Yossi

J’aime beaucoup le cinéma israélien, mais j’aime aussi beaucoup Eytan Fox et j’avais aussi beaucoup aimé ce film de 2005 « Yossi et Jagger« . Cela faisait beaucoup trop d’affect en jeu pour me faire moins aimer ce film-ci non ?

Je comprends les critiques mitigées que j’ai pu lire, car objectivement le film est très court, plutôt aride et concis en apparence, et peut laisser sur sa faim. Mais il ne faut pas le voir sans « Yossi et Jagger » dont c’est la suite. En effet, il faut avoir en tête tout le drame et la charge émotionnelle de ce film de 2005 pour comprendre et lire entre les lignes de celui-ci. Nous sommes donc à Tel Aviv et on découvre ce qu’est devenu Yossi. Yossi qui était un soldat gradé, et avait perdu un soldat qui était son amant et son amour dans une opération militaire. Il ne s’en est manifestement pas encore remis, et on le retrouve médecin dans un hôpital, qui noie sa dépression dans son travail.

Un jour il croise en tant que patiente la mère de Jagger, et cela le pousse à aller parler aux parents de son ancien amant. Il croise aussi la route d’une bande de soldats en goguette, l’un d’eux semble s’intéresser à lui mais c’est surréaliste car c’est une véritable gravure de mode, et Yossi est vieilli (et grossi) avant l’âge de fatigue, de lassitude et d’une homosexualité qu’on devine pas si facile que cela à assumer.

Le film dure 1h23, et développe les deux idées précédentes fournissant une trame d’une simplicité enfantine. On règle rapidement l’histoire des parents, et par la même c’est l’histoire d’amour avec Jagger qui voit enfin sa conclusion. Et cette histoire avec ce jeune soldat au charme orphique (encore un beau gosse d’israélien comme c’est pas permis ce Oz Zehavi !!) nous propose une éventuelle porte de sortie. Donc c’est rapide, c’est limpide et ça paraît bizarrement mutique et trivial. Mais non car la caméra d’Eytan Fox et le jeu d’Ohad Knoller font des merveilles. Evidemment cela tient aussi énormément à l’attachement qu’on avait pu nourrir au personnage de Yossi du premier film, et il révèle là une telle fragilité, une telle perte de soi et déséquilibre, qu’on est forcément touché. J’ai été bouleversé par ces scènes où pas grand chose ne se passe en apparence, mais des kyrielles de sentiments sont exprimés par des gestes, des regards, des attitudes, des plans.

Ce langage cinématographique se passe de paroles, et c’est tant mieux, il en est d’autant plus éloquent ainsi.

J’ai aussi été énormément marqué et impressionné par une scène annexe qui voit Yossi essayer de se faire un plan cul type « GrindR ». Il va chez un gars qui manifestement est super gaulé et plutôt pas mal, et qui est un véritable cliché conforme aux « International Gay Standards ». Le mec se comporte normalement, offre un verre (il sortait évidemment de la douche à oilpé avec juste une serviette) et sort de but en blanc que la photo envoyée via le réseau n’est absolument pas ressemblante, et qu’il abuse de lui faire perdre son temps comme cela. En deux phrases Yossi est abaissé et mortifié, et se voit congédié (plus ou moins… faut voir le film). Misère sexuelle, dénuement, humiliation suprême, tout y est, et c’est une réalité bien tangible ici aussi.

Je reconnais aussi les mêmes limites et défauts à ce film qu’à celui de 2005, donc on aurait pu attendre une oeuvre un peu plus construite et élaborée. Quelque chose d’un peu plus « facile » et à la portée plus universelle ou actuelle, mais Eytan Fox a eu le mérite de conserver cette même ligne directrice, et à l’aide d’un comédien, Ohad Knoller, qui porte réellement tout le film sur ses épaules.

Yossi

Cadeau du ciel

Si vous aimez les films d’Emir Kusturica, il y a de fortes chances que ce film fasse mouche pour vous aussi. En effet, je me suis cru à un moment en plein « Chat noir, chat blanc » version géorgienne en Israël ! Il s’agit d’une bande de bagagistes de l’aéroport de Tel-Aviv qui décide de monter un coup pour subtiliser des diamants. Pour cela, les deux instigateurs, deux frangins avec un père-patriarche à la vraie « gueule », cherchent des complices et deux pigeons pour porter le chapeau. Pas mal d’intrigues se croisent entre les femmes et familles des bagagistes, les tromperies à droite et à gauche, les mariages arrangés, les couples séparés, beaucoup d’alcool, de musique, de coups dans la tronche et de filoutages en tout genre.

On retrouve le beau Lior Ashkenazi, que j’avais déjà remarqué dans « Tu marcheras sur l’eau » qui se retrouve à faire un des pigeons pour récupérer sa femme qu’il a battu (et qui est la fille du père-parrain du coin), et Yuval Segal que j’ai découvert avec un certain bonheur : il est un canon de chez canon. On peut avoir un peu de mal à rentrer dans le film car les histoires se mettent en place en même temps avec beaucoup de personnages qui se croisent, et les liens entre eux qui se révèlent peu à peu… dans toute leur complexité ! Néanmoins, il y a un humour omniprésent, vraiment à la manière assez tendre et désopilante de Kusturica, qui se fonde sur les caractères trempés des personnages. Le père est une espèce de tyran sanguinaire qui traite tout le monde d’imbéciles, et qui doit faire face aux caractères encore plus affirmés de ses filles, et les fantasques idées de ses fils. De drôles de tribus donc qui se côtoient dans des rapports de force qui alternent passionnément entre violence et affection.

Petit à petit, le canevas des intrigues devient plus clair, et le projet de cambriolage se dessine plus précisément ainsi que les rôles des différents protagonistes. Le film gagne alors rapidement en forces et en émotions, tandis que le début pouvait un peu troubler par son approche brouillonne et confuse.

Il ne s’agit pas d’un film grandiose, mais d’une comédie assez savoureuse dont la galerie de personnages est un atout majeur. Décidément, le cinéma israélien est prometteur !

Cadeau du ciel