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La Porte des Enfers (Laurent Gaudé)

Publié le Samedi 14 Mars 2009 - 19:36
Catégorie: Boukinage

Petite déception pour ce livre, alors que j’en attendais beaucoup de bien… Ce n’est pas inintéressant ou franchement mauvais, loin de là, mais j’en ressors avec un petit goût d’inachevé et de « So what? ». Pourtant j’ai bien été accroché par l’intrigue de base, et surtout par cette grande dissertation sur la mort et tous ses effets chez les (sur)vivants, mais pas assez pour entrer complètement dans le roman.

Le bouquin alterne entre deux époques à Naples, 1980 et 2002. En 1980, c’est le petit garçon Pippo, qui accompagné de son père Matteo, se prend en balle perdue et meurt. Sa mère, Guiliana, ne s’en remettra jamais, et demandera « réparation » à son mari. En 2002, on retrouve Pippo… vivant et on devine donc que son père a réussi à le faire sortir des Enfers. Pippo se venge de son meurtrier, et on le voit avec la femme (un travesti en fait) qui l’a élevé. Du coup, chapitre après chapitre, soit en 1980, soit en 2002, on apprend un peu plus comment Matteo a rencontré ceux qui vont élever son fils revenu des Enfers, comment il y est allé, et Guiliana dans une autre sorte de monde souterrain. En parallèle, Pippo doit reprendre le cours de sa vie, et tenter de finalement faire son « deuil », lui qui a été extrait du monde des morts.

Il s’agit d’une vision très mythologique de la mort, et la présence de cette entrée à Naples donne encore plus à cette porte et cet univers infernal une portée mythique. Le livre n’est que douleur, souffrance et irrémédiable incompréhension et refus en face de la mort, cette injuste mort. Et le fait de débuter par l’assassinat d’un enfant, produit un réel coup de tonnerre qui met une première claque bien terrible au lecteur. Ensuite, on partage les sentiments effroyables des parents, leur propre impossibilité de se reconstruire en tant que couple, et l’infiltration progressive du fantastique qui fait rapidement deviner le pourquoi du titre du bouquin.

J’ai beaucoup aimé les personnages secondaires, tels la prostituée-travestie, le curé révolté et le cafetier qui enseignera à Pippo son art de faire le café. Mais j’ai regretté qu’ils ne soient pas plus employés dans le bouquin, ils ne font qu’une apparition alors que Laurent Gaudé développe en eux un potentiel bien plus intéressant. De même, on retrouve l’atmosphère italienne qu’il arrive à saisir avec toujours autant de talent et d’habileté. Et on peut encore célébrer la qualité globale de son écriture, et de son merveilleux style.

Alors, qu’est-ce qui cloche ? Eh bien, comme je le disais les personnages secondaires ne sont qu’effleurés, tandis que l’auteur s’appesantit lourdement sur la douleur des parents, et le bouquin file beaucoup trop vite sous les doigts du lecteur. Je sens que le sujet principal du roman n’est pas tant sa fibre romanesque que ce tribut aux morts, et ces pérégrinations en territoires mortuaires. Mais du coup, ça m’a un peu fait chier. J’ai trouvé que le bouquin aurait pu un peu mieux s’équilibrer, tout en respectant son postulat de base, mais en épiçant, et en épaississant, le roman de péripéties qui m’ont cruellement manquées.

Donc c’est remarquablement écrit, et on retrouve tous les bons ingrédients des bouquins précédents, mais ça ne m’a pas assez accroché ou intéressé au final. Je pense que les lecteurs méritaient plus de « matière narrative » de la part d’un tel auteur, et surtout après en avoir démontré le potentiel. Je suis frustré !!

La Porte des Enfers (Laurent Gaudé)

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La mort du roi Tsongor

Publié le Samedi 13 Septembre 2008 - 20:59
Catégorie: Boukinage

J’avais beaucoup aimé le soleil des Scorta, dont j’avais parlé ici-même. Et on m’avait surtout conseillé de lire ce bouquin là, considéré comme un chef d’oeuvre de Laurent Gaudé. Je crois même que c’est Vincent qui me l’a acheté pour mon anniversaire celui-ci !

« La mort du roi Tsongor » est assurément un grand roman, un livre qui possède d’innombrables qualités dans le fond et dans la forme. On retrouve la plume exigeante et ensorcelante de l’auteur, mais aussi une histoire qui nous emmène très très loin dans des aventures oniriques et exotiques. Et puis c’est un petit roman philosophique aussi, qui sous couvert d’une intrigue qui s’apparente à un conte, nous donne aussi une leçon de vie.

Nous sommes en Afrique à priori, mais ce n’est jamais précisé, et c’est il y a longtemps, au sein d’une civilisation millénaire et puissante, dont le roi Tsongor est le monarque craint et respecté. Ce dernier a conquis et pacifié un gigantesque royaume, et il a enfin instauré une sorte de “pax romana” qui permet à ses peuples de prospérer. C’est un grand jour, car sa fille, Samilia, va épouser le prince Kouame, et toute la capitale, Massaba, est en fête. Mais voilà que débarque Sango Kerim, un ami d’enfance élevé par le roi, et qui avait fui à l’adolescence. Il vient à la tête de son armée et de sa fortune, et il veut épouser Samilia en respect d’une promesse de l’enfance. Tsongor est catastrophé car tous les chemins ont l’air de conduire à la guerre. Du coup, il décide de mourir, et de faire réfléchir les siens à son geste. Tandis que le plus jeune fils part construire des mausolées à la gloire de son père pour respecter sa mémoire, la guerre commence entre Kouame et Sango Kerim. Ils veulent tous les deux épouser Samilia, et les fils de Tsongor se disputent déjà le trône…

J’ai pensé à pas mal de bouquin quand j’ai lu celui-ci. Il y a comme un air de « l’Alchimiste » mais c’est beaucoup moins niais et cul-cul (à mon avis), et on retrouve aussi les superbes descriptions et l’aventure antique d’un « Salammbô ». Et surtout, je trouve que Laurent Gaudé a écrit là une tragédie dans la lignée de Sophocle. Toute une mécanique se met en place, chaque personnage a l’air d’avoir un destin écrit, et inexorablement tout se précipite dans la tragédie et de drame. Je ne suis pas surpris que le bouquin plaise à tous et à des jeunes gens, parce qu’il est facile et agréable à lire, à la fois distrayant, dépaysant et pas chiant du tout. Mais l’épaisseur psychologique des personnages m’a vraiment surpris, c’est un récit riche et sensible, une narration belle et sensuelle.

Voilà un bouquin qui deviendra sans aucun doute un classique, s’il n’en est pas déjà un, et un Laurent Gaudé (putain le salaud, il est né en 1972) qui est drôlement doué.

La mort du roi Tsongor - Laurent Gaudé

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Le soleil des Scorta

Publié le Dimanche 5 Août 2007 - 13:32
Catégorie: Boukinage

Un roman bien français de Laurent Gaudé, qui a eu le Goncourt en 2004 tout de même, mais dont le sujet, les protagonistes, l’ambiance (et les « sonorités, couleurs, sensations ») sont on ne peut plus italiens. Et plus précisément, nous sommes dans les Pouilles, dans le petit village de Montepuccio, c’est là qu’on suit la destinée de la famille Scorta sur une bonne centaine d’années. Ce livre est écrit avec un style remarquable, mais c’est vraiment par son histoire qu’il m’a accroché. Par contre, je me demande si des italiens ne trouveraient pas cette saga un peu trop caricaturale… (?)

Cette famille Scorta commence aux alentours de 1870 par la vengeance d’un homme qui a attendu 17 ans pour revenir à Montepuccio, et qui viole (avec son consentement) celle qu’il croit être la femme qu’il a aimé adolescent. En fait c’est sa soeur… Mais un enfant naît de cette étreinte, et cet enfant c’est un Scorta, qui fait plus tard fortune. Lui-même engendre une descendance, ils iront à New York, mais dans le plus grand dénuement car leur père avait décidé de donner tout son argent à l’Eglise en échange d’être enterré comme des notables pour la famille Scorta. Et enfin une quatrième génération débarque dans les années 1980, et même si elle a l’air de ne rien avoir de commun avec les autres, on découvre finalement ce truc des Scorta. On comprend ce qu’ils sont et où ils vont.

Je me demandais un peu ce que des italiens pouvaient en penser, parce que le bouquin me paraissait terriblement authentique (or je n’y connais rien…), et on y trouve aussi une somme des clichés que l’on a sur les italiens immigrants (qui partaient de leurs régions reculées) du début du XXe siècle. Mais force est de constater que l’intrigue fonctionne, et que le fond même de l’histoire, cette fameuse famille Scorta, dépasse la simple image d’Epinal.

Le récit est chronologique, mais il est intercalé par le témoignage, une confession à un curé plus exactement, de la très vieille Carmela (avant-dernière génération) qui veut raconter son histoire et les secrets des Scorta avant de perdre la tête. Page après page, nous sommes donc plongés dans cette région des Pouilles, une région où le soleil rend fou et tue parfois, une région où les gens sont modestes, et où les curés ont autant de pouvoir qu’ils se conforment aux us locales. L’ambiance est terriblement « latine » et du « sud » avec des hommes bien machos et violents, une importance de la famille qui surpasse tout, et une famille Scorta qui tente de se construire.

J’ai vraiment beaucoup aimé ce roman, car il fait voyager dans l’espace et le temps, et il procure de véritables sensations de lecture. On ne peut pas rester insensible à un tel récit, aussi épique, aussi passionné et stimulant. De plus, Laurent Gaudé n’a pas non plus cherché à mettre tous les détails ou à nous assommer de précisions biographiques sur ses personnages. Parfois ce ne sont que des esquisses, que des évocations, mais alors d’une inspiration extraordinaire, et qui véhiculent à la fois les faits, les émotions et une continuité au récit. En effet, malgré les hauts et les bas, les vendettas et les mariages, les festins ou la dèche, les Scorta mènent leur barque. Les enfants iront à New York et Carmela confiera à sa petite-fille la nature véritable de leur voyage transatlantique. J’ai trouvé beaucoup de similitudes entre le roman et le film « Golden door » qui m’avait pas mal plu à l’époque. On retrouve en effet, les mêmes régions, personnages, attitudes et mentalités, en plus d’une atmosphère du même genre.

Au final, c’est donc un excellent roman, même s’il ne se dégage pas de l’ensemble une extraordinaire originalité. Bien écrit, il tient le lecteur en haleine, et il procure beaucoup de « sensations ».

Le soleil des Scorta - Laurent Gaudé