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Pectus est quod disertos facit

Lundi 21 Avril 2008

ThéâtrOpérage « Le Misanthrope » à la Comédie Française

Classé dans: ThéâtrOpérage — Tags: , @ 20:15:29

Je continue donc mon périple des classiques à la Comédie Française, et cette fois c’était pour un des chefs d’oeuvre de Molière, et certainement un des repères du répertoire français.

Pour rappel donc, Alceste est le « Misanthrope », et il est à contre-courant de la société de son temps. Alors que tous prône la diplomatie, l’hypocrisie et les méthodes de cour, lui s’y refuse et n’y voit que compromission dans le genre humain. Alceste reste droit et franc, il ne se pliera pas à ces usages qu’il juge délétère à la condition humaine, même si cela doit lui en coûter. Et cela lui en coûte justement puisque la femme qu’il aime est un des fers de lance de ces pratiques qu’il réprouve…

On imagine sans peine la portée politique d’une telle pièce à une telle époque, puisque les défauts qui sont mis en exergue dans le texte sont l’exacte réplique des conventions du moment. C’est bien du Molière donc ! Et ce texte est d’une beauté incroyable, tandis que l’histoire mêle avec une impressionnante virtuosité tous les sentiments et toutes les passions. L’histoire d’Alceste est surtout très triste, et elle résonne parfois étrangement dans ce qui reste une « comédie ».

Et comme toujours, je suis épaté de constater à quel point le talent de Molière traverse le temps sans vraiment devenir obsolète. C’est d’ailleurs quelque-chose d’à la fois positif et négatif, puisqu’on peut s’émerveiller de cette universalité, et aussi se désespérer d’un telle permanence dans les plus vils comportements de notre société.

Les comédiens et comédiennes étaient très bons comme toujours, vraiment pas une ombre au tableau de ce côté là. Les décors aussi sont assez impressionnants, et à la fois moderne tout en respectant l’époque originelle, ce qui est un sacré challenge. En effet, la scène dévoile un pan de mur, un croisement de cloisons qui sont en partie transparentes, et rendues parfois opaques par de habiles jeux de lumières. Ainsi pendant la pièce, on aperçoit ce qui se passe avant l’entrée en scène ou après, mettant en relief les petits secrets d’alcôve ou bruits de couloir. J’aime les décors de la Comédie Française pour leur richesse, et les fastueux deus-ex-machina, donc à ce niveau là ça manquait un peu de mouvements et de surprises. Mais ces pseudos murs à clairvoie servent plutôt bien la mise en scène.

Là où j’ai vraiment été déçu, et je n’ai pas du tout accroché, c’est dans la mise en scène. Pourtant je suis assez ouvert aux explorations modernes des classiques, et j’aime bien qu’on bouscule un peu les traditions, ou qu’on réinterprète les anciens pour les remettre au goût du jour. Mais là vraiment, ce n’était pas nécessaire, et surtout cela a vraiment contribué à presque gâcher tout le bien que j’étais amené à penser du jeu des uns et des autres. C’est bien simple, les comédiens et comédiennes sautent d’un côté à l’autre de la scène, ils crient, ils gesticulent, ils font les folles, ils se courent après et ils s’embrassent sur la bouche (entre hommes). Si seulement cela correspondait un tant soit peu au texte, pourquoi pas. Mais là je l’ai ressenti comme un acte délibéré de mise en scène, une conduite d’acteurs très claire qui donne un truc plutôt bancal, et qui ne m’a pas plu du tout.

Les fins de phrases sont criées de manière agressive ou colérique, alors que ça n’avait pas l’air d’être nécessaire (ou alors autant y mettre le ton depuis le début de l’échange…). Certains mouvements scéniques paraissent plus chorégraphiés qu’autre chose, mais on n’en ressent ni la raison, ni le bénéfice. Bref, je suis resté assez hermétique à cette manière de concevoir le Misanthrope.

Reste que la pièce reste portée par un texte extraordinaire, et qu’on la jouera encore certainement longtemps.

« Le Misanthrope » à la Comédie Française

Jeudi 13 Juillet 2006

ThéâtrOpérage L’Amour médecin - Le Sicilien ou l’Amour peintre

Classé dans: ThéâtrOpérage — Tags: , @ 19:03:24

Un petit désistement de dernière minute et hop, je me retrouve à la Comédie Française, dans cette superbe salle Richelieu que j’avais étrenné la dernière fois ! En outre, apprenant qu’il s’agissait de deux pièces de Molière agrémentées de parties musicales et dansées de Lully, je n’en étais que plus motivé.

Retrouver ainsi l’ambiance de ces premiers spectacles théâtraux, musicaux et balbutiements lyriques était une expérience très intéressante et plaisante. J’ai vraiment beaucoup aimé cette idée de renouer avec ces traditions et spectacles où le Roi (Louis XIV) y dansait même en personne. Il s’agit donc de deux comédies assez légères de Molière qui incluent des parties musicales, chantées et dansées. Ces dernières étant l’œuvre de Lully, on a alors un bon exemple des œuvres baroques, si facilement identifiables, du compositeur. La scène présente un élément surélevé où les musiciens sont installés, et sont littéralement intégrés au décor et à la mise en scène.

Le spectacle commence par un ballet d’allégories comme la musique, le chant lyrique et certains instruments, et surtout une ode nourrie et lèche-cul comme pas permis au Grand Roi Soleil. Et puis c’est donc « l’Amour médecin » qui démarre. J’ai adoré cette comédie et ce que les metteurs en scène et les chorégraphes en ont fait. Il s’agit d’une version modernisée mais fidèle, qui remet vraiment au goût du jour la fibre humoristique qui était déjà présente dans le texte de Molière. Du coup c’est un véritable coup de fouet, c’est jeune et dynamique et réellement tordant à certains moments.

Lucinde, qui est la fille de Sganarelle, se languit car ce dernier ne veut pas qu’elle se marie avec Clitandre (la bombe : Loïc Corbery, que j’avais déjà remarqué dans le rôle de Don Sanche). A force de soupirs, Lucinde tombe malade, et son père fait venir des médecins dont le ridicule est manifeste. Lisette, la gouvernante, concocte alors une stratégie pour berner le père. Clitandre vient déguisé en médecin, et propose à Sganarelle de mimer le mariage pour redonner la santé à sa fille. Mais le faux contrat se révèle bien réel…

Cette pièce contient les personnages habituels de Molière, et surtout les médecins. Il les tourne encore une fois en ridicule, avec leurs accoutrements, leurs langages pseudo-scientifiques, leurs remèdes abscons et leurs doctes divagations. Les comédiens sont excellents et ils jouent aussi bien qu’ils dansent ou poussent la chansonnette. Ainsi une comédie aussi légère et éthérée supporte très bien l’usage du ballet et de la musique baroque. Les comédiens sont très animés sur la scène, et leur jeu même semble chorégraphié tant ils se déplacent vivement.

J’ai été épaté par la manière dont l’humour fonctionnait encore à merveille, et comme les gens rigolaient sincèrement aux pitreries des médecins (entre l’un qui baragouinait ou l’autre qui imitait Dark Vador). Le ballet soulignait tout cela avec finesse et grâce, et sans même souffrir de ses 300 ans d’âge… Brillant !

La suite devait me convaincre que cela pouvait aussi être bien raté, et que l’audace avait ses limites. En effet, la seconde comédie : « Le Sicilien ou l’Amour peintre » ne m’a pas du tout fait la même impression. Déjà le texte m’a beaucoup moins plu, et l’histoire est complètement parasitée par une mise en scène qui tourne à la commedia dell’arte bouffonne.

Un français, Adraste, veut séduire une esclave affranchie, Isidore (délicieuse Elsa Lepoivre, que j’avais déjà adoré en Infante), qui est sous le joug d’un sicilien jaloux maladif, Dom Pèdre. Adraste, aidé de son valet Hali, met au point plusieurs stratagèmes pour détourner le sicilien fulminant.

L’intrigue est déjà assez confuse et brouillonne, mais les ballets et le burlesque outrancier en font un galimatias et une suite de saynètes sans discernement. J’ai été autant déçu par cette comédie, que la première m’avait enchantée. Les décors sont très beaux par contre, et le spectacle conserve une certaine efficacité.

Donc au final, cette forme de théâtre m’a bien conquis, et l’idée de retrouver ainsi les sensations de 1680 a quelque chose de grisant. Mais bon du coup, j’aurais du me carapater à l’entracte ! (C’est drôle de retrouver les comédiens du Cid dans ces pièces-ci… Je suppose que c’est l’effet du Français.)

« Le Cid » à la Comédie Française

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