Il y a quelques temps, j’ai reçu un message un peu différent des autres sur « Copains d’Avant » :
Je t’envoie un petit mot sur les conseils de Marie-Aude. Je de très bons souvenirs de vous deux. Vous êtes des élèves qui marquent la vie d’une instit. Je me souviens lorsque vous êtes venus dans ma classe pour me montrer le livre que vous aviez écrit de concert A l’époque vous étiez au cm2. Je vois que tu as bien réussi dans la vie active. Félicitation. Tu avais un grand frère. Que devient-il ?
Si tu as le courage, j’aimerais bien avoir de tes nouvelles et, bien sûr, si tu le désires.
En attendant je t’ embrasse malgré ton grand âge !!!!!!!!
Ma copine Marie-Aude, j’en ai déjà parlé quelques fois, c’est la personne que je connais depuis le plus longtemps, ça fait 27 ans qu’on est potes !! Et elle a donc conseillé à notre institutrice de CP, Madame Calais, de me contacter. Je ne vous dis pas le choc émotionnel lorsque j’ai reçu cela. Quelle surprise de constater qu’elle se souvient si bien de nous, et même de mon frère !! Madame Calais qui a 71 ans, et que je n’ai pas vu depuis plus de 25 ans !!! Truc de ouf !
La première fois que je l’ai vue, c’était début 1981, j’étais en dernière année de maternelle, et mon école organisait une sortie à l’école primaire du coin. C’était une première immersion à l’école des grands, et il s’agissait de nous rassurer sur ce monde nouveau et terrifiant. Lorsque nous sommes arrivés, nous avons été mis dans des classes de CP pour y passer une matinée et comprendre un peu le déroulement d’un cours chez les grands. Mon frangin était en CE1 et déjà chez Madame Calais. M’ayant aperçu, il lui avait dit que j’étais son frère, et naturellement elle m’avait proposé de venir dans sa classe.

Mon frangin était comme d’habitude, depuis la maternelle et jusqu’au collège, avec son pote Miloud, dont l’institutrice en maternelle avait dit à ma mère : « Ne laissez pas Jérôme traîner avec Miloud Madame B. !!! Je vous jure que c’est un futur chef de bande !! Je vous jure !!! ». Le futur a prouvé qu’elle n’avait pas complètement tort. Mais à cette époque, c’était plutôt marrant. Cette connivence m’a d’ailleurs suivi toute ma scolarité où j’ai bénéficié d’une certaine protection en étant le petit frère du pote d’un caïd. J’étais le « petit B. » et mon frangin le « grand B. ». Madame Calais réussissait à les canaliser et à leur enseigner ce qu’elle voulait. Sacrée instit qui avait une autorité naturelle associée à une gentillesse extraordinaire, et un réel talent de pédagogue.
Je me souviens d’elle avec une acuité dingue, et je me rappelle surtout de tous ces déclics majeurs pour moi, de toutes ces premières fois. Je me souviens des cours de lecture, du comptage en base n avec des cubes (ça m’est revenu lorsqu’en cours d’électronique numérique en IUT, j’ai réalisé que c’était Madame Calais qui m’avait appris le binaire et l’héxadécimal !), de la première longueur sans bouée à la piscine d’Osny, du moment où j’ai compris qu’on pouvait compter jusqu’à l’infini et que je savais comment faire, que j’en maîtrisais parfaitement la technique et le processus (Quel vertige !), le presse-papier pour la fête des pères et des kyrielles d’autres choses.
Je me remémore aussi le chagrin lorsque nous avons quitté sa classe, et déjà les efforts consentis pour nous permettre, à Marie-Aude et moi, d’être dans la même classe en CE1. Comme je le racontais avant, ensuite les instits et profs ne nous ont pas séparé, jusqu’à la fin du collège. Au début, nos parents l’avaient demandé pour notre amitié, les profs avaient trouvé ça positif, et puis ont préféré le faire année après année pour ne pas nous perturber. Avec Marie-Aude, nous avions écrit un roman, d’ailleurs elle l’a toujours et elle l’a extirpé la dernière fois. Ah ahah, c’est presque illisible tellement c’est mal écrit, mais nous trouvions cela géniâââââaal ! Et nous avions eu envie de le montrer à Madame Calais, car c’était LA personne qui nous paraissait mériter qu’on lui soumette. Elle avait été dithyrambique au sujet de notre oeuvre à quatre mains, et cela nous avait rendu extatiques !
Ah là là, on n’oublie jamais nos instits, nos profs de collège ou de lycée. Ce sont des personnes qui ont marqué mon existence, qui m’ont fait avancer dans la vie, qui ont forgé une partie de ce que je suis, et ont contribué à m’émanciper, et à m’ouvrir l’esprit. Grâce au net, ces incursions du passé qui étaient presque impossibles deviennent assez faciles, et sembleront banales aux générations actuelles, mais pour moi c’est simplement magique !!


(Oui j’ai gardé mes cahiers du CP, et j’ai aussi encore mon galet presse-papier peint !!)











