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Juliet, Naked (Nick Hornby)

Publié le Jeudi 1 Juillet 2010 - 23:54
Catégorie: Boukinage

Jusqu’à “Vous descendez ?“, j’avais pas mal suivi les bouquins de Hornby avec notamment “Haute Fidélité” (1995) (génial !!), “A propos d’un gamin” (1998) ou “La bonté, mode d’emploi” (2001). Mais j’avais été un peu déçu par “Vous descendez ?” (2005), et donc j’avais perdu l’auteur de vue. “Juliet, Naked” est un heureux retour en force de l’auteur. J’y décelé avec bonheur l’essence même du talent de Hornby : dépeindre des couples improbables et dépressifs sur fond de musique encore plus dépressive. Car lire un roman de Nick Hornby, c’est bien souvent écouter les disques qu’on passe dans le bouquin, et il a une incroyable capacité à faire entendre de la musique par l’écrit.

Le roman démarre par un couple boiteux, c’est un type, Duncan, dont la passion ultime dans la vie est d’être fanatique d’un chanteur has-been des années 80 : Tucker Crowe, et sa petite amie, Annie, qui supporte un voyage aux USA consacré à suivre à la trace le parcours (minable) de cette idole oubliée. Ils rentrent dans leur petite ville balnéaire de Gooleness, dans le nord-est de l’Angleterre, et Annie retourne à son organisation d’exposition au musée local. Duncan est hyper assidu à un site internet de fans du chanteur, et ses contributions font de lui un personnage remarqué de cette communauté. Il reçoit un jour un CD d’une maison de disque qui lui demande son avis de fan, c’est une compilation de démos jamais sorties de l’album mythique de Tucker Crowe : Juliet. L’album va s’appeler “Juliet, Naked”. Duncan est tellement content d’avoir en main avant tout le monde cet album qu’il s’emballe un peu et en pond un billet dithyrambique sur son forum. Annie qui en pense le contraire se fend d’une critique un peu plus franche et acerbe, ce qui agace fortement son petit ami… Ce dernier finit par coucher avec une femme, et le couple se délite rapidement. Entre temps, Annie reçoit un email en réponse à sa critique sur le forum, et c’est Tucker Crowe lui-même qui lui écrit pour la féliciter de la justesse de son texte. Ce dernier vit en ermite avec son fils et la mère de celui-ci, qui vient de le larguer. Annie et Tucker commencent une relation épistolaire intense, tandis qu’ils mènent des existences assez déprimantes.

Le roman fait un peu plus de 300 pages, ce qui n’est pas énorme, mais j’ai à peine brossé le début du commencement de l’intrigue, et c’est aussi une des qualités de Nick Hornby : il raconte plein de choses. Sa narration est dense et riche, pleine de rebondissements, de flash-backs, de descriptions aussi visuelles qu’auditives, et on a l’impression d’avoir lu des milliers de pages alors que pas du tout. Ce qui est marrant c’est que le récit est en effet très riche, mais dans le fond il s’agit tout de même de gens dépressifs avec des vies de merde, qui écoutent des chansons tristes. Du coup ce contraste est frappant mais il en fait tout l’intérêt et l’originalité du bouquin. Il faut préciser aussi que Nick Hornby a aussi un humour et une ironie bien britanniques qui rendent certains passages plus légers et parfois franchement drôles.

Tout cela n’est vraiment pas sans rappeler “Haute Fidélité” et c’est vrai que les échos ne sont vraiment pas anodins, même avec 15 ans d’écart. On y retrouve en tout cas le même humour et dérision, tout en continuant à s’interroger sur la vie de couple, et sur l’après-jeunesse. Les personnages sont très touchants, et j’ai été facilement embarqué dans leur vies un peu mornes, et tellement ordinaires. J’ai, en revanche, été un peu plus décontenancé sur la fin, et sur une mécanique narrative qui s’épuise assez rapidement. En effet, on se demande un peu si l’auteur n’a pas eu du mal à trouver même une fin à son ouvrage. Elle arrive un peu rapidement, parce qu’on tournait autour bien sûr, mais sans que les intrigues soient clairement terminées, en tout cas sans un fil très clair et un chemin bien balisé pour le lecteur. D’où un arrière-goût d’inachevé qui ne me plaît pas trop, mais qui est souvent l’apanage des bouquins dans lesquels on se sent bien !

Juliet, Naked - Nick Hornby

  • Boukinage
Vous descendez ?

Publié le Vendredi 19 Août 2005 - 2:31
Catégorie: Boukinage

J’ai lu la quasi-totalité des ouvrages de Nick Hornby et celui-ci m’a bien plu, même si je ne l’ai pas trouvé aussi truculent et percutant que les autres. Pourtant l’histoire est excellente et l’idée de base originale. L’auteur crée aussi, comme à son habitude, des personnages aussi attachants qu’inadaptés sociaux ! Mais j’ai lu le bouquin avec un plaisir plutôt neutre, et il manquait pour moi d’aspérités à la narration pour vraiment retenir mon attention et éveiller un peu mes méninges.

Nous sommes la veille du jour de l’an, quatre personnes se retrouvent sur le toit d’un immeuble opportunément nommé « la Tour du Saut » afin de se suicider. Ce sont quatre personnalités complètement distinctes mais qui sont unies dans ce même désespoir qui pousse à la fin. Mais rapidement, plutôt poussé par la faim, ils échangent quelques phrases et mangent les pizzas qu’un d’eux avait apporté (il est livreur de pizzas), avant de décider de redescendre ensemble pour mieux échanger leurs expériences. Mais ils ne font que différer leur suicide, toujours convaincus du bien-fondé de cette ultime solution, et veulent se retrouver dans trois mois, le soir de la saint Valentin.

Martin est un présentateur télé quinquagénaire qui a tout perdu, famille, réputation, job, parce qu’il a couché avec une fille de 15 ans. Maureen est une femme mûre dont l’enfant, handicapé physique et mental, ne lui permet pas d’avoir d’autre vie que celle vouée à s’occuper de lui. Jess est une jeune fille perturbée et hystérique, une chieuse de première, stupide et vulgaire, qui vient se faire larguer par son mec. JJ est un jeune américain, ne vivant que pour la musique, qui livre des pizzas, car son groupe de rock et sa petite amie l’ont laissé tomber. Et voilà ces quatre olibrius qui sont des personnes totalement différentes et qui par la force du destin, et cette envie commune de « sauter », sont amenées à se parler et se fréquenter.

Le livre est une succession de chapitre dont le narrateur change, et le lecteur suit ainsi l’histoire racontée par les quatre points de vue successifs. Les quatre énergumènes et leur rencontre sont l’occasion de dialogues et de saynètes vraiment drôles et enlevés. Martin joue les vieux cons salauds, Jess est une pétasse insupportable et gâtée pourrie, Maureen une anglaise typique coincée, et enfin JJ un jeune américain désespéré de la vie qui se profile devant lui.

Nick Hornby écrit plutôt bien et encore une fois construit une oeuvre qu’on imagine aisément adaptée à l’écran, mais à laquelle j’ai trouvé qu’il manquait un brin de piment. C’est dommage car le début du livre laissait présager une histoire bien anglaise et tragicomique. Au final, j’ai trouvé le roman sympa et divertissant, mais donc manquant un peu de relief.

Vous descendez ? - Nick Hornby