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Leviathan au Grand Palais de Anish Kapoor (dans le cadre de Monumenta 2011)

Publié le Lundi 13 Juin 2011 - 23:59
Catégorie: Exposage

Monumenta est un rendez-vous annuel du Ministère de la Culture qui offre cet incroyable espace de la Nef du Grand Palais à un artiste pour créer une oeuvre d’art contemporain qui puisse parler au plus grand nombre. Là c’est Anish Kapoor qui est invité et qui a décidé d’investir en “grand” ce gigantesque volume. L’oeuvre est donc monumentale et bien en phase avec l’optique du projet, mais je n’ai pas non plus été totalement conquis par l’installation-sculpture.

Tout cela se visite très rapidement, et la file a beau être longue, l’attente ne l’est pas. On peut ensuite aisément circuler sous la verrière puis dans l’oeuvre elle-même. Mais je crois que le plus facile est de jeter un coup d’oeil au machin présenté en lui-même.

Vue de Leviathan (Monumenta 2011) au Grand Palais - panorama

Cela ressemble donc à un truc énooooorme et d’une couleur rouge foncé, ou lie-de-vin, qui a l’air d’être léger comme une baudruche ou plutôt un ballon de basket-ball. On en voit les coutures d’ailleurs, et la brillance globale de l’objet lui donne un aspect ludique et organique à la fois. Vraiment ce qui surprend et intrigue c’est proprement le gigantisme de la chose, et on se met rapidement à imaginer les procédés pour faire rentrer un truc pareil, pour le gonfler et le faire tenir !!

Vue de Leviathan (Monumenta 2011) au Grand Palais - vers la sortie

On a donc affaire à un immense béhémot (d’ailleurs le titre de l’oeuvre est Léviathan) avec trois lobes et une partie non fermée par laquelle on peut pénétrer pour y découvrir l’envers du décor et une toute autre oeuvre. La taille est étonnante car elle emplit toutes les dimensions d’un volume si énorme qu’on n’imagine pas qu’on puisse ainsi l’occuper autant en surface qu’en hauteur, et le côté jouet avec les gens qui apparaissent si petits à côté, est à la fois drôle et inquiétant. Drôle parce que ça pourrait aussi faire penser à ces représentations géantes d’animaux en baudruche de Jeff Koons, et inquiétant dans son aspect monstrueux, comme un “blob” en puissance dont l’aspect organique rouge-sang et poche d’air le rend vivant, vibrant et palpitant.

On en fait le tour, et on voit les gens se prendre en photo avec, des enfants jouer autour un peu, petits et grands tout aussi circonspects… Hé hé hé. On a en fait rarement assez de recul pour embrasser l’ensemble de la sculpture, et je n’arrête pas d’élaborer des hypothèses sur sa construction, son élaboration et surtout son installation dans cette Nef géante qui m’apparaît d’un seul coup une très modeste serre pour accueillir le Léviathan !

Il faut refaire la queue pour entrer dans l’objet, et découvrir alors que la peau est relativement translucide. Quand le soleil paraît, on voit parfaitement en transparence le squelette de métal de la grande Nef. Sinon, rien de très notable sinon le fait de bien voir les lobes de l’intérieur, avec les nervures et coutures encore plus apparentes, et face à soir un lobe dont on voit parfaitement la conformation.

Vue de Leviathan (Monumenta 2011) au Grand Palais - à l'intérieur en face

Tandis que si on jette un coup d’oeil à droite ou à gauche, on ne voit pas la partie vraiment finale du lobe, et on pourrait croire qu’une route s’ouvre sur un couloir infini.

Vue de Leviathan (Monumenta 2011) au Grand Palais - à l'intérieur sur un des côtés

On a d’autant plus cette impression organique de l’intérieur, avec ce souffle tiède et enveloppant dont on sait qu’il entretient la “vie” de l’installation, mais aussi cette couleur bien plus sanguine et charnelle, avec des effets de couleur, d’ombre et de lumière, et de subtiles variations liées au conditions extérieures. A cela, on ajoute aussi l’espace confiné et propice aux échos et toute sorte d’illusions sonores.

Vous voyez comme j’en parle, j’ai vraiment bien aimé le fait que cette oeuvre me procure beaucoup de questionnements et me pousse à explorer mon ressenti, ma curiosité et certaines analogies. Mais j’ai été un peu déçu de ne pas y avoir perçu quelque chose de plus percutant, de plus décoiffant de plus… transcendant. J’aurais aimé une expérience plus aboutie et plus scénarisée peut-être, même si ce n’était pas non plus un voyage à l’intérieur du Gargantua de Mirapolis (ok là c’est une référence pour les valdoisiens de plus de 30 ans).

En fait, j’ai tout de suite pensé que j’allais avoir affaire à une installation analogue à celles d’Olafur Eliasson, dont j’ai eu la chance d’expérimenter le Weather Project à Londres (New Tate Modern) en 2003. Il s’agissait aussi d’occuper un immense espace avec une oeuvre universelle et touchant tous les publics. Or ce soleil dans un musée avait captivé les visiteurs comme aucun commissaire n’avait pu l’anticiper, il fallait voir les gens être attiré comme des insectes vers la lumière, avec cette brume fantomatique, et l’envie de s’allonger sur le sol pour voir son reflet plus haut. Je me souviens être resté une bonne demi-heure à errer au sein de cette oeuvre grandiose et d’une troublante beauté.

Pour Leviathan d’Anish Kapoor, j’admire la conception d’un objet pareil, et je suis charmé par la multiplicité des visages de l’oeuvre : gigantesque, rebondie, vivante et organique, extérieure et intérieure. Mais je n’ai pas été bluffé comme j’avais pensé pouvoir l’être, et au final c’était sympa mais c’est tout. Certes, il y a beaucoup de moyens, une “énorme” idée mais pas menée au bout, ou bien je manque de références et d’accompagnement pédagogique peut-être. En tout cas, c’est à voir bien évidemment, mais seulement “à voir”.

  • Exposage
« De Byzance à Istanbul » au Grand Palais

Publié le Jeudi 7 Janvier 2010 - 23:08
Catégorie: Exposage

Voilà une bonne petite exposition bien traditionnelle et toute à fait idoine pour le Grand Palais. Rien de révolutionnaire, mais on y trouve une excellente et passionnante étude archéologique et chronologique de cette ville incroyable qui fut Byzance, Constantinople puis Istanbul. Ainsi de la Grêce à la Turquie en passant par Rome, avec toujours cette facette byzantine qui en fait un endroit unique, cette ville a été traversée par les plus grandes civilisations, et elle en garde de beaux restes !

Je parle d’exposition archéologique traditionnelle, car contrairement à la dernière expo dont je parlais et qui n’était pas trop documentée (car on ne sait pas tant de chose que cela sur Teotihuacan), il existe une kyrielle d’objets, d’écrits et de faits historiques qui permettent d’organiser une visite très pédagogique et tape-à-l’oeil. En effet, les différentes civilisations antiques qui se sont succédées, et les cultures ainsi représentées, sont un ferment idéal pour stimuler l’imaginaire du visiteur. De Byzance à Istanbul, c’est un voyage exotique à la fois très proche de nous et de notre “histoire”, mais aussi une exploration de cette limite entre Asie et Europe, confluent de religions, d’artisanats et d’arts qui nous interpellent chacun à leur manière.

L’exposition se visite donc de la manière la plus attendue et classique : chronologiquement. Et au fil de la visite, les dynasties passent et trépassent, la ville change de main, se mute, se transforme, s’embellit ou s’enlaidit, découvre de nouvelles fois et aspirations, devient capitale d’empire ou ville de province, et construit peu à peu cette étrange identité protéiforme. On bénéficie au Grand Palais d’un écrin particulièrement immense et riche, avec une scénographie qui met bien en valeur les inestimables objets déposés ici, que ce soit des parures en or, des livres calligraphiés, des vêtements d’apparat, des peintures, des objets artisanaux ou bien des sculptures antiques. Et à chaque avancée, on suit un épisode de l’Histoire byzantine, avec cette ville qui change de nom et de maître, et qui s’enrichit d’un apport supplémentaire. On peut lire les truculentes péripéties politiques romaines, la percée fulgurante de la chrétienté, puis la conquête ottomane et tout ce qui fait le caractère unique et singulier de l’Istanbul d’aujourd’hui.

La luminosité est faible, et on déambule dans une atmosphère assez sombre avec des vitrines qui ainsi mettent bien en valeur leurs contenus. Les indications ne sont pas trop mal, mais j’avais téléchargé le podcast avant de m’y rendre, ce qui m’a beaucoup aidé à resituer les époques. J’ai vraiment aimé la profusion d’objets et de témoignages, ainsi que l’invitation au voyage que cela procure. On ressort de l’exposition avec une envie folle d’aller en Turquie et de goûter à l’atmosphère réelle de la ville d’aujourd’hui, dont on a pu découvrir des ancêtres aussi divers que marquants.

De Byzance à Istanbul au Grand Palais

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« Le grand monde d’Andy Warhol » au Grand Palais

Publié le Lundi 6 Juillet 2009 - 1:08
Catégorie: Exposage

Je n’ai jamais été un grand fan de Warhol, mais du coup cette exposition était une bonne occasion d’en savoir un peu plus sur l’artiste. Au final il s’agit d’une excellente exposition, à la fois pour la scénographie et pour les aspects pédagogiques montrés, mais je ne peux pas dire que j’ai été incroyablement conquis par l’artiste.

Au moins l’une des qualités du commissariat de l’exposition a été de ne pas noyer de poisson, et de ne pas expliquer l’oeuvre en utilisant un vocabulaire abscons ou des tournures élitistes. Au contraire, les choses sont clairement et simplement expliquées, il s’agit d’une belle collection de 250 portraits, dont une majorité de commande des peoples ou gens fortunés de l’époque. On trouve quelques explications de techniques utilisées ou de tendances pour telle ou telle série, ou encore une mise en perspective avec le mouvement Pop de l’époque. Mais il n’y a pas de grandes théories fumeuses ou de panégyrique de Warhol en tant qu’artiste, ce qui est agréablement surprenant.

Le plus brillant dans l’expo est indéniablement, à mon avis, la scénographie. Le Grand Palais permet des accrochages très adaptés, avec des rapprochements de séries, des reproductions gigantesques et des salles thématiques qui aident à mieux percevoir les différentes périodes de l’artiste.

J’ai apprécié les oeuvres de Warhol qui étaient exposées, avec quelques portraits classiques (Marylin, Mao, ou Liz Taylor etc.) et certaines oeuvres qui formellement me paraissent réussies (hyper subjectif évidemment). Et tout cela autant dans le domaine de la photographie (du Polaroïd sur le vif, à la pose élaborée et léchée) que dans celui de la peinture ou la sérigraphie, mais globalement je suis assez insensible à la touche « Pop art » (sinon de trouver ça « joli »). Il s’agit presque plus d’un témoignage people de l’époque avec par exemple des Polaroïds de Sylvester Stalone qui côtoient les stars qui commandaient leur portrait à l’artiste, plus par mode de l’époque qu’autre chose.

« Le grand monde d'Andy Warhol » au Grand Palais