Dynamo au Grand Palais

Avec « Dynamo » on avait l’exposition typique du Grand Palais, une grande rétrospective thématique avec des centaines d’œuvres diverses et variées. Mais surtout c’était un ensemble qui s’appréciait de manière très instinctive et « réflexe », on est dans les courants de l’art cinétique qui jouent sur la lumière, les formes, les couleurs, les rythmes, le mouvement… L’expo est avant tout une expérience sensorielle et souvent ludique, et donc blindé de gamins. Moins cool.

Dynamo au Grand Palais

On ne peut pas dire que le parcours pédagogique soit autant à la hauteur que d’habitude, et on zappe les quelques explications superflues pour passer de l’appréciation d’une oeuvre à l’autre. J’y suis allé avec des amis, et on a passé un très bon moment, mais je ne peux pas dire que c’était un grand enrichissement culturel ou artistique. J’ai été intrigué et j’ai expérimenté des choses impressionnantes, de vraies « attractions » visuelles et sensorielles, mais ça faisait donc un peu « Palais de la Découverte ».

Je suis toujours content de retrouver des néons de Flavin, et j’ai aussi beaucoup pensé à Aurélie Nemours et ses palettes de couleurs (qui était absente de l’expo d’ailleurs, mais je suppose que c’était hors sujet). Il y a aussi Felice Varini et ses dessins géométriques qui ne sont visibles que d’un point de vue précis. Le jeu consistait là à tromper l’oeil en proposant un motif qui paraît du coup flotter dans les airs.

Dynamo au Grand Palais

Et sinon plein de trucs marrants qui faisaient aussi penser à une autre expo de Pompidou d’il y a quelques années qui m’avaient aussi un peu déçu sur le fond : Los Angeles 1955-1985. Là aussi on trouvait des œuvres avec quelques néons sans explications ou sans « concept » explicite, et du coup ça me paraît parfois sympa mais sans plus. Mais l’expo reste parfaite pour se concocter des fonds d’écran !!

Dynamo au Grand Palais

Edward Hopper au Grand Palais

Cela faisait une éternité que je n’étais pas allé au Grand Palais, et même si je brûlais d’envie de découvrir cette expo dont tout Paris bruissait, j’étais découragé par la file… Attendre plus de deux heures pour en piétiner deux autres, ce n’est pas pour moi. Mais miracle, ce coup-ci une ancienne connaissance bloguesque que j’aime beaucoup m’a proposé de profiter de son invitation à une visite privée. C’était un grand évènement avec petits-fours et tout le tralala, mais surtout l’expo était réservée aux convives (le soir), et il y avait des conférenciers qui attendaient le chaland dans chaque salle. Donc cette soirée fut une réussite et un bonheur complet !! Nous avons visité à notre rythme avec au maximum une dizaine de péquins dans les salles, et des gens adorables pour nous rencarder sur Hopper et ses oeuvres.

Evidemment un confort de visite pareil pourrait rendre presque tout intéressant. Mais là il faut avouer que c’est du grand Grand Palais ! Que ce soit la richesse intrinsèque et la variété des pièces présentées, la scénographie, les explications (que nous n’avons du coup pas vraiment utilisées) ou le parcours, tout est proche de la perfection.

J’ai pu aussi du coup mieux appréhender Edward Hopper que je connaissais comme le peintre de la mythologie américaine, de ces tableaux à la Mike Hammer avec ses diners déserts et ses femmes anonymes. Je connaissais beaucoup moins le fan de Degas qui a passé du temps à Paris et dont les tableaux parisiens justement sont assez impressionnants. Il a exploré des tas de manières de peindre, influencé par énormément d’artistes européens au début du XXème siècle, et la somme de ses pérégrinations picturales est passionnante. J’ai aussi découvert ses travaux de publicitaires et de concepteurs d’affiches, qui était apparemment une activité qu’il détestait, mais qui était un gagne-pain lucratif nécessaire. On y retrouve malgré tout son style et ses gimmicks malgré une forme très consensuelle et dont l’originalité est le plus possible gommée.

Les interactions avec les guides étaient géniales, et nous ont permis de mieux cerner le caractère du peintre, les incursions de sa vie personnelle dans son oeuvre, et aussi tout le cheminement intellectuel qui, remis en contexte, donne quelques billes indispensables pour mesurer l’importance du peintre dans l’histoire de l’Art. Au-delà de ces représentations, devenues presque des images d’Epinal, on peut se poser la question de la place de la ville par rapport à la campagne, de l’homme dans l’urbanisme, des perspectives alambiquées (avec des plans presque cinématographiques parfois), du traitement particulier et parcimonieux de la lumière, de sa passion pour l’envers du décor etc.

Bref j’ai passé un moment inoubliable et fantastique !!!

Edward Hopper au Grand Palais

Leviathan au Grand Palais de Anish Kapoor (dans le cadre de Monumenta 2011)

Monumenta est un rendez-vous annuel du Ministère de la Culture qui offre cet incroyable espace de la Nef du Grand Palais à un artiste pour créer une oeuvre d’art contemporain qui puisse parler au plus grand nombre. Là c’est Anish Kapoor qui est invité et qui a décidé d’investir en « grand » ce gigantesque volume. L’oeuvre est donc monumentale et bien en phase avec l’optique du projet, mais je n’ai pas non plus été totalement conquis par l’installation-sculpture.

Tout cela se visite très rapidement, et la file a beau être longue, l’attente ne l’est pas. On peut ensuite aisément circuler sous la verrière puis dans l’oeuvre elle-même. Mais je crois que le plus facile est de jeter un coup d’oeil au machin présenté en lui-même.

Vue de Leviathan (Monumenta 2011) au Grand Palais - panorama

Cela ressemble donc à un truc énooooorme et d’une couleur rouge foncé, ou lie-de-vin, qui a l’air d’être léger comme une baudruche ou plutôt un ballon de basket-ball. On en voit les coutures d’ailleurs, et la brillance globale de l’objet lui donne un aspect ludique et organique à la fois. Vraiment ce qui surprend et intrigue c’est proprement le gigantisme de la chose, et on se met rapidement à imaginer les procédés pour faire rentrer un truc pareil, pour le gonfler et le faire tenir !!

Vue de Leviathan (Monumenta 2011) au Grand Palais - vers la sortie

On a donc affaire à un immense béhémot (d’ailleurs le titre de l’oeuvre est Léviathan) avec trois lobes et une partie non fermée par laquelle on peut pénétrer pour y découvrir l’envers du décor et une toute autre oeuvre. La taille est étonnante car elle emplit toutes les dimensions d’un volume si énorme qu’on n’imagine pas qu’on puisse ainsi l’occuper autant en surface qu’en hauteur, et le côté jouet avec les gens qui apparaissent si petits à côté, est à la fois drôle et inquiétant. Drôle parce que ça pourrait aussi faire penser à ces représentations géantes d’animaux en baudruche de Jeff Koons, et inquiétant dans son aspect monstrueux, comme un « blob » en puissance dont l’aspect organique rouge-sang et poche d’air le rend vivant, vibrant et palpitant.

On en fait le tour, et on voit les gens se prendre en photo avec, des enfants jouer autour un peu, petits et grands tout aussi circonspects… Hé hé hé. On a en fait rarement assez de recul pour embrasser l’ensemble de la sculpture, et je n’arrête pas d’élaborer des hypothèses sur sa construction, son élaboration et surtout son installation dans cette Nef géante qui m’apparaît d’un seul coup une très modeste serre pour accueillir le Léviathan !

Il faut refaire la queue pour entrer dans l’objet, et découvrir alors que la peau est relativement translucide. Quand le soleil paraît, on voit parfaitement en transparence le squelette de métal de la grande Nef. Sinon, rien de très notable sinon le fait de bien voir les lobes de l’intérieur, avec les nervures et coutures encore plus apparentes, et face à soir un lobe dont on voit parfaitement la conformation.

Vue de Leviathan (Monumenta 2011) au Grand Palais - à l'intérieur en face

Tandis que si on jette un coup d’oeil à droite ou à gauche, on ne voit pas la partie vraiment finale du lobe, et on pourrait croire qu’une route s’ouvre sur un couloir infini.

Vue de Leviathan (Monumenta 2011) au Grand Palais - à l'intérieur sur un des côtés

On a d’autant plus cette impression organique de l’intérieur, avec ce souffle tiède et enveloppant dont on sait qu’il entretient la « vie » de l’installation, mais aussi cette couleur bien plus sanguine et charnelle, avec des effets de couleur, d’ombre et de lumière, et de subtiles variations liées au conditions extérieures. A cela, on ajoute aussi l’espace confiné et propice aux échos et toute sorte d’illusions sonores.

Vous voyez comme j’en parle, j’ai vraiment bien aimé le fait que cette oeuvre me procure beaucoup de questionnements et me pousse à explorer mon ressenti, ma curiosité et certaines analogies. Mais j’ai été un peu déçu de ne pas y avoir perçu quelque chose de plus percutant, de plus décoiffant de plus… transcendant. J’aurais aimé une expérience plus aboutie et plus scénarisée peut-être, même si ce n’était pas non plus un voyage à l’intérieur du Gargantua de Mirapolis (ok là c’est une référence pour les valdoisiens de plus de 30 ans).

En fait, j’ai tout de suite pensé que j’allais avoir affaire à une installation analogue à celles d’Olafur Eliasson, dont j’ai eu la chance d’expérimenter le Weather Project à Londres (New Tate Modern) en 2003. Il s’agissait aussi d’occuper un immense espace avec une oeuvre universelle et touchant tous les publics. Or ce soleil dans un musée avait captivé les visiteurs comme aucun commissaire n’avait pu l’anticiper, il fallait voir les gens être attiré comme des insectes vers la lumière, avec cette brume fantomatique, et l’envie de s’allonger sur le sol pour voir son reflet plus haut. Je me souviens être resté une bonne demi-heure à errer au sein de cette oeuvre grandiose et d’une troublante beauté.

Pour Leviathan d’Anish Kapoor, j’admire la conception d’un objet pareil, et je suis charmé par la multiplicité des visages de l’oeuvre : gigantesque, rebondie, vivante et organique, extérieure et intérieure. Mais je n’ai pas été bluffé comme j’avais pensé pouvoir l’être, et au final c’était sympa mais c’est tout. Certes, il y a beaucoup de moyens, une « énorme » idée mais pas menée au bout, ou bien je manque de références et d’accompagnement pédagogique peut-être. En tout cas, c’est à voir bien évidemment, mais seulement « à voir ».

« De Byzance à Istanbul » au Grand Palais

Voilà une bonne petite exposition bien traditionnelle et toute à fait idoine pour le Grand Palais. Rien de révolutionnaire, mais on y trouve une excellente et passionnante étude archéologique et chronologique de cette ville incroyable qui fut Byzance, Constantinople puis Istanbul. Ainsi de la Grêce à la Turquie en passant par Rome, avec toujours cette facette byzantine qui en fait un endroit unique, cette ville a été traversée par les plus grandes civilisations, et elle en garde de beaux restes !

Je parle d’exposition archéologique traditionnelle, car contrairement à la dernière expo dont je parlais et qui n’était pas trop documentée (car on ne sait pas tant de chose que cela sur Teotihuacan), il existe une kyrielle d’objets, d’écrits et de faits historiques qui permettent d’organiser une visite très pédagogique et tape-à-l’oeil. En effet, les différentes civilisations antiques qui se sont succédées, et les cultures ainsi représentées, sont un ferment idéal pour stimuler l’imaginaire du visiteur. De Byzance à Istanbul, c’est un voyage exotique à la fois très proche de nous et de notre « histoire », mais aussi une exploration de cette limite entre Asie et Europe, confluent de religions, d’artisanats et d’arts qui nous interpellent chacun à leur manière.

L’exposition se visite donc de la manière la plus attendue et classique : chronologiquement. Et au fil de la visite, les dynasties passent et trépassent, la ville change de main, se mute, se transforme, s’embellit ou s’enlaidit, découvre de nouvelles fois et aspirations, devient capitale d’empire ou ville de province, et construit peu à peu cette étrange identité protéiforme. On bénéficie au Grand Palais d’un écrin particulièrement immense et riche, avec une scénographie qui met bien en valeur les inestimables objets déposés ici, que ce soit des parures en or, des livres calligraphiés, des vêtements d’apparat, des peintures, des objets artisanaux ou bien des sculptures antiques. Et à chaque avancée, on suit un épisode de l’Histoire byzantine, avec cette ville qui change de nom et de maître, et qui s’enrichit d’un apport supplémentaire. On peut lire les truculentes péripéties politiques romaines, la percée fulgurante de la chrétienté, puis la conquête ottomane et tout ce qui fait le caractère unique et singulier de l’Istanbul d’aujourd’hui.

La luminosité est faible, et on déambule dans une atmosphère assez sombre avec des vitrines qui ainsi mettent bien en valeur leurs contenus. Les indications ne sont pas trop mal, mais j’avais téléchargé le podcast avant de m’y rendre, ce qui m’a beaucoup aidé à resituer les époques. J’ai vraiment aimé la profusion d’objets et de témoignages, ainsi que l’invitation au voyage que cela procure. On ressort de l’exposition avec une envie folle d’aller en Turquie et de goûter à l’atmosphère réelle de la ville d’aujourd’hui, dont on a pu découvrir des ancêtres aussi divers que marquants.

De Byzance à Istanbul au Grand Palais

« Le grand monde d’Andy Warhol » au Grand Palais

Je n’ai jamais été un grand fan de Warhol, mais du coup cette exposition était une bonne occasion d’en savoir un peu plus sur l’artiste. Au final il s’agit d’une excellente exposition, à la fois pour la scénographie et pour les aspects pédagogiques montrés, mais je ne peux pas dire que j’ai été incroyablement conquis par l’artiste.

Au moins l’une des qualités du commissariat de l’exposition a été de ne pas noyer de poisson, et de ne pas expliquer l’oeuvre en utilisant un vocabulaire abscons ou des tournures élitistes. Au contraire, les choses sont clairement et simplement expliquées, il s’agit d’une belle collection de 250 portraits, dont une majorité de commande des peoples ou gens fortunés de l’époque. On trouve quelques explications de techniques utilisées ou de tendances pour telle ou telle série, ou encore une mise en perspective avec le mouvement Pop de l’époque. Mais il n’y a pas de grandes théories fumeuses ou de panégyrique de Warhol en tant qu’artiste, ce qui est agréablement surprenant.

Le plus brillant dans l’expo est indéniablement, à mon avis, la scénographie. Le Grand Palais permet des accrochages très adaptés, avec des rapprochements de séries, des reproductions gigantesques et des salles thématiques qui aident à mieux percevoir les différentes périodes de l’artiste.

J’ai apprécié les oeuvres de Warhol qui étaient exposées, avec quelques portraits classiques (Marylin, Mao, ou Liz Taylor etc.) et certaines oeuvres qui formellement me paraissent réussies (hyper subjectif évidemment). Et tout cela autant dans le domaine de la photographie (du Polaroïd sur le vif, à la pose élaborée et léchée) que dans celui de la peinture ou la sérigraphie, mais globalement je suis assez insensible à la touche « Pop art » (sinon de trouver ça « joli »). Il s’agit presque plus d’un témoignage people de l’époque avec par exemple des Polaroïds de Sylvester Stalone qui côtoient les stars qui commandaient leur portrait à l’artiste, plus par mode de l’époque qu’autre chose.

« Le grand monde d'Andy Warhol » au Grand Palais