Stoker

J’ai bien aimé ce film, même si ce n’est pas un chef d’œuvre, et si on voit un peu trop le patchwork d’influences d’Hitchcock à Lynch en passant par De Palma. Mais il est très bien fait et a un vrai charme. Les comédiens en plus sont excellents avec Matthew Goode, Mia Wasikowska et Nicole Kidman vraiment parfaits dans leur genre. Et il y a une étrangeté mêlée à des attirances à moitié incestueuses, des douleurs adolescentes… Bref c’est un peu un « Twilight » réaliste et gothique qui serait né dans l’esprit du scénariste qui n’est autre que Wentworth Miller.

India (Mia Wasikowska) est une jeune fille qui vient de perdre son père, et qui en souffre énormément, d’autant plus qu’elle n’est pas très proche de sa mère (Nicole Kidman). L’oncle Charlie, Matthew Goode, que Mia ne connaissait pas débarque quelques jours après, et s’installe presque chez eux. Une ambiance très bizarre s’instaure entre eux, alors que la mère et la fille se supportent à peine, que la mère flirte éhontément avec l’oncle, et que ce dernier joue de son charme orphique sur sa nièce qui y cède peu à peu en passant par toute une gamme d’émotions plus ou moins violentes. Et puis il y a plein de trucs bizarres, et c’est un peu le problème du film, c’est que l’intrigue ne mène pas à grand-chose de concret ou assez décevant du coup.

Cela reste un film d’ambiance et d’atmosphère, indéniablement hitchcockien et lynchien à d’autres égards. J’ai trouvé aussi que c’était plutôt bien filmé, et que les comédiens se répondent admirablement. Du coup la sauce prend pas mal, mais l’histoire patauge et a eu du mal à me faire tenir jusqu’au bout sans me lasser. Donc pas mal, mais pas assez achevé… y’a un truc qui cloche.

Stoker

The Kids Are All Right

J’y suis allé en ne sachant pas grand-chose sinon que l’histoire parlait d’un couple de lesbiennes avec deux enfants, un garçon et une fille, chacun étant l’enfant biologique d’une des deux mamans. Les jeunes ados avaient été conçus grâce à un donneur anonyme, et l’aînée atteignant l’âge de demander qui est son géniteur, elle se demande sérieusement si elle doit le faire… J’ai eu peur mais je me suis dit Annette Bening, Julianne Moore, Mark Ruffalo, putain de merde ça peut pas être une daube !! Je redoutais surtout un film qui ferait une promotion un peu artificielle de l’homoparentalité, avec des enfants pas bien dans leurs peaux et qui finissent par se retrouver très heureux ou un truc dans le genre…

Je me suis au contraire pris une jolie claque, et j’ai adoré cela. Ce film est un petit bijou d’authenticité, d’originalité et de tendresse sans être mièvre une seconde. J’ai lu quelques critiques ensuite qui reprochait un ton de guimauve ou un déluge de bons sentiments, mais soit j’ai marché à fond, soit c’est une question de sensibilité (hu hu hu). Car à aucun moment, le film ne traite du mal-être des gamins ou même de l’homoparentalité « ce douloureux problème »… La famille formée par ce couple de nanas et leurs enfants apparaît rapidement comme évidente, et leur manifeste nucléarité crève littéralement l’écran. On suit donc les péripéties d’un couple qui gère deux ados, avec tout ce que cela comporte de casse-gueule et de fabuleux, et évidemment en plus de cela la problématique de la conception avec donneur anonyme, et celle d’avoir deux mamans dans sa vie (ce que l’on comprend rapidement puisqu’en avoir une est déjà assez complexe…)

La jeune fille, Joni (Mia Wasikowska, anciennement Alice) décide donc d’entrer en contact avec son père biologique (Mark Ruffalo) ce qui rend quelque peu nerveuses et chafouines les mamans lesbiennes. Le « père » fait donc connaissance avec cette singulière et sympathique famille, et c’est évidemment le début des emmerdes, des sentiments refoulés qui resurgissent et des errements bien naturels avant de retomber sur ses pieds. Le ton est léger et le propos pas vraiment grave ou tragique, il y a même pas mal de saynètes plutôt drolatiques, mais on sent qu’on est juste à la frontière, à la limite d’un scénario qui aurait pu aussi être conçu comme une comédie bien plus dramatique. Là on reste dans le registre « tout est bien qui finit bien » même si une certaine amertume permet de parachever le tout sans sensiblerie superflue ou ambiance ravi de la crèche.

Le film bénéficie évidemment des extraordinaires Annette Bening et Julianne Moore qui sont belles, crédibles, terriblement lesbiennes et très mamans. Elles ne surjouent pas, et le scénario leur permet justement de ne pas céder au cliché gras et facile, tout en en exploitant certains avec beaucoup de tendresse et de sympathique drôlerie. Le risque était grand de tomber dans bien des travers, et moi j’ai trouvé qu’incroyablement tous les écueils avaient été évités (parfois de justesse, et certains penseront que justement si).

Etrangement, je ne connais personne qui ait vu le film, c’est bien dommage car c’est un très bon film…

The Kids Are All Right