2 articles tagués avec “Michel Aumont”

  • ThéâtrOpérage
Collaboration au Théâtre des Variétés

Publié le Vendredi 30 Septembre 2011 - 0:23
Catégorie: ThéâtrOpérage

Deux comédiens extraordinaires pour incarner deux personnages qui ont marqué leur temps : Didier Sandre est Stefan Zweig et Michel Aumont est Richard Strauss. Je connais très bien l’écrivain autrichien dont j’ai lu presque tous les écrits, je connais beaucoup plus vaguement Richard Strauss pour le Chevalier à la Rose (et Ainsi parlait Zarathoustra qui a été largement galvaudé). Autant la vie de Zweig m’est familière, autant celle du compositeur allemand pas du tout, et j’ignorais complètement qu’il avait été tellement copain comme cochon avec les nazis. Enfin c’est un peu plus nuancé que cela, et c’est justement le sujet de la pièce.

J’ai aussi appris que les deux hommes avaient véritablement été amis en plus que d’avoir été des relations professionnelles. Et la pièce a pour sujet central cette amitié du début des années 30 à la fin de la guerre. On découvre donc par séquences (plutôt courtes et digestes) quelques épisodes où les deux artistes ont travaillé ensemble. C’est une rencontre qui prend la forme d’un coup de foudre artistique alors que Strauss n’a plus trop d’inspiration et que Zweig, grand écrivain germanophone de l’époque, lui propose un livret qui l’enchante. Mais rapidement les évènements politiques en Allemagne viennent semer le trouble, et la judéité de Zweig est un frein à leur “collaboration”. On se retrouve avec un écrivain torturé psychologiquement par cette situation (il ira jusqu’à se suicider de désespoir en 1942 avec son épouse au Brésil), et un Richard Strauss intransigeant et inconscient. Ce dernier se moque des gouvernements et des gouvernants, il veut faire de la musique et tout le reste l’indiffère. Mais il ira tout de même jusque devenir un notable du Reich sous Hitler… La pièce présente le personnage avec beaucoup de nuances, et on ne pardonne pas pour autant son inconscience et sa compromission, on comprend en revanche bien ses actes et motivations. Il protégeait aussi son fils qui était marié avec une femme juive, et dont les propres enfants étaient aussi menacés.

Chaque incursion et rencontre entre les deux hommes est l’occasion de joutes verbales où l’amitié et la considération priment, mais où l’incompréhension règne en maître. Richard Strauss ne comprend vraiment pas pourquoi Stefan Zweig se prend la tête alors qu’il n’est censé vivre que pour son Art. Et l’écrivain est tellement pris par cette Allemagne en déclin qu’il ne peut trouver la force de continuer à écrire. Les années passent, elles sont modélisées simplement par des fondus au noir et des projections avec les dates, et peu à peu les deux hommes sont forcés à la séparation. Zweig s’exile pour sauver sa vie, Strauss est privé d’opéra pour avoir fait remettre le nom de l’écrivain juif sur les affiches de la première.

Quelques comédiens gravitent aussi autour de ces deux monstres, et notamment l’épouse de Strauss qui est une ancienne soprano haute en couleur et à la forte présence (souvent cocasse). Mais c’est surtout Michel Aumont et Didier Sandre (immortel Louis XIV de l’Allée du Roi pour moi) qui sont brillants, et qui endossent à la perfection les deux artistes. Vraiment je n’ai rien à leur reprocher, et ils bénéficient d’un texte très efficace, à la narration enlevée en même temps qu’un propos intelligent et nuancé.

J’ai toujours été très touché par le suicide de Zweig, et là j’ai trouvé que c’était d’autant plus bouleversant d’y “assister” ainsi, après toutes les étapes qui petit à petit lui ont fait perdre tout espoir en l’humanité. Richard Strauss même en vieux con après la guerre est égal à lui-même, on se demande si c’est bien légitime qu’il ait échappé à une condamnation lors de la dénazification. La pièce réussit à être intéressante pour bien des facettes, entre ses brillants comédiens, son fond historique réel et son utile témoignage, mais aussi pour la qualité globale du divertissement, plutôt populaire, qu’elle propose.

Collaboration au Théâtre des Variétés

  • Cinéphage
Les invités de mon père

Publié le Mercredi 21 Juillet 2010 - 0:46
Catégorie: Cinéphage

J’ai été agréablement surpris quand j’ai vu que le film avait été réalisé par Anne Le Ny, c’est une comédienne qu’on aperçoit dans pas mal de film, et je me souviens toujours d’elle pour son rôle de costumière dans mon cultissime “Le goût des autres”. Elle livre là une petite comédie dont j’espère vraiment que le bouche à oreille a fait son effet, mais je ne l’ai trouvé chroniqué dans aucun de mes blogs (ou juste évoqué une fois au détour d’un post) donc j’ai peu d’espoir. Pourtant cela faisait longtemps que je n’avais pas autant ri de bon humeur, avec un petit film bien de chez nous, mais léger, drôle, sensible et intelligent.

Il faut dire que l’histoire vaut la peine et que les trois comédiens principaux sont simplement brillants. Il y a Michel Aumont qui est un médecin à la retraite qui a toujours été de toutes les associations et batailles humanitaires. Sa fille et son fils sont installés dans la vie, et eux-mêmes ont des familles, avec une Karin Viard qui est aussi médecin et tente de correspondre à l’image que son père voudrait, et puis Fabrice Luchini qui est l’avocat, symbole capitaliste et véritable offense aux idées du père. Mais il y a beaucoup d’amour et de connivence entre les trois, jusqu’à ce que le père accueille chez lui une réfugiée moldave et sa petite fille. La jeune femme est plus que séduisante, et on se met à avoir des doutes sur les objectifs du père, qui paraît de plus en plus amoureux de son invitée. Et puis, il parle de mariage blanc, et il va même jusqu’à proposer de déshériter ses enfants en faveur de cette femme. Bref, la cellule familiale se réinvente et c’est l’occasion d’échanges et de remises en question assez extraordinaires.

Il faut avouer que le film tient surtout sur les deux comédiens absolument géniaux, Karin Viard et Fabrice Luchini en frère et sœur complices et désemparés. Psychologiquement c’est aussi un petit bonheur de mise en avant et en action de névroses familiales si classiques et répandues… Le film est par moment d’une drôlerie irrésistible avec des répliques qui fusent, et une ironie vraiment mordante. Mais il y a aussi toutes ces souffrances sous-jacentes qui interpellent et donnent une dimension plus profonde à cette comédie.

Il reste quelques maladresses de “petit film”, et une fin qui ne m’a pas franchement emballé, mais globalement j’ai passé un moment délicieux, et cela faisait trop longtemps qu’un film français ne m’avait pas fait cet effet.

Les invités de mon père