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Le ruban blanc

Publié le Lundi 14 Décembre 2009 - 20:54
Catégorie: Cinéphage

Celui-là même s’il n’avait pas eu la palme à Cannes, je pense que j’aurais voulu le voir. En effet, Haneke réalise un cinéma qui m’intrigue au plus haut point, et même si sa filmographie est très diversifiée, les quelques films que j’ai vus de lui ont un point commun. J’avais beaucoup aimé « La pianiste » et « Caché » (les seules oeuvres que je connais de Michael Haneke), et « Le ruban blanc » est dans cette même lignée. Ce sont des films longs et lents, avec peu de mouvements et quelque chose de posé et contemplatif par moment. Mais en aucun cas, ce sont des films chiants, ce qui est une véritable prouesse vu la manière dont ils sont tournés. En vérité, l’action dans ces métrages est omniprésente et on ne s’y ennuie pas une seconde, avec beaucoup de dialogues, une véritable progression dans l’intrigue, et surtout des sentiments et passions aussi exacerbés que renfrognés, et qui sont une véritable marque de fabrique.

Le ruban blanc était utilisé par le pasteur de ce village autrichien de 1913 pour montrer aux enfants la pureté de leur jeunesse. Cette stricte et froide éducation n’est pas si efficace puisque devant les fautes répétées de ses aînés, le pasteur décide de leur recoller ce ruban au bras pour les influencer positivement. Nous suivons les péripéties très locales de ce village, avec l’école et son instituteur, le docteur, sa sage-femme et son fils handicapé, le pasteur donc et le baron qui règne sur son domaine, ses terres et ses ouvriers agricoles.

Ces derniers apparaissent quasiment comme des serfs d’une époque médiévale, et on n’a du mal à situer la date exacte, tant cette ambiance féodale pourrait nous faire croire à l’Ancien Régime. D’ailleurs, c’est bien là où le bât blesse puisque mes repères français sont purement biaisés, et le film permet de bien se rendre compte d’un coin d’Europe voisin sans Révolution oui loi de 1905 pour changer un peu la donne, et déserrer l’étau des nobles et des curés. Michael Haneke pose les bases de son intrigue avec tous ces personnages, des notables et leurs enfants, de simples paysans, et il compose son tableau avec une palette minimaliste. Le film est en noir et blanc, et cela donne un côté encore plus ancien, décalé, et en même temps esthétiquement très efficace et léché.

Tout commence par un câble tendu entre deux arbres qui provoquent une très grave chute en cheval du médecin du village, et son séjour en hôpital. Suite à cela, d’autres malversations sont découvertes, du kidnapping et petite torture du fils du baron à des sévices plus graves par la suite, et à chaque fois les enfants, ces innocents chérubins, reviennent comme les auteurs les plus probables de ces méfaits. On sent cette tension terrible dans les familles, cette éducation qui est une chape de plomb sur toute émotion, et cette conduite au fascisme que Haneke décrit là du point de vue de plus psychologique et sociétal. Le réalisateur dit plus exactement :

J’ai à l’esprit ce projet depuis plus d’une dizaine d’années. Je souhaitais évoquer un groupe d’enfants à qui l’on inculque des valeurs absolues et la façon dont ils intériorisaient cet absolutisme. Je tenais à en décliner les conséquences, à savoir un terrorisme de toutes sortes. Si l’on érige à l’absolu un principe, que ce soit un idéal politique ou religieux, il devient inhumain. J’avais pensé à La Main droite de Dieu comme titre éventuel. Ces enfants se prennent pour la main droite de Dieu ; ils en ont compris les lois et suivent les idéaux à la lettre. Ils deviennent alors les punisseurs de ceux qui ne vivent pas selon leurs principes. C’est ainsi que le terrorisme prend sa source. Ce film ne doit pas uniquement être considéré comme une oeuvre sur le fascisme.

Les comédiens sont tous fabuleux, et pourtant pas professionnels ce qui paraît complètement dingue tant ils m’ont impressionné. Les gamins surtout lancent de ces regards et expressions qui marquent profondément.

Il y a pléthore de personnages, et encore une fois on ne peut pas dire que le rythme soit syncopé, et que ça bouge dans tous les sens. Mais Haneke véhicule des milliers d’idées, de sensations et d’émotions dans les moindres plans, dans les regards, dans des bouts de dialogues, dans des secrets de famille, les enfants muselés ou les amours interdites. Donc le film est d’une extraordinaire richesse, il n’est pas du tout soporifique malgré sa lenteur, et il distille au contraire sa douleur et son funeste présage (la guerre de 14 arrive) avec une implacable efficacité. Le film reste tout à fait supportable, malgré quelques scènes difficiles.

C’est un grand film, et il méritait mille fois ce grand prix. Formellement déjà avec ce noir et blanc, cette direction d’acteur, sa manière de filmer, mais aussi pour son histoire qui m’a alpagué en quelques minutes, et cette démonstration par l’image de la haine qui peut surgir d’une société trop corsetée.

L’avis des copines : Julien, Titem, Philoo, Xavier, Nicolinux.

Le ruban blanc

  • Cinéphage
Caché

Publié le Mardi 18 Octobre 2005 - 19:19
Catégorie: Cinéphage

J’étais parti avec un certain à priori, je m’étais dit que j’allais forcément trouver cela un peu longuet ou un peu chiant par rapport à certains échos. Mais pas du tout alors pas du tout ! J’ai adoré ce film, de A à Z.

La mise en scène est hallucinante, Michael Haneke est un vrai cinéaste, il ne se contente pas de filmer une bête histoire. C’est un type qui s’exprime véritablement par sa mise en scène, les mouvements de caméra, les choix de plan ou sa direction d’acteurs. Ainsi toute la narration du film ne découle pas simplement de dialogues et d’une intrigue mais de kyrielles de détails qui tissent peu à peu un univers riche et complexe. On capte tellement de choses dans ce film : les émotions des personnages, leurs sourdes angoisses, les relents du passé dans leurs mots ou le tremblement d’une paupière, l’inflexion d’une voix…

Daniel Auteuil interprète le rôle d’un animateur télé à succès qui se fait bizarrement harceler. En effet, il reçoit continuellement des vidéos de sa maison qui l’espionne pendant des heures sans plus d’explication. Sa femme, Juliette Binoche, ne comprend pas plus ce qui se passe et commence à péter un plomb. Un dessin énigmatique, une tête d’enfant crayonnée avec une marque rouge sur les lèvres, vient plonger Auteuil dans une série de troubles et de doutes. Cela lui rappelle apparemment quelque chose, quelque chose de très ancien.

J’ai trouvé Daniel Auteuil et Juliette Binoche vraiment très bons : justes et convaincants. On les sent de plus en plus déstabilisés dans cette atmosphère qui se délite peu à peu, Auteuil de par l’excavation de souvenirs enfouis, et Binoche autant terrorisée par les cassettes que par l’étrange attitude de son mari. Et ces plans fixes sur la maison avec les voix en fond qui commentent ne font qu’augmenter le malaise de ces scènes.

Au final, il s’agit d’un thriller qui distille l’angoisse avec beaucoup de talent. Michael Haneke nous sert de main de maître cette histoire qui fouille au-dedans de ces personnages qui paraissent banals au premier abord. Je ne me suis pas emmerdé une seconde et j’ai adoré cette démonstration de tout ce que le cinéma peut offrir pour véhiculer ses histoires.

Caché