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  • ThéâtrOpérage
« Le songe d’une nuit d’été » à la MC93 de Bobigny

Publié le Samedi 24 Mars 2007 - 1:36
Catégorie: ThéâtrOpérage

En arrivant au théâtre, on s’est demandé pourquoi Têtu était sponsor de la pièce, mais ensuite on a compris. Hu hu hu. Cette version du classique des classiques de William Shakespeare a été très librement traduite, adaptée et « remise » en scène par Jean-Michel Rabeux, et cela donne un petit bijou de création théâtrale contemporaine (déjantée). Car cette pièce est éminemment intemporelle et universelle, un jeu de l’amour et du hasard, avec une nuit en forêt troublée par des potions magiques et des divinités manipulatrices, auquel s’ajoute dans cette version une sulfureuse confusion des genres et un burlesque inattendu.

L’histoire est exactement la même que celle de Shakespeare, c’est juste dans quelques détails supplémentaires, des ajouts un peu plus modernes, et surtout une mise en scène qui joue allègrement sur le désir et l’appétit sexuel de tous ces protagonistes. On retrouve donc Hermia qui doit épouser sur ordre de son père, Démétrius qui est follement épris de cette dernière. Mais Hermia aime Lysandre à la folie, et ne peut obéir à son père, tandis qu’Héléna est elle conquise par Démétrius qui s’en fout complètement. Lysandre et Hermia fuient Athènes, et finissent par passer la nuit en forêt, ils sont rejoints par Héléna et Démétrius qui sont à leur recherche. Dans le même temps, il fait nuit, la lune se lève, et la forêt est investie par des fées et des divinités, donc Titania et Obéron. Ce dernier est accompagné de Puck, une intrépide et maladroite créature qui jette des sortilèges aux jeunes gens, mais aussi à un groupe d’hurluberlus qui répètent une pièce de théâtre en plein bois !

Jean-Michel Rabeux a conservé la fraîcheur et la gaieté de la pièce originale, avec ses intrigues amoureuses, ses malversations divines et ses bouffonneries d’époque. Mais nous sommes dans un environnement très moderne dans le décor, tout est en noir et blanc pour les costumes et les maquillages, sinon ce sont des éléments scéniques simples et dépouillés (mais efficaces), et une très belle forêt stylisée par des tubes métalliques avec des néons qui bougent en ondulant (vraiment une excellente trouvaille visuelle). Et surtout, nous avons des hommes qui jouent des rôles de femmes, vice-versa, et des travestis ou des créatures indéterminées. Les hommes portent des robes, les femmes des pantalons… Titania est jouée par un homme, Obéron par une femme, et la mise en scène joue énormément sur cette confusion des sexes et de la luxure qui règne entre les personnages. Les scènes de bacchanale ne sont pas rares et sont l’occasion de bien des poilades. Car ce qui est notable dans cette pièce, c’est qu’il s’agit d’une comédie où l’on rit de bon coeur. En adaptant assez librement le texte anglais, l’auteur a été beaucoup plus loin dans le comique de situation et dans la farce. Cela redonne d’ailleurs certainement une idée beaucoup plus conforme de l’aspect drolatique initial de la pièce.

Cette adaptation est parcourue de blagues, calembours et de réflexions ouvertement sexuelles vraiment gonflées et irrévérencieuses, en plus de personnages improbables (Celui qui joue le rôle de Thisbé est assez incroyable en travelo très proche d’une Soeur de la Perpétuelle Indulgence !) et de digressions de Puck qui interpelle le public avec humour et dérision (excellente Kate France qui a un beau et léger accent britannique). L’idée du songe aussi reste importante dans la pièce, et est joliment soulignée par la mise en scène.

Il s’agit d’une création qui ne trahit pas l’oeuvre originale, mais qui au contraire lui donne un souffle moderne et décapant. Les deux heures passent alors comme un charme…

L’avis des copines : Matthieu.

« Le songe d'une nuit d'été » à la MC93 de Bobigny

  • ThéâtrOpérage
La Tour de la Défense (à la MC93)

Publié le Jeudi 21 Avril 2005 - 16:55
Catégorie: ThéâtrOpérage

Une pièce de Copi de 1978 c’est un exercice de nawak de haut vol, et en effet ce fut largement le cas pour celle-ci. Et pour le public c’est aussi une bouffée d’oxygène avec une telle fureur sur la scène qui emporte tout avec elle. Un rythme endiablé qui démarre au quart de tour amène une énergie dingue autant dans la mise en scène que dans l’histoire qui est déroulée. Cette pièce est l’allégorie de la tachycardie.

Voyez un peu un aperçu de la situation… La pièce s’ouvre sur un appartement cossu (année 70) au 13ème étage d’une tour de la Défense avec une belle vue sur Paris, où un couple homo ne tarde pas à se prendre la tête en ce beau soir de réveillon (31 décembre 1976). On sent bien les deux mecs dans l’impasse avec Jean (Marcial Di Fonzo Bo, aussi le metteur en scène), un styliste glam et torturé, et Luc (Clément Sibony), le bellâtre qui veut se tirer pour aller aux Tuileries.

Sur cette première scène de ménage débarque Daphné (Marina Foïs), la voisine barrée, qui vient de prendre un acide et qui tripe chez les deux pédés. Elle déprime aussi allègrement car elle apprend à ses voisins que son mari John (Jean-François Auguste) a enlevé leur petite fille à New York. Ensuite arrivent Micheline (Pierre Maillet) le travelo, qui se la joue grande dame névrosée, et Ahmed (Mickaël Gaspar), le bel arabe de service à la sexualité ambiguë… Tout ce petit monde fête donc la nouvelle année avec plus ou moins de bonheur… entre farce, drame, expériences culinaires surréalistes, infanticide et sexualité débridée !

Une soirée de réveillon avec des gens paumés, marginaux et névrosés… ça ne vous dit rien ? Eh bien, cela m’a vraiment fait penser au « Père Noël est une ordure » dont la version théâtrale date de 1979, soit un an après cette pièce-ci. Dans les personnages (le trav, la gourde, le sérieux etc.), les thèmes (notamment la misère affective) et surtout les pointes d’humour noir et grinçant, on retrouve vraiment une verve et une veine similaire au spectacle du Splendid. Evidemment, chez Copi la facette homosexuelle est bien plus intéressante et habilement ciselée.

D’ailleurs je reste stupéfait de découvrir une pièce de 1978 aussi trash et subversive, alors qu’aujourd’hui aucun auteur ne pourrait écrire un truc pareil. Cela montre bien que l’évolution des moeurs ne suit pas forcément une logique de libération « affine » comme on pourrait instinctivement le croire.

Pour faire racoleur, sachez que le spectacle vaut encore plus la peine que « Love ! Valour ! Compassion ! » en terme de nudité frontale. Eh oui, le premier réflexe du reubeu lorsqu’il arrive sur scène est de se dessaper entièrement pour laisser apparaître de biens jolies proportions. Et par la suite, nous assistons aux corps dénudés des deux homos et de Marina Foïs complètement défoncée à l’acide. Il y a aussi quelques sodomies éparses sous la douche ou au lit, dont une avec le travelo.

Une des réussites de la pièce réside dans son décor et l’occupation de l’espace scénique, ainsi que des éléments d’habillages sonores et visuels. Le public est séparé en deux séries de gradins qui se font face, et la scène entre les deux publics est une reconstitution de l’appartement très « seventies » des deux homos. On voit donc salle, cuisine, balcon, chambre et salle de bains… mais les deux publics ont un angle de vue différent (à 180°) à la fois de l’espace scénique et donc des personnages. On a donc vraiment l’impression d’être les témoins de l’histoire, et d’être immergé dans la scène. Cela donne aussi un côté très télévisuel à l’ensemble, ce qui est renforcé par les technologies employées. En effet, un écran semi-transparent s’abaisse de temps en temps pour afficher quelques projections (générique au début, film de cul homo à un moment avec belle scène de fellation, explosion, incendie etc.). On entend aussi beaucoup de bruitages et de musique. Enfin, la durée de la pièce (1h40) contribue aussi pas mal au format cinéma ou télévisuel.

L’occupation des lieux par les personnages est une belle prouesse du metteur en scène qui donne encore plus de dynamisme aux scènes. Les comédiens bougent dans tous les coins, et cela participe autant à l’histoire que cela permet aux publics de profiter du spectacle. Et puis on suit avec saisissement l’intégration d’un boa qui remonte par les WC (légende urbaine des années 80 en effet) que le reubeu tue, puis prépare pour le réveillon, avec ensuite les personnages qui bouffent cela avec délectation (en plus du rat que le serpent avait dans le bide) et gros giclage de raisiné. Je vous assure, impossible de bailler aux corneilles !

Les comédiens sont plutôt bons dans l’ensemble, avec une mention spéciale pour Marcial Di Fonzo Bo et celui qui joue le trav, Pierre Maillet. Je suis un peu plus circonspect pour Clément Sibony, mais ce n’était pas une catastrophe non plus. Par contre, Marina Foïs est géniale. Evidemment, on la retrouve encore dans un rôle bien taillé pour elle. Quand il s’agit de jouer les folles hystériques en pleine montée d’acide, on peut vraiment lui faire confiance.

Vous pouvez vraiment passer un très bon moment en allant voir cette pièce qui est drôle et bourrée de traits acrimonieux, dont les personnages ne sont pas que marrants et au final avec une histoire qui passe facilement de la comédie au drame le plus surréaliste.

La Tour de la Défense - Copi - MC93