2 articles tagués avec “Isabelle Huppert”

  • Cinéphage
Copacabana

Publié le Mardi 7 Septembre 2010 - 0:23
Catégorie: Cinéphage

Voilà un bon petit film français, assez charmant et léger, et qui n’a pas dû faire des milliers d’entrées mais qui méritait certainement un peu plus d’attention. Malgré quelques maladresses et une fin catastrophique, j’ai adoré voir Isabelle Huppert dans un rôle à contre-emploi et semblant s’y donner à cœur joie. D’ailleurs il vaut mieux aimer Isabelle Huppert puisqu’elle est le personnage principal, et qu’on la voit à peu près sur tous les plans, son charisme aussi porte une grande partie du film, et en fait sa plus belle qualité.

Babou (Isabelle Huppert) est une femme fantasque et qui se laisse un peu vivre, bohème et poète, baroudeuse et à moitié hippie, ce qui n’est pas pour plaire à sa fille Esmeralda (jouée par la fille d’Isabelle Huppert, Lolita Chammah) qui a honte de sa mère. D’ailleurs elle ne veut pas qu’elle vienne à son mariage qui va avoir lieu prochainement, et préfère la présence de sa belle-famille. Babou veut démontrer à sa fille qu’elle peut s’en tirer et surtout lui offrir un beau cadeau de mariage. Elle se retrouve embarquée à Ostende à vendre en multipropriété des appartements de cette ville balnéaire belge dans une ambiance “très au nord”.

Le film est souvent très drôle, et présente une kyrielle de personnages secondaires tragicomiques. Il se regarde bien parce que l’on ne sait pas où le réalisateur va nous mener, mais que le chemin est tout à fait agréable et original. Le personnage de Babou donne toute son énergie au film, et oriente parfaitement le ton des différentes scènes, humoristiques ou alternativement plutôt amères. On en profite pour voir, avec une certaine authenticité, les scandaleuses méthodes de vente de ces appartements, et dans une ville d’Ostende bien froide et morne. Mais c’est ce personnage central qui attire et émerveille, et agace aussi un peu de temps en temps. Elle aide un couple de jeunes paumés, elle martyrise sa collègue, elle fait tourner en bourrique un brave docker qui s’amourache d’elle, et elle devient surtout étonnamment la championne des rabatteuses de prospects !!!

Le problème avec ce film, c’est qu’en dehors du charisme d’Huppert, cela ne va pas beaucoup plus loin. Et quand je disais qu’on ne savait pas où cela menait, eh bien au bout d’un moment on aurait eu envie d’une conclusion un peu plus subtile. Je ne vais pas raconter la fin, mais elle est juste lamentable et d’une déconcertante facilité, un peu comme si l’auteur n’avait vraiment pas su comment ficeler son œuvre. Du coup, on a plus l’impression d’un court métrage qui aurait été délayé pour en faire un film, mais qui manque un peu de substance, de souffle et d’imagination.

Malgré tout, j’ai passé un bon moment, et voir Huppert dans un rôle inhabituel, loin des bourgeoises frigides et psychopathes, était une belle surprise. Elle est souriante et ouverte, elle est une mère maladroite mais émouvante, et la comédienne est encore une fois crédible… Elle sait vraiment tout faire, c’est dingue.

L’avis des copines : Julien, Philoo, Patrick.

Copacabana

  • ThéâtrOpérage
Le Dieu du carnage au « théâtre Antoine »

Publié le Vendredi 15 Février 2008 - 23:26
Catégorie: ThéâtrOpérage

Evidemment quand Isabelle Huppert est sur scène, il ne faut pas la rater. Mais quand c’est en plus, Yasmina Reza qui a écrit le texte et met en scène, alors c’est un spectacle indispensable ! Et en effet, cette pièce m’a énormément plu. Nous avons d’ailleurs tous (nous étions 4) passé un excellent moment.

Nous sommes dans un appartement bobo classique avec table basse, canapé, bouquins en évidence et oeuvres d’art douteuses… Un élément de décor assez troublant tout de même : le fond de la scène est un mur fissuré qui augure bien des événements à venir. Les hôtes, Véronique (Isabelle Huppert) et Michel (André Marcon), reçoivent le couple Annette (Valérie Bonneton) et Alain (Eric Elmosnino). Le fils du premier couple, Bruno, a en effet été sévèrement agressé par le fils du second, Ferdinand, à l’aide d’un bâton. D’abord c’est en toute ouverture, cordialité et maturité que ces deux couples d’adultes se parlent, mais rapidement, devant les avis discordants des uns et des autres, on sent quelques tensions. Les tensions évoluent exponentiellement vers des joutes verbales cocasses et grinçantes qui remettent en question bien des comportements, loin de ceux de leurs gamins, et soulèvent bien des dysfonctionnements.

Ah là là, on ressent Reza dans chaque trait, chaque tirade, chaque bon mot qui fait rire ou sourire, et qui caricature le bobo parisien avec un brio épatant. Elle nous sert encore un texte d’une grande qualité et virtuosité verbale, avec des répliques qui fusent, et des situations qui s’exacerbent jusqu’à la cassure complète. Les couples se disloquent, se rabibochent, se dénoncent, se lient et se nuisent tour à tour. Et cette bagarre entre les gamins qui n’est jamais vraiment résolue ou élucidée, devient au final un prétexte à cette stridente et stressante rencontre.

Les comédiens et comédiennes sont fabuleux, mais vraiment c’est Isabelle Huppert et Eric Elmosnino qui tirent la couverture. Car non seulement leurs personnages sont irrésistibles et les plus drôles, mais les acteurs ont l’air de prendre un plaisir fou à incarner ces parents psychopathes tous les deux à leur manière. Lui, l’avocat d’affaire sans discernement, qui est pendu au téléphone toutes les 5 minutes, et qui regarde de haut l’autre couple. Et elle qui se prend pour une auteure de talent et une femme battante, en même temps qu’elle simule l’empathie pour les parents du petit criminel, et qu’elle cherche plutôt à les culpabiliser pour mieux les dominer. Oh oh quelle rencontre !! Ajoutez à cela l’autre femme qui fait du reflux gastrique, jusqu’à même vomir en direct sur scène !!!!

Un des éléments les plus les plus saillants et intéressants de la pièce a été pour moi sans conteste la manière dont l’auteure a fait évolué ses personnages, et les alliances entre les uns et les autres. Il y a une dynamique incroyable dans l’image qu’on peut avoir des personnages. De minute en minute, les méchants deviennent gentils, ou pathétiques, puis revirent machiavéliques et soudain fragiles… Les échanges verbaux se font comme les vases communiquants de toutes les passions humaines. Les masques tombent, et les personnalités se révèlent bien plus complexes et moins policées qu’elle n’étaient apparues lors des premiers échanges de courtoisie. Cette évolution se fait tout en douceur et en subtilité, portée par des dialogues bien ciselés, et avec cette patte « Reza » qui sonne si juste et qui fait mouche sans coup férir.

Isabelle Huppert n’était pas forcément dans un de ses rôles classiques de froide caractérielle, même si son personnage revêtait quelques uns de ces attributs, mais a fait montre de beaucoup d’humour, d’hystérie et de « composition » (d’ailleurs elle s’est toute raidie et refroidie pour les saluts de la fin). La mise en scène est plutôt classique, mais efficace et elle remplit bien sa mission. Même si j’ai encensé le texte, ce n’est pas non plus la dimension de « Art » ou des « Trois versions de la vie », mais je ne crois pas qu’il y ait beaucoup d’auteurs avec son talent pour ce type de pièce.

L’avis des copines : Colin Ducasse.

Le Dieu du carnage au « théâtre Antoine »