avec un Will Smith qu’on voit sous la douche comme un rugbyman du Stade Français et qui fanfaronne pendant tout le film. Tellement « Wild wild west », tellement « Men in black »… pouaaah. Rajoutez à cela sa grand-mère qui lui prépare des tartes et qui lui fout une beigne quand il jure etc. Et puis aussi la pub pour ses « Converses année 2004 » (si si, ils ont osé), je n’avais jamais vu des plans publicitaires pareils pour des pompes. Et puis, mais là on a plus l’habitude, les plans langoureux et surenjolivés de l’Audi futuriste avec les logos ça et là… Pffff.

Ils ne sont pas trop pris la tête pour les décors et le ton général, puisque c’est entendu depuis quelques temps, le futur ressemble à « Minority Reports ». Voilà, c’est identique, mêmes bâtiments, voitures, couleurs, ambiances…

Sinon le volet « divertissement » du film est évidemment le plus fourni et vraiment réussi. On ne s’ennuie pas une seconde, les animations des robots sont impeccables, et le personnage de Sonny (le robot qui rêve) est assez dérangeant et attachant à la fois. Ils ont vraiment soigné et réussi le design de ces robots qui ont l’air à la fois synthétiques et diablement humains ! Les divers rebondissements scénaristiques arrivent à point pour redonner un peu de punch à une intrigue qui paraissait un peu sclérosée, et on se prend à l’histoire et à ses circonvolutions métaphysiques. En effet, dans Asimov la philosophie des nouvelles repose souvent sur la manière dont, lors d’une situation donnée, un robot a interprété les lois de la robotique et a alors agi d’une manière qui a surpris les humains.

C’est simplement dommage qu’on en ait pas fait un film plus sérieux, plus SF en fait. On sent que tous les éléments sont là, les intrigues sont sympas, les personnages crédibles et un certain respect de l’esprit de l’auteur. Mais c’est comme si dans un si bel écrin on avait voulu faire rentrer toute cette sauce hollywoodienne qui finalement donne au film un côté lassant de déjà-vu et de moralisation outrancière.

I, Robot

La fin de l’éternité

J’aime beaucoup Isaac Asimov, et surtout ses bouquins sur les robots… ah le cerveau positronique et les lois de la robotiques, c’est vraiment génial. J’avais aussi à l’époque été très impressionné par l’idée de base de sa saga « Fondation ». Il créait ainsi une science, la psychohistoire, qui a l’aide d’ordinateurs très puissants et de lois statistiques basées sur des études sociologiques, permettaient de prévoir l’évolution des sociétés selon des probabilités connues. Cette connaissance presque divinatoire avait alors permis à l’humanité de contrôler un peu mieux sa destinée, et ainsi éviter le chaos. Dans ce bouquin, Asimov a écrit finalement le prologue de Fondation. Il s’agit d’un roman basé sur une nouvelle que j’ai lu, il y a quelques années, et qui m’avait beaucoup plu. La structure du roman en fait un ouvrage beaucoup plus conséquent mais surtout doté d’une intrigue plus riche et alambiquée (mais incroyablement plaisante à lire).

L’histoire repose sur le fait que l’homme dès le 27ème siècle a découvert le moyen de voyager dans le temps, au moyen de champs temporels qui lui permettent de se soustraire aux époques et de créer des couloirs qui relient les périodes historiques aux autres. Cette zone de communication entre les âges, c’est l’Eternité. Dès lors, les hommes ont utilisé ce moyen pour faire du commerce entre les époques. Faire venir des denrées, des minerais, des technologies etc. L’Eternité est dirigée par les éternels qui sont des hommes soustraits de toutes les époques et formés à une fonction dédiée. L’Eternité en étudiant le fonctionnement du temps a commencé à agir en étudiant les probabilités et en remarquant que les changements effectués en amont avaient des répercussions sur le futur, et qu’ainsi la réalité était altérée. De ce fait, les éternels ont commencé à changer la réalité pour apporter un bonheur optimum à l’humanité. Statistiquement une modification à l’instant t a un effet qui s’estompe avec le temps, comme si la réalité tendait à revenir à son état initial. Les éternels agissent donc parfois de manières complètement infimes (changer un objet de place) mais dont les conséquences (une personne ne retrouve pas un objet ou bien trop tard par rapport à ce qui aurait du arriver) changent le devenir du monde et évite une période de chaos.

Voilà la trame de fond, et ensuite le bouquin expose une intrigue géniale où il est question de l’origine de la trouvaille des mécanismes de l’Eternité, d’un technicien (celui qui va dans le temps pour changer des choses précises) et d’une galerie de personnages très bien sentie. Asimov a ce talent à la fois, pour décrire les situations sociales, mais aussi pour ne pas se perdre dans des conjectures scientifiques ineptes. L’intrigue amoureuse est aussi bien traitée et écrite que les explications scientifiques et l’aventure en elle-même. En outre, je lui trouve un style excellent, très SF américaine des années 50/60 (donc je me délecte particulièrement). Je me suis régalé en lisant ce bouquin qui nous emporte dans une histoire fantastique mais dont les racines sont contemporaines. Asimov utilise souvent ce genre de ficelles qui permet de donner plus d’authenticité à ses récits. Le tout est une version vraiment complète et aboutie de la nouvelle, c’est brillamment écrit et surtout, le voyage onirique est assuré !

La fin de l'eternite - Isaac Asimov