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La fille au pied de la croix

Publié le Dimanche 13 Janvier 2008 - 22:53
Catégorie: Boukinage

Jean-Christophe Duchon-Doris signe ce nouveau roman qui possède un souffle mystique très particulier, tout en conservant sa verve de détective des siècles passés. En effet, la fille au pied de la croix n’est autre que Marie-Madeleine qui aurait supplié un gradé romain, Longinus, de ne pas briser les membres de Jésus pour l’achever, car ce dernier était déjà mort. C’est alors que le fameux épisode de la lance aurait eu lieu (Longinus perce le flanc du Christ pour vérifier qu’il est bien mort), et le romain reçoit même du sang dans les yeux, ce qui a pour résultat de lui redonner une vue parfaite.

Jean-Christophe Duchon-Doris se sert de la légende des Saintes-Maries-de-la-Mer pour imaginer son roman et son intrigue. En effet, Marie-Madeleine, sa soeur Marthe, son frère Lazare, Marie Jacobé, soeur de la Vierge, et Marie Salomé, mère des apôtres Jacques et Jean, auraient peu après la mort du Christ débarqué en Camargue d’une embarcation qui venait de Judée. Ces premiers chrétiens ont laissé des reliques et des lieux de pèlerinage dans la région.

A partir de là, le roman se focalise sur la quête de Longinus. Il veut retrouver Marie-Madeleine et savoir ce qui est exactement arrivé à Jésus. Il a entendu parler de cette histoire de résurrection et il pense que le Christ n’était peut-être pas mort lorsqu’il lui a percé l’abdomen sur la croix. De plus, depuis cet épisode, il est fasciné par la sainte, et un peu amoureux aussi, et le miracle de sa vue recouvrée lui fait se poser beaucoup de questions. Il arrive donc vers les fosses mariennes (un canal dans le delta du Rhône), et commence son enquête pour essayer de débusquer Marie-Madeleine.

Nous voilà donc dans une quête à la fois policière et mystique. Pour le premier volet, pas de souci, l’auteur n’en est pas à son coup d’essai, et il démontre là encore son talent en émaillant intelligemment et avec érudition son récit de détails historiques, et d’anecdotes qui ancrent bien le lecteur dans cette époque antique. Nous sommes donc en pleine essor de la culture gallo-romaine, et on retrouve des tribus gauloises locales, ainsi que les premières villas et oppida. Longinus débarque donc clairement dans une région barbare et prend rapidement des risques en empruntant le delta du Rhône qui est aux mains de tous les brigands celtes du coin. Il rencontre des romains qui vont l’aider, comme le riche propriétaire terrien Aulius Annius Camars dont le nom donnera « Carmargue », et il raconte à tout ceux qu’il croise son étrange histoire et ce qu’il cherche.

On est bien là dans ce qui a fait le succès des oeuvres de Duchon-Doris, et d’autres écrivains qui puisent dans l’histoire pour créer des romans policiers originaux. Là où le roman est un peu plus délicat c’est bien évidemment dans la parabole biblique. En effet, au début du roman, j’ai cru qu’il allait traiter l’histoire d’un point de vue purement factuel, mais ce n’est pas le cas et la fin notamment est au contraire très métaphysique et religieuse. Du coup, cela m’a pas mal déçu. De même que j’ai eu l’impression que la question de la mort du Christ a finalement été évacuée sans qu’on n’y réponde.

Le roman terminé, j’étais encore sur ma faim, et j’ai eu l’impression d’un gros « Tout ça pour ça ? ». Pourtant j’ai bien aimé le roman, les facettes historiques et les petites anecdotes culturelles de l’époque, la manière dont l’auteur a réinterprété la légende des Saintes-Maries-de-la-Mer avec Longinus, et même les interrogations mystiques de ce dernier (notamment dans ce qui fait de Jésus un être à part, et qui a touché les gens). Mais en se raccrochant à une vision des faits très religieuse, je n’ai forcément pas été bien sensible à la chose… Donc c’est le gros bémol qui m’a déplu dans ce bouquin.

Malgré tout, il s’agit d’un roman qui a beaucoup de qualités, et notamment celle de nous faire imaginer le sud de la France des années 0 et quelques !! Il mêle avec subtilité dans toute la première partie les éléments historiques, les légendes et ce qu’a pu représenter à l’époque la crucifixion « d’un Jésus », en faisant même de Longinus du coup un de ses prosélytes (sans le vouloir). Mais cette fin vraiment… dommage.

Jean-Christophe Duchon-Doris - La fille au pied de la croix

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Le cuisinier de Talleyrand

Publié le Mercredi 14 Novembre 2007 - 22:30
Catégorie: Boukinage

J’avais d’abord lu un premier roman de Jean-Christophe Duchon-Duris qui a écrit quelques romans dans la pure veine de ceux de Jean-François Parot avec Nicolas Le Floch. Mais ce premier opus m’avait un peu déçu, alors que le second (poussé par l’auteur qui avait posté un commentaire) m’avait carrément conquis. Et là j’ai craqué pour ce « cuisinier de Talleyrand » qui ouvre peut-être une série pour un nouvel enquêteur « historique ». Nous ne sommes plus sous Louis XVI, mais quelques dizaines d’années plus tard, en 1814, alors que Napoléon a été vaincu et que les « Alliés » se repartagent l’Europe à Vienne.

Seulement c’est sans compter sur Talleyrand, ce grand homme politique français, aussi admirable que détestable, qui vient aussi à Vienne pour permettre à la France d’éviter les pots cassés. Il emmène avec lui tous ses atouts, même les plus informels, comme une nièce courtisane et incestueuse ou bien son cuisinier, le meilleur du monde, Antonin Carême. Or notre histoire commence par un meurtre, le meurtre du rôtisseur du célèbre cuisinier. Ce crime menace directement toutes les subtiles et délicates actions diplomatiques qui jouent le sort de l’Europe, et rejaillit aussi sur les complexes alliances et les services d’espionnage et de contre-espionnage de tous les états impliqués.

Talleyrand ne peut pas faire de vague, et il accepte donc qu’un détective autrichien, Vladeski, pénètre dans ses cuisines pour enquêter. Ce dernier va entrer dans le monde culinaire de Carême et ne va pas pouvoir résister au charme orphique de la cuisine française du Maître des Maîtres. En attendant, le mystère s’épaissit, on fouille le passé de Carême, et les tractations diplomatiques remettent plus de trouble encore sur l’affaire criminelle. Mais Vladeski tient bon, et il commence à cerner tous les personnages de cette fresque historique qui donne le vertige.

Ah Talleyrand, quelle bonne idée de l’inclure dans un roman comme cela, et surtout de m’enseigner par là même un pan de l’histoire que j’ignorais. Je n’avais en effet aucune idée qu’en 1814, les grands états qui s’étaient alliés contre Napoléon, s’étaient rassemblés au Congrès de Vienne, et y avaient décidé des frontières. En gros, ils se partageaient le gâteau, et la France n’aurait pas du y gagner grand-chose. En définitive, Talleyrand a été tellement habile diplomate qu’il a réussi à s’allier avec l’Autriche et le Royaume-Uni, contre la Prusse et la Russie, tout en défendant les « petits états » qui étaient les perdants de l’histoire. Et il a bien évité que la France perde quoi que ce soit dans lors du Congrès.

Talleyrand est certainement le plus grand retourneur de veste de l’histoire si l’on considère sa carrière :

Ainé d’une famille de la haute noblesse, boiteux, il est orienté vers la carrière ecclésiastique, où il devient prêtre puis évêque. Il abandonne le clergé pendant la Révolution et mène une vie laïque ; il ira jusqu’à se marier. Occupant des postes de pouvoir politique durant la majeure partie de sa vie, il est agent général du clergé sous l’Ancien Régime, député et ambassadeur pendant la Révolution française, ministre des Relations extérieures sous le Directoire, ministre des Affaires étrangères sous le Consulat, ministre des Affaires étrangères sous le Premier Empire, ambassadeur et président du Conseil des ministres sous la Restauration, ambassadeur sous la Monarchie de Juillet, et assiste à quatre couronnements.

Et l’extraordinaire talent de Jean-Christophe Duchon-Doris dans ce roman est de donner autant d’intérêt à l’intrigue policière qu’à la passionnante description des faits historiques et des personnages impliqués. Ainsi Talleyrand apparaît avec toute son intelligence et sa perfidie, et Antonin Carême, qui est vraiment un cuisinier qui a marqué son temps, y revêt le caractère fier et égotiste qu’on lui connaissait alors. Le bouquin est en outre encore très bien écrit, dans cette langue magnifique (et joliment désuète) du 19ème. Le rythme de l’intrigue est parfait, et malgré quelques incohérences ou petites « facilités », on accroche et adhère complètement au déroulement de l’enquête.

Le grand charme du bouquin réside aussi dans l’importance et la qualité des descriptions culinaires, qu’elles soient visuelles ou gustatives ou même tactiles, l’auteur a mis tout ses efforts pour véhiculer des expériences sensorielles que j’ai rarement lu aussi efficaces. On a faim tout le temps en lisant le roman ! Il s’agit vraiment là d’une grande réussite, un livre qui allie un intérêt culturel certain (et pour tous les publics), qui est bourré d’actions et de péripéties, d’une intrigue policière qui tient la route, et de personnages attachants. Vraiment pas mal du tout !

Le cuisinier de Talleyrand - Jean-Christophe Duchon-Doris

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L’embouchure du Mississipy

Publié le Vendredi 25 Novembre 2005 - 10:05
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Jean-Christophe Duchon-Doris m’ayant fait l’honneur d’un commentaire sur le post que j’avais consacré au premier roman de cette série des aventures de Guillaume de Lautaret, et m’ayant un peu tancé sur mes reproches en m’enjoignant de lire le bouquin suivant (sous-entendu : « Avant de faire mes remarques perfides ! » Arf !), je me suis exécuté. Je lui devais bien ça, bien surpris même qu’il ait commenté mon blog (merci google).

Comme pour le premier bouquin, je suis obligé de faire la comparaison avec son concurrent : Jean-François Parot et mon cher commissaire du Châtelet, Nicolas le Floch. Même si ce dernier évolue dans le Paris de Louis XVI (qui débute son règne, les premières aventures étant marquées du sceau de Louis XV) tandis que Guillaume de Lautaret est un sujet de Louis XIV (1701, fin de règne), on retrouve un environnement assez proche en termes culturels et sociaux, même si les faits et personnages historiques sont évidemment distincts. J’ai retrouvé les mêmes spécificités et différentiations entre les deux auteurs que ce que j’avais noté la dernière fois.

Jean-Baptiste Parot utilise ses personnages et ses intrigues comme des prétextes à raconter la grande et la petite histoire de cette frange de nos annales dont il doit être féru. Il évoque les endroits, les coutumes, les métiers, la cuisine, et bien des détails d’époque qui sont un bonheur à découvrir plus de deux cents ans après. Du coup, ses héros ne sont pas toujours très crédibles, et ses intrigues pas toujours bien ficelées. Mais le voyage dans le temps et le dépaysement sont extraordinaires, les personnages très attachants et savamment étudiés. Jean-Christophe Duchon-Doris me parait tout autant érudit sur son époque de prédilection, mais bien meilleur romancier et il use (et abuse parfois) d’une plume à l’aisance et au panache impressionnants. Il se concentre beaucoup plus sur ses personnages et sur l’histoire qu’il raconte. Il élude plus facilement les anecdotes du quotidien (et ne cite que celles qui servent au récit) mais se plait à raccrocher aux wagons de l’histoire les faits de sa propre fiction. Ainsi on pourrait croire que ses personnages ont existé, et cette impression est des plus grisante lors de la lecture. Outre cela, ses protagonistes ont aussi les défauts de l’époque (Guillaume ne s’empêche pas quelques aventures, fait donner la question, et torture les huguenots !) ce qui leur donne beaucoup d’authenticité (plus que le bourreau en chirurgien de Parot…). Il y a donc un côté un peu moins exotique et docte, mais un souffle romanesque manifestement palpitant et prenant.

Cette fois, le roman emporte tous les suffrages. C’est simplement brillant, et j’ai dévoré le livre.

Guillaume de Lautaret est revenu à Paris pour assumer une nouvelle charge, avec sa fiancée, Delphine d’Orbelet, et la mère de cette dernière. Pour des raisons obscures, l’attribution de sa charge est retardée, et la mère de Delphine ne tarde pas à être embastillée par lettre de cachet, sans aucun motif exprimé. Rapidement, Guillaume comprend que tout est lié au père de Delphine qui serait mort dans des circonstances étranges aux Amériques, lors d’une expédition qui visait à remonter le Mississipi. Tout s’enchaîne alors avec une sombre histoire de conquête territoriale entre la France et l’Angleterre, de concurrence entre les missionnaires jésuites et les Missions étrangères, de tentative des huguenots français de s’installer en Louisiane et des circonstances troubles de la mort de Cavelier de la Salle.

L’aventure est menée tambour battant de Versailles et ses corruptions, à Saint Domingue, ses flibustiers et ses bordels, jusque ce mystérieux fleuve et cette région dangereuse pleine de bêtes sauvages et d’autochtones peu amènes. L’intrigue est haletante et captivante, elle mêle à la perfection les faits historiques avérés avec les personnages fictifs, dont on continue de suivre les évolutions et les histoires personnelles (Guillaume et Delphine). Je pense que le bouquin ferait un incroyable scénario de film. Alors que l’on se plaint de ne pas avoir d’histoire qui tienne la route, il y a là tout ce qu’il faut.

Cela commence comme l’ « Allée du Roi », et se poursuit en les « Mines du Roi Salomon » avec Stewart Granger et Deborah Kerr. Il s’agit là d’un très bon roman, très divertissant et intelligent. Si l’on aime un peu l’époque, le parlé du 18e (dont je suis fan), les récits gorgés de détails historiques et les mystères insondables, ce bouquin est résolument à lire.

(Cela n’empêche que j’attends avec impatience le dernier Parot… hé hé.)

Jean-Christophe Duchon-Doris - L\'embouchure du Mississipy

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Les nuits blanches du Chat botté

Publié le Mardi 15 Février 2005 - 23:26
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Je me suis essayé, avec ce bouquin de Jean-Christophe Duchon-Doris, à un nouvel enquêteur des temps anciens. Là je ne peux pas m’empêcher de faire des comparaisons car on est proche de l’époque de Nicolas Le Floch, et que j’aime particulièrement les aventures de ce dernier.

L’auteur situe donc son roman en 1700, mais cela suffit pour sauter deux rois, puisque nous nous retrouvons donc au temps de Louis XIV tandis que Nicolas Le Floch connaissait, la dernière fois que je l’ai quitté, l’arrivée au pouvoir du Louis N+2, autrement dit Louis XVI. Et là l’époque est bien marquée dans un sud de la France isolé et singulier. On y sent les querelles de religion et notamment la chasse aux hérétiques, les bastions huguenots qui tentent d’échapper à la révocation de l’Edit de Nantes.

Nous sommes donc dans les Alpes provençales vers Seynes-les-Alpes plus exactement, et nous assistons à une série de crimes étranges qu’on attribut un peu trop aisément à un grand loup. Une fille de nobles du coin, Delphine, qui s’ennuie à mort dans son château se mêle de l’affaire en découvrant quelques détails troublants dans la mise en scène de ces meurtres. On a aussi Guillaume de Lautaret, le procureur, qui enquête officiellement et tente de démêler cet écheveau. Une galette dans une bouche d’une morte et une cape rouge, des petits cailloux blancs dans celle d’un paysan assassiné… un faisceau d’indices vient à prouver une curieuse connexion entre le serial killer et les Contes de ma Mère l’Oye.

En deux mots je dirais que ce que je reproche aux aventures de Le Floch (qui résout ses affaires en deux coups de cuillère à pot à la fin des bouquins) n’est pas du tout présent ici, alors qu’il manque tout de même ce qui fait le piment de ce genre de roman. C’est-à-dire que le bouquin est dotée d’une intrigue palpitante et très bien ficelée, avec moult rebondissements et suspens, mais qu’on souffre du manque « d’historicité » du tout. On aurait pu aisément avoir un livre similaire à notre époque sans qu’il soit besoin d’y transposer grand chose. Malgré l’atmosphère de persécution des protestants, de politique versaillaise et quelques références (Charles Perrault est contemporain), je suis un peu resté sur ma faim.

Par contre, les personnages sont bien plus authentiques et moins « parfaits ». Dans les romans « historiques » comme cela on a très souvent des personnages qui sont un peu trop anachroniques dans leur philosophie, alors que là l’auteur ne cherche pas à faire de Delphine une femme moderne ou de Guillaume un modèle de droiture et de déduction. Au contraire, ce dernier est plutôt conforme aux habitudes du moment. Il fait donner la question sans hésiter, fait brûler des sorcières avec beaucoup de probité et en viole même certaines en passant. Du coup, ce héros pas lisse du tout rehausse l’intérêt global qu’on peut avoir pour le roman.

Les nuits blanches du Chat botté - Jean-Christophe Ducon-Doris