4 articles tagués avec “Lucía Etxebarria”

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Cosmofobia

Publié le Dimanche 18 Mai 2008 - 21:04
Catégorie: Boukinage

Ah un roman de Lucía Etxebarría, ce n’est pas rien ! Depuis « Amour, Prozac et autres curiosités » (qui fait partie de mon « panthéon »), je suis fasciné par cette auteure, que je révère carrément. Je n’encense pas pour autant tout ce qu’elle écrit, même si j’ai beaucoup aimé ses bouquins, mais je suis toujours curieux de lire ce qu’elle a écrit de nouveau, et je prends un plaisir indicible à faire connaissance avec ses nouveaux héros et héroïnes. Lire cette nana, c’est comme regarder un film d’Almodovar, elle y met le même piquant, la même Espagne et la même passion. Elle raconte comme personne les relations amoureuses, les réminiscences psychologiques familiales, les cultures qui se mêlent et s’entremêlent, et surtout met en exergue les femmes avec un talent que je n’ai jamais lu ailleurs.

« Cosmofobia » est un bouquin étrange, un bouquin qui ressemble d’abord à une concaténation d’anecdotes, puis à un recueil de nouvelles, puis à une saga labyrinthique, ensuite à un roman à tiroirs, ou bien un enchevêtrement d’intrigues dont on se demande quelle est la plus importante. Or le bouquin a une base, un point commun à toutes ces histoires et ces personnages, et ce point commun c’est « Lavapiés ». Ce quartier populaire de Madrid est ce qui lie tous les personnages et qui donne au roman une teinte si particulière. C’est un quartier spécial car il est très métissé, avec beaucoup d’immigrés maghrébins notamment, et très mélangé aussi socialement. On y trouve donc autant de gens plutôt modestes que des bobos ou des « gens connus ».

Lucía Etxebarría dresse des portraits de personnes qui se croisent à Lavapiés, qui y vivent, qui y sortent, qui s’y aiment, qui y travaillent, qui y exposent, etc. Elle nous parle d’une actrice, d’un peintre, d’un éducateur, d’une téléopératrice etc. Et peu à peu, anecdotes après anecdotes, les liens se dessinent entre les différents protagonistes. A la manière d’un « Short Cuts » ou d’un « Magnolia », les gens sont forcément liés les uns aux autres, et de connaissance en connaissance, on reconstitue la vie, les joies et les drames de tout un quartier. Mais ce qu’elle dessine surtout c’est l’Espagne d’aujourd’hui, et c’est avant-tout le destin de quelques femmes qui symbolisent bien son combat féministe (toujours avec beaucoup de justesse et d’intelligence).

Je suis assez fan de son écriture, même traduite, et j’avais d’ailleurs rapporté ici quelques citations du roman. On se demande donc d’abord où on a mis les pieds, et lorsqu’on réalise a construction du roman, il est impossible de le lâcher, même si cela devient parfois un peu compliqué de se retrouver dans ce pullulement de personnages. Quel bonheur de retrouver la plume acérée, passionnée et virtuose de cette écrivain qui arrive en quelques paragraphes à nous faire partager les quotidiens et les pensées de gens très différents. D’ailleurs, j’ai été très sensible à la manière dont l’écriture exprimait aussi l’essence des personnages. Ainsi lorsqu’elle se met dans la peau d’une téléopératrice pas vraiment fortunée, ou d’un peintre maghrébin hautain, ou d’un homo refoulé, ou encore d’une grande actrice aisée, on y croit sans faillir tant elle arrive à adapter ses propos et sa narration.

Bref, encore un roman qui déchire les chats. Lucía, je t’aime !

Cosmofobia - Lucía Etxebarría

  • Boukinage
Aime-moi por favor !

Publié le Mercredi 6 Juin 2007 - 18:54
Catégorie: Boukinage

Lucía Etxebarria est une des romancières dont les oeuvres me parlent le plus, il se produit toujours des trucs dingues dans ma tête et dans mes tripes quand je la « lis » une fois de plus. Le bonheur est renouvelé à chaque relecture, mais il n’égale jamais la découverte de ses nouvelles intrigues, personnages et son style que je révère. Cette movida et ce ton résolument féministe, ou plutôt humaniste car être féministe ce n’est rien d’autre, font de ses livres de vrais « trucs de meufs », introspectifs, délurés, passionnés et complexes. Mais ça me parle tellement !

Et là « Aime-moi por favor ! » (pas très bien traduit à mon avis, « Una historia de amor como otra cualquiera » c’est plutôt « Une histoire d’amour comme les autres ») est un extraordinaire kaléidoscope de tout ce que cet auteur peut créer. En effet, il s’agit d’un recueil de nouvelles qui sont donc autant de situations et de « visions du monde » de Lucía Etxebarria. Et quel bonheur, de goûter pour quelques pages ces histoires que l’auteur nous confie avoir entendu de la bouche de ses amies. Du coup, ces anecdotes « mises en littérature » respirent la sincérité, le vécu et l’authentique. Ce sont des femmes, toutes les femmes, celle d’hier, d’aujourd’hui et même de demain (un des récits est un texte de SF), qui sont ainsi exposées et racontées par la plume alerte de l’auteur.

Elle évoque des femmes maltraitées et incomprises, des femmes trompées ou bafouées, mais aussi des amantes éconduites ou dominatrices, des bourgeoises esseulées, des lesbiennes schizophrènes (arf), des prostituées, des femmes qui s’essaient à la sorcellerie pour fabriquer des philtres d’amour, etc. Bref, il s’agit d’un vertigineux panorama de la féminité contemporaine, avec ses affres et ses particularités, qu’elles soient économiques, sociales, politiques ou psychologiques.

Lire un livre de Lucía Etxebarria, c’est se plonger dans des univers typiquement almodovariens, avec un style et des situations qui fleurent bon la péninsule ibérique et la Movida. L’amour, l’amitié, la loyauté, la famille, le sexe, la beauté, le talent, l’ambition et toutes les contingences que l’on peut imaginer, se bousculent et nous interrogent. L’auteur met ainsi en exergue beaucoup de circonstances dramatiques, terriblement réalistes, qui évoque une condition féminine borderline, mais tout en gardant espoir et confiance.

Aime-moi por favor ! - Lucía Etxebarria,

  • Boukinage
De l’amour et autres mensonges

Publié le Vendredi 29 Octobre 2004 - 15:13
Catégorie: Boukinage

Lucía Etxebarría est un auteur que j’ai découvert et adoré avec « Amour, Prozac et autres curiosités », puis confirmé mon assuétude avec « Beatriz et les corps célestes ». Ses bouquins ont un souffle commun avec un style bien particulier et une tonalité très « espagnole » avec cette teinte de « movida » qui fait penser aux films d’Almodovar. Et puis, on retrouve aussi des thèmes communs avec des personnages centraux féminins, indépendants, passionnés à la fois fragiles et combatifs. Pas mal de rapports avec l’homosexualité aussi, tant masculine que féminine, et toujours traitée avec discernement et perspicacité.

Ce bouquin ci m’a particulièrement plu et marqué. Elle y disserte sur l’amour et la passion amoureuse à travers l’histoire tumultueuse de Ruth et Juan. J’ai rarement lu un roman qui me faisait aussi si bien ressentir les sentiments en montagnes russes de la passion. Elle développe des métaphores superbes, et son récit prend une forme singulière qui m’ont complètement fait rentrer dans l’intrigue.

Tout commence par le suicide raté de Ruth, et puis son explication qui engage la narration sur le récit de l’histoire d’amour entre cette réalisatrice avant-gardiste indépendante et marginale, avec un jeune (plus jeune qu’elle) écrivain basque ambitieux. Le livre raconte cela chronologiquement, de la rencontre aux affres de la fin, en évoquant à la fois les faits, et en se penchant aussi sur la logique et la psychologie des relations mises en exergue.

Cela donne un roman superbe où l’on suit cette femme et son évolution dans cette relation, qui, comme toutes les relations, a des répercussions sur son développement personnel et ses névroses. Il y a aussi ce côté espagnol que je trouve toujours flamboyant et haut en couleur dans les dialogues et les rapports entre les gens. On sent que ce sont des tempéraments latins et fougueux, et on est pas étonné que la relation amoureuse suive des règles identiques. Et évidemment, Ruth et Juan sont deux personnages hyper charismatiques et à la fois identiques et opposés, ce qui engendre une relation des plus fusionnelle et orageuse.

On y trouve aussi quelques extraits marrants sur la relation que Ruth (un peu bi sur les bords d’ailleurs) entretient avec son meilleur pote homo : Pedro.

Chaque fois qu’il buvait un verre de trop, Pedro se ruait sur Ruth, assurant qu’il était éperdument amoureux d’elle, et Ruth l’envoyait promener. Non qu’elle doutât de l’amour de Pedro, mais elle avait entendu beaucoup d’histoires de gays qui tombent amoureux d’une femme et pensait que quand on chasse le naturel, il revient au galop. Ils avaient beau dire qu’ils marchaient à voile et à vapeur, un homme qui marche à la vapeur ne peut pas changer du jour au lendemain, même pour des voiles exceptionnelles.

Le roman n’est ni pessimiste, ni optimiste sur l’amour. J’ai aimé le fait qu’il décrive la relation amoureuse sous ses diverses formes de la plus destructrice et passionnelle, à la plus conformiste et conventionnelle. Sans faire l’apologie d’aucune, on finit par voir que chacune des voies ont leur lot d’avantages et d’inconvénients, et que le problème de la quête amoureuse parfaite n’a pas encore été résolue (et on en est loin).

Lucia Etxebarria - De l'amour et autres mensonges

  • Boukinage
Amour, Prozac et autres curiosités

Publié le Lundi 21 Avril 2003 - 16:14
Catégorie: Boukinage

Je viens de finir pour la énième fois ce bouquin de Lucía Etxebarria (oui moi non plus, je n’essaie même pas de le prononcer). C’est trop de la balle ! (alors moi, parfois j’écris trop et je suis pédant, parfois je suis laconique et teubé… pfff)

Bon en deux mots, j’adore ce bouquin comme je suis fan de celui de Michael Cunningham “De chair et de sang” (auteur aussi de “Hours” d’ailleurs !), car ces ouvrages sont en fait une description sans embages de toutes les familles (ouai ouai, la votre, la mienne…) et ça fait un bien fou de voir décortiquer toutes ces/ses névroses. C’est drôle, parfois triste, amer ou tendre mais ça ne rend JAMAIS indifférent ! Et ces lectures me sont utiles, elles m’aident beaucoup dans la catharsis de mon propre vécu, c’est un peu mon abrégé de psycho perso.